lundi 11 juillet 2016

L'Outre-mer français dans la guerre 39-45



Dans le cadre de l'année des Outre-mer français en 2011, le Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris – musée Jean Moulin a présenté l’exposition éponyme. Elle visait à mieux connaître les mobilisations humaine, notamment Juive, et économique de « l’Empire français » lors de la Seconde Guerre mondiale et un « élément de la diversité des mémoires ». Souffrant de carences informatives, elle paraissait manichéenne. Les 11 juillet à 23 h et 20 juillet 2016 à 1 h 10, France 3 diffusera Le blanchiment des troupes coloniales, documentaire de Jean-Baptiste Dusséaux (55 min).


Environ 300 documents originaux provenant de musées nationaux, d’institutions et de prêteurs privés - objets, tracts, photographies, uniformes, affiches, films d’époque - montrent les rythmes singuliers d’histoires nationales de manières chronologique et thématique.


Evitant une histoire de batailles après, brossant les itinéraires d’hommes et de femmes, célèbres ou obscurs, de tous horizons géographiques, cette exposition souligne « la diversité des contributions de l’Outre-mer », ainsi que « les fractures qui se multiplient et conduisent aux conflits de la décolonisation ».

Elle met l’accent sur « la contribution humaine et économique, la contribution des soldats à l’effort de guerre évoquée par la présentation d’uniformes : spahis, zouaves, tirailleurs sénégalais, goumiers.

Elle brosse les portraits de figures emblématiques ayant embrassé tôt la cause du général de Gaulle : Félix Eboué, sa famille et ses amis : Gaston Monnerville, Léopold Sédar Senghor (1906-2001) - issu d’une famille bourgeoise catholique de l’ethnie sérère, normalien, agrégé de grammaire et inventeur avec son ami Aimé Césaire du terme « négritude » pour désigner la spécificité de la culture et de la spiritualité des noirs », député, ministre et premier Président du Sénégal (1960-1980), membre de l’Académie française -, Aimé Césaire (1884-1944), guyanais promu gouverneur général sous le Front populaire.

Ces archives permettent « de mettre en lumière les aspects trop souvent méconnus d’un conflit dont l’enjeu était la liberté du monde ».

Elle révèle le souci de la France de respecter les cultures de ces combattants. Ainsi, le mensuel des militaires musulmans nord-africains publie un jeu de l’oie en arabe.

Pourtant, le 26 octobre 1945, s’ouvre au Grand Palais à Paris l’exposition La France d’Outre-mer dans la guerre. Une inauguration filmée par les Actualités françaises.


L’Outre-mer désigne alors couramment l’Empire français. Ainsi, « en 1934, l’« Ecole coloniale », fondée en 1889 pour former les cadres coloniaux et sise rue de l’Observatoire a Paris, adopte le nom d’« Ecole nationale de la France d’Outre-mer ».

« Détentrice de nombreuses possessions acquises au XVIIIème siècle, la France a perdu une grande partie de celles-ci après la défaite de Napoléon et les traites de Paris (1815). La Restauration, la Monarchie de Juillet puis le Second Empire conquièrent l’Algérie (1830), Mayotte (1841), Tahiti (1842), la Nouvelle-Calédonie (1843), Saigon (1859), le Cambodge (1863), puis la Cochinchine (1867) ». Sous la Troisième République (1870-1940) s’opère l’élargissement de l’Empire le plus important par l’adjonction à la France des protectorats sur la Tunisie (1881) et le Maroc (1912), et des territoires d’Afrique occidentale, d’Afrique équatoriale, de Madagascar, d’Indochine, du Pacifique.

En 1931, l’Exposition coloniale attire à Paris plus de 7 millions de visiteurs en 193 jours, et « renforce la confiance de la France dans sa puissance ».

Cet Empire souffre de la disparités de statuts : « la Fédération indochinoise est constituée d’une colonie la Cochinchine, […], l’Annam (au centre), le Tonkin (au nord), le Cambodge et le Laos ; l’Algérie est formée de trois départements ; l’A-OF (Afrique Occidentale Française) et l’A-EF (Afrique Equatoriale Française) sont des fédérations de colonies et la Syrie et le Liban, confisqués à l’Empire ottoman après son soutien à l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale, des pays sous mandat de la Société des Nations ». Les habitants des colonies ne disposent que très rarement des droits des citoyens français. Ils ne sont pas soumis aux mêmes obligations militaires. Certains pensent même que l’Outre-mer crée, en matière de finances et de défense, plus de charges qu’elle ne confère d’avantages.


Avec un peu moins de 12 millions de km2 et une population de 66 millions d’habitants (551 000 km² et 42 millions d’habitants pour la métropole), l’Empire colonial français est devancé en 1939 par celui de la Grande-Bretagne. Il « fournit d’importantes ressources matérielles et humaines, notamment d’excellents soldats qui ont fait leurs preuves pendant la guerre 1914 ».

En temps de guerre, les forces d’Outre-mer sont réunies soit dans les unités de l’Armée d’Afrique du nord (ou Armée d’Afrique) soit dans les troupes coloniales très diverses. « Certains citoyens français « blancs » comme les Français d’Algérie ou « de couleur » Antillais, Réunionnais… sont mobilisés comme les métropolitains. Les autres, les « indigènes », non-citoyens, peuvent être engagés volontaires ou tirés au sort parmi les jeunes gens ».

La France « compte donc sur l’Outre-mer pour gagner la guerre à venir. Au Maréchal Pétain, chef du nouveau gouvernement, expliquant la veille à la population française qu’il faut cesser le combat, le général de Gaulle dans l’Appel du 18 juin 1940, oppose l’existence d’un vaste Empire et martèle à trois reprises : « La France n’est pas seule ! »

On peut regretter la place trop restreinte réservée aux Juifs, français ou non, de cet Outre-mer français : juristes, combattants, etc. Un court panneau est centré sur la résistance familiale des Aboulker, et ne mentionne pas les engagés dans la France libre à Londres, tel Max Guedj. Sans le groupe dirigé par Aboulker, les Alliés auraient enregistré en Algérie des pertes humaines importantes.

Il est surprenant de constater des carences informatives : la part de ces forces d’Outre-mer dans les forces de la France libre et dans les forces combattantes, le taux de mobilisation et de mortalité chez les Français d’Algérie et chez les « Indigènes », les exactions, vols, viols d'enfants et d'adultes, parfois octogénaires, et crimes (marocchinate, en italien) - commis par des soldats de cet Outre-mer et illustrées notamment dans La Ciociara d’Alberto Moravia (1957), adapté au cinéma en 1960 par Vittorio de Sica avec Sophia Loren et Jean-Paul Belmondo, et dans La peau de Curzio Malaparte (1949), adapté en 1981 au cinéma par Liliana Cavani avec Marcello Mastroianni et Claudia Cardinale, la propagande nazie en direction du monde arabe et son succès, l’engagement de centaines de milliers de musulmans au côté des forces de l’Axe, les "avantages" d'engagés musulmans africains rappelés par Indigènes, film controversé de Rachid Bouchareb, telles des razzias autorisées dans certaines limites et la motivation financièreetc.

L’Outre-mer mobilisé septembre 1939 - juin 1940

Dès septembre 1939, « le ministère des Colonies exige des territoires un effort de guerre sans précédent. Ils doivent fournir riz, oléagineux, café et produits stratégiques : bois, phosphates, caoutchouc, nickel, cobalt ».

Depuis « la Grande Guerre, l’Afrique du Nord et l’Indochine sont perçues comme des réservoirs de main-d’œuvre pour remplacer les métropolitains mobilisés. Malgré la demande de Georges Mandel, ministre des Colonies, le général Catroux, gouverneur général de l’Indochine ne peut envoyer en métropole qu’un contingent de 28 000 Indochinois, 8 000 soldats et 20 000 travailleurs au lieu des 75 000 hommes attendus ».

« L’armée française mobilise 640 000 coloniaux et Nord-Africains dont 176 000 Algériens, 80 000 Tunisiens, 80 000 Marocains et 180 000 « Sénégalais » (nom générique donné aux soldats de l’Afrique subsaharienne) et Malgaches. S’y ajoutent les troupes du Levant (Syrie-Liban) 38 000 hommes, dont 22 000 de troupes régulières (légionnaires, tirailleurs, spahis, méharistes) […]. Il y a aussi des unités spécifiques pour d’éventuelles offensives vers les Balkans ou le Caucase. Les effectifs au Levant ont ainsi plus que double pour atteindre 83 000 hommes en mai 1940 ».


Environ 100 000 Nord-Africains et 35 000 Sénégalais, soit 10% à peu près de l’effectif de l’armée française, sont « massés du Nord-est aux Alpes. Dans leurs rangs, les pertes sont conséquentes puisque sur les 80 000 morts de la campagne de France, il y aurait 6 000 Nord-Africains et un nombre équivalent de Sénégalais ».

Ces soldats « sont l’objet de la haine raciste des nazis qui rappellent leur participation à l’occupation de la Ruhr de 1918 à 1924 et leur attribuent tout un cortège de meurtres et de viols. Leur comportement au combat, souvent héroïque, exaspère nombre d’officiers et de soldats allemands. Les premiers crimes de guerre sont commis dans la Somme au début du mois de juin. Violant les accords de Genève, les vainqueurs massacrent parfois les soldats qui se rendent ».

D’origine gabonaise, le capitaine Charles N’Tchorere est assassiné, malgré son statut de prisonnier gradé.

Le préfet d’Eure-et-Loir, Jean Moulin est tabassé par des soldats de la Wehrmacht car il a refusé de signer un texte accusant à tort les tirailleurs du 26e RTS de crimes contre les civils. « Si les efforts des cadres européens pour protéger les tirailleurs au risque de leur vie sont parfois couronnés de succès, ils sont fréquemment vains... »


L’Outre-mer à l’heure des choix
L’ampleur de la défaite militaire française étonne nombre de Français.

Les armistices préservent l’intégrité de l’Empire colonial sous l’autorité du gouvernement du maréchal Pétain. Pour asseoir sa légitimité, Vichy veut contrôler l’Empire et y imposer la Révolution nationale.

Mais des commissions de contrôle italiennes puis allemandes d’armistice œuvrent en Afrique du Nord.

L’Outre-mer demeure un enjeu essentiel pour le général de Gaulle à Londres.


L’Afrique du Nord et l’Afrique occidentale française « demeurent fidèles au régime de Vichy et sont placées sous la coupe du général Weygand, délégué de l’Afrique française, pour empêcher toute extension de la « dissidence » après les ralliements d’aout 1940 à la France libre. Des amiraux, Decoux en Indochine Robert aux Antilles-Guyane, Esteva en Tunisie, Abrial en Algérie ainsi que le gouverneur général Boisson en A-OF sont nommés aux postes-clés. Ces dirigeants instaurent un dirigisme économique au profit de Vichy et répriment la résistance gaulliste, tout en sécurisant leurs territoires contre quiconque (Allies et forces de l’Axe) ».

En A-OF (Afrique Occidentale Française), le gouverneur général Boisson « renforce la surveillance à la suite de l’échec de l’expédition anglo-gaulliste à Dakar en septembre 1940, par la création en 1941 de la Direction des Services d’information, de la presse et de la censure ».

En Indochine, l’amiral Decoux « s’oppose farouchement à tout acte hostile aux troupes nippones. Après des accords de collaboration, les Japonais exploitent les ressources économiques du pays : le caoutchouc naturel - en 1939, l’Indochine est le 4e producteur mondial -, le riz (6 millions de tonnes par an), le graphite, l’étain, le wolfram. « L’isolement de l’Indochine devient total en février 1942 après la prise de Singapour aux Britanniques par les Japonais qui contrôlent ainsi toute la zone ».

De Gaulle favorise les premiers ralliements de l’été 1940. Félix Eboué, gouverneur du Tchad, initie le processus poursuivi par le colonel Leclerc au Cameroun et le colonel de Larminat au Congo-Brazzaville (27 aout), puis le gouverneur Pierre de Saint-Mart en Oubangui-Chari (29 aout). Une opération militaire s’avère indispensable pour rallier le Gabon (novembre).

En Océanie, la « volonté des territoires d’Outre-mer de poursuivre le combat est encouragée par la proximité de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie britanniques qui garantissent leur indépendance économique ».

Grâce à l’action du gouverneur Louis Bonvin (1886-1946), les Etablissements français de l’Inde (Pondichéry, Karikal, Chandernagor, Mahé, Yanaon) se rallient le 9 septembre : dès le 27 juin, ce gouverneur adresse un « appel à la population afin de la convaincre de rester aux ôtés de l’Empire britannique jusqu'à la Victoire finale. Le 12 juillet, à la suite d’un message du général de Gaulle, il se rallie personnellement ».


Les Etablissements coupés de la métropole évitent l’asphyxie économique par une union douanière en février 1941 avec le gouvernement de l’Inde britannique « pour garantir débouchés et approvisionnements ». La « mobilisation de la population y est proportionnellement très forte. Sept cents volontaires s’engagent. Un premier contingent combat en Syrie (juin 1941), d’autres s’illustrent a Bir-Hakeim (mai-juin 1942) ».

Ces ralliements « apportent à la France libre une légitimité, une assise territoriale avec une capitale : Brazzaville ».


Brazzaville capitale de la France Libre fin 1940 - juin 1943
L’A-EF (Afrique Equatoriale Française) et le Cameroun se rallient, ce qui renforce la position politique et stratégique de la France libre. De là, la colonne Leclerc, la 13e Demi-brigade de Légion étrangère (13e DBLE), les 1er et 2e bataillons de marche combattent sur les différents fronts.

Le 27 octobre 1940, après l’entrevue Hitler-Pétain à Montoire du 24, de Gaulle proclame à Brazzaville le Manifeste, acte fondateur de la France libre. Il y forme le Conseil de défense de l’Empire (Catroux, Muselier, Cassin, Larminat, Sicé, Sautot, d’Argenlieu, Leclerc), ébauche de gouvernement provisoire et contre-pouvoir à Vichy.

De Gaulle nomme Félix Eboué gouverneur général de l’AEF avec pour adjoint aux affaires militaires Edgard de Larminat puis le médecin-général Adolphe Sice en juillet 1941 et enfin le général Leclerc en 1942. Eboue exige des « indigènes » un effort sans précédent pour soutenir la France libre luttant au côté de ses Alliés, l’Angleterre puis les Etats-Unis.

La mobilisation est totale. En Afrique, l’intensification des productions a pour corollaire le travail forcé. Dès janvier 1941, « le Conseil de défense de l’Empire signe des accords commerciaux avec le Royaume-Uni pour l’achat annuel de 1 000 tonnes de coton et de caoutchouc, ainsi que de l’ensemble de la production d’oléagineux, de cacao et de bananes de l’AEF et du Cameroun ».

Sans le « caoutchouc de l’Indochine désormais sous contrôle japonais, la France libre se rabat en effet sur l’A-EF et le Cameroun qui triple leur production entre 1941 et 1943 passant de 1 200 a 3 500 tonnes. A partir de 1942, les Etats-Unis disposent de bases en Nouvelle-Calédonie où ils exploitent le nickel et le coprah ».

A Madagascar, le Comite du caoutchouc institué le 19 janvier 1943, suit la même politique fondée sur une intense propagande via des tracts et la radio.

En 1943, l’ensemble des territoires de la France libre fournit 70 000 tonnes de produits alimentaires (oléagineux, cacao, sucre, café). Les exportations grimpent de 118 millions de francs en 1929 à 1537 millions de francs en 1943. Les contributions économiques, financières et humaines permettent la libération de la France métropolitaine.

De Gaulle honore cette contribution volontaire en décorant certains soldats des croix de Compagnon de la Libération, tel le tirailleur Dominique Kosseyo, originaire d’Oubangui-Chari (Brazzaville, 14 juillet 1941), le premier Africain à être ainsi distingué.

Parmi les volontaires féminines de la France libre créé par le général de Gaulle à Londres le 7 novembre 1940 : Raymonde Teyssier-Jore, Canaque de Nouvelle-Calédonie et chauffeur à Londres avant de rejoindre l’Afrique. Début 1942, des femmes de Saint-Pierre-et-Miquelon s’engagent auprès des Forces navales françaises libres (FNFL) puis en 1943 Antillaises.

Des volontaires féminines aux Etats-Unis puis en Afrique du nord entrent dans la division du général Leclerc, Rochambelles et Marinettes, ainsi que dans l’Armée B du général de Lattre.

D’Alger, capitale de la France au combat juin 1943 - août 1944

Dans cet Outre-mer s’affrontent gaullistes et vichystes en Syrie (été 1941), les Américains lors de l’opération de Saint-Pierre-et-Miquelon (fin décembre 1941), lors des débarquements britannique à Madagascar (printemps 1942) et anglo-américain au Maroc et en Algérie (8 novembre 1942). De Gaulle est ignoré par les Alliés lors de la prise de décisions. Ce qui augmente les tensions diplomatiques.

Le débarquement anglo-américain modifie la géostratégie. A Alger, il a lieu grâce à l’action du groupe de résistants mené par José Aboulker, jeune Français Juif étudiant en médecine et sa famille à Alger et à Oran. Gaulliste, antifasciste il dirige les 400 jeunes Français d’Algérie, dont la plupart sont Juifs, qui interpellent les représentants de Vichy, Darlan, Juin, disposés à réagir au débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord (Opération Torch).

Curieusement, un petit panneau signale dans l'exposition le rôle déterminant des Juifs dans cette opération Torch, et le n° 29 de la collection “Mémoire et Citoyenneté” du ministère de la Défense consacré à l’Opération Torch ne mentionne pas José Aboulker, compagnon de la Libération français Juif, brillant étudiant en médecine résistant et artisan majeur du succès en Algérie de l’Opération Torch. Or, "la résistance comptait 800 combattants, dont la moitié était Juive. Mais au moment de vérité, 400 de ces combattants se sont dégonflés, et 400 sont demeurés : presque tous ceux qui sont restés étaient Juifs", a déclaré Jacques Zermati, résistant Juif de l'Opération Torch (Ynet, 2 février 2015). Des faits illustrés par le documentaire The Night of Fools, de Rami Kimchi (2014).

Apres « l’élimination de Darlan par un résistant, les Américains imposent le général Giraud, évadé d’Allemagne, dont le seul objectif est militaire et qui maintient sur place les lois de Vichy ». Grâce au soutien de la Résistance intérieure au général de Gaulle, sous l’égide de Jean Moulin et des Français libres, un accord est noué avec la création du Comité français de la Libération nationale (CFLN, similaire à un gouvernement provisoire), le 3 juin 1943 coprésidé par les deux généraux.

Le 18 juin, est inauguré le nouvel émetteur de Radio-Brazzaville par de Gaulle. Ce qui maintient Brazzaville en voix de la France libre.

Alger accède au statut de capitale de l’Etat républicain restauré quand est créé l’Assemblée consultative provisoire - pouvoir législatif - dont la première séance a lieu le 3 novembre. D’Alger est annoncée le 3 juin 1944  la transformation du CFLN en Gouvernement provisoire de la République pour empêcher l’administration militaire des territoires libérés par les Américains (AMGOT). A Alger est organisée la mobilisation de 130 000 musulmans. Les 120 000 Européens représentent une part très élevée par rapport à la population en place.

D’Afrique du Nord se préparent les débarquements en Sicile, en Italie et en Provence afin de libérer la métropole et l’Europe. En Afrique du Nord, l’Armée de la Libération nait de la réunion des FFL avec l’Armée d’Afrique en aout 1943, malgré les divergences d’origine. Les FFL « perdent alors une partie de leur ressource africaine car un « blanchiment » est imposé par les Américains qui considèrent « l’instruction des noirs insuffisante » pour servir dans des unités blindées dont la 2e DB. En septembre 1944, l’opération est également appliquée a la 1ère Armée au sein de laquelle plusieurs milliers d’Africains sont remplacés par des troupes européennes issues des Forces françaises de l’intérieur ».

Jusqu’au « ralliement à la France libre, l’ordre moral règne. Aux Antilles, les « dissidents », sont traqués, torturés dans les cales de la Jeanne d’Arc, internes et parfois déportés en Guyane, comme le conseiller général de Pointe-à-Pitre et futur maire de la ville, Paul Valentino ».

A Fort-de-France, Aime et Suzanne Césaire, professeurs au lycée Schœlcher, « sont des « dissidents intellectuels » malgré les risques encourus. Dès le printemps 1941, ils font paraitre la revue Tropiques censurée au printemps 1943. D’autres, le plus souvent très jeunes, fuient par la mer au péril de leur vie vers les iles britanniques, Sainte-Lucie, La Dominique ou encore Antigua. Formés aux Etats-Unis, à Fort-Dix, New Jersey, ces hommes et ces femmes participent aux campagnes d’Italie et de France. Quant à la Guyane elle a deux enfants célèbres, Félix Eboué, et Gaston Monnerville, député depuis 1932 et résistant en métropole ».

Grandeurs et misères d’une victoire
Comme en attestent des photographies du ministère de la Défense, les troupes d'Outre-mer défilent sur l'avenue des Champs-Elysées les 11 novembre 1944, 8 mai 1945 - en présence du bey de Tunisie - et 14 juillet 1945.

La Seconde Guerre mondiale semble avoir renforcé la solidarité entre la France et ses possessions d’Outre-mer. Cependant le conflit a aiguisé les « exigences des populations et leurs revendications politiques. Les recrutements de soldats ou de main-d’œuvre, les privations dues aux difficultés de ravitaillement, les sacrifices des combattants, l’inégalité des soldes, exigent des contreparties ».

Senghor prophétise « Non, vous n’êtes pas morts gratuits, O morts ! … Vous êtes les témoins du monde nouveau qui sera demain ».

La « conscience de l’affaiblissement de la France depuis 1940, renforce la volonté légitime de s’émanciper d’une autorité qui reste étrangère, même lorsqu’elle est respectée ». Cette aspiration à l’indépendance est favorisée par les Etats-Unis, qui gardent en mémoire leur histoire d’ancienne colonie, et par l’URSS, qui fonde sur le marxisme-léninisme sa dénonciation de l’impérialisme colonial.

Les Marocains et les Tunisiens s’insurgent contre les traités de protectorat qui leur ôtent des droits sur la conduite de leur pays. En Algérie, les nationalistes modérés de Ferhat Abbas et les radicaux de Messali Hadj chef du Parti du Peuple algérien font campagne pour une Algérie autonome voire indépendante.

A Madagascar, la disette permanente, le mécontentement induit par le travail forcé encouragent les nationalistes dans leur aspiration à l’indépendance.

En Afrique noire, l’espoir de changement est vif. Le « spectacle de l’agitation dans l’Afrique de l’Ouest britannique peut être source de contagion. La grève de Douala (septembre 1945) ou les troubles de Conakry (octobre 1945) sont significatifs du malaise de l’Afrique noire ».

Pour « les combattants qui ont risqué leur vie pour la France, le gel des pensions appelé Cristallisation est un problème douloureux depuis 1945. Le montant des pensions versées par l’Etat français aux anciens soldats indigènes a été fixé au taux nominal de 1960 sans indexation sur l’inflation. Les promesses de rattrapage des gouvernants successifs n’ont été suivies d’effet qu’en 2002 pour environ 30 000 bénéficiaires sans supprimer les inégalités ».

Ainsi le « retour à la vie civile des tirailleurs sénégalais s’opère dans un climat conflictuel. Ils réclament plus d’équité et de considération. Les incidents se multiplient lors de leur rapatriement en A-OF, lorsqu’ils exigent le paiement des arriérés de solde ou que leurs épouses, certains s’étant mariés en France, voyagent avec eux. Le 21 novembre 1944, les tirailleurs cantonnent au camp de Thiaroye, à la périphérie de Dakar, s’impatientent de la lenteur de la démobilisation. Ils refusent de remettre leur équipement ».

Éclate une mutinerie générale réprimée le 1er décembre : les sources officielles parlent de 35 tués et 35 blessés. La cour martiale à Dakar condamne 34 « meneurs » à des peines de prison allant de un à dix ans. En 1947, ces hommes bénéficient d’une grâce du Président Vincent Auriol à l’occasion de son voyage en A-OF.


Addendum : Le Président de la République François Hollande a inauguré le 18 février 2014 le "mémorial du soldat musulman" - deux plaques listant les unités musulmanes lors des deux conflits mondiaux - pré-inauguré en 2012 par Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, à la grande mosquée de Paris. En français et en arabe, des plaques en hommage « aux soldats musulmans morts pour la France en 14-18 et en 39-45 » avaient été inaugurées par Hervé Morin, alors ministre de la Défense. Selon Le Monde, le nombre de soldats de confession musulmane morts au cours des deux guerres mondiales s'élève à 86 000 et à  100 000
France 5 diffusa, les 23 novembre 2014 à 22 h 30 et 2 Décembre 2014 à 1 h 00, "1940-1942, l'Empire convoité", documentaire de Christophe Muel (56 minutes) : "Dès juin 1940 et la capitulation française devant Hitler, l'Empire français va devenir le terrain d'un enjeu stratégique complexe dans la lutte contre l'Allemagne nazie. D'un côté, les Alliés anglo-américains veulent empêcher Pétain d'ouvrir ses colonies aux puissances de l'Axe, quitte à utiliser la force. De l'autre, une poignée de dissidents menée par de Gaulle veut incarner une France qui revient dans la guerre et qui, pour asseoir une légitimité internationale, devra faire main basse sur des territoires français administrés par Vichy". 
Lors du 18e Rendez-vous de l'Histoire à Blois, une conférence évoquera le 11 octobre 2015, de 11 h à  12 h 30, en salle 214 de l' IUT - site de la chocolaterie, L’Empire, incarnation de la France Libre : "Lorsqu'il lance son Appel du 18 Juin à la BBC, le Général de Gaulle en appelle à l'Empire. Ce ralliement va apporter à la France libre des soldats pour étoffer ses rangs, des territoires où exercer son autorité et des moyens pour financer l'effort de guerre". Modérée par Robert BRESSE, Président de la Fondation de la France Libre, cette table-ronde réunit Gilles RAGACHE, Maître de conférence en histoire contemporaine, Arlette CAPDEPUY, Chercheur associée au CEMMC de l'Université Bordeaux Montaigne, et Christine LEVISSE-TOUZE, Maître de conférences en histoire contemporaine, Dir. Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris et du Musée Jean Moulin de la Ville de Paris, Univ Paris IV-La Sorbonne.
Les 11 juillet à 23 h et 20 juillet 2016 à 1 h 10, France 3 diffusera Le blanchiment des troupes coloniales, documentaire de Jean-Baptiste Dusséaux (55 min) : "Le blanchiment des régiments se définit comme le renvoi et le remplacement des soldats noirs venus d'Afrique par des recrues blanches pour la dernière étape de la Libération. Cette opération logistique méconnue est appliquée à l'automne 1944. Environ 20 000 soldats noirs de l'armée française sont rapidement retirés du front et renvoyés chez eux. Cette décision a été prise, au début, pour satisfaire à la demande des Américains qui ne souhaitaient pas voir de soldats de «couleur » dans la 2e DB du général Leclerc puis par le Gouvernement Provisoire de la République (GPRF) pour les autres régiments".


Petit Journal de l’exposition. Conception graphique : Collectif Au fond à gauche, 2011
(B. Charzat, C. Hourst & G. Lanneau)
Iconographie : Laurence Goupille, Aurelie Foure. c Paris-Musees, novembre 2011. Prix : 3 €

Jusqu’au 24 juin 2012
23, Allée de la 2e DB
Jardin Atlantique (au dessus de la gare Montparnasse). 75015 Paris
Tél. : 01 40 64 39 44
Du mardi au dimanche de 10 heures à 18 heures

Visuels :
Affiche de la Journée nationale Nord-Africaine de collecte des textiles du 28 mai 1942
Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille-Provence
© D. R.

Les colonies françaises. Scènes de la vie indochinoise
Affiche
161 x 123,5
© Musée du General Leclerc -Musée Jean Moulin, Ed. Librairie Delagrave.

Revue Bayard, Hebdomadaire
12 décembre 1948
Fonds Musée du General Leclerc Musée Jean Moulin
© Musée du General Leclerc-Musée Jean Moulin
"L’hebdomadaire pour les jeunes Bayard qui consacre huit numéros à l’épopée de Leclerc n’en oublie pas ses hommes venus de tous horizons, 12 décembre 1948".

Tonkinois prisonnier
Juillet 1941
© Collection Barthelemy Vieillot.

Brazzaville, exercice de campagne du Bataillon de Tirailleurs du Moyen-Congo
Fonds Musée de l’Ordre de la Libération
© Musée de l’Ordre de la Libération.

Le Loyalisme des troupes coloniales a contribué à la libération de la France
Abécédaire, 1945
Reproduction
Fonds Musée des troupes de Marine de Fréjus
© D.R.

Côte française des Somalies
Fonds Musée de la Poste
© L’Adresse, Musée de la Poste.

Compagnie Générale Transsaharienne
Affiche
100 x 65
Fonds Musée du General Leclerc–Musée Jean Moulin
© Roger Viollet.

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié le 22 juin 2012, puis le :
- 23 avril 2013 à l'approche de la diffusion le 24 avril 2013, à 1 h 25, dans le cadre du Ciné club de France 2, de La Ciociara, de Vittorio de Sica (1961) avec Sofia Loren et Jean-Paul Belmondo ;
- 21 juin 2013 à l'approche de la conférence du Dr Jacques Karoubi, vice-président de l'association Morial, sur l'Opération Torch. Dans le cadre du Festival des cultures juives, cette conférence aura lieu le 21 juin 2013, à 14 h 30, à la Mairie du IVe arrondissement de Paris ;
- 18 février et 14 août 2014. France 3 a diffusé Indigènes, film controversé de Rachid Bouchareb avec Jamel Debbouze, Sami Naceri et Roschdy Zem ;
- 23 novembre 2014 et 9 octobre 2015.
Les citations proviennent du dossier de presse.

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