mercredi 12 juillet 2017

Soirée Erdogan sur Arte


Arte consacrera sa soirée du 22 novembre 2016 à Erdogan et à la Turquie en diffusant Erdogan, l'ivresse du pouvoir (Erdogan - Im Rausch der Macht) de Guillaume Perrier et Gilles Cayatte, puis La Turquie face à la terreur (Türkei - Drehkreuz des Terrors?) de Halil Gülbeyaz, et enfin un entretien avec Samim Akgönül (Türkei: Gespräch mit Samim Akgönül).
« À l'heure où la guerre et ses tragédies embrasent le Moyen-Orient, le président de la République turque Recep Tayyip Erdoğan est devenu l’une des personnalités incontournables dans le jeu des nations, l'une des plus contestées aussi ».

Élu maire d'Istanbul, Erdoğan a résolu certains problèmes, tels l'eau, le ramassage des ordures. Un levier pour sa carrière.

En 1997, l'armée organise un putsch contre le gouvernement islamiste. Ce qui affecte le populaire Erdoğan poursuivi en justice. Il est condamné à dix mois d'incarcération. Il en purge quatre et tire les leçons de la réaction de l'armée et de la justice.

Erdoğan s'est inspiré de la "tactique du salami" utilisé par les communistes pour s'emparer du pouvoir en Hongrie. Il a mis au point sa stratégie : créer un parti politique islamiste (Parti de la justice et du développement, AKP) en 2002, économiquement "libéral", pro-européen. Puis Erdoğan a progressivement isolé les fidèles à Atatürk et à la laïcité à la turque dans les bastions, telle l'Armée, défendant la spécificité de la Turquie fondée en 1923 et définie par le kémalisme. Il a placé des jeunes militants dévoués à la cause islamiste dans ces institutions, etc. Les confréries religieuses appuient Erdoğan par leurs réseaux.

Les Européens peinent à comprendre qu'en Turquie l'Armée est le garant des acquis d’Atatürk, de la laïcité. Ils ont souvent exprimé de l'indignation à l'égard des interventions des militaires dans la vie politique. Et Erdoğan s'est "allié avec les Européens contre l'Armée" turque. Il fait "inculper des centaines d'officiers, procède à des purges" dans l'armée, etc. L'état-major est décimé au terme de procès iniques.

« Parvenu au pouvoir en 2003, en tant que Premier ministre, il s'est d'abord imposé aux yeux du monde, et même des opposants à son Parti de la justice et du développement, l'AKP, comme un dirigeant moderniste d'un genre nouveau ». 

« Pro-européen et libéral mais prônant l'islam politique, ce chef charismatique rebat les cartes du jeu national en arrachant l’État au contrôle de l’armée, en concédant aux Kurdes une certaine dose d’autonomie culturelle et en renouant avec la tradition ottomane dans toute la région. À l'extérieur, il semble chercher une « troisième voie », entre coopération et distanciation avec l'Occident ».

Il multiplie les chantiers de construction à Istanbul. Il "a créé un boum de la construction qui a enrichi" ses amis. Deux juges turcs vont arrêter et juger des proches d’Erdoğan, dont son fils, accusés de corruption.

« Parallèlement, il renforce peu à peu son pouvoir et fait preuve d’une grande dureté face à ceux qui s’opposent à lui : minorités, intellectuels libéraux, jeunesse, journalistes, magistrats… Depuis les élections de novembre 2015, qui ont redonné à l'AKP la majorité absolue au Parlement, et plus encore depuis qu'il a déjoué, le 15 juillet dernier, une tentative de coup d’État, sa dérive autoritaire semble s'accélérer. Accusé de présider à un régime corrompu, paternaliste et intolérant, maniant les élections pour renforcer sa domination, il écrase de son emprise la scène politique nationale en bâillonnant l'opposition et les médias. Un despote d’un genre nouveau est-il en train de naître ? »

Le président turc veut édifier un musée en hommage à Mehmet II, septième sultan de l'empire ottoman et conquérant (Fatih) de Constantinople en 1453.

En « Turquie, aux États-Unis et en Allemagne, Guillaume Perrier et Gilles Cayatte ont pu s'entretenir avec nombre des partisans et des adversaires d’Erdoğan. Ils ont notamment recueilli le témoignage exceptionnel de son ancien allié, Fethullah Gülen, que le président turc accuse d'avoir fomenté le coup d'État depuis son exil américain. Cette enquête très documentée dresse ainsi le portrait intime et politique d'un homme saisi par l’ivresse du pouvoir, qui détient une des clés d'un règlement de la crise au Moyen-Orient avec, entre autres, le témoignage de Fethullah Gülen, ex-allié et désormais homme à abattre ».

Arte omet de mentionner certains faits : aspiration au « califat », corruption, soutien à l’Etat islamique (ISIS), Chypre, chantage à l'égard de l'Union européenne via les "migrants" et les minorités turques dans certains pays (Allemagne, France), antisémitisme, refus de reconnaître les génocides commis à l’égard des Arméniens, Assyriens, etc.


Las, l'ADL (Anti-Defamation League), importante organisation juive américaine fondée pour lutter contre l'antisémitisme, a honoré Erdoğan en lui remettant un prix - Courage to Carre Award - en 2005 afin de rendre hommage aux diplomates turcs ayant sauvé les Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce qui illustre les errements de Juifs américains instrumentalisés, oublieux de leur mission et frappés de cécité à l'égard de l'antisémitisme de la gauche et de l'islam. Erdoğan avait condamné l'antisémitisme et souligné son engagement visant à maintenir les relations entre la Turquie et l'Etat d'Israël. En 2010, il soutenait la flottille visant à briser le blocus naval israélien de la bande de Gaza dirigée par le Hamas et dont certains passagers, des terroristes de l'IHH (Insani Yardim Vakfi, "humanitarian relief fund”), entretenaient des liens étroits avec Erdoğan, et avaient très violemment agressé les soldats israéliens.

La Turquie face à la terreur de Halil Gülbeyaz 
La Turquie, « longtemps chantre de la laïcité, a fait machine arrière sous le régime d’Erdoğan avec un gouvernement à majorité musulmane. Dans un pays où les libertés de la presse et de l'opinion sont bafouées en permanence, les arrestations et les incarcérations de journalistes, d’opposants politiques, de chercheurs et d’acteurs économiques se multiplient. Qui plus est, l’ancien pont entre l’Europe et l’Asie constitue désormais une étape de transit privilégiée pour les terroristes de l’État islamique (EI), qui peuvent s’y fournir en matériel de guerre et en recrues, notamment en kamikazes prêts à se faire sauter sur les sites touristiques d'Istanbul et d'Ankara ».

Un « sondage montre que 8 % de la population turque serait favorable aux djihadistes et, selon un haut fonctionnaire, il existerait des cellules secrètes de l’EI dans plus de soixante-dix villes du pays. Après avoir toléré, voire aidé les islamistes, dans la foulée d’une politique de plus en plus marquée par la religion sunnite, le gouvernement Erdoğan semble prendre la mesure du problème. Mais n’est-il pas déjà trop tard ? » Environ 3 000 Turcs auraient rejoint  les rangs de l'Etat islamique dans le djihad.

"Nous sommes tous Mahomet". C'est ce qui est inscrit sur une banderole à Istanbul lors de l'anniversaire de l'attentat terroriste islamiste contre la rédaction de Charlie hebdo. Le rare journal ayant manifesté sa sympathie pour l'hebdomadaire satirique est menacé par les terroristes.

Le nombre de chrétiens a diminué considérablement à Antioche dont Saint-Pierre a été le premier patriarche. Al Nosra a décapité des hiérarques chrétiens et sont revenus tranquillement en Turquie.

La Turquie laisse les terroristes islamistes de Daech passer la frontière pour mieux attaquer les villages kurdes. Et elle bombarde les cibles kurdes sous couvert de guerre contre l'Etat islamique.

La Turquie face à la terreur, documentaire réalisé par Halil Gülbeyaz « analyse la situation et ses enjeux via des entretiens avec des décideurs politiques, des experts et des victimes. Une analyse des raisons pour lesquelles la Turquie est devenue la cible d'attentats de l'État islamique, à travers des interviews d'experts, de décideurs politiques et de victimes ».

Enfin, Andrea Fies s’est entretenue « avec le politologue franco-turc Samim Akgönül sur l’escalade de la répression en Turquie depuis le putsch raté de juillet dernier. Elle évoque également avec lui la grande purge d’Erdoğan (au sein de l'armée, de la justice et des médias) et les rapports ambigus qu’entretiennent l’Union Européenne et la Turquie ».

Samim Akgönül a évoqué la "stratégie identitaire et celle de rupture d’Erdoğan. Les Européens sont en train de tomber dans un piège politique avec l'accord inacceptable signé concernant les réfugiés et inspiré par la peur, et la question du terrorisme avec l'Etat islamique. Trois millions de personnes sont sans statut en Turquie, ils ne sont pas appelés "réfugiés". La peur de l'extrême-droite en Europe fait que les partis de centre tiennent le même discours que l'extrême-droite. Nos dirigeants peuvent expliquer que nous avons des principes et rappeler à la Turquie qu'elle est membre fondatrice du Conseil de l'Europe. L'empire ottoman a été réhabilité depuis les années 1950. Ce rêve de devenir une puissance régionale est devenu une réalité. Le seul espoir de devenir le chef consiste à dominer le nord de la Syrie et le nord de l'Irak où vivent des Kurdes".


« Erdogan, l'ivresse du pouvoir » de Guillaume Perrier et Gilles Cayatte
Arte, 2016, 58 min
Sur Arte les 22 novembre à 20 h 50 et 9 décembre 2016 à 10 h 55

La Turquie face à la terreur, de Halil Gülbeyaz
NDR, 2016, 53 min
Sur Arte les 22 novembre à 21 h 50 et 9 décembre à 11 h 55

Entretien avec Samim Akgönül présenté par Thomas Kausch
2016, 12 min
Sur Arte le 22 novembre à 22 h 45

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont d'Arte et des documentaires. Cet article a été publié le 22 novembre 2016.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire