jeudi 7 janvier 2016

« The Goutte d’Or ! L'institut des Cultures d'Islam invite Martin Parr »


L'Institut des Cultures d'Islam (ICI) a présenté l'exposition éponyme composée d'une trentaine de clichés en couleurs, parfois en grands formats, d'habitants - commerçants, femmes en cours d'alphabétisation - et de lieux - prières illégales sur la voie publique, hammam - de ce quartier populaire et cosmopolite de Paris, accueillant des vagues d'immigrés, notamment Juifs - ashkénazes et sépharades - et maintenant musulmans, par le photographe britannique Martin Parr. Une exposition qui se voulait  consensuelle et qui parfois troublait. Le 7 janvier 2016, un individu a essayé d'entrer dans le commissariat de la Goutte d'Or en criant "Allah Akbar", et "muni d'une ceinture d'explosifs factices".


"De L’Assommoir décrit hier par Zola aux colonnes de nos quotidiens d’aujourd’hui, la Goutte d’Or est sans doute le quartier de Paris qui jouit le plus d’une « mauvaise réputation ». Criminalité, trafic de drogues, insalubrité, prostitution, prières dans la rue, tels sont les mots qui reviennent en boucle à son évocation, quitte à oublier la beauté de ce nom hérité du vin [blanc] qui y était cultivé au XIXe siècle", écrit Véronique Rieffel, commissaire de l'exposition, auteur du livre Islamania et directrice de l'ICI.

L'ICI, "lieu d'accueil"
Installé depuis 2006 à la Goutte d’Or, l’ICI est le "lieu d’accueil, unique en son genre, des cultures que l’on dit « d’ailleurs » mais qui s’avèrent résolument « d’ICI ».

L’ICI se veut "un observatoire et un acteur de référence participant à la construction d’un islam parisien, français, européen".

Sa programmation est "fondée sur : la diversité des cultures d'Islam, irréductibles au seul monde arabe, la création contemporaine face aux cultures d'Islam traditionnelles, le fait religieux sous l'angle scientifique et la contribution des cultures d'Islam au patrimoine universel... L’art au service du dialogue des peuples est une source intarissable en cette Goutte d’Or". Dixit le dossier de presse

Financé par la Mairie de Paris, l'ICI s'ajoute au département des Arts de l'Islam du Louvre et à l'Institut du monde arabe (IMA).

Une résidence offerte à Martin Parr
Sur ce "quartier en pleine évolution", l'ICI veut faire découvrir "un monde cosmopolite et attachant qui mérite d’être connu au-delà de stéréotypes sulfureux".

Pour ce faire, l'ICI a proposé en 2010 une résidence au célèbre photographe britannique Martin Parr.

Né à Epsom (banlieue sud de Londres, Surrey) en 1952, Martin Parr est passionné dès son enfance par l'image, il étudie de 1970 à 1973 à Manchester Polytechnic.

Ses thématiques privilégiées ? La "société de consommation, le tourisme de masse, la mode, la publicité et son imagerie. Au premier regard ses clichés peuvent semblent exagérés, les motifs étranges, frôlant le kitch, et les perspectives inhabituelles... Se cache un discours critique et une forme prononcée d’autodérision".

En 1994, Martin Parr "intègre Magnum Photos. En 2002, la Barbican Art Gallery et le National Media Museum présentent une rétrospective importante de son travail, exposition qui sillonnera l’Europe durant cinq années". En 2009, le Jeu de Paume a montré la Planète Parr, la collectionde Martin Parr.

Mission confiée à Martin Parr par l'ICI ? Photographier "avec l’humour et le décalage qui le caractérisent", avec leur accord, des habitants de ce quartier situé près de la butte Montmartre et du Sacré-Coeur.

"Un monde cosmopolite et attachant"
Pendant une semaine, fin janvier 2011, Martin Parr a saisi la réalité quotidienne au gré d'un parcours balisé par l'ICI dans ce quadrilatère bordé par le boulevard Barbès à l'Ouest, le boulevard de la Chapelle au Sud, la rue Max Dormoy à l'Est et la rue Ordener au Nord.

Un quartier populaire à forte densité de population - "57 000 habitants au km² (contre 20 800 hab/km² pour d'autres quartiers de la capitale)" -, dont "36% de la population est d’origine étrangère (contre 17,5% en moyenne dans la Ville de Paris)", et qui abrite le marché Dejean regorgeant de produits exotiques et d'épices, des lieux de spectacles - le Centre Musical Fleury-Goutte d'Or-Barbara, l’Olympic Café ou le Lavoir Moderne -, et des espaces pour des créateurs, dont la styliste Sakina M’Sa qui propose "des cours de couture dans son atelier aux femmes du quartier".

Martin Parr a photographié les fidèles dans l'église St Bernard, "occupée en 1996 par 300 étrangers en situation irrégulière". Un restaurateur Juif aux clients souvent musulmans. Le café Mon village, "espace de sociabilité fréquenté par de vieux migrants et tenu par un immigré Kabyle". Un moment de détente avec partage de la "galette des rois" entre les femmes du cours d'alphabétisation de l'association Accueil Laghouat. Le caviste Don Doudine. L'intérieur du Temple Ganesha qui organise "des services religieux traditionnels hindouistes en langue sanskrite", des résident(e)s de la maison de retraite "l'Oasis". Jocelyn, propriétaire de la Boutique Connivence, "LE magasin de vêtements des « sapeurs » ou représentants de la « S.A.P.E » (Société des ambianceurs et des personnes élégantes) d’origine africaine et marqués par les codes vestimentaires européens". Un poulailler.

Et des musulmans priant dans la mosquée Khalid Ibn Walid de la rue Myrha installée depuis 1985. L'installation des tapis près de la mosquée Al Fath, "posés jusqu'au boulevard Barbès... L'équipe chargée de coordonner la prière termine de baliser les délimitations les espaces de prière des espaces de passage... Grand, portant une barbe blanche finement taillée, vêtu de la tenue traditionnelle, l’imam, M. Hamdaoui, est là et invite à photographier la mosquée de l'intérieur. « C'est important de montrer que nous sommes amenés à prier sur la chaussée pas pour le plaisir de déranger mais parce que la mosquée est complètement bondée ».

Un "islam quotidien, familier, presque villageois, celui de la majorité silencieuse que l’on montre rarement dans les médias… car la Goutte d’or est aussi un quartier riche de nombreux commerces, parfois nichés dans des endroits inattendus, héritier d’un patrimoine culturel : du charcutier posant devant sa tirelire-cochon aux pratiques ferventes de la foi, d’une collection de théières bariolées délicieusement kitsch à l’art de la « sape » (la mode du dandysme tropical)".

Martin Parr impressionné par la "grande prière du vendredi"
Pour un reportage "dans le West Midlands, j’ai été amené à prendre en photo différentes communautés : des hindouistes, des musulmans, des Juifs. Mais au cours de ce reportage, je n’étais pas entré dans une mosquée", se souvient Martin Parr. Et d'ajouter : "C’est la première fois que je vois de l’intérieur une mosquée dans un pays non musulman. Je ne connaissais les mosquées que comme touriste à Istanbul où on ne peut visiter les lieux de cultes qu’en dehors des heures de prières… Là, j’y étais en plein milieu… Passionnant !… Je pense que je suis arrivé sans complexe et sans idées préconçues sur le quartier".

Martin Parr reste impressionné par "la grande prière du vendredi à la mosquée El Fath. Je n’avais jamais vu ça ! C’était impressionnant et très intense. En Angleterre, il n’y a pas ce genre de scène de rue. A ma connaissance, il n’y a pas de problème de construction de lieux de culte musulman... Il y a assez de place pour tout le monde dans les mosquées. Le plus surprenant, c’est que c’est là où j’ai eu le moins de problème avec la présence de ma caméra alors qu’on aurait pu imaginer que ce serait le moment le plus délicat ! J’ai même pu photographier des femmes à l’intérieur de la mosquée en train de prier. Je n’avais jamais vu ce type d’image avant".

Faits troublants
Le 5 avril 2011, une foule impressionnante s'est pressée au vernissage de cette exposition articulée autour de quatre thématiques - Melting Potes, Spiritualités, Rituels, La I-cité -, alors que s'achevait le débat sur la laïcité et l'islam organisé par l'UMP (Union pour un mouvement populaire) et qui avait suscité une controverse.

Cette exposition consensuelle laisse un peu dubitatif.

Sur les prières illégales le vendredi sur l'espace public, cette exposition accrédite l'idée d'un manque de mosquées. Les musulmans qui sortent des bouches de métro pour se joindre à ces prières ? Selon Véronique Rieffel, il s'agit de musulmans travaillant à la Goutte d'Or.

Pourtant, on peut penser que ces prières publiques constituent des tests à l'égard de la république française et de ses valeurs (laïcité, égalité devant la loi, etc.).

Et si l'harmonie et la tolérance imprègnent ce quartier multiethnique, pourquoi le projet d'"apéro saucisson-pinard" à la Goutte d'Or en juin 2010 a-t-il suscité tant d'indignations chez des politiciens et a-t-il été interdit par la préfecture de police de Paris (1)?

Enfin, l'ICI a autorisé sur sa façade l'affiche d'un concert au profit d'Un bateau français pour Gaza, c'est-à-dire un navire visant à forcer, comme en 2010, le blocus de la bande de Gaza dirigée par le mouvement islamiste et terroriste Hamas dont la charte vise la destruction de l'Etat d'Israël. Une "initiative" jugée "regrettable" par Alain Juppé, ministre  français des Affaires étrangères, le 14 juin 2011, répondant à l'Assemblée nationale à la question du député UMP du Val-de-Marne, Jacques-Alain Bénisti. D'une part, cette affiche politisée viole le principe de neutralité du service public auquel est astreint l'ICI, organisme subventionné par la Ville de Paris qui prévoit son futur agrandissement en célébrant son "esprit de concorde". D'autre part, cette affiche prône un acte illégal soutenu financièrement et de manière scandaleuse par des cheminots de la CGT de Marseille de la SNCF, plus précisément le comité d'entreprise CGT cheminots-PACA (Provence Alpes Côte d'Azur). En outre, cette "solidarité" à la Goutte d'Or vise une action agressive contre l'Etat juif, ternit l'ICI qui aurait du la refuser et ne favorise pas le vivre ensemble ni le respect de la légalité. A noter que ce n'est pas la première instrumentalisation d'une institution de la Ville de Paris : le musée municipal d'Art moderne a accueilli fin 2010 l'exposition du photographe Kai Wiedenhöfer Gaza 2010.

L'Institut des Cultures d'Islam (ICI), dont le président est Jamel Oubechou, a été inauguré dans ses nouveaux locaux, au 56 rue Stephenson, 75018 Paris, le 28 novembre 2013. 

En 2014, la Maison européenne de la photographie (MEP) a montré des photographies de Martin Parr sur Paris.

(1) Cette question a été exprimée par Pierre Cassen, un des responsables de Riposte Laïque, lors de la conférence de presse du 4 avril 2011.


Jusqu'au 2 juillet 2011
A l'Institut des Cultures d’Islam (ICI)
19-23, rue Léon, 75018 Paris
Tél. : 01 53 09 99 80
 Du mercredi au dimanche de 15 h à 20 h, et le samedi de 10 h à 20 h

Visuels de haut en bas : © Martin Parr / Magnum Photos – Institut des cultures d’Islam
Leçon de mode inspirée avec la créatrice Sakina M’Sa
Prière du vendredi rue Polonceau

Carte de la Goutte d'Or : © DR
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Cet article a été publié en juin 2011, et republié le :
- 7 août 2012 en raison de la publication de 100 photos de Martin Parr pour la liberté de la presse par Reporters sans frontières (RSF) et de l'exposition signée par Rip Hopkins, Another Country - Les Britanniques en France, et Martin Parr, Think of England, au Musée Géo-Charles de la ville d'Échirolles (près de Grenoble) à l'occasion des Jeux olympiques de Londres 2012 ;
- 15 novembre 2012 à l'approche de la vente par le département Photographies de Christie's à Paris, le 16 novembre 2012, de 55 photos de la collection de Bruce et Nancy Berman, qui contient notamment des photographies de Mitch Epstein et Martin Parr ;
- 26 novembre 2013 et 25 mai 2014.

2 commentaires:

  1. La mosquée El Fath... cela signifie "la conquête" et "la victoire" en référence à la sourate 2 du Coran. Celle de la victoire des musulmans sur les mécréants en Arabie et qui fit de ce pays la première terre islamique...

    Mais qui en Europe sait cela ? Personne et c'est pourquoi personne en Europe ne s'offusque que des musulmans appellent de nombreuses mosquées "la conquête" ...

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  2. Bonsoir,

    Riposte laïque a publié deux articles sur la signification des noms de mosquées : http://ripostelaique.com/nos-elus-savent-ils-que-les-musulmans-donnent-des-noms-guerriers-a-leurs-mosquees.html et http://ripostelaique.com/toutes-mes-felicitations-a-valeurs-actuelles-pour-sa-courageuse-orientation.html

    J'ai publié l'article "Al-Fateh, le webmagazine haineux du Hamas pour la jeunesse" en indiquant la signification du titre : http://www.veroniquechemla.info/2011/01/al-fateh-le-webmagazine-haineux-du.html

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