jeudi 8 septembre 2016

« Les pharaons de l’Egypte moderne : Nasser » par Jihan el Tahri


Arte diffusera les 9 et 20 septembre 2016 le premier des trois volets de la série documentaire partiale Les Pharaons de l’Egypte moderne (Pharao Im Heutigen Ägypten), réalisée par Jihan el Tahri et consacré à Gamal Abdel Nasser (1918-1970). Un film partial émaillé d'omissions graves.

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« Cinq ans après la révolution de la place Tahrir et le renversement du président Hosni Moubarak », près de trois ans et demi après l’élection à la présidence de l’Egypte de islamiste Mohamed Morsi (Parti Liberté et Justice), près de deux ans et demi après le coup d’Etat militaire contre Morsi, près de deux ans après l’élection du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, ARTE diffusera  le 19 janvier 2016 « Les Pharaons de l'Égypte moderne », série documentaire en trois épisodes de Jihan El-Tahri.

Inspirée par « ce « printemps » révolutionnaire de courte durée, qu’elle n’a pu vivre sur place », la réalisatrice franco-égyptienne Jihan El Tahri a souhaité « comprendre pourquoi, soixante ans après la chute du roi Farouk, la République n’avait pas tenu ses promesses ».

Pour « ce documentaire, fruit de cinq ans de travail, elle a multiplié les rencontres avec une trentaine de témoins de première main et de tous bords (membres de l’appareil d’État, islamistes, opposants, syndicalistes…), qui apportent un éclairage libre et foisonnant sur les événements qu’ils ont vécus ».

La série documentaire « met en lumière les lignes de force méconnues qui ont forgé le présent de l’Égypte, de l’enterrement de la démocratie à la naissance du djihadisme. De riches archives, dont de nombreux extraits de films de fiction – « une soupape » d’expression politique dans un pays muselé, selon la réalisatrice – ponctuent ce récit passionnant ». Manquent cruellement des historiens et le point de vue israélien.

« De 1952 à 2011, de la chute du roi Farouk à celle du président Moubarak, cette fresque passionnante retrace soixante ans d’histoire politique égyptienne. Elle montre combien le face-à-face entre militaires et islamistes a contribué à l’écrire ». 

Socialisme autoritaire
Le premier épisode de la série documentaire « Les Pharaons de l'Égypte moderne » est consacré à Gamal Abdel Nasser qui dirigea le pays de 1954 à 1970, au « socialisme autoritaire de Nasser et à sa rupture avec les Frères musulmans » qui menacent son pouvoir.

En 1952, « quand les Égyptiens conspuent dans la rue le régime corrompu du roi Farouk et l'influence britannique, le mouvement des officiers libres, fondé par Gamal Abdal Nasser, saisit l'occasion et organise le soulèvement ».

« Quelques mois plus tard, la révolution abolit la monarchie, promet de construire une grande nation moderne et nationalise les terres ».

En 1954, « Nasser, numéro 2 du régime, profite d'une tentative d'assassinat providentielle contre lui pour écarter son rival, le président Naguib, et réprimer les Frères musulmans » dont Yasser Arafat.

« Pour mettre en œuvre son rêve d'un État socialiste, pan-arabe et laïc, il s'attaque aux profondes inégalités du pays. Mais Nasser règne seul, réprime l'opposition et la société civile ».

Nasser dénaturalise, spolie et expulse les Juifs égyptiens, implantés depuis des millénaires dans ce pays, dont celle de la future essayiste Bat Ye'or. Après la guerre de Suez, il contraint à l'exil des milliers de chrétiens dont la famille de Claude François. Des exodes occultés par la série qui évoque le départ des Britanniques.

"Mon père, le lieutenant-général Mustafa Hafez, était le responsable estimé des renseignements militaires égyptiens. Il a organisé les unités de fedayin, c’est-à-dire ceux qui se sacrifient en tuant des Juifs pour le jihad. Ces unités effectuaient des raids en Israël, puis retournaient à Gaza. Gaza était une petite ville, avec le camp de réfugiés « palestiniens » Jabalia… qui existe toujours ! Mon père les critiquait car ils étaient peu nombreux à se battre. A l’école, on nous apprenait, par des poèmes et des chansons – « Les Arabes sont nos amis, les Juifs sont nos chiens » -, la vengeance et la haine d’Israël. Les Juifs étaient décrits comme fourbes, traîtres. On nous disait : « Les Juifs fabriquent des gâteaux avec le sang des enfants Arabes ». On ne nous indiquait jamais les liens des Juifs dans cette région. J’étais antisémite. Enfants, nous souhaitions mourir en shahada", a déclaré Nonie Darwish.

Après la défaite face à Israël, lors de la guerre des Six-jours (1967), la « rue égyptienne » refuse pourtant sa démission.

« Quatre ans plus tard, sa mort soudaine laisse le pays orphelin » de son Raïs qui les a plongés dans la misère en raison de mauvais choix politiques, diplomatiques et économiques : dirigisme à la soviétique, construction du barrage d’Assouan qui "devait rendre les terres cultivables, éviter les inondations et produire de l'électricité". Un barrage "symbole de l'indépendance" du pays.

Comment retracer l'histoire de l'Egypte sous ses derniers "Pharaons" en débutant vers 1950 ? Il s'avère nécessaire de remonter à la fin du califat qui a inspiré la création des Frères musulmans par Hassan al-Banna (1906-1949).

Quid des relations entre Nasser et le FLN (Front de libération nationale) algérien ?

Quid des raisons islamiques, essentiellement la dhimmitude, statut cruel et humiliant des minorités non-musulmanes sous domination islamique, si bien analysée par Bat Ye'or, du refus de reconnaître l'Etat d'Israël ?

Quid des persécutions subies par les Coptes, chrétiens égyptiens ? Quid du statut de la femme ?

Quid des sympathies de Nasser pour les Nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Quid de ses relations avec le grand mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini (1897-1974), collaborateur de Hitler, qu'il accueille après sa fuite de France le 29 mai 1946 ?

Quid de l'accueil en Egypte nassériste de Nazis ? En Egypte, « Exil nazi : la promesse de l'Orient » de Géraldine Schwarz « retrace également le parcours de Johann von Leers » (1902-1965), universitaire « ancien expert de la propagande nazie recruté parmi d’autres sous Nasser. Antisémite fanatique, Von Leers avait travaillé » durant le IIIe Reich avec le grand mufti de Jérusalem Mohamed Amin al-Husseini  « à un rapprochement idéologique du national-socialisme et de la religion musulmane ». En décembre 1942, von Leers a publié un article dans Die Judenfrage, journal antisémite, intitulé “Judaism et islam comme opposés”. Cet idéologue proche de Goebbels séjourne incognito en Italie pendant cinq ans, puis se fixe en Argentine en 1950. Après la chute de Perón en 1955, il rejoint l’Egypte où il est conseiller politique au ministère de l’Information sous Muhammad Naguib, et actif dans la propagande contre l’Etat d’Israël. Il fréquente le grand mufti, se convertit à l’islam et prend les noms de Omar Amin et Mustafa Ben Ali. Il finance la publication en arabe des Protocoles des Sages de Sion, un faux antisémite forgé par la police tsariste à Paris au début du XXe siècle et décrivant un complot Juif pour dominer le monde, ravive le blood libel et promeut les émissions radiophoniques antisémites en diverses langues. Selon une source, von Leers a l’idée de mettre en avant, dans le cadre de la guerre contre Israël, une nationalité palestinienne distincte.

Au Caire (Egypte), « grâce à des témoignages inédits, « Exil nazi : la promesse de l'Orient », documentaire de Géraldine Schwarz, suit la trace de plusieurs d’entre eux : comme Artur Schmitt, général-major de l’Afrikakorps recruté par la Ligue arabe. Ou Gerhard Mertins, ancien Waffen-SS, trafiquant d’armes et spécialiste des combats de guérilla, qui sera plus tard impliqué dans la secte néonazie « Colonia Dignidad » au Chili ».

    
REPÈRES CHRONOLOGIQUES

1950-1951-1953-1956 : Lois de la nationalité. Les Juifs  autochtones deviennent apatrides : 40 000 personnes deviennent des « étrangers ». L’Egypte dénaturalise ses ressortissants impliqués dans des actions en faveur d’Etats ennemis ou sans relations avec l’Egypte (« en 1956 elles sont définies » comme « sionistes »)
1952 - 26 janvier 1952 : Samedi noir (émeutes et violences antisémites)
Après « des manifestations de masse contre le roi Farouk, en janvier, le Mouvement des officiers libres, fondé par Gamal Abdel Nasser, prend le pouvoir à la faveur d’un coup d’État. »
1954 – « Numéro 2 du régime, Nasser profite d’une tentative d’assassinat contre lui pour écarter son trop populaire rival, le président Mohammed Naguib, et prendre sa place. L’organisation des Frères musulmans est interdite ».
1956 - Nasser « nationalise le canal de Suez et obtient la protection des superpuissances américaine et soviétique contre l’offensive conjointe du Royaume-Uni, de la France et d’Israël lors de la guerre de Suez ».
 23 novembre 1956. L’Egypte déclare que les Juifs sont des « sionistes » et des « ennemis de l'État », et annonce leur prochaine expulsion. Environ 25 000 Juifs, près de la moitié de la communauté juive est contrainte de fuir l'Égypte pour l’Europe, notamment la Grande-Bretagne et la France, pour les États-Unis, l’Amérique du Sud, et l’Etat d’Israël, après avoir signé un document indiquant qu'ils quittent le pays de leur plein gré et acceptent leur spoliation. Un millier de Juifs sont interpellés et mis en prison.
1967 – « Après la déroute de la Guerre des Six Jours, infligée par Israël aux armées arabes, largement supérieures en nombre, Nasser annonce sa démission, puis la retire sous la pression des manifestations populaires ».
Nouvelle spoliation de Juifs égyptiens dont une partie est arrêtée, emprisonnée et torturée pendant trois ans.
1970 – « Nasser meurt subitement dans son sommeil, à l’âge de 52 ans, laissant la place à son vice-président Anouar El-Sadate ».


« Les Pharaons de l’Égypte moderne » de Jihan El Tahri 
ARTE France, Big Sister France, 2012, 58 min
Sur Arte les 19 janvier à 20 h 55, 24 janvier à 14 h 30, 27 janvier à 16 h 20 et 1er février 2016 à 16 h 20, 9 septembre à 9 h 25 et 20 septembre 2016 à 9 h 25

Visuels : © Bibalex
Les citations viennent d'Arte. L'article a été publié le 19 janvier 2016.

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