lundi 15 février 2016

Ehoud Olmert a monologué face aux représentants de la communauté juive française


Âgé de 68 ans, Ehoud Olmert "a été condamné en 2014 par un tribunal de Tel-Aviv à une peine de six ans de prison ferme et à une amende de 1 million de shekels (210 000 euros) pour avoir touché des pots-de-vin dans un mégascandale immobilier à Jérusalem" dont il était  maire (1993-2003). Le 15 février 2016, il "est entré dans la prison de Ramleh pour y purger sa peine de 19 mois pour corruption". Le 22 octobre 2007, lors de sa brève visite à Paris, Ehoud Olmert, alors Premier ministre israélien, avait été chaleureusement accueilli par la communauté Juive française. Il a vait évoqué sa convergence de vues avec le Président de la République, alors Nicolas Sarkozy, notamment sur la menace nucléaire iranienne, la prochaine réunion à Annapolis et les prouesses de l’économie israélienne. Comme en 2006, il a monologué, sans que le public puisse l’interroger. 


Bis repetita… Ehud Olmert ne prise décidément pas le dialogue public avec la communauté Juive française instituée.

Pour sa deuxième visite officielle à Paris, et à l’invitation du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), Ehoud Olmert s’est exprimé devant près de 200 « responsables de la communauté juive et des associations d’amitié franco-israéliennes », dont Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), et le grand rabbin de France Joseph Sitruk.

Mais, alors que le public avait été autorisé à interroger son prédécesseur Ariel Sharon en 2005, nul n’a pu poser de questions à Ehoud Olmert.

Un orateur qui a usé des recettes classiques de la communication : il a favorisé l’intimité avec l’auditoire, l’a placé en confident, l’a fait rire, etc.

Et son discours a été chaleureusement applaudi.

Un discours souvent convenu, vraisemblablement pas assez intéressant pour empêcher certains de poursuivre leurs conversations, et ce à quelques mètres du chef du gouvernement israélien.

D’abord, Ehoud Olmert a souligné le langage sincère, ferme et clair du Président de la République Nicolas Sarkozy, « ami véritable de l’Etat d’Israël ». Il a loué sa conscience aiguë du danger de la menace nucléaire iranienne dirigée contre « le monde démocratique, contre tous ceux qui partagent nos valeurs humanistes, d’égalité. Le président Poutine n’a aucune volonté de voir un Iran nucléarisé ».

Il a insisté sur l’atmosphère nouvelle « plus amicale, plus aimante » qui prévaut entre les deux pays.

Il a remercié la communauté Juive française qu’il espère « revoir bientôt, peut-être en Israël ».

« Un processus de paix comprend des risques et des opportunités »
Puis, Ehoud Olmert a enchaîné sur « le processus en cours qui peut évoluer en négociations avec les Palestiniens ».

Un processus qui suscite « des débats entre nous. Ceci fait partie de notre mode de vie. Sans sécurité, il n’y aura pas de paix. On me demande souvent : « N’est-il pas dangereux de commencer aujourd’hui un processus de paix avec les Palestiniens ? » Ces questions sont légitimes. Il n’y a pas une seule réponse à cette question. Un processus de paix comprend des risques et des opportunités. Je crois qu’il faut saisir toutes les opportunités pour avoir une paix véritable avec tous nos voisins. La réunion à Annapolis ne sera pas un lieu de négociation. Israël est un pays fort : il peut négocier sur les points les plus difficiles et nul ne l’oblige à aller vers des négociations. Actuellement, il y a des dirigeants palestiniens prêts à vivre avec un Etat juif et qui déclarent être prêts à lutter contre le terrorisme ».

A qui Ehoud Olmert faisait-il allusion ? Certainement pas aux chefs du Hamas.

Alors, qui d’autres ?

Le président Mahmoud Abbas, membre éminent du Fatah ? Le 11 octobre 2007, la télévision du Fatah montrait la carte « Palestine 2007 » où « l’Etat d’Israël était peint aux couleurs du drapeau palestinien. La description de tout l’Etat d’Israël en « Palestine » n’est pas pure coïncidence : elle est un élément de l’éducation au sein de l’Autorité palestinienne. Ce message d’un monde sans Israël est répété dans les manuels scolaires palestiniens, les programmes pour enfants, les mots croisés, les clips vidéos, les noms des rues, etc. Cette image [sur la carte] destinée à la population palestinienne est celle d’un monde sans Israël » (Itamar Marcus et Barbara Crook, Palestinian Media Watch, 17 octobre 2007).

« Nous sommes formidables »
« Nous sommes formidables, et nous avons tendance à nous complaire dans les récriminations », a estimé Ehoud Olmert. Il a conclu sur une note optimiste sur l'économie israélienne : un taux de croissance annuel très élevé, 24 milliards de dollars d’investissements étrangers, une balance des paiements positive, etc.

Une déclaration saluée par une salve d’applaudissements.

Comme nous l’indiquions déjà le 17 juin 2006, peu après la rencontre précédente et identique prévue pour Ehoud Olmert : « Malheureusement, par manque de temps peut-être, le public n'a pu poser aucune question. Dommage, une rencontre, c'est quand même mieux quand elle permet l'instauration d'un dialogue… »

Les sujets d’interrogation ne manquaient pourtant pas : l’avenir de Jérusalem, les derniers rebondissements de l’affaire al-Dura, le rôle néfaste d’universitaires israéliens, fonctionnaires thuriféraires les plus durs de leur Etat, l’inaction israélienne à l’égard de plaintes déposées par les victimes, françaises ou franco-israéliennes, d’attentats terroristes palestiniens en Israël…

Myriam Lehmann-Zaoui (z’’l) a été tuée lors de l’attentat terroriste au Park Hotel à Netanya, le soir du Seder de Pessah (Pâque) 2002. Son fils, Bernard Zaoui, préside l’AMLZ (Association Marianne Lehman-Zaoui) et a déposé plainte contre les divers dirigeants palestiniens pour obtenir la condamnation des organisateurs de cet attentat. Il confiait à Guysen : « Notre action en justice a été constamment freinée en raison de relations politiques franco-israéliennes difficiles. Dès l'élection du Président de la République, Nicolas Sarkozy, la cellule antiterroriste française m’a indiqué qu'une commission rogatoire allait être envoyée en Israël. La justice israélienne ne répond pas à cette demande. Ehoud Olmert va-t-il favoriser les actions en justice initiées par les familles des victimes de ce terrorisme palestinien ? » Ou le gouvernement Olmert pratique-t-il une cynique realpolitik pour ne pas ternir ceux qu’il considère comme des « partenaires pour la paix » ?

Conviée tardivement, la communauté Juive française ne mérite-t-elle pas plus de considération qu’un statut d’« audience captive » ?

On comprend d’autant moins ces absences répétées de dialogue public avec les représentants de cette communauté qu’Ehoud Olmert s’entretient avec des dirigeants qui, eux, ne sont pas vraiment des amis d’Israël…


ADDENDUM : Le 31 mars 2014, un tribunal de Tel Aviv a condamné Ehoud Olmert pour corruption notamment dans le scandale lié au projet immobilier "Holyland". Il lui est "reproché d'avoir perçu illégalement 750 000 shekels (environ 156 000 euros) pendant son mandat de maire de Jérusalem (1993-2003), et d'avoir menti à la justice".
Âgé de 68 ans, Ehoud Olmert "a été condamné par un tribunal de Tel-Aviv à une peine de six ans de prison ferme et à une amende de 1 million de shekels (210 000 euros) pour avoir touché des pots-de-vin dans un mégascandale immobilier à Jérusalem" dont il était  maire (1993-2003).

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Cet article avait été publié par Guysen et sur ce blog les 1er avril et 13 mai 2014.

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