dimanche 3 mai 2015

Un dîner-débat intercultuel organisé par des musulmans à Drancy


A l’occasion des « Journées portes ouvertes entre synagogues, mosquées et centres communautaires juifs et musulmans » (13-15 novembre 2009), nous publions cet article sur la nécessité d’un dialogue avec les musulmans sans avaliser le mythe « islamiquement correct » de la « coexistence harmonieuse et égalitaire interconfessionnelle en terre d’islam », dans le cadre des relations confessionnelles ou politiques. Le 5 mai 2015 à 20 h 30, dans le cadre du cycle d'activités Juifs, musulmans, chrétiens: et si pas maintenant, quand ?le Centre communautaire laïc Juif (CCLJ) propose la conférence  Marek Halter, Hassem Chalghoumi: Faisons-le... ensemble. "Réconciliez-vous", "faites-le !". Dans ces deux ouvrages, Marek Halter, sous ces deux injonctions, nous invite au passage à l'acte qui sera la clé du siècle à venir : Se réconcilier ! "Dites, mes amis juifs, musulmans, chrétiens, voulez-vous vivre ainsi dans la haine longtemps? Dans notre pays, vous habitez souvent la même rue, le même quartier. Vos enfants fréquentent la même école... Pour que l'aversion de leurs parents n'assombrisse pas leurs lendemains: réconciliez-vous !" Ces propos, Hassen Chalghoumi ne cesse depuis des années de les répéter au risque de sa vie. Imam de Drancy, il n'a de cesse de prôner le vivre-ensemble, la rencontre, l'échange, la tolérance". 
A l’initiative de musulmans de Seine-Saint-Denis (département au Nord de Paris), « où se fabrique la France du XXIe siècle » (Claude Bartolone, député), ce dîner-débat interconfessionnel et interculturel, dénommé aussi « dîner républicain », présidé par Jean-Christophe Lagarde, maire de Drancy, et Hassan Chalghoumi, imam de Drancy et président de la Conférence des imams de France réunissant une soixantaine d’imams et intellectuels musulmans, a suscité soutien et réserves.

Y assistaient ce 10 juin 2009 plus de 200 convives, dont Rachid Kaci, alors conseiller technique du Président de la République Nicolas Sarkozy en charge de la politique de la ville et de la diversité, des élus locaux, hauts fonctionnaires, dirigeants d’organisations juives, rabbins – David Messas, grand rabbin de Paris, Michel Serfaty, co-responsable de l’Amitié judéo-musulmane de France (AJMF) -, imams, diplomates de pays arabes et des Etats-Unis, représentants d’associations œuvrant dans le dialogue interconfessionnel afin de préserver le vivre-ensemble et fourmillant de projets, scouts musulmans, mais peu de musulmanes, dont la moitié portait le foulard islamique.

Pour éviter d’accroître les divisions parmi la communauté musulmane, des évêques et Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur, avaient décliné l’invitation. Le grand rabbin de France Gilles Bernheim et des membres du CFCM (Conseil français du culte musulman) étaient absents. Quant à l’invitée d'honneur, Christine Boutin, elle y participait en « catholique pratiquante », et non comme ministre de la Ville et de l'exclusion, la fonction qu’elle exerçait alors.

Par tact, le repas excluant le vin était casher. Il a débuté par une bénédiction musulmane.

Des appels à la fraternité
Thème annoncé du débat : « les voies du dialogue, les chemins de la fraternité ».

Les personnalités étaient interrogées sur la « contribution de la religion à la cohésion et à la paix sociales », et souvent abondaient en ce sens.

Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, s’élevait avec fermeté contre cette idée : « Il faut se garder de vouloir instrumentaliser d’une quelconque manière une religion, quelle qu’elle soit. C’est la grande invention de cette notion de laïcité qui veut distinguer, pas séparer, l’ordre spirituel qui a ses propres fondements, sa propre logique, sa propre finalité, son propre calendrier, d’avec l’ordre temporel qui, lui, est sur d’autres contingences et d’autres nécessités. En revanche, dans ce département notamment, et qui est particulièrement emblématique, il y a nécessité de dialogue, qui veut d’abord dire respect entre ceux qui sont amenés à discuter, à disputer au sens étymologique de disputatio. Ce dialogue implique la vérité pour éviter qu’on arrive rapidement à une espèce de syncrétisme qui voudrait qu’on relève les convergences ou les évidences, et qu’on passe sous silence les divergences théologiques qui peuvent exister, mais qui ont des conséquences dans la vie quotidienne néanmoins ».

Si les religions étaient décrites comme facteurs de paix, médiation et dialogue, l’importance de la laïcité était rappelée par des édiles.

Des orateurs, dont Anne Hidalgo, 1ère adjointe au maire de Paris Bertrand Delanoë, et le grand rabbin David Messas avalisaient le mythe « islamiquement correct » de « l’âge d’or des relations interconfessionnelles harmonieuses en terre d’islam » tolérante.

Enfin, Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), rendait hommage à l’imam Chalghoumi qui a maintenu le dialogue avec les organisations juives et prôné la modération pendant l’opération israélienne Plomb durci contre le Hamas dans la bande de Gaza. Il proposait à la jeunesse de mener des actions communes humanitaires.

Rythmée par des chants en arabe et une Marseillaise orientalisée, puis par des airs d’opéra interprétés par le baryton David Serero et un film abscons, ode à l’islam qui « ne sait dissocier le spirituel du temporel, [et où] foi et citoyenneté y trouvent harmonie dans une logique saine », cette soirée présentait l’exposition Judaïsme, christianisme, islam, proches… lointains de l’Institut du monde arabe (IMA).

Le discours controversé du président Barack Obama au monde musulman (Le Caire, 4 juin 2009) y était distribué…

D’autres dîners similaires étaient annoncés. Cette initiative devrait avoir des prolongements, dans les villes des Imams membres de la Conférence des Imams de France.

Le 8 avril 2014, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), l’Imam Hassen Chalghoumi, président de la Conférence des imams de France, a convié trois cents convives, dont Tarak Ben Ammar, l’écrivain Marek Halter, des grands rabbins, les présidents du  CRIF et du Mémorial de la Shoah, des prêtres, des pasteurs, des imams dont le directeur de la Ligue islamique mondiale, l’évêque des Églises évangéliques et le mufti de la République centrafricaine, "représentants des deux communautés qui se combattent actuellement dans ce pays", des ministres de Centrafrique et de Guinée équatoriale, pour la deuxième année au "dîner annuel républicain Vivre ensemble”. Invitée d'honneur, Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux, ministre de la Justice, "a loué le dialogue entre les religions et la tolérance" : « La République française est une République laïque, une république qui dit qu'elle est capable de contenir en son sein toutes les croyances du monde, toutes les philosophies du monde ». La ministre de la Justice "avait auparavant déposé une gerbe au mémorial de la Déportation à Drancy". 

Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 614-615, juillet-août 2009, de L’Arche, et dans ce blog les 14 novembre 2009,
- 3 septembre 2013. Le 1er septembre 2013, Hassan Chalghoumi, imam de Drancy, a déclaré avoir été agressé physiquement, ainsi que ses deux enfants, alors qu'il séjournait à Gammarth (Tunisie). Son avocate Me Samia Maktouf et M. Chalghoumi ont déclaré que l'agresseur avait qualifié ce dernier de "sioniste", de "juif" et de "collaborateur". Une version contestée par Me Pascal Garbarini, avocat de l'agresseur présumé et prénommé Karim qui a été arrêté par la police tunisienne. Ce 3 septembre au matin, Hassan Chalghoumi a été amené à l'hôpital d'instruction des armées Bégin, à Saint-Mandé (Val-de-Marne), après un malaise cardiaque ;
- 9 avril 2014.

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