mardi 15 novembre 2016

"Guet-apens" au Beth Din de Paris

 

Lguet est l'acte de divorce juif religieux postérieur au divorce civil, libérant une femme divorcée des liens de son mariage religieux, et lui permettant de se remarier religieusement avec un autre homme sans être considérée comme adultère et sans que ses éventuels futurs enfants comme bâtards. Au printemps 2014, une affaire concernant un guet qui aurait été délivré au siège du Consistoire israélite de Paris Ile de France contre un chèque de 90 000 euros a éclaté. Un cas révélateur d'instrumentalisations multiples préjudiciables. Le Rav Uriel Aviges donnera deux conférences à Paris : "La religion définit-elle une identité ?" (19 novembre 2016 à la synagogue de La Roquette,) et "Le douloureux problème des Agounoth, les solutions envisageables" (26 novembre 2016 au centre Moadon). Le 14 novembre 2016, le ministère israélien de la Justice a annoncé que les maris juifs israéliens "qui refusent d'accorder le divorce religieux à leur femme pourront désormais être poursuivis par la justice et encourront même des peines de prison ferme".

Guet-apens, Règlements de comptes, Tout ça pour ça... On songe à ces titres de films ou à la morale de la fable Le rat et l’huître de Jean La Fontaine pour une histoire mal scénarisée.


Lguet est l'acte de divorce juif religieux postérieur au divorce civil, libérant une femme divorcée des liens de son mariage religieux, et lui permettant de se remarier religieusement avec un autre homme sans être considérée comme adultère et sans que ses éventuels futurs enfants comme bâtards. L'homme est tenu de donner le guet, et la femme de le recevoir. La femme juive mariée dont le mari ne peut pas - mari disparu sans laisser de trace, absence de preuve du décès, etc. - ou ne veut pas consentir au divorce religieux est une agouna. L'enfant né de la relation entre l'agouna et un homme est considéré comme bâtard et appelé mamzer.


Un divorce particulièrement conflictuel
Le 18 mars 2014, lors d’une réunion au siège du Consistoire israélite et en présence en particulier du couple divorcé, de membres de la famille de l'ex-épouse, de Michel Gugenheim, grand rabbin de Paris, responsable du service des divorces et grand rabbin de France par interim, du rabbin Betslalel Levi, responsable du service des divorces au Consistoire, et des Rabbins Betsalel Levy, Salomon Malka et Haïm Perez, tous trois membres du Service des divorces au Consistoire, ainsi que de Yossef Itshak Pevzner, directeur des Institutions scolaires Sinaï (mouvement Loubavitch), un mari récalcitrant aurait obtenu contre la remise du guet à son ex-femme Anaëlle d’une part un chèque de banque de 90 000 € libellé à l’ordre des Institutions scolaires Sinaï, et d’autre part une attestation de l’ex-épouse reniant son témoignage dans la procédure civile de divorce. 

Ce scandale a éclaté non pas dans les médias communautaires, mais par les articles Agounot : le Consistoire français rétrograde ? de Sarah Lévy dans le Jérusalem Post  du 1er avril 2014, puis Divorces : Lettre adressée aux rabbins en France et de Francesous-titré Dysfonctionnements ou dérives du service des Divorces du Consistoire ? de Liliane Vana, "spécialiste en droit hébraïque, talmudiste et philologue" publié sur JForum le 6 avril 2014, suivi de  Divorces religieux, un scandale parmi d’autres au Consistoire ! de la romancière Eliette Abécassis sur JForum (30 avril 2014). Leur diffusion sur les réseaux sociaux a suscité une vive indignation.  

Sur Radio J le 27 avril 2014, Liliane Vana a réclamé au Consistoire de "diligenter une enquête interne et honnête sur cette remise de guet, de mettre à l'écart les personnes concernées" par cette affaire, de "nommer d'autres rabbins au service du guet" afin de remédier à des "dysfonctionnements - pas de réponse aux appels, lettres -" et d'entamer une réflexion sur le guet avec des personnes qualifiées. Elle a indiqué avoir participé avec Joël Mergui et deux autres personnes à une réunion avant Pessah sur le guet.
Tout s’accélère le 6 mai 2014, par la publication par Avenir du judaïsme, mouvement notoirement hostile à Joël Mergui, président des Consistoires israélites de Paris-Ile de France et de France, de la tribune Le scandale du racket au guet au Beth Din de Paris : la preuve, illustré notamment par une photo extraite de la vidéo de cette réunion réalisée sans autorisation par les frères d'Anaëlle et montrant MM. Pevzner, Perez et Gugenheim. 

Le 7 mai 2014 au soir, L’Express a publié l’article Le Grand rabbin de France par intérim au cœur d'un scandale financier, puis Radio Shalom a interviewé Jonathan et Michaël, deux frères de l’ex-épouse Anaëlle, et a diffusé un extrait audio peu compréhensible de cette réunion. 


Ces deux frères ont relaté les cinq années nécessaires à leur sœur pour obtenir ses divorces, civil puis religieux, son accord pour restituer les bijoux offerts, les exigences financières du mari récalcitrant - d'abord 30 000 euros en espèces, puis 90 000 euros - transmises par des rabbins consistoriaux soucieux de "discrétion", ont insisté sur de prétendues menaces visant leurs enfants et d'annulation du guet accordé in fine, déclaré qu'en début de la réunion du 18 mars 2014 ils ont du remettre leurs téléphones portables, ont indiqué que le chèque de 90 000 euros leur a été restitué après la remise du guet et donc à l'issue de la réunion quand l'un des frères a informé ces rabbins de leur dépôt juste avant la réunion d'une main courante au commissariat de police pour "tentative d'extorsion de fonds en bande organisée", ont affirmé leur souhait que le chantage au guet ne soit plus admis par le Consistoire, et ont proclamé leur attachement à cette institution. 

Le 8 mai 2014, sur RCJ, le grand rabbin Michel Gugenheim a dénoncé une “campagne de dénigrement dont il est victime”, et expliqué que l’ex-femme Anaëlle était d’accord avec les conditions fixées par le mari récalcitrant pour lui remettre le guet attendu depuis cinq ans” par cette jeune femme. Il a nié “toute extorsion de fonds par l’institution consistoriale ou par des rabbins liés au Consistoire”, et a souligné que la demande d’argent émanait de l'ex-mari. 


Le Consistoire n’a-t-il pas entériné cet accord ?”, a interrogé Shlomo Malka. Le grand rabbin Michel Gugenheim a réfuté : “Suis-je en droit d’annuler le guet prévu, de bloquer une procédure, d’empêcher une femme d’avoir son guet et de refaire sa vie ?” Après avoir dressé un parallèle entre la situation des Agounot [épouses juives dont le mari récalcitrant refuse d'accorder le divorce religieux juif, Nda] et celle des maris contraints d’attendre le divorce religieux en raison du refus de la femme de le recevoir, il a exclu toute réforme du guet en avançant plusieurs raisons : le “système français religieux original, incitatif et non coercitif, et d’une audace halakhique”, et le "respect de la “règle de base selon laquelle le guet doit être librement consenti par le mari”. Il a asséné que le problème des Agounot n’était pas "un problème exponentiel” et présenté les diverses aides, notamment juridiques, proposées par le Consistoire aux époux éprouvant des difficultés particulières.

Sur Radio Shalom, Me Alex Buchinger, secrétaire-rapporteur du Consistoire israélite de Paris, a déploré que les journalistes de cette radio ait été manipulés par la famille d'Anaëlle et d'autres personnes "œuvrant en coulisses". Il a loué la "rectitude" du Beth Din (tribunal religieux) du Consistoire et de ses rabbins "irréprochables", et regretté que le grand rabbin Michel Gugenheim n'ait pas "dit Stop à cette mascarade" en constatant la tournure de la réunion et que les parties n'étaient pas prêtes pour le guet. Il a évoqué une "partie de billard à trois bandes jouée par la famille d'Anaëlle poursuivant trois buts : obtenir le guet, feindre la réalisation d'un accord qui ne s'est pas réalisé et récupérer le chèque, et ternir l'image du Beth Din de Paris". Il a insisté sur le fait que les 90 000 € correspondaient non au prix d'obtention du guet, mais à l'indemnisation réclamée par l'ex-mari en raison de ses préjudices subis. Il a alerté sur le risque que les rabbins n'agissent plus en médiateurs dans les cas de divorces religieux par crainte d'être impliqués dans un scandale similaire. Il a rapidement évoqué le fait que le Av Beth Din du Consistoire, juge le plus compétent, a cessé ses fonctions le 31 décembre 2013, sans être remplacé à cette fonction éminente...

Radio Shalom a alors lu la lettre du "rav" Pevzner, directeur des institutions Sinaï, ayant refusé le don du mari récalcitrant, car le "don doit être volontaire", et évoquant l'indemnisation réclamée par le mari pour notamment ses frais d'avocat dans la procédure civile. A noter que JewPop avait commenté sur son site Internet une lettre de ce "rav" Pevzner. 

Puis lors du Forum des auditeurs de cette radio, une auditrice se présentant comme la sœur d'Anaëlle a allégué que le grand rabbin Michel Gugenheim aurait dicté à Anaëlle une lettre attestant que ses témoignages dans la procédure civile étaient faux. Ce qui aurait amené l'avocate d’Anaëlle à signaler à ce rabbin que cette lettre était nulle et non avenue car rédigée sous la contrainte. Un auditeur se présentant comme le père d’Anaëlle a ensuite fustigé le silence et la longue inaction du Consistoire, indiqué qu'il suffisait au Consistoire de convoquer le mari pour éviter à celui-ci une lourde condamnation par le tribunal civil (au moins 50 000 euros de dommages et intérêts et une astreinte de milliers d'euros), s'est étonné que "cette négociation-chantage d'indemnisation en parasite sur la procédure civile" ait eu lieu en impliquant le Consistoire, alors que le tribunal civil est compétent pour indemniser les éventuels préjudices subis. Il a souligné que le "rav" Pevzner avait reconnu ne pas être rabbin.

Une autre auditrice a raconté que lors de son divorce, des rabbins du Consistoire lui auraient alors dit : "Un guet, ça s'achète. Il va falloir acheter votre liberté". Et d'ajouter : "On porte une sorte de honte d'être enchaînée. Au bout de deux ans, j'ai du laisser mon appartement à mon ex-mari pour obtenir le guet, et mon ex-mari n'a pas respecté son engagement. J'ai obtenu l'annulation de mon mariage, qui a été refusée par [le Consistoire]. J'ai obtenu le guet après avoir fait une fausse couche, et avoir perdu mon enfant".

Le 8 mai 2014, Avenir du judaïsme refusait "toute forme de voyeurisme ou toute atteinte à la vie privée des personnes" et affirmait s'intéresser seulement au "fonctionnement de l'institution" consistoriale. 

Le 9 mai 2014, c'est sur Radio J que Me Alex Buchinger reprend l'essentiel de son argumentation en évoquant une "entreprise de diabolisation", un "guet-apens", une "épouse instrumentalisée par des membres de sa famille et au-delà" et ce, "pour des raisons politiques. C'est dramatique". Se fondant sur son "travail de journaliste d'investigation" et dans le respect de la confidentialité du dossier judiciaire du couple ayant divorcé, il a avancé que "si le montant de l'indemnisation a fluctué lors de la négociation de marchands de tapis, c'est du fait de la famille de la femme. Cela faisait partie d'une stratégie".

Sur Radio Shalom, l'ex-mari Yoël a réagi : "Je trouve dramatique pour la communauté juive" ce déballage et cette instrumentalisation par des membres de son ex-belle famille qui "sont capables de tout". Anaëlle a "quitté enceinte le domicile conjugal pour retourner chez ses parents. Après, son père a décidé que je ne devais pas revoir mon enfant. On m'a caché la brit-mila [circoncision, Nda] de mon fils" qui n'a pu passer les fêtes, des chabbat avec son père et ses grands-parents paternels. "C'est mon fils et moi les victimes", résumait Yoël d'une voix tendue par l'émotion. Et de lister les fausses accusations - attouchements sexuels, viols, violences sur son fils - émises par son ex-épouse à son encontre, ce qui a induit des procès additionnels coûteux au terme desquels il a été blanchi de tous les griefs, ainsi que les agressions physiques de ses ex-beaux-frères à son encontre devant son fils et ses beaux-parents, ce qui a occasionné des interruptions temporaires de travail (ITT) de plusieurs jours. Les 90 000 € ? C'était pour l'indemniser de ses "frais de justice et d'une partie de ses préjudices moraux", et en tenant compte du reçu Cerfa qui permet au donateur, en l’occurrence l'un des frères d'Anaëlle, de bénéficier d'une réduction d'impôt, donc de récupérer une partie du montant de l'argent versé. La demande que son ex-épouse revienne sur un témoignage le concernant ? C'était pour "protéger son fils et lui". Et de conclure : "Que la famille [d'Anaëlle] pense à mon fils. Il n'y a rien à gagner. J'aimerais l'apaisement, le shalom".

Le 11 mai 2014, c'est au tour de Benny Cohen, président d'honneur du Consistoire, de s'exprimer en son nom sur Radio J. Il a repris l'argumentation de Me Alex Buchinger, désigné comme fomenteurs de cette histoire "montée de toutes pièces" des candidats ayant perdu les élections consistoriales du 24 novembre 2013, et ajouté : "Pourquoi se marier sous la loi juive, pour ensuite la critiquer ? "

Ce mauvais feuilleton n'était pas terminé...


Le 12 mai 2014, Sammy Ghozlan, administrateur du Consistoire de Paris, a assuré de sa "totale confiance" le grand Rabbin Guggenheim, le rav Pevzner, les rabbins Malka et Levy. Il a souligné la nécessité de "trouver vite, sans enfreindre la « halakha, » une solution" aux Agounot. Il a élargi la problématique au "risque de laisser naître des enfants qui seront exclus de la communauté, de la synagogue, du judaïsme, parce que qualifiés de mamzerim (bâtards)". Il a alors fait allusion à ses propositions pour résoudre ces problèmes avancées lors de sa campagne à l'automne 2013. Il a finalement enjoint le rabbinat à "oser prendre ses responsabilités", et a invité toute personne ayant constaté un dysfonctionnement dans la gestion d’une institution communautaire à le signaler aux  administrateurs.


Le 13 mai 2014, Caroline Fourest a lu sur France-Culture sa chronique intitulée Scandale du racket au "guet". Cette affaire va au-delà du "problème de l'interprétation des textes au détriment des femmes". Après avoir rappelé les faits en exposant brièvement les doléances de l'ex-mari, sans expliquer les raisons du triplement du montant de la somme réclamée, Caroline Fourest a omis certaines informations ou a procédé par amalgames : ainsi, elle a évoqué la présence du grand rabbin de France Michel Gugenheim à cette réunion, alors qu'il y assistait en tant que rabbin président de la Chambre des divorces. Elle a allégué aussi qu'il a fallu "cinq ans pour avoir le divorce religieux". or, celui-ci ne peut être délivré qu'à l'issue de la procédure civile de divorce qui a duré plusieurs années. Elle a opposé conservateurs et libéraux en matière de guet : "Les plus libéraux souhaitent depuis longtemps mettre fin à ces marchandages archaïques et profondément patriarcaux en prévoyant des contrats prénuptiaux qui obligent les époux à délivrer le guet en cas de divorce civil. Mais le conservatisme règne toujours du côté Consistoire". Elle a conclu en citant une des "mesures coercitives acceptées par les rabbins" : l'emprisonnement de l'ex-mari. "C'est aux rabbins d'évoluer pour que cette pratique [du guet] cesse d'être aussi injuste et douloureuse". 

Dans sa tribune Les juifs de France doivent être mieux représentés publiée par Le Monde, Delphine Horvilleur, rabbin, a fustigé la "radicalisation"  de l’institution consistoriale "depuis plusieurs décennies. [Le Consistoire] exprime aujourd'hui presqu'exclusivement la voix d'une sensibilité orthodoxe... Un collège de rabbins, dont le Grand-rabbin de France par intérim, est soupçonné d'avoir arbitré par transaction financière l'octroi d'un divorce religieux à une jeune femme. Si l'accusation est avérée, de tels actes piétinent à la foi les principes du judaïsme, du droit français et de l'éthique. Les faits incriminés, mettent par ailleurs en cause un traitement discriminatoire à l'égard des femmes dont il faut dire à quel point il constituerait un dévoiement de la tradition juive. Mais quelle que soit la conclusion de cette grave affaire, le problème de la représentativité du consistoire demeurera posé". 


Lors de sa chronique sur RCJ du 14 mai 2014, Joël Mergui a répondu à la journaliste Sandrine Sebbane, curieusement plus pugnace que lorsqu'elle avait interviewé Pierre Besnainou, alors président du FSJU (Fonds social juif unifié). Le Consistoire traite chaque année "400 à 500 divorces religieux par an", dont une dizaine présente des difficultés. Joël Mergui a insisté sur l'impasse à laquelle se confrontaient les rabbins du Consistoire - les ex-époux et leurs avocats respectifs ne se parlaient plus -, ce qui les a amenés à agir non en tant que négociateurs, mais comme "facilitateurs" astreints à la "neutralité" entre les parties. Il a gardé son estime au Beth Din de Paris "irréprochable", et listé les réunions organisées depuis le 7 mai 2014 par le Consistoire afin d'entendre les explications des rabbins impliqués, d'informer le Conseil du Consistoire et les rabbins sur ce cas épineux médiatisé.

Il a ajouté que, dans des cas difficiles, le Consistoire orientait les épouses vers des procédures judiciaires. En effet, pour inciter un ex-mari récalcitrant à délivrer le guet, une femme Juive divorcée peut solliciter de tribunaux civils des dommages et intérêts sur le fondement de la faute civile (article 1382 du Code civil), à charge donc de prouver l’intention de nuire de l’ex-conjoint ou son comportement abusif. Ajoutons qu'elle a la faculté aussi lors de la procédure de divorce civil d'"insérer une clause dans une convention de divorce par consentement mutuel selon laquelle l’époux s’engage après le prononcé du divorce civil à délivrer à sa femme le guet. Si à l’issue du divorce civil, l’ex mari ne respecte pas ses engagements, il pourra être plus aisé pour la femme de faire constater judiciairement l’inexécution d’une obligation de faire pour obtenir des dommages intérêts sans qu’il soit nécessaire de démontrer l’intention de nuire ou l’abus de l’époux", expliquait Me Ilanit Sagand-Nahum en 2011. Mais l'insolvabilité de l'ex-mari rend inefficace la procédure d'indemnisation : l'ex-épouse aura alors multiplié les procédures judiciaires sans obtenir in fine son guet.

Instrumentalisations ?
Le scandale de ce guet a visé les 90 000 € réclamés par l'ex-mari et présentés par des journalistes, intellectuelles, bloggers et association communautaire, comme le prix du guet. Or, le mari a expliqué clairement qu'il voulait donner le guet, et qu'il s'agissait pour lui d'obtenir réparation de ses préjudices croissants au fil des années et des procédures lancées contre lui par son ex-épouse. Rappelons que les magistrats octroient  rarement une indemnisation pour les préjudices moraux subis, pour procédure abusive et au titre de l'article 700 du Code de procédure civile (frais de justice). Le montant de ces trois indemnisations distinctes parfois allouées est souvent dérisoire pour la victime. Quant à l'article 700, il est accordé dans certains cas de manière inique, c'est-à-dire destiné non à la victime mais à celui qui lui a causé un préjudice, et à des montants importants (4 000 €, voire plus). Si les magistrats avaient accordé une somme à la hauteur de tous les préjudices subis par l'ex-époux, celui-ci n'aurait pas exigé de son ex-épouse cette somme si élevée et en croissance exponentielle, une grande partie du scandale aurait été évitée, et peut-être que certaines accusations fausses n'auraient pas été portées contre lui. Le fonctionnement de l'institution judiciaire insatisfaisant a directement induit ce "scandale financier".

Pourquoi ceux ayant lancé cette affaire ont-ils présenté un tableau si partiel et si partial de cette affaire complexe ? En déformant cette affaire compliquée et douloureuse, ils ont mal servi la cause des femmes divorcées en quête de guet. En centrant le débat public sur le guet, les fomenteurs de cette affaire ont sciemment occulté des problèmes majeurs et divers : le minyan (quorum de dix Juifs ayant leur majorité religieuse nécessaire pour certaines prières) qui exclut de son calcul les femmes, les carences dans la formation des rabbins, l'incapacité de la communauté Juive française institutionnalisée, souvent similaire à une armée mexicaine, à entamer une réflexion sur sa recomposition afin de s'adapter aux défis du XXIe siècle, l'absence de la mention "israélite" dans les logos des deux Consistoires, la question de la sécurisation des synagogues, etc. 

Le Consistoire semble avoir été laxiste : le mari était certes accompagné du rabbin Loubavitch, mais seul face à son ex-épouse, ses deux frères et un de ses oncles ; ces frères ont été admis à la réunion malgré leur retard et sortaient à loisir de la salle de réunion ; un rabbin non consistorial était présent, etc. Pourquoi la remise de ce guet a-t-elle réuni autant de personnes ? Est-ce conforme à la halakha ("loi juive" constituée de coutumes, prescriptions et traditions) dont se prévaut le Consistoire ? En outre, selon la halakha, le mari doit donner, et non accorder sous la contrainte le guet. Comment le Consistoire peut-il concilier, même en avançant l'indemnisation de préjudices subis, une transaction financière et la halakha ? Le Consistoire se retranche derrière l'accord entre les ex-époux ayant fait des concessions réciproques avant la réunion. Mais c'est faire une interprétation discutable du libre consentement de l'ex-mari récalcitrant. 

De nouveau, un an après le scandale Bernheim et un peu plus d'un mois avant l'élection du grand rabbin de France le 22 juin 2014, les Consistoires israélites sont éclaboussés par une affaire concernant un problème récurrent – le guet monnayé  parfois chèrement et le sort des Agounot qui ne peuvent se remarier religieusement faute d'avoir obtenu leur guet et dont les éventuels futurs enfants sont considérés comme "bâtards" (mamzerimgrave, et sensible déjà évoqué par Eliette Abecassis  dans son roman Et te voici permise à tout homme (Albin Michel, 2011) et par Olivia Cattan, et Isabelle Lévy dans La femme, la république et le bon Dieu, La place des femmes dans la société est-elle menacée par les religions ? 

Et une simple famille française Juive a ébranlé cette institution napoléonienne !? Une famille qui se trouve exposée à des sanctions pénales - un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende (article 226-1 du Code pénal) - pour avoir enregistré sans autorisation cette réunion privée et en avoir transmis un extrait audio ainsi que des photographies extraites de la vidéo de cette réunion. On comprend son silence soudain et son refus de communiquer aux médias cette vidéo. 


A lire les réactions des Internautes soutenant l'ex-épouse, demeurée silencieuse, on en induit l'image déjà négative des Consistoires, au moins dans les affaires de guet


Par ailleurs, la remarque de Benny Cohen manque de pertinence : une femme juive souhaitant se marier religieusement ne songe pas au divorce, et n'envisage pas l'épreuve du guet. De plus, la critique est inhérente au judaïsme.


Quant à la représentativité du Consistoire, quelle institution communautaire française est représentative de la communauté Juive française dans toutes ses nuances ? Il se trouvera toujours des personnes pour ne pas se retrouver dans la position de telle ou telle institution communautaire. Et heureux celui qui connait et comprend les modalités d'élection d'instances communautaires au fonctionnement souvent opaque.



Avenir du judaïsme se présente comme une association dont la mission est de “promouvoir par tous moyens le débat intellectuel et spirituel, le pluralisme, la démocratie, l'éthique et la transparence dans la communauté juive” de France. Or, aucun de ses textes n’est signé. Aucun nom n’apparait dans le site et dans le blog de cette organisation  qualifiée à tort par certains journalistes de "think tank" dont on recherche vainement les rapports ou études qu'il aurait publié... 

Si "l'instrumentalisation communautaro-politique" de cette histoire se révélait réelle, elle témoignerait du cynisme, de l'absence de scrupule et du faible niveau moral des instigateurs d'un scandale n'hésitant pas à instrumentaliser un divorce particulièrement houleux pour ternir l'image d'une des trois principales organisations Juives françaises et au-delà pour ciseler, à destination de publics Juifs et non-Juifs, l'image biaisée d'un judaïsme réfractaire à la réforme et réticent à l'égalité homme/femme. 


Les Consistoires ont montré une fois de plus leur incapacité à prévenir une crise grave et à en sortir par le haut", ainsi qu'à “laver le linge sale en famille. Leur communication a été défaillante - communiqué du rabbin Michel Gugenheim non mis en valeur sur le site Internet du Consistoire de France,  position du Consistoire absente des réseaux sociaux, etc. -, alors qu'Avenir du judaïsme a publié sur son site Internet le dossier de cette affaire : les interviews radiophoniques, les communiqués des parties, etc. Et cette communication consistoriale lasse tant elle est répétitive par ses éléments de langage. Le Président des Consistoires a organisé contraint, tardivement, et sur six jours, les réunions d'informations qui auraient du être tenues au cours des plus de sept semaines ayant suivi la réunion de remise  du guet à Anaëlle. 


Comme dans d'autres institutions communautaires, ces deux Consistoires sont caractérisés par une concentration des pouvoirs aux mains de quelques personnes : Joël Mergui préside ces deux Consistoires, et Michel Gugenheim cumule la fonction de grand rabbin de Paris et de co-grand rabbin de France par interim avec Olivier Kaufmann, demeuré silencieux comme ses neuf rivaux à l'élection du Grand rabbinat de France le 22 juin 2014Cette focalisation du pouvoir induit des effets pervers accentués en cas de crise par l'absence de contre-pouvoir institutionnel : nul n'a pris de mesure précoce et efficace pour éviter cette crise. Il est révélateur et étrange que les demandes d'enquête et autre ont été adressées uniquement à Joël Mergui, l'homme fort des Consistoires, et non aussi au rabbin Olivier Kaufmann. De la  direction bicéphale.des Consistoires - un président laïc et un grand rabbin -, c'est la face laïque qui sort renforcée. Quelle est la position des dix candidats à la fonction de Grand rabbin de France sur le guet et les autres questions sensibles ? Vraisemblablement la même, conforme à la halakha

Cette affaire a été rendue publique par des radios communautaires, tardivement et en donnant la parole, d'abord et exclusivement, à la seule famille de l'ex-épouse. On a perçu aucune enquête préalable, mais des témoignages à charge contre le Consistoire et l'ex-mari qui a livré tardivement sa version. 

Il en ressort une certaine incapacité journalistique, non spécifique aux médias communautaires français, à appréhender la complexité des situations. Ce qui laisse perdurer bien des questions : que dit le jugement prononçant le divorce et les autres jugements rendus dans les affaires connexes ? Quelles sont les raisons des trois  années de procédure civile de divorce ? Qui a vu intégralement la vidéo de la réunion ? Le 15 mai 2014, Bernard Abouaf a reconnu sur Radio Shalom ne pas l'avoir vue intégralement. Comment se déroule cette réunion filmée ? Qui a lu les SMS échangés entre les rabbins et les beaux-frères ? Le journaliste Michel Zerbib a affirmé sur Radio J ne pas les avoir lus. L'ex-mari avait-il été contacté et avait-il refusé initialement de s'exprimer ? Et pourquoi ? Par pudeur ? Pour éviter d'assombrir l'image de la mère de son fils auprès de celui-ci ? Curieusement, nul ne s'interroge  sur le silence de l'ex-épouse inversement proportionnel à l'activisme volubile de ses père, oncle, frères et sœur. Des médias communautaires ont-ils refusé de couvrir l'affaire par souci d'enquêter ou pour ne pas se priver de la manne publicitaire en faveur de la Fondation du Consistoire ? Les médias imprimés communautaires - Actualité juive, Hamodia - nommeront-ils les organisateurs de cette affaire ? Actualité juive ne le fera pas, a assuré Lydia Bénattar sur Radio Shalom le 14 mai 2014. 


Si les médias communautaires français avaient couvert cette affaire dès son apparition sur la Toile, soit en avril 2014, et ce, de manière honnête, ils auraient vraisemblablement épargné à la communauté française Juive et au judaïsme ce scandale, et auraient contrecarré une campagne biaisée visant le Consistoire. 


On peut d'autant plus regretter le réveil tardif de médias communautaires que c'est à partir de ces bribes d'informations glanées au fil de quelques interviews que s'est formé le jugement de l'opinion publique et celui manichéen et stigmatisant ("racket au guet") de certains journalistes, dont  Caroline Fourest


 De manière paradoxale, Caroline Fourest, militante de la cause homosexuelle, a vilipendé le patriarcat, mais ne s'est pas étonnée que la  "femme mariée ne s'exprime pas. Ses frères parlent à sa place et ont géré pour elle cette négociation". On peut se demander si Caroline Fourest ne s'obstine pas à pourfendre, après "la norme de l'homme catholique", celle de "l'homme Juif". Il est cocasse de l'entendre rappeler les mensonges du grand rabbin Gilles Bernheim notamment sur sa prétendue agrégation, alors qu'elle aurait exagéré "l'agression" dont elle aurait été victime à l'Institut du monde arabe (IMA), alors qu'elle a allégué à tort, sur France 24, que la France aurait exterminé "six millions de Juifs" lors de la Deuxième Guerre mondiale et que, dans une tribune du 6 mai 2014 sur France-Culture concernant la propagande de médias russes et ukrainiens, elle a inventé que des pro-Russes "ont arraché les globes oculaires de trois officiers ukrainiens à l'aide d'un couteau". Pour illustrer sa tribune sur cette affaire, Caroline Fourest a publié sur son blog une photographie de dirigeants consistoriaux sans aucune indication du nom de l'auteur de ce cliché. Avait-elle l'autorisation pour cette reproduction ? Cet anonymat est-il conforme au droit d'auteur ? Et elle déplorait sur France 24 l'insuffisante culture générale en France. Et dire qu'elle enseigne à Sciences Po "Faire ou défaire société : différents modèles face aux contestations de la démocratie" !


Quant aux cris d’indignation de certains au sein de la communauté, ils seraient crédibles si leur comportement était toujours respectueux des valeurs du judaïsme dont ils se réclament pour distribuer bons et mauvais points. Or, ils donnent eux aussi une mauvaise image de la communauté en et hors son sein.


L'auditeur/lecteur ? Il a eu l'impression gênante d'avoir été voyeur d'une affaire dont il ne percevait pas tous les enjeux et dont certaines informations, lui permettant de se former une opinion fondée, lui manquaient. 


Loin d'être close, cette affaire-ci laissera des traces...


Le 26 juin 2014, le grand rabbin de France Haïm Korsia a annoncé sur Radio J sa volonté de se fonder sur la halakha (loi juive) pour apporter des modifications sur le guet proposées par la Conférence des rabbins européens. Deux ans et demi plus tard, hormis la nomination de deux médiateurs - un homme et une femme, parité oblige -, on attend... 


Demeure notamment le cas douloureux d'Eva Tanger à dénouer.

Le 4 janvier 2015 à 9 h 15, Josy Eisenberg consacra son émission La source de vie au divorce biblique : "Contrairement au catholicisme, le judaïsme légitime la possibilité de divorcer. Dans quelles conditions ?" 

En février 2016, la Haute Cour rabbinique a décidé de publier le nom - Oded Guez - et la photographie du mari refusant de donner le guet à son ex-épouse. En outre, le "Beit Din appelle la communauté à exclure Guez de toute vie sociale et surtout de la vie religieuse, de ne pas le faire monter à la Torah, ni même de l’inclure dans un minyan, dans la prière des fidèles de n’importe quelle synagogue en Israël et dans le monde juif. En d’autres termes, shaming de la rabbanout contre un mari récalcitrant". Les réseaux sociaux israéliensont diffusé le nom et la photo de ce mari. 

De plus, le grand rabbin d’Israël, David Lau, a refusé le chantage dans certaines divorces : il "a tranché dans une affaire de divorce qui durait depuis huit ans, imposant la remise du guet, avant le règlement des questions financières". 


Le 14 novembre 2016, le ministère israélien de la Justice a annoncé que les maris juifs israéliens "qui refusent d'accorder le divorce religieux à leur femme" et les femmes juives israéliennes refusant d'accepter le guet "pourront désormais être poursuivis par la justice et encourront même des peines de prison ferme".


Le Rav Uriel Aviges donnera deux conférences à Paris : "La religion définit-elle une identité ?" (19 novembre 2016 à la synagogue de La Roquette,) et "Le douloureux problème des Agounoth, les solutions envisageables" (26 novembre 2016 au centre Moadon). Le cours sera suivi d'une collation.

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Cet article avait été publié vers le 9 mai 2014 dans l'article Un paysage médiatique Juif contrasté. Il a été modifié le 8 mars 2016, et republié les 15 mai 2014, 3 janvier 2015, 8 mars et 15 novembre 2016.

4 commentaires:

  1. on sent bien ces derniers jours une volonte de la part de certains à noyer le poisson , autrement dit à crèer un halo de fumée autour de ce scandale pour l'atténuer , voire l'étouffer. cela s'appelle de l'enfumage.
    le problème auquel nous sommes tous confrontés n'est pas de savoir s'il existe des conflits au sein du consistoire , si certains cherchent à profiter de ce scandale pour nuire à leurs concurrents . la gravité des faits, et le public n'"est pas dupe, réside dans le comportement des membres du Beth-Din , dans leur aptitude à assurter les fonctions éminentes qui sont les leurs , à maintenir la dignité (j'insiste sur ce mot) de l'institution si on veut qu'elle conserve sa crédibilité.
    et force est de constater qu' aptitude et crédibilité sont largement entamées , quels que soient les intentions du couple ou les querelles au sein du consistoire..

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  2. Pourquoi indiquez vous :
    Aucun nom n’apparait dans le site et dans le blog de cette organisation

    Le site mentionne Monsieur Jean Claude LALOU

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  3. S'agissant de l'association Avenir du judaisme? Pourquoi indiquez vous :
    Aucun nom n’apparait dans le site et dans le blog de cette organisation

    Le site mentionne Président et directeur de la publication: Monsieur Jean-Claude LALOU.

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    1. Quand j'ai écrit cet article, j'ai cherché vainement un nom sur ce blog.
      Les textes publiés alors n'étaient pas signés.
      Pourquoi les noms des membres, ou au moins les dirigeants de cette association sont-ils absents du site ?

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