mercredi 20 juin 2012

Nonie Darwish, une Arabe pour Israël


Cet article est publié à l'approche de la présence de Nonie Darwish à la Summer Night for Human Rights du 23 juin 2012, et en raison de l'actualité tragique des chrétiens persécutés notamment par le mouvement islamiste Boko Haram au Nigéria.

Nonie Darwish est la fille du responsable des renseignements militaires égyptiens à Gaza. Elevée dans la haine des Juifs et d’Israël, installée aux Etats-Unis, elle prend conscience des dangers du jihad et de la charia. Convertie au christianisme, cette essayiste américaine prône, depuis les attentats islamistes du 11 septembre 2001, notamment via ses conférences et son site Internet ArabsforIsrael, la réforme de l’islam et la paix avec Israël. Interview réalisée en 2009.






Née au Caire, vous avez grandi à Gaza sous domination égyptienne…

Mon père, le Lieutenant-Général Mustafa Hafez, était le responsable estimé des renseignements militaires égyptiens. Il a organisé les unités de fedayin, c’est-à-dire ceux qui se sacrifient en tuant des Juifs pour le jihad. Ces unités effectuaient des raids en Israël, puis retournaient à Gaza.

Gaza était une petite ville, avec le camp de réfugiés « palestiniens » Jabalia… qui existe toujours ! Mon père les critiquait car ils étaient peu nombreux à se battre.

A l’école, on nous apprenait, par des poèmes et des chansons – « Les Arabes sont nos amis, les juifs sont nos chiens » -, la vengeance et la haine d’Israël. Les Juifs étaient décrits comme fourbes, traîtres. On nous disait : « Les Juifs fabriquent des gâteaux avec le sang des enfants Arabes ». On ne nous indiquait jamais les liens des Juifs dans cette région. J’étais antisémite.

Enfants, nous souhaitions mourir en shahada.

En 1956, votre père a été éliminé par Israël…

Oui, c’était la première élimination ciblée d’Israël qui avait beaucoup hésité auparavant, car mon père était très estimé. Après deux ans à Gaza, mon père avait demandé à plusieurs reprises à cesser son activité à Gaza, et à retourner en Egypte. On lui avait alors répondu de patienter…

Toute ma famille a été très choquée.

Avec le temps, j’ai compris les fedayin ont tué beaucoup d’Israéliens, et qu’Israël cherchait à protéger ses citoyens et agi pour la paix. Mais à l’époque, on ne nous parlait pas des morts israéliens.

Avec le temps, j’ai adopté une perspective historique et en faveur de la paix. Sinon, c’est le jihad permanent.

Votre famille est revenue en Egypte où votre père est enterré…


Le président d’Egypte, le général Gamal Nasser, a prononcé en octobre 1956, à Alexandrie, son grand discours sur la nationalisation du canal de Suez. Il a annoncé que l’Egypte allait venger mon père, mais n’a pas donné la raison de son assassinat. J’ai pensé que les Juifs aimaient tuer les Arabes.

Des dirigeants égyptiens sont venus nous présenter leurs condoléances, à la maison. L’un d’eux a dit, à mon frère, mes sœurs et moi qui avais 8 ans : « Lequel de vous va venger le sang de son père en tuant des Juifs ? » Nous sommes restés sans voix. J’avais l’impression que si j’aimais mon père, alors je devais tuer des juifs.


Comment s’est déroulée votre scolarité ?


Ma famille a reçu une pension de l’Etat égyptien.

J’ai étudié au collège catholique britannique, où l’on ne me parlait plus de haine, puis la sociologie et l’anthropologie à l’Université américaine du Caire.

J’ai été journaliste.


Pourquoi êtes-vous partie aux Etats-Unis ?


Mon premier mari était Copte, et je ne pouvais pas épouser un non-musulman en Egypte. Ma mère était tolérante. Les coptes sont toujours persécutés en Egypte.

J’ai apprécié l’égalité, la démocratie, la liberté aux Etats-Unis où je travaillais comme secrétaire.

Dans une mosquée américaine, on exhortait les musulmans à ne pas s’intégrer dans ce pays – « Nous sommes ici pour islamiser l’Amérique » -, et les musulmanes à porter fièrement le hijab que je n’avais jamais revêtu en Egypte.


Quels évènements vous ont fait évoluer ?

 Cela a été progressif. Par des lectures et des rencontres, je me suis rendue compte que les Juifs étaient différents de ceux portraiturés par l’endoctrinement de ma prime jeunesse.

En 1995, mon frère a eu un accident vasculaire cérébral en Egypte. Les médecins cairotes ont dit à ma famille : « Si vous voulez qu’il survive, il faut l’envoyer à l’hôpital Hadassah ». Soigné en Israël, mon frère a récupéré miraculeusement 95% de ses facultés. Je me suis alors dit : « Si des médecins égyptiens conseillaient de confier un patient à leurs confrères israéliens, c’est que les Juifs ne sont pas comme on nous les avait décrits ».

Les attentats du 11 septembre m’ont horrifiée. Je revenais d’un séjour en Egypte où j’avais perçu chez de jeunes Egyptiens l’anti-américanisme, l’antisémitisme, l’anti-israélisme et leur demande de visas pour les Etats-Unis. En voyant les avions s’écraser sur les Twin Towers, j’ai pensé : « C’est le jihad ». Des amis en Egypte ont alors allégué qu’il s’agissait d’un « complot Juif » !

Comme Arabe, je n’ai pas été discriminée en Amérique. Mes amis américains ont été très gentils avec moi. J’ai écrit une lettre à mes amis américains pour exprimer mes sentiments. Diffusée sur Internet, cette lettre a eu un large écho inattendu.

J’ai reçu des messages d’Arabes partageant mes idées, mais voulant garder l’anonymat, par peur. J’ai senti leur besoin d’un forum. En 2004, j’ai créé le site Internet ArabsforIsrael, décliné en anglais, arabe, français, espagnol...

Certains qualifient l’islam de « religion de paix »…


L’islam signifie la soumission, pas la paix (salam). La paix n’est pas une valeur pour l'islam. Elle n'est pas enseignée aux musulmans comme un objectif, et résulte d’une situation de faiblesse pour eux.

Quelle est votre analyse des problèmes du monde musulman?

Les problèmes centraux sont le jihad et la charia qui constituent l’essentiel du Coran. Mener le jihad pour l’expansion de l’islam et l’avènement d’un califat mondial, c’est un impératif pour chaquemusulman. Même si son dirigeant ne mène pas le jihad. Dans le Coran, le jihad est associé à la violence dans 97% des occurrences, et dans 3% c’est le jihad intérieur : il s’agit des efforts du musulman pour se soumettre à Allah et à la charia sans se poser de question.

Le mensonge est obligatoire si c’est dans l’intérêt de l’islam [Nda : taqyia]. Si votre objectif est le jihad, vous devez le dissimuler.

Il n’y a pas de démocratie dans le monde musulman. Cela vient de la charia qui prévoit des modalités d’accès au pouvoir suprême – la désignation par le titulaire du pouvoir ou par les plus hauts dirigeants du monde islamique, la force -, ignorant des élections libres, et le devoir d’obéir au chef d’Etat musulman, même s’il est un tyran.

La plupart des Arabes n’acceptent pas la moindre interrogation sur l’islam. Il faut le réformer en enlevant les mentions sur le jihad et la charia.

J’ai signé la déclaration du Sommet de l’islam laïc (5 avril 2007) qui prône la séparation de la mosquée et de l’Etat dans les pays islamiques.

Les autres problèmes sont le manque de liberté, l’analphabétisation, le statut inférieur de la femme, l’absence de loyauté dans un couple islamique.

L’éducation musulmane induit deux sentiments exacerbés : l’honneur et la honte.

Comment votre combat est-il perçu par des musulmans ?

Je ne suis pas contre les musulmans et les Arabes.

La censure perdure dans le monde arabe. Quand des médias arabes m’interviewent, je me rends compte qu’ils n’ont pas lu mes livres.

Je m’exprime sur les campus d’universités américaines, qui souvent abritent une association musulmane radicale. Je cite les sourates et hadiths du Coran à l’appui de mes dires. Au premier rang, il y a généralement une musulmane voilée qui défend la charia. Quelques Arabes à la fin d’une conférence viennent me voir pour me chuchoter qu’ils me soutiennent.

Que devrait faire l’Occident face au terrorisme islamiste ?

L’Occident ne doit pas se haïr. Il ne doit pas pratiquer la politique de l’apaisement ni demander tout le temps pardon, au détriment de ses valeurs. Tous les pays ont des faits à se reprocher.


Comment analysez-vous le conflit au Proche-Orient : une guerre israélo-palestinienne, israélo-arabe ou entre le monde musulman et Israël ?
C’est une guerre religieuse sainte de jihad, du monde musulman contre Israël. Ses racines sont en partie dans l’islam. Ce n’est pas un conflit pour donner un territoire aux « Palestiniens ».  Ce terme se réfère à un espace géographique, et non aux musulmans ou aux Arabes.

Les non-musulmans n’ont pas le droit de se gouverner ; ils doivent être sous autorité musulmane. Les concessions territoriales ne servent à rien.

Contre Israël, la Ligue Arabe a maintenu les « Palestiniens » dans le statut de réfugiés et soutient les mouvements terroristes.

Le 15 avril 2009, vous vous êtes exprimée avec le Dr. Tawfik Hamid lors d’une conférence sur « le Hamas, le vrai obstacle à la paix ? » au Parlement européen. Comment votre message a-t-il été perçu ?

Bien. J’ai dit que le Hamas est un mouvement terroriste, islamiste, qui opprime son peuple et vise la destruction d’Israël en lui substituant un Etat régi par la charia.


Nonie Darwish est l'auteur de Now They Call Me Infidel, Why I Renounced Jihad for America, Israel and The War On Terror (Sentinel, 2006) et de Cruel and Usual Punishment, The Terrifying Global Implications of Islamic Law (Thomas Nelson, 2008).



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 Cet article avait été commandé par L'Arche.

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