Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

lundi 12 novembre 2018

Le blasphème


Le thème du blasphème est devenu sensible depuis les tentatives de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), "voix collective du monde musulman", pour introduire en droit international la "diffamation des religions", les fatwas et attentats terroristes islamistes, notamment lors des dessins danois sur Mahomet et contre la rédaction du journal Charlie hebdo. Poursuivie pour blasphème, la chrétienne pakistanaise Asia Bibi a été acquittée.

Le blasphème « La manifestation du 11 janvier 2015 - Martin Argyroglo », par Rémy Burkel
Traits d’esprit, des images pour ne pas se prosterner

Le dictionnaire Larousse définit ainsi le blasphème : « Une parole ou discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré. »

Le blasphème est devenu sensible depuis les tentatives de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), "voix collective du monde musulman", pour introduire en droit international la "diffamation des religions" - une offensive menée notamment à l'ONU (Organisation des Nations unies) par l'OCI ou OIC -, les fatwas et attentats terroristes islamistes, notamment lors des dessins danois sur Mahomet et contre la rédaction du journal Charlie hebdo.


Est-ce un hasard si Arte a choisi pour illustrer le documentaire Peut-on outrager Dieu ? La question du blasphème" (Kann man Gott beleidigen? Der Streit um Blasphemie), par Werner Köhne une photographie sur des représentations offensantes du Christ en évitant tout visuel lié à l'islam ?


Qu'est-ce qu'un blasphème ?

« Qu'est ce qu'un blasphème ? » (Was ist Blasphemie?) est un documentaire réalisé par Philippe Truffault. "Il faut se défaire des fausses idées : paradoxalement, le blasphème ne concerne pas Dieu, mais consacre l'offense ressentie par le croyant. Crier au blasphème, n'est-ce pas se prendre pour l'auteur des volontés de Dieu et l'interprète de ses vexations supposées ? N'y aurait-il pas, par conséquent, un « droit au blasphème » à défendre dans un pays laïc ?" 

Raphaël Enthoven s'intéresse à "la nature du blasphème en compagnie de la jeune et brillante essayiste" Anastasia Colosimo. Pour celle-ci, « le blasphème est par essence un crime sans victime ». Elle souligne la perversité de dissimuler la volonté de faire condamner le blasphème en alléguant : "Vous offensez les croyants!" Et dénonce la manipulation politique.

"À partir de cette compréhension de la nature du blasphème, que vaut le geste qui lui oppose la « liberté d'expression » ? Que reste-t-il de Dieu quand on torture en son nom ?"

Anastasia Colosimo est l'auteur des Bûchers de la liberté (Stock, 2016). "Que nous dit Charlie, alors que se dissipent les ultimes mirages du 11 janvier ? Que le blasphème n’est pas de retour car il ne nous a jamais quittés. Qu’il n’est pas un principe religieux, mais qu’il a toujours été un instrument politique. De Rushdie à Dieudonné, d’Islamabad à Copenhague et de la Cour européenne des droits de l’homme à la Cour suprême des États-Unis, en passant par la Bible et le Coran, les caricatures de Mahomet et l’inflation des lois mémorielles, voici une plongée à travers les temps et les lieux du blasphème qui en dévoile sans concession toute l’actualité. Car, par-delà l’émotion, la question essentielle est de savoir si, aujourd’hui, la France n’a pas déjà tourné le dos, secrètement, à la liberté d’expression".

"Au début, on est sur l'offense à Dieu. Avec le processus de la sécularisation, on passe à l'offense à la religion, aux croyants. Cela date des années 1970. La loi Pleven a mis sur le même plan la religion et l'ethnie, qui sont différentes. Ce qui est une conception contemporaine de l'appartenance à la religion", a constaté Anastasia Colosimo.

Et de poursuivre : "On est dans le blasphème de l'Ancien Régime. C'est alors un concept religieux utilisé par le pouvoir politique : celui qui blasphème est un dissident qui insulte Dieu, donc le Roi car l'Eglise et l'Etat ne font qu'un. Mais l'Eglise défend le chevalier de La Barre, condamné pour impiété... Il y a toujours du politique dans le blasphème. Chez les Femen, il n'y a pas de religion, il y a l'idée marxiste que l'Eglise opprime, est un instrument de domination... L'action politique des Femen se joue dans la provocation, dans la recherche de la visibilité".

Salman Ruhdie a été visé par une fatwa de l'ayatollah iranien Khomeini pour avoir écrit Les Versets sataniques. A tort, Raphaël Enthoven compare cette violence avec celle ayant visé Spinoza. "l'ayatollah Khomeini crée un choc des civilisations et un piège pour les musulmans en Occident", considère Anastasia Colosimo qui évoque la "haine entre l'Orient et l'Occident". Un amalgame infondé.

"L'imaginaire est que un monde va gagner et un autre va perdre. Cela nous rappelle la question : dans quel camp êtes-vous ? Khomeini en appelle à tous les musulmans du monde. La liberté d'expression n'est pas faite pour protéger les paroles les plus agréables... Dans l'affaire de Charlie hebdo, on a d'un côté un argument séculier - liberté d'expression -, et de l'autre un argument religieux - le blasphème, l'offense aux croyants -. Il y a une manipulation politique, juridique. C'est dans le cadre de la sentimentalisation de la religion", explique Anastasia Colosimo.


"Le problème de Daech, c'est l'impiété", conclut Raphaël Enthoven.


Peut-on outrager Dieu ?

Arte diffusa le 16 août 2018 "Peut-on outrager Dieu ? La question du blasphème" (Kann man Gott beleidigen? Der Streit um Blasphemie), par Werner Köhne. "Liberté d'expression pour certains, critique des religions pour d'autres, la question du blasphème déchaîne aujourd'hui les passions. Illustration à travers des exemples artistiques récents."

 "Alors que la religion ne cesse de gagner en importance, le blasphème est devenu au cours des dernières années un sujet brûlant. Défenseurs de la liberté d'expression et partisans du respect des religions s'affrontent au sein d'un débat passionné. Ce phénomène n'a rien de nouveau, car les artistes et caricaturistes détournant des symboles confessionnels ou s'en prenant volontairement à des institutions religieuses ont toujours été confrontés à ce type d'accusations". Mais on peine à distinguer l'art dans certaines oeuvres dites "artistiques", tant leurs créateurs semblent ne chercher que la provocation visant quasi-exclusivement le Christ en croix ?

"Cependant, de la fatwa à l'encontre de l'écrivain Salman Rushdie à l'attentat qui a endeuillé Charlie Hebdo, en passant par les critiques suscitées par l'artiste autrichien Hermann Nitsch, les dernières décennies l'ont réactivé de façon inédite. Retraçant l'histoire du blasphème dans l'art et donnant la parole aux deux "camps", ce documentaire évoque d'autres œuvres considérées comme blasphématoires, ainsi que leurs conséquences pour leurs auteurs : poulet crucifié de l'artiste autrichienne Deborah Sengl, caricatures de Mahomet réalisées par le dessinateur danois Kurt Westergaard, films chocs d'Ulrich Seidl…"

Cour européenne des droits de l'homme

Pour la conférencière et responsable du FPÖ (Parti des libertés), Elisabeth Sabaditsch-Wolff, tout a débuté "en novembre 2009, à l'occasion d'un séminaire en trois volets sur l'islam qui a eu lieu au Freedom Education Institute, une Fondation politique liée au Parti autrichien de la liberté, membre aujourd'hui de la coalition gouvernementale autrichienne. Un hebdomadaire de gauche, News, a réussi à introduire un journaliste au sein du séminaire dans le but d'enregistrer secrètement les conférences. Les avocats de la publication ont ensuite transmis les transcriptions au parquet de Vienne comme preuves qu'un discours de haine se tenait contre l'islam en contravention de l'article 283 du code pénal autrichien (Strafgesetzbuch, StGB).

"En Autriche, lors d'une conférence intitulée « connaissance élémentaire de l'islam », Elisabeth Sabaditsch-Wolff a déclaré "à propos du mariage de Mahomet avec une fillette de 6 ans et de sa consommation sexuelle à l'âge de 9 ans : « 56 ans d'un côté et six ans de l'autre ? Si ce n'est pas de la pédophilie, qu'est-ce que c'est alors ? » Elle voulait notamment alerter sur la pratique du mariage des mineurs dans l'islam, suivant l'exemple de Mahomet", prophète de l'islam.


"La plupart des hadiths (recueils de récits concernant les paroles et les actes de Mahomet) confirment qu'Aicha était prépubère au jour de son mariage et n'avait que neuf ans quand le mariage a été consommé. Le comportement de Mahomet étant illégal en Autriche, les commentaires de Sabaditsch-Wolff étaient corrects au point de vue des faits, mais pas forcément sur le plan politique."


"Plusieurs plaintes formelles ont été déposées contre Sabaditsch-Wolff en septembre 2010 et son procès, présidé par un juge et sans jury, a démarré en novembre. Le 15 février 2011, Sabaditsch-Wolff a été reconnue coupable de « dénigrement de croyances en une religion reconnue par la loi » conformément à l'article 188 du code pénal autrichien."


"Le juge a justifié le rapport sexuel de Mahomet avec Aicha, âgée de neuf ans, expliquant qu'il ne pouvait être de nature pédophile dans la mesure ou Mahomet est resté marié à Aicha jusqu'à sa mort. Dans cette logique, Mahomet n'a pas manifesté de désir exclusif pour les filles mineures ; étant donné qu'Aicha avait 18 ans au décès de Mahomet, il est possible d'en conclure que Mahomet était aussi attiré par les femmes plus âgées. Le juge a condamné Sabaditsch-Wolff à une amende de 480 euros ou une peine de substitution de 60 jours de prison, ainsi qu'aux dépens."


"Le 20 décembre 2011, la cour d'appel de la province de Vienne (Oberlandesgericht Wien) a confirmé le jugement de première instance. Le 11 décembre 2013, la Cour suprême autrichienne a rejeté la tenue d'un nouveau procès."


"Sabaditsch-Wolff a alors porté l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), un tribunal supranational qui veille au respect de la Convention européenne des droits de l'homme et arbitre tous les différents relatifs aux violations des droits civils et politiques énoncés dans la Convention."


"Invoquant l'article 10 (Liberté d'expression) de la Convention, Sabaditsch-Wolff a plaidé que les tribunaux autrichiens n'avaient pas examiné le contenu de ses déclarations à la lumière de son droit à la liberté d'expression. S'ils l'avaient fait, a-t-elle soutenu, les juges n'auraient pu qualifier ses propos de simple jugement de valeur, alors que ses propos étaient un jugement de valeur fondé sur des faits. Elle a plaidé par ailleurs que sa critique de l'islam avait lieu dans le cadre d'une discussion objective et animée qui contribue au débat public et que cette critique n'avait pas pour but de diffamer le prophète de l'islam. Elle argué enfin que les groupes religieux devaient tolérer les critiques même lorsque celles-ci étaient sévères."


"Alors qu'elle a contesté en 2012 cette condamnation devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), cette dernière a confirmé la décision des juges autrichiens dans un arrêt rendu public le 25 octobre 2018.

"La Cour européenne des droits de l'homme - compétente sur 47 pays européens et dont les décisions sont juridiquement contraignantes pour les 28 États membres de l'Union européenne -, a légitimé le code islamique du blasphème dans le souci de « préserver la paix religieuse » en Europe. Cette décision établit un dangereux précédent juridique qui autorise les États européens à restreindre la liberté d'expression si une parole est jugée offensante pour les musulmans et présente un risque pour la paix religieuse", a écrit Soeren Kern (Gatestone Institute, octobre 2018). « En d'autres termes, mon droit de parler librement est moins important que la protection accordée à la sensibilité religieuse d'autrui », a déploré Elisabeth Sabaditsch-Wolff.

La CEDH "a déclaré que les États sont en droit de restreindre la liberté d'expression « lorsque des déclarations formulées en vertu de l'article 10 outrepassent les limites d'un rejet critique, et assurément lorsque ces déclarations sont susceptibles d'inciter à l'intolérance religieuse ». La cour a ajouté :
« La Cour relève que les juridictions nationales ont expliqué de façon exhaustive en quoi elles considéraient que les déclarations de la requérante étaient susceptibles de provoquer une indignation justifiée ; elles ont indiqué en particulier que ces propos n'avaient pas été tenus d'une manière objective contribuant à un débat d'intérêt général (par exemple sur le mariage d'un enfant), mais pouvaient uniquement être compris comme ayant visé à démontrer que Mahomet n'était pas digne d'être vénéré. La Cour souscrit à l'avis des tribunaux nationaux selon lequel Mme S. était certainement consciente que ses déclarations reposaient en partie sur des faits inexacts et de nature à susciter l'indignation d'autrui. Les juridictions nationales ont estimé que Mme S. avait subjectivement taxé Mahomet de pédophilie, y voyant sa préférence sexuelle générale, et qu'elle n'avait pas donné à son auditoire des informations neutres sur le contexte historique, ce qui n'avait pas permis un débat sérieux sur la question. Dès lors, la Cour ne voit pas de raison de s'écarter de la qualification que les tribunaux nationaux ont donnée aux déclarations litigieuses, à savoir celle de jugements de valeur, qualification qu'elles ont fondée sur une analyse détaillée des propos tenus.La Cour juge en conclusion qu'en l'espèce les juridictions nationales ont soigneusement mis en balance le droit de la requérante à la liberté d'expression et les droits d'autres personnes à voir protéger leurs convictions religieuses et préserver la paix religieuse dans la société autrichienne.La Cour ajoute que, même dans le cadre d'une discussion animée, il n'est pas compatible avec l'article 10 de la Convention de faire des déclarations accusatrices sous le couvert de l'expression d'une opinion par ailleurs acceptable et de prétendre que cela rend tolérable ces déclarations qui outrepassent les limites admissibles de la liberté d'expression.Enfin, dès lors que Mme S. a été condamnée à verser une amende d'un montant modeste et que cette amende se situait dans le bas de l'échelle des peines, la sanction pénale en question ne saurait passer pour disproportionnée. Dans ces conditions, et eu égard au fait que Mme S. a formulé plusieurs déclarations accusatrices, la Cour considère qu'en l'espèce les juridictions autrichiennes n'ont pas excédé leur ample marge d'appréciation lorsqu'elles ont condamné Mme S. pour dénigrement de doctrines religieuses. En conséquence, il n'y a pas eu violation de l'article 10. »

"Cette décision constitue bien évidemment un dangereux précédent qui autorise les États européens à restreindre le droit à la liberté d'expression si une parole est jugée offensante pour les musulmans et constitue donc une menace pour la paix religieuse."

"La décision de la CEDH sera saluée par l'Organisation de la coopération islamique (OCI), un bloc de 57 pays musulmans qui, depuis longtemps, fait pression pour que l'Union européenne limite la liberté de critiquer l'islam. L'OCI fait en effet pression sur les démocraties occidentales pour qu'elles appliquent la résolution 16/18 du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, laquelle invite tous les pays à lutter contre « l'intolérance, les stéréotypes négatifs et la stigmatisation de la religion et des croyances ». L'adoption de la résolution 16/18, le 24 mars 2011, par le Conseil des droits de l'homme de Genève, a été considérée comme une avancée significative de l'OCI qui depuis longtemps poussait la communauté internationale à reconnaître et adopter le concept juridique de diffamation de l'islam. L'ancien Secrétaire général de l'OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu, a salué la décision de la CEDH, qui « montre que le manque de respect, les insultes et de haïssables inimitiés n'ont rien à voir avec la liberté d'expression ou les droits de l'homme ». Il a ajouté : "La lutte contre l'islamophobie et les points de vue que nous exprimons depuis de nombreuses années ont été adoptés et reconnus par la CEDH. Sur tous les points, cette décision est satisfaisante. »

Dans un communiqué, Elisabeth Sabaditsch-Wolff "a critiqué le jugement et espère que le public européen se rendra compte des menaces qui pèsent sur sa liberté d'expression" :
« Jeudi 25 octobre, la CEDH a jugé que la condamnation par un tribunal autrichien de ma perception du mariage du prophète Mahomet et d'une fille de six ans, Aisha, ne portait pas atteinte à ma liberté d'expression.
« Je n'ai pas eu la courtoisie d'être informée de cette décision. Comme tout le monde, j'ai découvert le jugement dans les médias.
« La CEDH a estimé qu'il n'y a pas eu violation de l'article 10 (liberté d'expression) de la Convention européenne des droits de l'homme et que le droit à la liberté d'expression doit être mis en balance avec le droit à la protection de la sensibilité religieuse d'autrui et ne doit pas attenter à la paix religieuse en Autriche.
« En d'autres termes, mon droit de parler librement est moins important que la protection de la sensibilité religieuse d'autrui.
« Ce jugement doit résonner comme un signal pour tous mes concitoyens du continent. Nous devons tous être extrêmement sensibles au fait que le droits des musulmans d'Europe à NE PAS être offensés est plus importants que mon droit de femme chrétienne européenne, de parler librement.
« Je suis fière d'être la femme qui a sonné l'alarme.
« Je suis également optimiste. Depuis mes séminaires de 2009 en Autriche, un très long chemin a été parcouru.
« Il y a dix ans, la presse m'avait qualifiée de « prophète confuse » et me comparait à Oussama Ben Laden. Désormais, on discute de l'islam dans tous les domaines de la vie et les gens prennent progressivement conscience de la réalité d'une culture si opposée à la nôtre.
« La menace culturelle et politique que l'islam fait peser sur les sociétés occidentales est désormais un sujet de discussion admis. La société européenne et le monde politique ouvrent progressivement les yeux et sont plus conscients que jamais de la nécessité de défendre notre propre culture judéo-chrétienne.
« Je crois que mes séminaires de 2009 et mes travaux ultérieurs ont contribué à contrecarrer une culture islamique totalement contraire à la nôtre. Je note avec intérêt que, sur plus de 12 heures de séminaire sur l'islam, une seule phrase a été jugée passible de poursuites. Je suppose que le contenu restant est désormais officiellement approuvé par les maîtres de notre Establishment.
« Il me parait évident que l'éducation publique et un discours sur l'islam peuvent avoir un impact fondamental et de grande portée, même si notre État ou nos autorités supranationales tentent de l'étouffer ou de le faire taire, dans le but d'apaiser une culture aussi étrangère à la nôtre.
« Le combat continue. Ma voix ne sera pas et ne pourra pas être réduite au silence. »
L'ECLJ (Centre européen pour le droit et la justice) est intervenu dans cette affaire pour défendre la plaignante." Directeur de l'ECLJ, docteur en droit, Grégor Puppinck a déclaré au Figaro (26 octobre 2018) : "Le seul véritable motif de cette décision est la peur des musulmans. La Cour le dit expressément: les autorités autrichiennes ont eu raison de condamner ces propos pour préserver la «paix religieuse» et la «tolérance mutuelle» dans la société autrichienne. Selon la Cour, les États auraient à présent, et c'est nouveau, «l'obligation d'assurer la coexistence pacifique de toutes les religions et de ceux n'appartenant à aucune religion, en garantissant la tolérance mutuelle». La Cour développe plusieurs arguments à l'appui de sa conclusion. D'abord, elle juge l'intention même de la conférencière, et la condamne en estimant qu'elle n'a pas tant cherché à informer le public qu'à «dénigrer» Mahomet et à démontrer «qu'il n'est pas digne d'être vénéré», et par suite à inciter à la violence. Ainsi, dénigrer Mahomet n'est pas protégé par la liberté d'expression: il ne faudrait en parler qu'avec respect et des bonnes intentions! La Cour a jugé ensuite - de façon incroyable - que ces propos n'étaient pas l'expression d'un fait mais d'un jugement de valeur personnel et hostile, car la conférencière n'aurait pas resitué les faits dans leur contexte historique, ni précisé que la première épouse de Mahomet était bien plus âgée que lui. Dès lors, elle aurait «généralisé» la pédophilie de Mahomet de façon malveillante. Pour la Cour, alors, la conférencière était de mauvaise foi, et c'est «légitimement» que les musulmans auraient pu se sentir «offensés» par ces propos et que les juridictions autrichiennes les ont condamnés".


Et d'ajouter : "Cette décision est grave à mes yeux. D'abord parce qu'elle se résigne à l'intolérance et même à la violence des musulmans face à la critique, et qu'elle renonce à défendre fermement la liberté d'expression sur l'islam. En fait, c'est la violence même des musulmans qui justifierait et exigerait que leurs croyances soient davantage protégées contre les critiques. Plus profondément, cette décision est aussi très grave car elle fait primer les objectifs de «tolérance mutuelle» et de «coexistence pacifique» sur la liberté de pensée et d'expression en matière religieuse. Elle permet de museler la critique de l'islam au nom du vivre-ensemble. Cela va à rebours de la modernité occidentale qui exige au contraire de soumettre l'islam à la critique historique, sans peur de bousculer les croyances de ses adeptes et même de provoquer des tensions."

Et d'analyser : "Mais pour estimer et protéger le débat critique et la controverse, il faut encore croire en la vérité et en la vertu. Ce n'est malheureusement pas le cas de cette décision qui est purement relativiste. Faire de la tolérance et de la coexistence des valeurs et des objectifs en soi est une abdication de l'esprit. La société européenne ne doit pas renoncer à être fondée sur la justice et la vertu qui sont, par définition, intransigeantes.Ultimement, la logique de la coexistence et du vivre-ensemble repose sur le dogme absurde de l'égalité des religions. Pour ma part, je suis convaincu qu'il est urgent de détruire ce dogme, de critiquer et de comparer les religions par rapport à leur contribution au bien de l'humanité. Quant à la liberté d'expression, je pense que seule la diffusion d'obscénités gratuitement offensantes et inutiles au débat ainsi que les propos incitant à la violence immédiate peuvent être restreints. Tout autre propos - surtout lorsqu'il s'appuie sur des faits réels - devrait être protégé au titre de la liberté d'expression. La décision rendue par la CEDH aurait justifié la condamnation des caricatures de Charlie Hebdo, mais aussi de Voltaire, Ernest Renan ou encore Auguste Comte. La Cour européenne des droits de l'homme n'est pas vraiment Charlie..."



Et de poursuivre : "Depuis 2009, les instances internationales et européennes se sont toutes déclarées en faveur de l'abolition du délit de blasphème. C'est pourquoi il a été retiré du droit local alsacien en 2016, et que les Irlandais s'apprêtent à faire de même prochainement. Cette décision de Strasbourg va donc à contre-courant. En fait, cette tendance est une réaction de défense face à l'offensive menée à l'ONU par l'Organisation de la Conférence Islamique pour créer en droit international un délit de blasphème sous l'appellation de «diffamation de l'islam». Il y a donc eu un conflit en droit international entre les conceptions musulmane et occidentale de la liberté d'expression en matière religieuse. La Cour, dans cette affaire, a opté pour la conception musulmane… conforme à la charia"

Et de conclure : "Force est de constater que dans deux jugements récents, la Cour a adopté une position inverse en accordant sa protection à des blasphèmes contre la religion chrétienne. Il ne s'agissait pas, dans ces affaires, de débat historique, mais de simples publicités commerciales et d'activisme politique. Il y a d'abord eu l'affaire des publicités représentant le Christ et la Vierge Marie comme des junkys tatoués et lascifs. La Cour de Strasbourg n'a pas admis la condamnation de ces publicités, alors même qu'elles choquaient gratuitement, dans un seul objectif commercial. Elle a condamné la Lituanie. Il y a ensuite eu l'affaire des «Pussy Riot», ce fameux groupe d'agitatrices punk qui avait été lourdement condamné en Russie pour avoir organisé un concert sauvage dans le chœur de la Cathédrale orthodoxe de Moscou. Ici encore, la CEDH a protégé leur liberté d'expression, reconnaissant tout au plus qu'une réaction au manquement à des règles ordinaires de conduite dans un lieu de culte aurait pu être justifiée. On peine à s'expliquer la divergence d'approches de la Cour entre ces différentes affaires. L'ECLJ dispose d'un bureau au Pakistan qui y défend courageusement les nombreux chrétiens persécutés, tels qu'Asia Bibi. Face à l'islam, nous avons aussi besoin en Europe de défenseurs courageux des droits de l'homme. Ce n'est pas le signal que donne la Cour européenne avec cette décision... J'espère que cette affaire sera rejugée, en appel, devant la Grande Chambre de la Cour européenne, et que celle-ci saura alors faire preuve du courage qu'exigent les circonstances actuelles".

Asia Bibi
Le 31 octobre 2018, la Cour suprême du Pakistan "a acquitté en appel la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010. « Elle a été acquittée de toutes les accusations », a déclaré le juge Mian Saqib Nisar lors de l’énoncé du verdict, ajoutant qu’elle allait être libérée « immédiatement ».

"Chrétienne du Pendjab, Asia Bibi, ouvrière agricole, ramassait des baies rouges le 14 juin 2009 dans le village d’Ittan Wali, lorsqu’elle commit l’irréparable aux yeux de ses voisines : boire de l’eau dans un puits supposé réservé aux musulmans. Parce qu’elle a répondu aux femmes qui l’accusaient d’avoir sali l’eau, cette mère de cinq enfants a été accusée de « blasphème », un acte passible de la peine de mort au Pakistan".

"Aussitôt jetée en prison, Asia Bibi a été jugée en novembre 2010 et condamnée à la peine capitale par pendaison. Cette mère de famille, qui clame son innocence, avait fait appel de cette décision. Lors de l’examen de son recours, début octobre, les juges de la Cour suprême avaient semblé s’interroger sur le bien-fondé de l’accusation. « Je ne vois aucune remarque désobligeante envers le Coran dans le rapport d’enquête », avait observé le juge Saqib Nisar, tandis qu’un second juge, Asif Saeed Khan Khosa, relevait plusieurs points de non-respect des procédures."


"Son cas avait eu un retentissement international, attirant l’attention des papes Benoît XVI et François. En 2015, l’une des filles d’Asia Bibi avait rencontré le pontife argentin. Ce verdict pourrait susciter la fureur des milieux religieux fondamentalistes, qui appelaient de longue date à l’exécution d’Asia Bibi. Des islamistes radicaux avaient ces dernières semaines menacé les juges statuant sur son cas en cas de jugement favorable".



« Les musulmans pakistanais prendront les mesures adéquates face aux juges (…) et les conduiront à une fin horrible », avaient fait savoir des responsables du Tehreek-e-Labaik Yah Rasool Allah Pakistan (TLY), un groupe religieux extrémiste devenu parti politique, qui fait de la punition du blasphème sa raison d’être. « Les adorateurs du Prophète ne reculeront face à aucun sacrifice », avaient-ils lancé."

"Face à ces menaces, le premier ministre pakistanais, Imran Khan, a appelé le 31 octobre 2018 au respect de la décision de la Cour suprême. Lors d’une intervention télévisée, le chef du gouvernement a appelé ses compatriotes à « ne pas céder » à ceux qui appellent à rejeter ce verdict car ils le font « pour leur propre intérêt politique » et « ne rendent pas service à l’islam ». Ce langage est celui « des ennemis du Pakistan », a-t-il lancé. « Ne nous forcez pas à agir », a-t-il ajouté à l’adresse de ceux qui « incitent à la violence » dans le pays."


"Le blasphème est un sujet extrêmement sensible dans ce pays très conservateur où l’islam est religion d’Etat. La loi prévoit jusqu’à la peine de mort pour les personnes reconnues coupables d’offense à l’islam. La capitale Islamabad avait été placée sous haute sécurité, avec des barrages sur les routes notamment à proximité des quartiers où vivent les magistrats et la communauté diplomatique, a constaté l’Agence France-Presse".


Des manifestations massives ont eu lieu afin de marquer l'hostilité populaire à l'égard de cet acquittement.



Le 6 novembre 2018, Le Figaro a publié "L'appel des intellectuels : « Liberté pour Asia Bibi ! » "À l'initiative du philosophe Daniel Salvatore Schiffer, plus de 40 personnalités*, dont Élisabeth et Robert Badinter, Luc Ferry, Robert Redeker, Pierre-André Taguieff ainsi que Jean-Claude Zylberstein invitent à se mobiliser pour sauver la Pakistanaise chrétienne toujours incarcérée et menacée de mort par les islamistes dans son pays... Il semble que, face à la violence des protestations, dans les principales villes du Pakistan, qui ont suivi ce verdict, le gouvernement ait finalement décidé, après avoir trouvé un supposé «accord» avec ces mêmes fondamentalistes islamistes qui l’avaient outrancièrement condamnée dès le départ, de repousser, sinon d’annuler, sa libération. Chacun comprendra donc aisément notre profonde indignation morale, en plus de notre légitime incompréhension intellectuelle, face à ce qui apparaît ainsi là, de la part du gouvernement pakistanais, comme une malheureuse capitulation. Davantage: une négation, sinon un outrage, au droit lui-même. D’autant que, comble de notre étonnement (c’est un euphémisme) devant pareille contradiction, le président et le premier ministre actuels du Pakistan sont les illustres fondateurs, dans leur pays, du «Mouvement du Pakistan pour la justice», parti qui les a portés au pouvoir".

"Ainsi, au nom de ces mêmes valeurs de justice et d’éthique que prétend défendre ce mouvement politique, demandons-nous instamment de respecter cet ultime verdict émis par la Cour suprême du Pakistan, en remettant effectivement en liberté, toutes affaires cessantes, Mme Asia Bibi. «Nous nous honorons de prôner la tolérance religieuse, la pluralité des idées et, osons-nous dire également en cette circonstance, l’égalité entre les sexes». Outre une question d’humanisme, c’est un enjeu de civilisation. Conformément à ce que nous enseignèrent les esprits les plus cultivés et charitables du siècle des Lumières, nous nous honorons de prôner, quant à nous, la tolérance religieuse, la pluralité des idées et, osons-nous dire également en cette circonstance, l’égalité entre les sexes."


La Grande-Bretagne n'a pas offert l'asile politique à Asia Bibi par craintes de potentiels troubles à l'ordre public sur le territoire britannique ainsi que d'attaques contre ses ambassades et ses civils.



"Peut-on outrager Dieu ? La question du blasphème" par Werner Köhne
Allemagne, 2016, 52 min
Sur Arte le 16 août 2018 à 0 h 20
Visuel :
Toujours suspect de blasphème: les œuvres du collectif d'artistes Hermann Nitsch à Vienne
© Bernd Meiners

2016, 26 minutes
Sur Arte les 25 septembre à 12 h 30 et 26 septembre 2016 à 4 h 15, 22 janvier 2017 à 12 h 30

Visuels : © A Prime Group/Gérard Figuérola

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations sont d'Arte. L'article a été publié le 23 septembre 2016, puis les 21 janvier 2017 et 15 août 2018.

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