Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

vendredi 16 mars 2018

« 24 septembre 622 : l'an 1 de l'islam » par Denis van Waerebeke


Arte diffusera le 17 mars 2018, dans le cadre de « Quand l'histoire fait dates », « 24 septembre 622 : l'an 1 de l'islam » (Zahlen schreiben Geschichte - 24. September 622: die Geburt des Islam), documentaire de Denis van Waerebeke guidé par l’historien Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, et directeur d’un livre collectif controversé : « L'Histoire mondiale de la France ».

« 33, 1492, 1789, 1945... Comment ces dates se sont-elles glissées dans notre mémoire collective ? Qui a décidé lesquelles étaient mémorables ? Comment construit-on un événement, pourquoi, pour qui, et comment finit-il par entrer dans les manuels d’histoire ? »

Série documentaire
« L’historien Patrick Boucheron revient sur quelques unes de ces dates pour découvrir en quoi elles nous aident aujourd’hui à saisir le panorama d’une histoire globale. Il revisite l’histoire à travers le prisme des grandes dates ».

« Portée par le récit face caméra, aussi savant que vivant, de Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, cette collection documentaire met l’histoire en mouvement. »
« Des frises chronologiques animées accueillent images, documents et archives, illustrant les dix grandes dates évoquées ».

« En reconstituant, au fil d’une enquête captivante, ces événements inscrits dans les manuels scolaires, et en les replaçant dans plusieurs temporalités (au moyen des différents calendriers), la série rend ainsi sensible la manière dont l’histoire s’écrit, se date et se commémore ».

« Une approche nouvelle du sujet, où se croisent art de la narration, techniques ludiques d’animation et rigueur scientifique ».

Patrick Boucheron
Patrick Boucheron a dirigé « L'Histoire mondiale de la France ». Un best-seller controversé, critiqué notamment par Pierre Nora (« Politiquement, l’objectif est de lutter, « par une conception pluraliste de l’histoire, contre l’étrécissement identitaire qui domine aujourd’hui le débat public ») et Eric Zemmour : « En près de 800 pages et 146 dates, on ne déviera pas de la ligne du parti: tout ce qui vient de l’étranger est bon. Les invasions barbares sont des «migrations germaniques» ; la défaite des Gaulois leur permit d’entrer dans la mondialisation romaine ; les conquérants arabes étaient bien plus brillants que les minables défenseurs carolingiens ; les martyrs chrétiens de Lyon venaient d’ailleurs et saint Martin était hongrois. Les théologiens chrétiens doivent tout au grand talmudiste Rachi ; «l’honteux traité de Troyes» de 1420 (qui donnait le royaume de France à la monarchie anglaise) est une heureuse tentative de construire la paix perpétuelle par l’union des couronnes ».

Quant à Alain Finkielkraut, il a estimé
« Je découvre, effaré, que ni Rabelais, ni Ronsard, ni La Fontaine, ni Racine, ni Molière, ni Baudelaire, ni Verlaine, ni Proust n’y figurent. Et si Mauriac est cité, ce n’est pas pour son œuvre, c’est pour sa critique honteusement réactionnaire du féminisme. Ainsi s’éclaire le sens de « monde » pour les nouveaux historiens. Mondialiser l’histoire de France, c’est dissoudre ce qu’elle a de spécifique, son identité, son génie propre, dans le grand bain de la mixité, de la diversité, de la mobilité et du métissage. Et c’est répondre au défi islamiste par l’affirmation de notre dette envers l’Islam. De manière générale, l’Histoire mondiale de la France remplace l’identité par l’endettement. Ici doit tout à ailleurs. De la France, patrie littéraire, ce qui surnage, c’est la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland et l’audace qui a été la sienne d’ajouter au corpus original des histoires que lui avait racontées un voyageur arabe venu d’Alep.
Instructif aussi est le récit de l’invasion musulmane de 719 à Narbonne, où les cultures se sont mêlées avant que les Francs, hélas, n’arriment par la force cette ville à leur royaume. Ceux qui, en revanche, croient pouvoir mettre au crédit de la France naissante la première traduction latine du Coran par l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 1143, sont avertis que cette démarche n’était pas inspirée par la curiosité mais par une volonté de dénigrement. Et peu importe le fait que l’Islam de son côté ne pouvait pas même envisager de traduire les Écritures saintes des religions antérieures à son avènement.
Nos éminents universitaires n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume. Ouverture est leur maître mot. Mais ils frappent d’inexistence Cioran, Ionesco, Kundera, Levinas, tous ces étrangers qui ont enrichi notre philosophie et honoré notre littérature. Car c’est à ce «notre» qu’ils veulent faire rendre l’âme...
Le dégoût de l’identité a fait place nette de la culture. Les façonniers de l’Histoire mondiale de la France sont les fossoyeurs du grand héritage français.
« Une histoire libre », dit le journal Libération pour qualifier ce bréviaire de la bien-pensance et de la soumission, cette chronique tout entière asservie aux dogmes du politiquement correct qui ne consacre pas moins de quatorze articles aux intellectuels sans jamais mentionner Raymond Aron, ni Castoriadis, ni Claude Lefort, ni aucun de ceux qui ont médité la catastrophe totalitaire et la bêtise de l’intelligence au XXe siècle…
« Histoire jubilatoire », ajoute Libération. Ce mot – le plus insupportablement bête de la doxa contemporaine – convient particulièrement mal pour une histoire acharnée à priver la France de son rayonnement et à l’amputer de ses merveilles.
Il n’y a pas de civilisation française, la France n’est rien de spécifiquement français: c’est par cette bonne nouvelle que les rédacteurs de ce qui voudrait être le Lavisse du XXIe siècle entendent apaiser la société et contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble.
Quelle misère! »
Sur le djihad à Narbonne, voici le témoignage de Ibn al-Athîr dans ses Annales cité par Bat Ye'or dans Les Chrétientés d'Orient entre jihad et dhimmitude (p. 328) :
"En 177 <17 793="" avril="">, Hichâm, prince d'Espagne, envoya sur le territoire ennemi une nombreuse armée commandée par 'Abd el-Melik ben 'Abd al-Wâh'id ben Moghît et qui poussa jusqu'à Narbonne et Djeranda . Ce général attaqua d'abord Djeranda , où se trouvait une garnison franque d'élite ; il tua les plus braves, détruisit les murs et les tours de la ville et faillit s'en emparer. Il marcha ensuite sur Narbonne, où il renouvela les mêmes exploits, puis, poussant en avant, il foula le sol de la Cerdagne. Pendant plusieurs mois, il parcourut ce pays dans tous les sens, faisant violence aux femmes, tuant les guerriers, détruisant les forts, brûlant et pillant tout, chassant devant lui l'ennemi qui s'enfuyait en désordre. Il rentra chez lui sain et sauf, traînant après lui un butin dont Dieu seul sait l'importance. Cette expédition est l'une des plus célèbres des musulmans d'Espagne [p. 144].
En 2010 <23 825="" avril="">,  'Abd el-Rah'mân ben el-H'akam envoya sur le territoire franc une forte troupe de cavalerie commandée par 'Obeyd Allâh, connu sous le nom d'Ibn el-Balensi. Cet officia dirigea des razzias dans tous les sens, se livra au meurtre et au pillage, et fit des prisonniers. En rebî'I , une rencontre qui eut lieu avec les troupes des infidèles finit par la déroute de ceux-ci qui perdirent beaucoup de monde ; les nôtres remportèrent là un succès important [p. 200]".
« Car il existe de nombreux calendriers différents dans le monde... Pas une histoire unique mais une multitudes d’histoires enchevêtrées ». 

« Alors élargissons la focale, renversons notre point de vue, et livrons-nous avec Patrick Boucheron à ce petit exercice de « fabrique de la mémoire ».

Islam
« En 622 de notre ère, Mahomet fuit La Mecque et rejoint ses partisans à Médine. Cet épisode dans sa vie, l’hégire » (hidjra), « marque le début d’un temps nouveau : c’est l’an 1 de l’islam. Moins d’un siècle plus tard, cette nouvelle spiritualité a conquis un vaste empire ayant adopté ce calendrier. Mais que sait-on réellement de la naissance de l’islam ? »

« L’hégire représente un changement d’orientation majeur : désormais, les croyants prieront en direction de La Mecque et non plus de Jérusalem, marquée par le christianisme et le judaïsme, dont Mahomet s’inspire tout en les dépassant ».

« Mais, en restituant à la religion son historicité, et en examinant les enjeux géopolitiques de la péninsule arabique aux VIe et VIIe siècles, il apparaît que cette rupture reste avant tout un événement militaire et politique, le prophète ayant joué le rôle de chef de guerre ».

Mahomet impose aux trois tribus juives « l’exil et l’abandon de leurs biens (sort réservé par Mahomet à la tribu juive médinoise des Qaynuqa en 624), l’extermination des hommes et l’esclavage des femmes et des enfants (tribu juive des Qurayza en 627), le rachat de la tête et la soumission à l’autorité islamique avec cession de leur territoire aussi longtemps que Mahomet le permettrait (juifs de Khaibar en 628, origine de la condition dhimmi) », a écrit Bat Ye'or dans son Autobiographie politique.

Et ces alternatives seront imposées, dans le cadre du djihad, aux non-musulmans vaincus au fil des siècles.
   
  
« 24 septembre 622 : l'an 1 de l'islam » par Denis van Waerebeke
France, Les Films d’ici, 2017, 27 minutes
Sur Arte le 17 mars 2018 à 16 h 55
Visuels :
24 Septembre 622 : Départ de Mahomet pour Médine L’Hégire : naissance d’une religion, d’une civilisation, d’un empire, d’un calendrier. Mais aussi, toujours, un enjeu de mémoire décisif dans une tradition textuelle très compliquée. Qui écrit la vie du prophète ?
© Les films d'Ici

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