mardi 8 septembre 2015

« Eugène de Savoie et l’empire Ottoman » de Heinz Leger


Arte a diffusé les deux volets - « Plus que des ennemis » et « Journées décisives  » - de « Eugène de Savoie et l’empire Ottoman », docufiction de Heinz Leger (2014). Excellent homme de guerre, fin stratège, remarquable diplomate, mécène humaniste et bibliophile, le prince Eugène de Savoie-Carignan (1663-1736) a mis ses talents au service du roi de France Louis XIV, puis de la maison des Habsbourg (empire d’Autriche). Ce général loyal de l’armée du Saint-Empire romain est un artisan déterminant de victoires décisives contre la France et contre l’empire Ottoman dirigé par le sultan Mehmet IV, puis par Emetullah Rabia Gülnus, épouse du sultan, et leur fils Mustafa II. Une période historique marquante dans l'histoire de l'Europe et qui explique les refus de certains pays d'Europe orientale à l'égard de l'accueil de "migrants" musulmans.

Les "destins croisés du prince Eugène de Savoie-Carignan (Prinz Eugen) et de la sultane Emetullah Rabia Gülnus, symboles des relations tumultueuses qui opposèrent les empires austro-hongrois et ottoman aux XVIIe et XVIIIe siècles". 

Alors que sa famille l’oriente vers une carrière ecclésiastique, le prince Eugène de Savoie (1663 -1736) se passionne pour le métier militaire, et acquiert une solide formation en tactique, stratégie, équitation, utilisation des armes...

Dédaigné par sa famille et par le roi Louis XIV, qui le surnomme « le petit abbé » et lui refuse le régiment réclamé, le prince français Eugène de Savoie, âgé de 19 ans, va « offrir ses services à la maison des Habsbourg » à Vienne. Là, il sert sous trois empereurs de cette monarchie autrichienne, du Saint-Empire : l’archiduc Léopold 1er, Joseph 1er puis Charles VI.

Pour l’empire des Habsbourg, il freine les conquêtes françaises, contre le djihad de l’empire Ottoman vers l’Ouest, libère l’Europe centrale sous occupation ottomane pendant un siècle et demi.

La monarchie des Habsbourg « doit résister aux appétits des Ottomans en Europe centrale » - Autriche et Hongrie -, tandis que la France voit leur expansion d’un bon œil ». 

Dès le siège de Vienne par Mehmet IV en 1683, le prince Eugène de Savoie à peine âgé de vingt ans, « s’avère un fin stratège militaire et contribue à la défaite des troupes du sultan » : c’est la fin des 60 jours du siège de la ville. Il participe à la guerre de la Sainte-Ligue (1684-1688) – coalition de l’empereur Léopold 1er, de la Pologne et de Venise contre l’empire Ottoman -, puis à celle de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697).

À Constantinople, "le sultan a choisi pour favorite, puis épouse, Emetullah Rabia Gülnus (1642-1715), une chrétienne née en Crète (alors vénitienne), enlevée à l’âge de 5 ans et vendue comme esclave au harem de Topkapi". 

En 1695, Mehmet IV est destitué et remplacé par Mustafa II, un des deux fils de son union avec Gülnus. Celle-ci "devient la femme la plus puissante de l’empire ottoman". 

Entre-temps, "Eugène qui s’est vu confier le commandement du régiment des dragons de Savoie, a maintes fois livré bataille aux Turcs, notamment en Hongrie". 

Les divisions et guerres entre la France et la maison des Habsbourg permettent aux Ottomans de reconquérir la Hongrie et Belgrade.

1697, le prince Eugène "remporte à Zenta (Serbie) une victoire qui porte pour longtemps un coup d’arrêt aux visées ottomanes". 

La "signature de la paix, en 1699, à Karlowitz, va favoriser l'essor du commerce et des échanges scientifiques entre Vienne et Constantinople. D’autant que la sultane Gülnus s'attache au rayonnement de la culture ottomane, notamment grâce à Ibrahim Müteferrika, un Hongrois converti à l’islam". Il "introduit en Turquie de nouvelles techniques d’impression et de reliure après une audience auprès d’Eugène de Savoie, propriétaire alors de la plus grande bibliothèque d’Europe. Ami des arts et des lettres, ce dernier joue les grands seigneurs dans ses nombreux châteaux". 

La guerre de la succession d’Espagne – le roi d’Espagne Charles II meurt sans héritier en 1700 - va ramener le prince Eugène de Savoie sur les "champs de bataille et l’amènera à rencontrer le comte de Bonneval, un concitoyen qui le marquera à vie, dans une relation faite d’inclination et de trahisons. Et dans laquelle les Turcs joueront aussi un rôle..."

Le prince Eugène de Savoie se distingue lors de la guerre de succession d’Espagne où il vainc l’armée française qui convoite l’Espagne.

Lors de la troisième guerre austro-turque (1716-1718), il remporte des victoires lors des batailles de Peterwardein et de Belgrade.

Grâce aux talents de diplomate du prince Eugène de Savoie, l’empereur garde ses alliés lors des luttes contre les Bourbons.

La guerre de succession de Pologne révèlera les limites de l'action de ce militaire-diplomate.

Mécène enrichi par ses victoires, ses abbayes et ses revenus de fonctions exercées dans le gouvernement impérial, le prince Eugène de Savoie favorise l’essor de l’architecture baroque illustrée dans son palais d’hiver, le Stadtpalais et le palais du Belvédère à Vienne. Il soutient aussi financièrement Jean-Jacques Rousseau et invite Montesquieu.


« Eugène de Savoie et l’empire Ottoman », de Heinz Leger 
ORF, ARTE, France, Autriche, 2014 
Avec : Stefan Puntigam, Simon Morzé, Maya Henselek, Cornelius Obonya, Lucia Siposova, Simon Hatzl, Ethem Saygieder, Astrit Alihajdaraj, Max Mayer, Pia Baresch, Mercedes Echerer, Serdar Kulmaç, Elif Baysal, Muhammet Süt, Cevat Gogercin et Hamit Isitman
Sur Arte 
« Plus que des ennemis », 52 min, les 23 mai à 20 h 50, 24 mai  à 15 h 10, 28 mai à 16 h 25 et 8 juin 2015 à 16h25
« Journées décisives », 53 min, les 23 mai à 21 h 45, 24 mai à 16 h et 29 mai à 16 h 25

Visuels : © Philipp Kaiser/pre tv, Arte

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Les citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 22 mai 2015.

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