mardi 27 juin 2017

L' Etat islamique


 Arte diffusera le 27 juin 2017 "Les guerres cachées contre Daech" (IS - Weltfrieden in Gefahr?), documentaire de Jérôme Fritel (2016), puis "Ashbal - Les lionceaux du califat" (Ashbal, die Kindersoldaten der Terrormiliz), documentaire de Thomas Dandois, François-Xavier Trégan (2017). "L'interminable bataille de Mossoul va-t-elle sonner le glas de l'organisation Etat islamique ? Depuis près de trois ans, le monde entier a déclaré la guerre à Daech. Pourtant le groupe terroriste est toujours là. Ce documentaire nous emmène des faubourgs de Mossoul à Dubaï, d'Istanbul à Beyrouth, de Washington à Vienne, pour mieux décrypter les enjeux de ces "guerres cachées".


Le 29 juin 2014, l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou en anglais Islamic State of Iraq and al-Sham (ISIS) - al-Sham désignait la province de Syrie dans les précédents califats - a annoncé le rétablissement du  califat aboli en 1924, et est désormais dénommé « Etat islamique » (EI). Ce  califat sunnite est dirigé par le chef de cet Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, devenu le nouveau calife, « successeur du prophète dans l’exercice du pouvoir politique ». Un califat qui s'étend « d'Alep, au nord de la Syrie, à Dyiala, dans l'est de l'Irak ».

"La Syrie, Bilad el-Sham en arabe, joue un rôle particulier dans l'eschatologie musulmane. Ce pays de Cham est cité dans le Coran et les Hadiths, car c'est là que doit se dérouler l'affrontement final contre Satan, contre la Bête à la fin des temps, lors du jugement dernier. Les musulmans croient même que Jésus –dans sa version coranique– reviendra sur terre en Syrie. L'un des minarets de la mosquée des Omeyyades à Damas est d'ailleurs appelé le minaret de Jésus. Tout cela résonne dans l'imaginaire des djihadistes. Ils mènent un combat contre ce qu'ils considèrent comme le Mal sur une terre dont parle la tradition islamique. Voilà aussi pourquoi la Syrie est devenue un tel aimant", a déclaré en juin 2014 Frédéric Pichon, chercheur à l'Université de Tours et arabisant, auteur de «Syrie. Pourquoi l'Occident s'est trompé» (Editions du Rocher).

"Start-up du terrorisme"
Arte a rediffusé « Daech. Naissance d’un Etat terroriste » (2015) de Jérôme Fritel. Une enquête sur Daech, l’Etat islamique qui fascine et attire tant de musulmans, notamment en France. Le titre du documentaire – omission du mot « islam » - incite à craindre un documentaire « islamiquement et politiquement correct ». « Tournée comme un road movie », cette enquête des journalistes Jérôme Fritel (Goldman Sachs – La banque qui dirige le monde) et Stéphan Villeneuve en Irak, près de la frontière avec la Turquie, pendant le mois de novembre 2014 “révèle, pour la première fois, le visage complet et effroyable de Daech : une organisation djihadiste aussi riche qu'un État africain, devenue une multinationale de la terreur ».

L’État Islamique en Irak et au Levant ou Daech contrôle « un territoire grand comme la moitié de la France, à cheval sur deux pays, la Syrie et l’Irak. Sa fortune est comparable à celle d’un pays africain. L’organisation est devenue une sorte d’État hors la loi qui attire militants et combattants du monde entier. Inconnue il y a un an, cette start-up du terrorisme, née en Irak sous l’occupation américaine, est devenue une multinationale de la terreur. Comment est apparue Daech et quel est son modèle économique ? Peut-elle encore étendre son territoire ? Comment lutter contre une structure qui ne dépend plus de financements extérieurs ? » A discuter…

Un Etat islamique expert en lavages de cerveaux, radicalisation d’esprits manipulés ou séduits par son discours, en réseaux sociaux et diffusion de scènes, parfois numériquement truquées, visant à sidérer, pour vaincre plus rapidement et aisément ceux qu’il considère comme ses ennemis.

En mars 2015, The Brookings Project on U.S. Relations with the Islamic World a publié The ISIS Twitter Census Defining and describing the population of ISIS supporters on Twitter par J.M. Berger et Jonathon Morgan (n°20). Les auteurs ont recensé en septembre et octobre 2014 46 000 comptes Twitter soutenant ISIS, dont 500 à 2 000 sont hyperactifs et contribuent au succès d'ISIS. Pendant cette période, mille de ces comptes ont été suspendus par Twitter. Ils ont étudié un échantillon de 20 000 de ces comptes. Les principaux pays des soutiens sur Twitter d'ISIS : l'Arabie saoudite, la Syrie, l'Iraq, les Etats-Unis, l'Egypte, le Koweit, la Turquie et l'Autorité palestinienne. Chaque twitter poste chaque jour en moyenne 7,3 messages et a environ mille followers. Un compte sur cinq a désigné l'anglais comme langue principale, un sur vingt le français et les trois quarts ont choisi l'arabe.

À l'image des cartels du crime
« À 60 km au sud de Bagdad, dans une région nommée Jurf al-Sakhr, reprise à Daech après de féroces combats à l’automne dernier, se dévoilent des paysages défigurés par la guerre : palmiers déchirés par les obus, carcasses de chars, populations en fuite. Une guerre de religion se déroule ici, qui oppose les sunnites, regroupés autour de Daech, aux chiites au pouvoir à Bagdad et aux kurdes, et s’accompagne d’un nettoyage ethnique à grande échelle. À travers les témoignages de ceux qui l’ont vécue, le film retrace aussi la prise de Mossoul. Comment la deuxième ville d’Irak a-t-elle pu tomber aussi vite ? "Casse du siècle", cette conquête a fait tomber dans l'escarcelle de Daech près de 500 millions d’euros de cash qui dormaient dans les banques. Les djihadistes se sont également emparés des puits de pétrole, ainsi que des réserves de gaz naturel, de phosphate, de blé et d’orge situées dans le grand ouest irakien. En prenant Mossoul, l’organisation est devenue milliardaire et s’offre une assise administrative quasi étatique ».

Le film « donne la parole à ceux qui, de gré ou de force, travaillent sous la domination de cette organisation et décrit le fonctionnement de cet État autoproclamé. Les responsables actuels et passés du gouvernement irakien expliquent comment Daech dépouille l’Irak d’une partie de ses recettes. Par l’intermédiaire des établissements situés sur son territoire, l’organisation accède également aux réseaux bancaires internationaux. Cette enquête montre que derrière ses succès militaires et sa puissance de feu, Daech affiche le visage d’une vaste entreprise commerciale, fonctionnant un peu à l’image des cartels du crime ». 

Pour analyser les effets géopolitiques de l’Etat islamique, le documentaire interroge des experts : Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, Romain Caillet, chercheur au Centre français du Proche-Orient de Beyrouth, spécialiste des mouvements islamistes, et Jean-Charles Brisard, enquêteur économique auteur d’un rapport complet sur l’argent de Daech.

Evoqueront-ils la diplomatie dangereuse et aberrante des Etats-Unis et de pays européens comme la France : soutien aux Frères islamiques et aux “printemps arabes” qui ont déstabilisé de larges zones géostratégiques de l’Afrique jusqu’au Moyen-Orient – guerre dans l’oumma et jihad - et provoqué l’effondrement de régimes politiques soutenus financièrement et alliés de l’Occident (Egypte du président Moubarak), fourniture d’armes aux djihadistes syriens au vain prétexte qu’ils luttent contre le président Assad, rejet d’alliances, brouille avec le Maroc et la Russie qui pourtant avait tempéré les ardeurs bellicistes des présidents Hollande et Obama voulant s’engager militairement contre le président syrien, etc. ?

En ce début 2015, le président Barack Obama a proposé une résolution à approuver par le Congrès afin de permettre l'usage de la force à grande échelle contre l'Etat islamique. Cette résolution liste les groupes menacés par ce mouvement terroriste : chrétiens, Yézidis et Turkmens iraquiens - irakiens.  Seul membre du Congrès républicain Juif, Lee Zeldin pense que l'omission des Juifs dans cette liste constitue une faute, et il cite l'attentat islamiste conte l'hypercacher de la Porte de Vincennes en janvier 2015.

Sans oublier la duplicité de l’Arabie saoudite, du Qatar, etc. qui financent des mouvements terroristes, incitent à la haine de l’Occident et interviennent, officiellement – participations dans des entreprises stratégiques, sportives, etc. - et officieusement dans des pays occidentaux, etc.

Pour vaincre l'Etat islamique, il faut des moyens financiers et humains, accepter des limitations aux libertés publiques et oser nommer l'ennemi.

Ajoutons la lucidité et le refus du relativisme. Or, à l'issue de sa visite en Inde, le président Obama a déclaré le 1er février 2015 afin de minorer l'importance de l'Etat islamique : "When you look at ISIL, it has no governing strategy" ("Quand vous voyez ISIS, il n'a pas de stratégie de gouvernement"). Pire, le 5 février 2015, il a établi un parallèle infondé et infamant entre les atrocités commises par l'Etat islamique et les Croisades ainsi que l'Inquisition " au nom du Christ" ("Unless we get on our high horse and think this [beheadings, sex-slavery, crucifixion, roasting humans] is unique to some other place, remember that during the Crusades and the Inquisition, people committed terrible deeds in the name of Christ").

Barbaries

Sœur Raghida, docteur en sciences de l’éducation, a décrit sur Radio Vatican, le 18 avril 2014,  la situation tragique des  chrétiens syriens victimes des islamistes qui leur intime de se  convertir à l'islam, de payer une rançon ou  les tuent "d’une façon extrêmement inhumaine, d’une extrême violence qui n’a pas de nom". Les islamistes crucifient les chrétiens refusant de dire la chahada, et à Abra (banlieue de Damas), au "fur et à mesure où on entrait dans la ville, on commençait à tuer les hommes, les femmes et les enfants. Et après le massacre, on prenait les têtes et on jouait au foot avec leurs têtes. En ce qui concerne les femmes, on prenait leurs bébés et on les accrochaient aux arbres avec leurs cordons ombilicaux".

A l'été 2014, Mossoul, deuxième ville d'Irak, a été vidée de ses 35 000 chrétiens spoliés de leurs biens et dépossédés de leurs papiers d'identité : ceux-ci avaient été sommés de choisir avant le 19 juillet 2014 "l’une des trois conditions imposées par le nouveau calife, dans la province de Ninive, Abou Bakr al Baghdadi, chef de l’EIIL (État islamique d’Irak et du Levant (EIIL), appelé désormais État islamique) : se convertir à l’islam, accepter le statut de dhimmi, ou en cas du refus du premier ou du second, ils seront exécutés par l’épée. Un nettoyage religieux sans grande indignation médiatique et politique. Valérie Boyer, député UMP, a interrogé ce jour le gouvernement sur ce "massacre annoncé" et exhortait à ce que "le silence de la France ne soit pas complice de ce drame". Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a répondu : "il est capital qu'on puisse empêcher la partition irakienne". Il a affirmé le "soutien de la France à toutes les minorités d'Orient". Le 24 juillet 2014, l'ONU a indiqué « qu'une vingtaine de familles chrétiennes » sont demeurées à Mossoul, soutenues par des ONG telles que Caritas. Certaines de ces familles se sont converties à l'islam, les autres ont préféré payer l'amende imposée par l'Etat Islamique (EI).

Le 21 décembre 2014, le pape François (Franciscus) a écrit  une lettre  aux chrétiens  du Moyen-Orient. Le Saint-Père  les a exhortés  au dialogue interreligieux, les a encouragés à demeurer dans leurs pays auxquels ils ont tant contribué, a dénoncé sans le nommer l’Etat islamique, a déploré les persécutions dont ils sont victimes

Autres minorités persécutées : les Yazidis kidnappés, violés, réduit au statut d’esclaves, etc.

En juillet 2014, l'Etat islamique a publié son magazine électronique et anglophone Dabiq. Un magazine existant en allemand depuis fin août. En décembre 2014, il a édité Dar al-islam, publication en français. Toutes deux sont réalisées par la "mystérieuse agence multimédia Al-Hayat, fondée en mai 2014". L'Etat islamique signale leur sortie sur Twitter. "Dans l'introduction, les auteurs se réjouissent d'être «les témoins d'une nouvelle ère», celle de la restauration du califat, qui permet enfin aux musulmans de vivre en adéquation avec la loi islamique". Spécialiste de la communication de crise chez Publicis, Mathieu Slama estime que cette publication constitue un outil de recrutement  et exprime la volonté d’institutionnalisation de l'Etat islamique.

Quant aux enfants, selon le rapport publié le 4 février 2015 par le Comité des droits de l'enfant  (CRC) des Nations unies, nombre d’entre eux sont enrôlés , torturés, subissent des sévices sexuels, tués par crucifixion, enterrés vivants. Des enfants handicapés mentaux sont transformés en islamikazes.

En février 2015, l'Etat islamique a publié son guide sur et pour les femmes. Intitulée « Les femmes au sein de l'Etat islamique : manifeste et étude de cas », affirmant l'inégalité entre hommes et femmes et le devoir des femmes de rester dans leur foyer, cette brochure est rédigée en arabe a été diffusée par la brigade Al-Khansaa, milice entièrement féminine de l'EI. Celui-ci y livre sa vision des femmes vouées à la procréation : mariage dès neuf ans, éducation pour les filles de sept à quinze ans, « ou un peu avant ». "De sept à neuf ans, elles doivent apprendre la religion, l'arabe coranique et la science (principalement le calcul mental). De dix à douze ans, les études se concentrent sur la religion, sur la loi sur le mariage et le divorce; mais on peut aussi leur enseigner d'autres compétences qui leur seront utiles, comme la couture ou la cuisine. De treize à quinze ans, leur éducation doit se concentrer sur la charia, l'histoire de la religion et sur l'apprentissage d'activités liées à la maternité"..

Le silence de la “rue islamique” et de personnalités musulmanes sur ces exactions et sur leur lien avec l’islam est choquant. N’est-ce pas cette “rue islamique” qui défilait, aux côtés d'élus socialistes, d'extrême gauche et Verts, à l’été 2014, en brandissant des drapeaux de mouvements terroristes islamistes tel l’oriflamme de l’Etat islamique ?

Les gouvernements occidentaux se livrent à des contorsions sémantiques en évoquant Daesh, et non l’Etat islamique, et ce, afin d’éviter tout lien entre l’islam et les terroristes de l’EI.  En dehors du vocable et de la religion des terroristes, quels sont les autres liens avec l’islam : la persécution des non musulmans (chrétiensyazidis, etc.) - imposition de la jizyamise en esclavage, statut inférieur des femmes, etc. -, la prise d’otages et leur égorgement... ?

A cette question, l'essayiste Bat Ye'or a répondu ; "L’EI incarne par son gouvernement et son inspiration l’Etat islamique. Il est fondé sur la guerre et axé sur la conquête, c’est son assise principale comme l’était le premier gouvernement islamique. Dès son origine et durant des siècles, l’Etat ottoman s’appela l’Etat ghazi, l’Etat de la guerre contre les non-musulmans. L’appel aux musulmans pour participer au djihad est courant. Dans toutes les guerres anti-chrétiennes, les musulmans accourraient pour se joindre aux armées cantonnées dans des villes-garnisons à la lisière des frontières des pays chrétiens".

En février 2015, l’Etat islamique avait menacé l’Europe, en particulier l’Italie, d’y envoyer 500 000 « migrants » en cas d’intervention militaire en Libye, et prélève sa part sur l'argent donné aux passeurs… 

L’Etat islamique a récemment mis en garde les « migrants » contre les dangers de quitter le dar al-islam  : c'est une forme de hijra qu'effectuent ces « migrants ».

Il a revendiqué les attentats terroristes islamistes du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis.

Des adolescentes et des vingtenaires chrétiennes et Yazidis, dont certaines sont d'anciennes esclaves sexuelles de l'Etat islamique, combattent l'Etat islamique.

Le 15 mars 2016, Arte consacra sa soirée à l'Etat islamique en diffusant Daech, paroles de déserteurs, documentaire de Thomas Dandois et Francois-Xavier Tregan, deux réalisateurs interviewésDisparus, la guerre invisible en Syrie, de Sophie Nivelle-Cardinale et Etienne Huver, Homs - Chronique d'une révolte, par Talal Derki.

Le 30 août 2016, Arte diffusa Du 11 septembre au califat. L'histoire secrète de Daech (Von 9/11 Zum Kalifat. Die geheime Geschichte des IS), documentaire de Michael Kirk.

"Comment, de Bush à Obama, l'Amérique a laissé prospérer la terreur aveugle dont Daech a repris le flambeau. Dans ce film convaincant, d'anciens membres du renseignement, dont Nada Bakos, qui a travaillé sur le dossier pour la CIA, des représentants des forces américaines en Irak, l'ancien secrétaire d'État américain Colin Powell - victime d'un étonnant trou de mémoire - et des experts du terrorisme retracent, archives à l'appui, les treize ans de cette guerre perdue contre la terreur".

Le "10 juin 2014, quand Daech plante ses drapeaux noirs sur la ville de Mossoul, désertée par une armée irakienne qui a fui sans combattre, le monde médusé tente de comprendre d'où ont surgi ces djihadistes qui affirment ressusciter dans un bain de sang le califat de Mahomet. Mais comme le rappelle ce documentaire dense et passionnant, le projet politique d'Al-Baghdadi, dont la férocité aveugle se propage dans le monde entier, est né dès 2002, avant même que l'administration Bush ne déclenche l'invasion de l'Irak. Ce sont les erreurs, mais aussi les mensonges de cette dernière, prolongés en Syrie par les tergiversations d'Obama, qui ont permis à Daech de prospérer".

"Tué à 40 ans, en 2006, lors d'un raid aérien, le terroriste d'origine jordanienne Abou Moussab al-Zarqaoui, alors représentant d'Al-Qaïda en Irak, est ainsi le précurseur du projet sanguinaire dont Abou Bakr al-Baghdadi a repris le flambeau. Comme Ben Laden, qui a commencé par le mépriser, son arme est la terreur médiatisée et spectaculaire. Mais il dépasse son maître en orchestrant l'horreur et le chaos comme armes du djihad. C'est Al-Zarqaoui qui a opéré la première décapitation devant une caméra, signé des attentats spectaculaires à la voiture piégée, dont celui contre le siège de l'ONU, conçu et mis en oeuvre des massacres de masse parmi les foules chiite, dans le but de ranimer la guerre entre communautés musulmanes. Pourquoi les États-Unis, dont les renseignements ont vite repéré le terroriste, vont-ils non seulement le laisser agir, mais même l'instrumentaliser ? "

Le 7 mars 2017, Arte diffusa Daech, paroles de déserteurs (Inside Rakka: IS-Deserteure packen aus), documentaire de Thomas Dandois et Francois-Xavier Trégan. "Des transfuges de l’organisation État islamique témoignent. Un documentaire exceptionnel sur la vie quotidienne et les pratiques de Daech et sur les conditions de ce périlleux travail d’exfiltration".

"Dans une ville du sud-est de la Turquie, située à seulement 60 kilomètres de la Syrie en guerre, un réseau clandestin prend les plus grands risques pour exfiltrer des combattants qui souhaitent quitter l'organisation État islamique. Sous couvert d'anonymat, ces déserteurs, des hommes originaires de Syrie ou de Jordanie, ont accepté pour la première fois de raconter leur vie sous le joug de Daech, ainsi que les raisons qui les ont poussés à le rejoindre puis à le fuir. Ils ont pour la plupart vécu à Raqqa, la capitale politique et militaire du groupe terroriste. Ces témoignages sont exceptionnels, car, en général, les déserteurs de Daech se cachent et ne parlent pas – s'ils ne sont pas rattrapés par l'EI puis exécutés. Ces hommes décrivent la session de préparation, que l'un d'eux compare à un lavage de cerveau, l'entraînement militaire ultramartial de quinze jours, les avantages (solde mensuelle, maison confortable), mais aussi les atrocités commises au quotidien, l'arbitraire des "émirs" (l'équivalent des officiers dans cet État militaire), les charniers, les blessés qu'on achève, les femmes réduites au statut d'esclave sexuelle, tuées pour un oui, pour un non… Des témoignages illustrés par des vidéos, souvent d'une grande violence, trouvées sur les téléphones portables de combattants de l'État islamique ou de déserteurs".

"Le réseau d’exfiltration, constitué de combattants historiques de l’Armée syrienne libre (opposée à Bachar el-Assad), a accepté de dévoiler quelques-unes de ses méthodes de travail. "Daech a essayé de nous piéger avec de faux déserteurs", explique l'un des membres de cette cellule spécialisée. Pour éviter toute tentative de manipulation, l'exfiltration ne se produit qu'après une longue enquête. En aidant les déserteurs à fuir et en recueillant leurs témoignages, les membres du réseau veulent dénoncer les mensonges de l’EI et son culte de la violence. Ils pensent ainsi décourager les futurs candidats au djihad. Les informations collectées leur permettent aussi d'en savoir plus sur les offensives et les positions occupées par Daech. Ces hommes déplorent en revanche de ne pas coopérer davantage avec les autorités occidentales, qui, d'après eux, ne veulent plus rien savoir de leurs ressortissants une fois que ceux-ci ont franchi l'enceinte de l'État islamique".

"Les guerres cachées contre Daech"
Arte diffusera "Les guerres cachées contre Daech" (IS - Weltfrieden in Gefahr?), documentaire de Jérôme Fritel (2016). "L'interminable bataille de Mossoul va-t-elle sonner le glas de l'organisation Etat islamique ? Depuis près de trois ans, le monde entier a déclaré la guerre à Daech. Pourtant le groupe terroriste est toujours là. Ce documentaire nous emmène des faubourgs de Mossoul à Dubaï, d'Istanbul à Beyrouth, de Washington à Vienne, pour mieux décrypter les enjeux de ces "guerres cachées".

"L'interminable bataille de Mossoul va-t-elle sonner le glas de l'organisation État islamique ? Depuis près de trois ans, le monde entier a déclaré la guerre à Daech. Pourtant, le groupe terroriste continue d'imposer sa loi sur une partie de la Syrie et de l’Irak, et d'envoyer ses kamikazes à l’assaut des cinq continents. Comment quelques dizaines de milliers de combattants résistent-ils aux meilleures armées du monde ? En face, quels sont les véritables objectifs des acteurs de cette guerre ? Lutter contre l’internationale de la terreur ou dépecer le territoire aujourd’hui contrôlé par Daech ? Le combat contre le terrorisme cacherait-il en réalité un conflit plus large, qui ébranle déjà l’équilibre mondial ?"

"Après Daech, naissance d'un État terroriste, Jérôme Fritel a de nouveau enquêté sur les coulisses d’une guerre qui a balayé les frontières tracées depuis un siècle et d'ores et déjà changé le cours de l’histoire. De l’ancien gouverneur de Mossoul, qui dirige aujourd'hui une armée de quatre mille hommes financée et entraînée par les Turcs, au numéro deux du Hezbollah libanais, bras armé de l’Iran en Syrie, en passant par le dernier ambassadeur américain à Damas, ce documentaire donne la parole aux acteurs de premier plan dans le conflit. Il nous emmène des faubourgs de Mossoul à Dubaï, d’Istanbul à Beyrouth, de Washington à Vienne, pour mieux décrypter les enjeux et les réalités de ces "guerres cachées". La Turquie d'Erdogan a été une plaque-tournante pour ceux voulant rejoindre les rangs de l'Etat islamique, et "a livré des armes aux djihadistes" qui pouvaient s’entraîner en Turquie. Elle "a construit un mur de sécurité le long de sa frontière". Elle multiplie les frappes contre les Kurdes. Et livre une guerre intérieure aux opposants d'Erdogan.

Le documentaire occulte le lâchage par Barack Obama, alors président des Etats-Unis, d'alliés telle l'Arabie saoudite, au profit du rapprochement avec l'Iran des ayatollahs. Il élude la diplomatie catastrophique de la France sous la présidence de François Hollande, et la médiocrité des ministres français des Affaires étrangères arc-boutés sur les frontières. Des faits qui expliquent l'enlisement du conflit, et l'effondrement d'Etats composant le monde Arabe au Moyen-Orient. Le Président Poutine a montré à son allié syrien qu'il demeurait fiable.

Le documentaire souligne le perdant des accords Sykes-Picot : le peuple kurde qui a récupéré le Sinjar.

"Ashbal - Les lionceaux du califat"
"Au cours de la guerre de Syrie, tous les groupes armés ont recruté massivement des enfants-soldats, enrôlés de gré ou de force. Mais pour l'organisation de l'État islamique, il s'agit d'une politique planifiée et mise en œuvre à grande échelle dans les territoires conquis. Dès 4 ans, et jusqu'à 16 ans, ceux que ses membres appellent Ashbal ou "lionceaux du Califat" s'entraînent dans des camps spéciaux où, soumis à une propagande intense et confrontés à des exécutions, ils apprennent le maniement des armes avant de partir au combat. Thomas Dandois et François-Xavier Tregan (Daech, paroles de déserteurs) ont retrouvé en Turquie et en Grèce certains de ces enfants perdus, livrés à eux-mêmes après s'être enfuis. En écho à leur désarroi, des adultes (un combattant de l'Armée syrienne libre, un déserteur de Daech, deux enseignants, dont l'un a été enrôlé par le groupe terroriste, un jeune réfugié impuissant devant l'endoctrinement de ses deux petits frères) racontent comment une génération d'enfants endoctrinés baigne nuit et jour, depuis quatre ans, dans le culte de l'ultraviolence et la haine du "mécréant". Presque personne ne témoigne à visage découvert". L'un évoque le viol impuni dont il a été victime par un émir de l'Etat islamique.

"À Athènes, Kasswara, 16 ans, hanté par deux années passées en tant qu'"agent secret" volontaire, à dénoncer, voire à égorger les "ennemis" de l'organisation, semble seul face à ses remords et à son traumatisme. Ayant déserté après avoir été violé par un émir de Daech qu'il n'a pas osé dénoncer, il se souvient : "Je n'avais de pitié pour personne. Le cœur est mort, il est devenu noir, comme on dit." À Sanliufra, en Turquie, Moussa et Youssef, deux frères de 12 et 9 ans, dessinent plus qu'ils ne décrivent ce qu'ils ont vécu. Quant à Mohammed, 15 ans, choisi comme "chanteur" pour la beauté de sa voix, il semble regretter de n'avoir pu combattre. Des récits exceptionnels, qui lèvent le voile sur la fabrique de petits tueurs mise sur pied par Daech. Que deviendront-ils ?" Le documentaire ne dit rien sur les processus d'emprise mentale sur ces enfants, les instruments utilisés pour le conditionnement, etc. "A priori, aucune fille parmi ces enfants-soldats", considère François-Xavier Tregan qui prône des centres avec des pédopsychiatres et éducateurs pour accueillir, entendre et traiter ces "enfants anciennement soldats". Difficile d'évaluer précisément le nombre de ces enfants-soldats. Vraisemblablement des centaines, dont une partie se trouve en Europe.

On peut s'étonner qu'Arte n'ait jamais produit ou/et diffusé de documentaires "levant le voile sur la fabrique" d'enfants-soldats par l'Autorité palestinienne du Fatah ou le Hamas dans la bande de Gaza.

Père Patrick Desbois
Le Père Patrick Desbois "a consacré sa vie aux recherches sur la Shoah, au combat contre l’antisémitisme et à l’amélioration des relations entre catholiques et Juifs. Patrick Desbois est prêtre catholique et Président de Yahad-In Unum".

Il a co-écrit, avec Nastasie Costel, La Fabrique des terroristes - Dans les secrets de Daech. Le 29 juin 2017, sur i24News, le père Patrick Desbois s'est indigné du silence sur le génocide commis par l'Etat islamique à l'égard des Yézidis, et probablement aussi d'autres minorités religieuses : "Ce qui est le plus choquant pour moi c'est que Baghdadi, la police religieuse ont commis un génocide contre les yézidis et peut être contre d'autres minorités. Ils ont aussi expulsé tous les chrétiens, les ont maltraité. Personne n'est accusé de génocide, on en parle comme d'une entité qui disparaît". Il a souligné l'importance de désigner les coupables de ce génocide par leur nom. Il demeure sceptique à l'égard de la "mort" de l'Etat islamique qui selon lui "a besoin d'argent", se projette ailleurs", dans d'autres pays et compte sur ses "lionceaux" pour poursuivre sa guerre. Il a évoqué le sort bouleversant des enfants captifs, convertis de force, victimes de "lavages de cerveaux", revendus - 25 000 dollars la fille, 15 000 dollars le garçon - et ne reconnaissant pas leurs parents ou les traitant de "koufars" (mécréants, en arabe). Yadad-In Unum construit des "ateliers avec des psychologues pour réveiller les enfants yazédis", forme des femmes, souvent veuves, à des métiers afin qu'elles acquièrent leur indépendance, etc.


"Ashbal - Les lionceaux du califat" de Thomas Dandois, François-Xavier Trégan
2017, 53 min
Sur Arte le 27 juin 2017 à 21 h 50
Visuels :
Zur ARTE-Sendung Ashbal, die Kindersoldaten der Terrormiliz 2056851: Suhaib kämpft für die Freie Syrische Armee. Es gelang ihm, seine beiden Neffen Tutti und Hamoudi aus den Fängen des IS zu befreien. © Thomas Dandois Foto: ARTE France Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". 

"Les guerres cachées contre Daech" de Jérôme Fritel 
2016
Sur Arte le 27 juin 2017 à 20 h 50
Visuels : © Magneto Presse
Sur le front de Mossoul, avec l'ancien gouverneur de la province, Atheel al-Noujaifi, chassé de sa ville par Daech, à l'été 2014
Erbil, capitale du Kurdistan irakien en passe de devenir un état indépendant. Les Kurdes apparaissent comme les grands gagnants de la guerre mondiale contre le terrorisme
Les Turcs aussi sont entrés en guerre en Syrie et en Irak, prêts à tout pour empêcher les Kurdes de créer leur état indépendant
Sur le front de Mossoul, avec l'ancien gouverneur de la province, Atheel al-Noujaifi, chassé de sa ville par Daech, à l'été 2014

Daech, paroles de déserteurs, documentaire de Thomas Dandois et Francois-Xavier Trégan
Arte, France, 2016, 53 min
Sur Arte le 7 mars 2017 à 23 h 50

Du 11 septembre au califat. L'histoire secrète de Daech (Von 9/11 Zum Kalifat. Die geheime Geschichte des IS), documentaire de Michael Kirk
ZDF, Pbs Frontline, Tom Koch, 2016, 52 min
Auteurs : Michael Kirk, Mike Wiser
Sur Arte, le 30 août 2016, à 20 h 55
Visuel : © FRONTLINE/Secret History ISIS

« Daech. Naissance d’un Etat terroriste  », par Jérôme Fritel
Arte, 2015, 55 minutes
Sur Arte les 10 février à 20 h 55, 12 février à 8 h 55 et 24 février 2015 à 9 h ; 3 novembre à 20 h 55 et 23 novembre 2015 à 8 h 55 

Visuels :
Un partisan de Daech
© ARTE/PAC Presse

Des partisans de Daech
© ARTE/PAC Presse

Soldats de Daech
© ARTE/PAC Presse

Soldats de Daech dans une démonstration de force.
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Les citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 10 février 2015, puis le 31 mai 2015 Le 2 juin 2015, France 5 diffusa Daech, les racines du mal, documentaire de Martin Smith ;
- 2 novembre 2015, 15 mars et 30 août 2016, 7 mars 2017.

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