samedi 21 janvier 2017

« Qu’est-ce qu’un blasphème ? » par Philippe Truffault


Arte rediffusera le 22 janvier 2017 « Qu'est ce qu'un blasphème ? » (Was ist Blasphemie?), réalisé par Philippe Truffault. Un thème devenu sensible depuis les tentatives de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), "voix collective du monde musulman", pour introduire en droit international la "diffamation des religions", les fatwas et attentats terroristes islamistes, notamment lors des dessins danois sur Mahomet et contre la rédaction du journal Charlie hebdo.

« La manifestation du 11 janvier 2015 - Martin Argyroglo », par Rémy Burkel
Traits d’esprit, des images pour ne pas se prosterner

Le dictionnaire Larousse définit ainsi le blasphème : « Une parole ou discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré. »

"Il faut se défaire des fausses idées : paradoxalement, le blasphème ne concerne pas Dieu, mais consacre l'offense ressentie par le croyant. Crier au blasphème, n'est-ce pas se prendre pour l'auteur des volontés de Dieu et l'interprète de ses vexations supposées ? N'y aurait-il pas, par conséquent, un « droit au blasphème » à défendre dans un pays laïc ?" 

Raphaël Enthoven s'intéresse à "la nature du blasphème en compagnie de la jeune et brillante essayiste" Anastasia Colosimo. Pour celle-ci, « le blasphème est par essence un crime sans victime ». Elle souligne la perversité de dissimuler la volonté de faire condamner le blasphème en alléguant : "Vous offensez les croyants!" Et dénonce la manipulation politique.

"À partir de cette compréhension de la nature du blasphème, que vaut le geste qui lui oppose la « liberté d'expression » ? Que reste-t-il de Dieu quand on torture en son nom ?"

Anastasia Colosimo est l'auteur des Bûchers de la liberté (Stock, 2016). "Que nous dit Charlie, alors que se dissipent les ultimes mirages du 11 janvier ? Que le blasphème n’est pas de retour car il ne nous a jamais quittés. Qu’il n’est pas un principe religieux, mais qu’il a toujours été un instrument politique. De Rushdie à Dieudonné, d’Islamabad à Copenhague et de la Cour européenne des droits de l’homme à la Cour suprême des États-Unis, en passant par la Bible et le Coran, les caricatures de Mahomet et l’inflation des lois mémorielles, voici une plongée à travers les temps et les lieux du blasphème qui en dévoile sans concession toute l’actualité. Car, par-delà l’émotion, la question essentielle est de savoir si, aujourd’hui, la France n’a pas déjà tourné le dos, secrètement, à la liberté d’expression".

"Au début, on est sur l'offense à Dieu. Avec le processus de la sécularisation, on passe à l'offense à la religion, aux croyants. Cela date des années 1970. La loi Pleven a mis sur le même plan la religion et l'ethnie, qui sont différentes. Ce qui est une conception contemporaine de l'appartenance à la religion", a constaté Anastasia Colosimo.

Et de poursuivre : "On est dans le blasphème de l'Ancien Régime. C'est alors un concept religieux utilisé par le pouvoir politique : celui qui blasphème est un dissident qui insulte Dieu, donc le Roi car l'Eglise et l'Etat ne font qu'un. Mais l'Eglise défend le chevalier de La Barre, condamné pour impiété... Il y a toujours du politique dans le blasphème. Chez les Femen, il n'y a pas de religion, il y a l'idée marxiste que l'Eglise opprime, est un instrument de domination... L'action politique des Femen se joue dans la provocation, dans la recherche de la visibilité".

Salman Ruhdie a été visé par une fatwa de l'ayatollah iranien Khomeini pour avoir écrit Les Versets sataniques. A tort, Raphaël Enthoven compare cette violence avec celle ayant visé Spinoza. "l'ayatollah Khomeini crée un choc des civilisations et un piège pour les musulmans en Occident", considère Anastasia Colosimo qui évoque la "haine entre l'Orient et l'Occident". Un amalgame infondé.

"L'imaginaire est que un monde va gagner et un autre va perdre. Cela nous rappelle la question : dans quel camp êtes-vous ? Khomeini en appelle à tous les musulmans du monde. La liberté d'expression n'est pas faite pour protéger les paroles les plus agréables... Dans l'affaire de Charlie hebdo, on a d'un côté un argument séculier - liberté d'expression -, et de l'autre un argument religieux - le blasphème, l'offense aux croyants -. Il y a une manipulation politique, juridique. C'est dans le cadre de la sentimentalisation de la religion", explique Anastasia Colosimo.

"Le problème de Daech, c'est l'impiété", conclut Raphaël Enthoven.

Le blasphème est devenu sensible depuis les tentatives de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), "voix collective du monde musulman", pour introduire en droit international la "diffamation des religions" - une offensive menée notamment à l'ONU (Organisation des Nations unies) par l'OCI ou OIC -, les fatwas et attentats terroristes islamistes, notamment lors des dessins danois sur Mahomet et contre la rédaction du journal Charlie hebdo.

2016, 26 minutes
Sur Arte les 25 septembre à 12 h 30 et 26 septembre 2016 à 4 h 15, 22 janvier 2017 à 12 h 30

Visuels : © A Prime Group/Gérard Figuérola

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Les citations sont d'Arte. L'article a été publié le 23 septembre 2016, puis le 21 janvier 2017.

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