mardi 16 mai 2017

« La manifestation du 11 janvier 2015 - Martin Argyroglo », par Rémy Burkel


 Arte diffusa La paix au bout de l’objectif, documentaire par Rémy Burkel (2015). Retour sur la photographie de Martin Argyroglo prise à la fin de la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris, et intitulée Le crayon guidant le peuple, par référence à La Liberté guidant le peuple, célèbre tableau (1830) du peintre Delacroix. Arte occulte notamment les assassinats antisémites du 9 janvier 2015. Le 17 mai 2017, Canal + diffusera L'humour à mort, documentaire de Daniel Leconte et d'Emmanuel Leconte. "Le 11 janvier 2015, des millions des personnes défilent dans les rues de Paris pour défendre la liberté d'expression. Quatre jours plus tôt, la rédaction de Charlie Hebdo était la cible d'une attaque terroriste. Douze personnes y perdaient la vie, dont les dessinateurs de presse Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et Honoré. Le 9 janvier, les clients d'un supermarché casher étaient pris en otages. Quatre d'entre eux sont tués. Daniel et Emmanuel Leconte reviennent sur ses jours difficiles, via entre autres, des images d'archives issues de leur documentaire « C'est dur d'être aimé par des cons» qui retraçait le parcours judiciaire de Charlie Hebdo après la publication de caricatures de Mahomet..."


En prologue à chaque soirée du « Summer of Peace », Arte propose Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, « série documentaire dédiée aux images de guerre ou de paix qui ont marqué notre histoire récente. Saisir l'image choc qui fera le tour du monde, pour dénoncer la guerre ou célébrer l'espoir de paix : de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, cette série documentaire décrypte les clichés qui ont marqué l'opinion publique. Willy Brandt à genoux à Varsovie, la poignée de main entre Sadate et Begin, la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris… : douze modules courts sur des photos entrées dans les consciences ».

Liberté
Le 11 janvier 2015 à Paris, le photographe Martin Argyroglo couvre « la manifestation contre la tuerie survenue à Charlie Hebdo, pour tenter d'immortaliser l'ambiance et l'émotion de ce jour particulier ». Bref, Arte occulte notamment l’attentat djihadiste de Amedy Coulibaly tuant quatre Juifs français à la supérette cacher de la porte de Vincennes, le 9 janvier 2015. Comme si, pour Arte, les manifestants ne réagissait que contre l’attentat des frères Chérif et Saïd Kouachi à la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Mais c’est vrai, quand des djihadistes assassinent des Juifs, les non-Juifs ne se mobilisent pas, ne défilent pas… Et si ces trois djihadistes avaient seulement visé une cible Juive, nul doute que société française n’aurait pas réagi avec cette ampleur. Il suffit de se souvenir des rassemblements après l’assassinat d’Ilan Halimi, des victimes Juives à l’école OzarHaTorah à Toulouse, etc. Quant au meurtre de Sébastien Selam, il est « oublié » par les dirigeants communautaires.

Cette manifestation du 11 janvier 2015 réunit plus de quatre millions de personnes à Paris. Non pas la France « Black Blanc Beur », la société multiculturelle, encensée par le « politiquement correct ». Mais une France profonde, essentiellement monochrome, chrétienne, Juive et athée...

In extremis, alors que la nuit est déjà tombée, et que nombre de ses collègues sont déjà partis, convaincus d’avoir leur photo de cet événement, le photographe Martin Argyroglo cadre horizontalement, puis verticalement la scène en train de se former : il coupe la statue de la place de la République, « le meilleur moyen de créer une dynamique un peu ascensionnelle vers la statue ».

Le photographe trentenaire convoque « toute la violence révolutionnaire de la France » par sa référence, dans la composition, au tableau La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix (1830), inspiré de la révolution des « Trois Glorieuses » (27, 28, 29 juillet 1830), révolte contre les ordonnances du roi Charles X en date du 25 juillet 1830, dont l’une suspend la liberté de la presse et soumet les publications périodiques à une autorisation du gouvernement.

La photographie de Martin Argyroglo souligne les revendications de manifestants concernant la liberté d’expression menacée par les djihadistes. En témoignent la pancarte « Je suis Charlie ». Quant à la banderole contre la « barbarie », elle ne désigne pas le terrorisme islamiste.

Une image emblématique de cette manifestation populaire et polysémique ? Les slogans "Je suis Juif" étaient moins nombreux que ceux "Je suis Charlie".

Une image de paix ? Non, une image d'une Nation réagissant au djihad qui lui a été déclaré. Un sursaut inattendu, complexe, instrumentalisé, d'une France fragmentée.

  
La paix au bout de l’objectif, documentaire par Rémy Burkel (2015)
Arte, France, 2015, 3 min
Sur Arte le 25 juillet 2015 à 20 h 45

Visuel : © Arte

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Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 24 juillet 2015.

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