lundi 26 juin 2017

« Molenbeek, génération radicale ? » par José-Luis Peñafuerte et Chergui Kharroubi


Arte diffusera le 27 juin 2017  « Molenbeek, génération radicale ? » (Molenbeeks verlorene Generation) par José-Luis Peñafuerte et Chergui Kharroubi. « Devenu mondialement célèbre comme un berceau du djihadisme européen », Molenbeek-Saint-Jean « est la deuxième commune la plus pauvre de Belgique, avec un taux de chômage qui atteint 45 % pour les moins de 25 ans. Portrait de groupe sensible et nuancé, à la rencontre de ses habitants et de ses travailleurs sociaux ».


La libre circulation des êtres, des biens et des services… Ce principe de l’Union européenne (UE) a été utilisé par les terroristes islamistes homegrown, nés ou pas sur le sol européen, ayant commis des attentats terroristes depuis plusieurs années. Et ce, bien mieux que les agences européennes de renseignements. 

 « Non loin du centre prospère de Bruxelles » et de bâtiments de l’UE, Molenbeek, « deuxième commune la plus pauvre de Belgique, avec un taux de chômage qui atteint 45 % pour les moins de 25 ans, a vu grandir ou passer nombre des auteurs d'attentats islamistes qui ont marqué l'actualité depuis trente ans ». L’esquisse de l’explication socio-économique misérabiliste au terrorisme islamique…

Une femme souhaite s'asseoir sur un banc sans être embêtée... La mixité sociale a disparu. Des habitants se plaignent de la saleté. Ben Hamidou décrit la radicalisation vestimentaire, "un retour en arrière", l'intolérance à l'égard du musulman ne pratiquant pas le Ramadan, les "22 mosquées aux prêches en arabe", le rôle de l'Arabie saoudite... Policier, Hamed Benichou décrit le processus historique ayant mené à la situation actuelle : "une religion qui ne respecte pas l'autre a été inculquée". Il a connu et grandi dans un "islam tolérant". Un imam évoque des guerres au Moyen-Orient en niant leur caractère religieux et déplore la montée "d'un islamisme depuis quelques années" ainsi que l'attitude de certains politiciens.

Molenbeekistan
« Mais c'est au lendemain des attaques du 13 novembre 2015, dont quatre des responsables étaient des enfants du quartier, que celui-ci est devenu mondialement célèbre comme un berceau du djihadisme européen ». Ainsi, le 14 novembre 2015, Ali Oulkadi, Français vivant en Belgique, a conduit à Schaerbeek, près de Molenbeek, Salah Abdeslam, recherché par la police pour son implication dans les attentats terroristes islamistes revendiqués par ISIS (Etat islamique) à Paris et à Saint-Denis le 13 novembre 2015.

Mais Arte oublie l’attentat contre le musée juif de Bruxelles du 24 mai 2014 commis par Mehdi Nemmouche, Français d’origine algérienne, qui a tué au nom de l’Etat islamique (ISIL) quatre personnes : Emanuel et Miriam Riva, Dominique Sabrier et Alexandre Strens. Ce terroriste islamiste l’aurait préparé depuis sa chambre à Molenbeek-Saint-Jean.

En outre, quelques années avant d’assassiner dans la nuit du 19 au 20 novembre 2003, à Paris, Sébastien Selam, DJ français Juif de 23 ans, Adel Amastaibou avait séjourné chez un oncle et une tante maternelle à Bruxelles (Belgique). Lors d'audiences judiciaires, il a été indiqué qu'il avait été hospitalisé à Schaerbeek, une des 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale, limitrophe de Molenbeek. L’antisémitisme islamique s’avère un des sujets tabous de la chaîne publique franco-allemande.

Depuis le début de la guerre en Syrie, plus d'une cinquantaine de jeunes musulmans sont partis combattre dans les rangs de l'Etat islamique.

Le « tournage de ce documentaire a commencé peu après, et ses auteurs étaient sur place quand Salah Abdeslam a été arrêté, le 18 mars 2016, et, quatre jours plus tard, quand de nouveaux attentats ont ensanglanté Bruxelles.

« À la rencontre d'habitants et de travailleurs sociaux, ils tentent de comprendre pourquoi Molenbeek a ainsi nourri le djihadisme, mais aussi comment leurs interlocuteurs vivent les événements et s'organisent pour y faire face ».

« Jeunes et vieux, parents meurtris et écoliers, imam ou curé, travailleurs sociaux et artistes, sans oublier un slameur en herbe, ils composent un portrait de groupe sensible, riche de visages et de questions, et rappellent combien la stigmatisation collective induite par des médias avides de simplification relève de l'absurde ». Une terminologie jouant sur le registre affectif, sentimental.

Rif et économie de la drogue
"Depuis des années, la Belgique, qui subit le terrorisme islamiste, est pointée du doigt par les services de renseignement européens et maghrébins. Elle abriterait des foyers de radicalisation et de narcotrafic à Bruxelles, à Anvers et en Wallonie. Les autorités marocaines sont très inquiètes devant la radicalisation hors de contrôle de leurs ressortissants, qui versent dans le crime organisé, le salafisme voire le chiisme, en rupture complète avec leur islam. Les géographes questionnent la dynamique de la communauté marocaine de Belgique, majoritaire dans les berceaux du grand Bruxelles, alors qu'à l'inverse de la France et de l'Espagne, la Belgique n'a pas de passé colonial marocain. Pourquoi la Belgique compte-t-elle plus de 500 000 Marocains, 1 habitant sur 20, et pourquoi sont-ils nombreux à verser dans un radicalisme hors de contrôle? L'histoire, l'origine et les activités des Marocains de Belgique expliquent le sanctuaire salafiste de Molenbeek, le Moulin du ruisseau", a analysé Pierre Vermeren, Normalien et agrégé d'histoire, professeur, spécialiste de l'histoire du Maghreb contemporain à l'université de Paris-I Panthéon-Sorbonne et membre du laboratoire IMAF (Institut des mondes africains), dans Le Figaro (2 décembre 2015).

Et de poursuivre : "En mars 1912, la France place l'Empire chérifien sous « protection », et concède le nord du pays, le «Rif», à l'Espagne. Ce Maroc espagnol est coupé en deux: le pays jebala arabophone à l'Ouest, le pays berbère du Rif à l'Est. Cette montagne méditerranéenne pauvre et très peuplée vit d'expédients et de trafics marchands, à l'instar de la Corse ou de la Kabylie. Des dizaines de milliers de Rifains s'embauchent chaque année en Oranie française pour travailler la vigne ou dans les mines de la région. Les Espagnols laissent faire. Quand, après la Grande guerre, ils se décident à «pacifier» la région, leur armée se fait massacrer à Anoual en juillet 1921 (12 000 morts). Avec les armes récupérées, Abdelkrim proclame un Etat, la République du Rif, et son armée. En cinq ans de guerre, l'Espagne se déchaîne contre les Rifains, qui reçoivent les surplus de gaz moutarde bradés par l'Allemagne. Mais rien ne venant à bout des Rifains, ils portent la guerre au Maroc français. Lyautey est destitué, remplacé en urgence par Pétain, qui mobilise une armada franco-espagnole ultra moderne, qui débarque à Al Hoceima, répétition du 6 juin 1944. Les Rifains, écrasés par des centaines de milliers d'hommes, reprennent leur exode saisonnier vers l'Oranie. Toutefois, Franco sait les utiliser par dizaines de milliers dans sa guerre d'Espagne pour nettoyer et conquérir au couteau les tranchées et les villes républicaines".

Et de rappeler : "Lorsque la guerre d'Algérie ralentit puis interdit la migration vers l'Algérie en 1956, la misère s'abat sur le pays, poussant les plus téméraires vers le Nord. Les houillères françaises du nord en plein boum embauchent des milliers de Marocains du Rif, où ils rejoignent les kabyles. A l'inverse de ces derniers, originaires de la région la plus francophone d'Algérie française, les Rifains berbérophones, voire hispanophones, ne pratiquent qu'un français minimaliste. Ils se réfugient dans leur religion austère et conservatrice, hermétique au réformisme musulman qui gagne le Maroc français. Pire, à l'indépendance du Maroc, quand le Rif se soulève pour ses libertés, le Rif fait l'objet d'une guerre livrée par les forces armées royales d'Oufkir et du futur Hassan II, en 1958 et 1959, aidées par l'armée française. Le Rif reçoit cette fois du napalm. On relève des milliers de morts. La haine que se vouent les Rifains et le roi du Maroc est si forte qu'en 38 ans de règne (1961-1999), Hassan II ne se rend pas dans le Rif, refuse d'y investir et d'équiper le pays. Il ne lui laisse que le monopole du kif accordé par son père".

Et de conclure : "Peuple abandonné et livré à lui-même, les Rifains émigrent comme leurs aînés. Ils s'installent dans le nord, puis suivent l'emploi vers les houillères de Wallonie, et enfin dans les Flandres et aux Pays-Bas en plein boom. Le Benelux et le Nord Pas de Calais comptent en 2015 près d'1,5 millions de « Marocains », en majorité Rifains. Après 1968 et la chute de la French Connection, les chimistes corses passés dans le Rif transforment le chanvre en pâte base pour l'exportation. La commercialisation du haschisch suit l'émigration rifaine, ouvrant les portes des marchés européens en Espagne, en France et au Benelux. Avec Anvers, la Belgique devient une plaque tournante. Le commerce et le trafic de drogue deviennent inséparables, et ces activités pallient les licenciements qui frappent en masse mineurs, sidérurgistes et salariés du textile. Les Rifains se concentrent dans des quartiers qui s'homogénéisent à Roubaix, Tourcoing, Bruxelles-Molenbeek, Rotterdam, Liège… Une partie de cette jeunesse belge frappée par le chômage et la crise se tourne vers le fondamentalisme religieux, alors que la police belge n'a aucune expérience en la matière, à l'inverse de la police française plus expérimentée, et qui laisse travailler les services marocains auprès de leurs ouailles.Austérité ancestrale et culture insulaire, hostilité viscérale au régime marocain et à son islam, rejet de l'Etat qui rappelle la Sicile, liberté religieuse à tous vents, réseaux mafieux structurés par 40 ans de business (10 milliards de $ de chiffre d'affaires annuel) au profit des mafias du Rif et de leurs obligés, du Maroc au Benelux, liberté de mouvement depuis Schengen, absence de surveillance policière efficace, antécédents historiques désastreux, ressentiment, culture de la violence dans un univers hostile, chômage de masse… la base arrière de Molenbeek a une très longue histoire. Pour la première fois, il va peut être falloir poser la question de l'économie de la drogue".

Départs des Juifs
Arte réussit l’exploit de présenter sur son site Internet ce documentaire sans utiliser les mots « islam », « musulmans », « antisémitisme », etc.

Citons ce passage d’un article prémonitoire publié par Philosemitism  le 5 juin 2012 : 
« Le magazine flamand Dag Allemaal a publié le 8 avril 2008 un article (« Les Juifs sont nos pires ennemis », crient les « jeunes » dans la rue ») sur le quartier de Molenbeek où il y avait autrefois de nombreux commerçants juifs, installés depuis de longues années le long de la rue du Prado et de la Chaussée de Gand. Mais en 2008 ils avaient tous mis la clé sur le paillasson - à l'exception d'un magasin de meubles. Dans l'indifférence générale.
L'auteur de l'article a essuyé un refus lorsqu'il a voulu interviewer les anciens commerçants juifs de Molenbeek. Ceux-ci craignaient des représailles. Un seul, René (ce n'est pas son vrai nom) a accepté de parler à condition qu'il n'y ait pas de photos et qu'il ne puisse pas être identifié. « Parce qu'ils viendraient immédiatement chez moi », avertit-il.
René a récemment [2008] fermé son salon de coiffure dans la chaussée de Gand. Les incidents violents se sont succédé. D'abord ce furent des graffitis sur la façade et des insultes « Sale youpin » et ce genre de « subtilités ». Les pires sont les « jeunes » entre 12 et 20 ans. Ils criaient dans la rue que les Juifs sont leurs pires ennemis.  La campagne de haine et d'intimidation menée contre René a connu son apogée au cours d'un raid. Six « jeunes » se sont introduits comme des fauves dans son salon en criant « Sale youpin », en cassant du matériel et l'ont frappé au visage. Après leur départ, René a appelé la police. Une heure après « les jeunes » sont revenus le punir et ont cassé tous les miroirs. La clientèle fidèle que René s'était constituée en 35 années de dur labeur a eu peur et n'est plus venue. René n'a pas eu d'autre choix que de mettre; comme les autres, la clé sous le paillasson.
On sait que ça commence avec les Juifs dans l'indifférence générale, mais une fois qu'on se débarrasse des Juifs, on sait ce qui risque d'arriver ».
       
« Molenbeek, génération radicale ? » par José-Luis Peñafuerte et Chergui Kharroubi
Belgique, 2016, 65 Min
Sur Arte le 27 juin 2017 à 22 h 55

Visuels
Zur ARTE-Sendung Alltag Terror Molenbeek 8: Straßenabriegelung während der Demonstration der verbotenen Rechtsextremen am 2. April 2016 in Molenbeek © Triangle7 Foto: ARTE/RTBF Honorarfreie Verwendung nur im Zusammenhang mit genannter Sendung und bei folgender Nennung "Bild: Sendeanstalt/Copyright". Andere Verwendungen nur nach vorheriger Absprache: ARTE-Bildredaktion, Silke Wölk

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Les  citations sur le documentaire proviennent d'Arte.

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