Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 14 novembre 2019

« 13 novembre, la vie d'après » par Olivier Lemaire


« 13 novembre, la vie d'après » (Das Leben danach. Der 13. November 2015) est un documentaire peu intéressant réalisé par Olivier Lemaire. Le « quotidien de ceux qui vivent ou travaillent à proximité des lieux touchés par les attentats du 13 novembre 2015 avec, en fil rouge, les milliers de témoignages déposés par des anonymes. Un hommage documentaire plein de délicatesse ». 
Le 13 novembre 2015, plusieurs terroristes islamistes ont commis, au nom de l'Etat islamique (ISIL, ISIS ou Daech), des attentats près du Stade de France, à Saint-Denis (banlieue au nord de Paris), et à Paris aux terrasses de café et dans la salle de spectacles Le Bataclan.

« Âgés de 16 à 74 ans, ils sont boulanger, chanteuse, chômeur, prof, restauratrice, concierge, infirmière, retraité, commerçante, lycéenne », relieur, restaurateur, intérimaire.

Ils « vivent ou travaillent dans les quartiers parisiens attaqués le 13 novembre 2015 par les commandos de Daech, à quelques mètres du Bataclan, du bar du Carillon ou de la brasserie La Bonne Bière, des restaurants Le Petit Cambodge et La Belle Équipe » cibles des terroristes islamistes.

« 13 novembre, la vie d’après » est une plongée dans le quotidien de dix Parisiens des 10e et 11e arrondissements, issus de cultures, de milieux sociaux et de générations différents ». Des arrondissements populaires boboïsés, en voie de gentrification depuis quelques décennies, et où vit une importante communauté juive. Des Juifs français absents du documentaire. Un quartier de "mixité".

Après les attentats terroristes islamistes ? Pour certains, il s'agit de fuir un régime dictatorial, pour d'autres de travailler dans un quartier fréquenté depuis l'enfance. Pour d'autres encore, réaliser un rêve professionnel ou poursuivre sa vie là où ils ont grandi. Une commerçante a mis plusieurs semaines avant de reprendre le chemin de son atelier pour fabriquer des bijoux, des "objets futiles". Un intérimaire musulman français se remet en question, entre regrets d'avoir interrompu trop tôt sa scolarité et espoir d'une vie meilleure pour son fils. Une restauratrice rechigne à répondre aux questions de clients l'interrogeant sur "ce qui s'est passé". Souvenirs trop douloureux.

« Comment continuer à vivre lorsqu'on a côtoyé l'horreur ? Comment surmonter la douleur ? Comment faire face à la routine du quotidien et croire encore dans l'avenir ? À travers des récits particulièrement forts », ces Parisiens « confient et racontent l'après, la tristesse, la peur, mais aussi l'émotion collective, la naissance d'une solidarité, le combat personnel, l'attachement à leur quartier et la vision d'un pays… », des souvenirs qui "reviennent tout le temps", l'envie de partir tout de suite après. Les résultats scolaires d'une lycéenne s'en ressentent, car elle "réalise ce qu'est la mort". Originaire du Maroc, un boulanger, "simple citoyen français" que viennent voir des gens du monde entier, veut entreprendre des travaux dans sa boulangerie pour "effacer les traces comme quoi on a été atteint" par les attentats. Un retraité fait des digressions sur les réfugiés, les migrants...

« Parallèlement, pour la première fois dans l'histoire de Paris, les hommages déposés dans les rues", notamment dans une place de la République défigurée par les travaux des maires socialistes, ont été collectés, archivés puis numérisés par les archives de la Ville, soit près de huit mille pièces, rendues publiques pour la première fois en septembre 2016 ». 

Le « documentaire suit ce patient travail d'archivage, donnant aussi à entendre et à voir cet immense témoignage collectif ». Comment archiver des écrits - "Pas peur" - sur des papiers si fragiles ? 

Le « film choral d'Oliver Lemaire dresse avec sensibilité un portrait en mosaïque du Paris d'aujourd'hui et de ses habitants, hommage à une ville blessée, mais toujours vibrante ».

Il est significatif qu'Arte rappelle ces attentats, non par une enquête sur ceux ayant commis les attentats terroristes islamistes ou sur les carences des autorités politiques, judiciaires et de renseignements, mais par un documentaire sur l'émotion, sur l'affect.

Un documentaire peu intéressant, hormis les magnifiques vues de Paris, du canal.

Antoine Leiris
Fille d'une mère française d’origine kabyle et d'un père juif marocain, Hélène Muyal-Leiris, maquilleuse et coiffeuse, était mariée à Antoine Leiris, journaliste né en 1981. Le couple avait un fils âgé de 17 mois. Hélène Muyal-Leiris a été tuée à l'age de 35 ans au Bataclan par des terroristes islamistes de l'Etat islamique.

Le 16 novembre 2015, Antoine Leiris publie sur Facebook le post "Vous n’aurez pas ma haine" :
"Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.
Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.
Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de douze ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus".
Ce texte est mis en Une du Monde et a un écho très large : centaines de milliers de partage sur Facebook, traduction. A ce quotidien, il déclare :  « Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes ».

En 2016, Fayard publie un livre d'Antoine Leiris sous le titre de ce message personnel. L'auteur y relate les douze premiers jours « d’une vie à trois qu’il faut poursuivre à deux ». « Le livre s'est écrit d'un trait, une fois mon fils à la crèche ou couché. L'écriture n'a pas de vertu thérapeutique mais c'est une parenthèse dans le chagrin », confiait Antoine Leiris. "Ce récit est précieux en raison non seulement de l'appel à l'amour et à la liberté qu'il constitue mais également de ses grandes qualités d'écriture. Cet ouvrage sera plus volontiers l'objet d'une étude au lycée, dans le cadre élargi du programme de Seconde (« Genres et formes de l'argumentation ») ou dans celui du programme de Première (« La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation du xvie siècle à nos jours »). Il pourra également faire l'objet d'un enseignement croisé entre Français et EMC (Enseignement moral et civique) dans la mesure où il permet d'aborder la question du terrorisme, de la mémoire et des réseaux sociaux".

Dans ses interviews, il alerte contre « la défaite de la pensée », prônant une réponse culturelle aux attentats afin de saisir l’horreur et lui opposer une réponse adéquate : « Je pense que la culture nous fait avancer, elle nous fait grandir. On parlait d’ignorance… Évidemment, ça doit passer par la culture. À force de la refuser, de la mettre de côté, on finit par en priver une grande partie des gens qui ont le désir de s’élever. » Antoine Leiris est distingué par le Prix littéraire du Rotary d’expression française.

Quelques mois plus tard, France 5 diffuse son documentaire "Vous n’aurez pas ma haine". Réalisateur, il a interviewé des victimes du 13-Novembre, le psychiatre Boris Cyrulnik, le philosophe Abdennour Bidar et une rescapée de l'attentat de la rue de Rennes en 1986.

En novembre-décembre 2017, le Théâtre du Rond-Point propose la pièce "Vous n'aurez pas ma haine", d'après le récit d'Antoine Leiris, dans une mise en scène de Benjamin Guillard, avec Raphaël Personnaz, et sur une composition musicale d'Antoine Sahler, "Bataclan 2015, Hélène Leiris tombe sous les balles des terroristes. Antoine Leiris, journaliste et écrivain, signe alors une lettre qu’il titrera Vous n’aurez pas ma haine. Raphaël Personnaz raconte un combat intérieur, une reconstruction." Une pièce de théâtre saluée par la critique.

En octobre 2019, Robert Laffont publie "La vie, après" d'Antoine Leiris. « J’ai attendu de nous savoir solides pour reprendre la plume. J’ai alors tenté de consigner les mues, cette écume du changement, depuis la perte de tous les repères jusqu’ à cet instant où le ciel se dégage, presque d’un coup. C’est là que vient la vie, après. » Quatre ans plus tard, tous deux ont changé et grandi. Antoine Leiris n’est plus le même homme, ni le même père ; Melvil est devenu un petit garçon. C’est ce voyage que raconte La Vie, après. Celui d’un homme et de son fils qui ont poursuivi, malgré tout, leur chemin vers la vie. Un récit affectif et lumineux, qui dit combien l’ écriture est source et témoin du vivant".

Patrick Jardin
Âgée de 31 ans, Nathalie Jardin travaillait au sein de l'équipe technique du Bataclan comme régisseuse-lumière. Le 13 novembre 2019, elle assistait au concert dans cette salle de spectacles.

Son père, Patrick Jardin, exprime un discours non "politiquement correct" qui suscite ostracisation, voire injures, des MSM (MainStream Medias).

Il s'est opposé en 2018 au concert du rappeur Médine au Bataclan les 19 et 20 octobre 2018. Il s'est adressé aux députés de tous les partis politiques. Seuls "des gens de droite" lui ont répondu. Finalement, après la polémique suscitée, Médine et le Bataclan ont annulé ces deux soirées « dans une volonté d’apaisement ».

"Je suis en lutte contre l’islamisation de mon pays. J’estime que c’est très dangereux. J’habite en Belgique, et du côté français il y a Roubaix et Tourcoing, de vraies zones de non-droit où la charia est déjà en place. Il y a des cafés dans lesquels les femmes n’ont pas le droit de se rendre", a-t-il expliqué au micro d’André Bercoff sur Sud Radio (14 février 2019). "Lors de cet entretien avec André Bercoff, Patrick Jardin s’est également dit "persuadé que ce qui s’est passé au Bataclan aurait pu être évité". "Il y a eu d’énormes dysfonctionnements dans les services de l’État, c’est épouvantable. Lorsqu’à 11h30, lors d’un exercice de simulation d’un attentat de masse Bernard Cazeneuve dit à son préfet : 'Je m’attends à un attentat de 130 morts', et que le soir il y a effectivement un attentat de 130 morts, soit Monsieur Cazeneuve est un devin, soit il savait des choses. Je n’ai pas de preuves, mais j’ai d’énormes doutes", a déclaré Patrick Jardin. ""Dès que j’ai su ça, mon but était était d’acheter une kalachnikov, d’entrer dans une mosquée à l’heure de la prière et de faire la même chose. Je ne suis pas du genre à attendre l’autre jour, c’est pas mon style. J’avais envie d’en tuer au moins une centaine. Mais après je me suis dit : 'il y a sans doute des musulmans qui n’y sont pour rien, et puis je ne peux pas imposer à mon fils de vivre dans la peur toute sa vie parce que j’aurais assouvi ma vengeance'", a déclaré Patrick Jardin".


« 13 novembre, la vie d'après » par Olivier Lemaire
Agat Films, 2016, 59 min
Sur Arte les 8 novembre à 21 h 50 et 19 novembre 2016 à 3 h 05
Visuels Agat Films

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 7 novembre 2016, puis le 13 novembre 2017.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire