lundi 27 octobre 2014

« Diffamation » de Yoav Shamir


Arte a diffusé « Diffamation » (Defamation), documentaire du réalisateur israélien Yoav Shamir. Un film superficiel, bâclé, choquant par ses partis pris, censé être une enquête sur l'antisémitisme en observant le combat mené par l'ADL (Anti-Defamation League), organisation Juive américaine créée en 1913 et présidée par Abraham Foxman, survivant de la Shoah (Holocaust), et en interviewant trois universitaires controversés. Le 27 octobre 2014, l'ADL organise son 20e concert contre la haineLa désignation de Jonathan Greenblatt pour succéder à Abe Foxman suscite en novembre 2014 de vives critiques


Sceptique quant à l'existence de l'antisémitisme, ce chauffeur de taxi. Selon lui, "les Juifs contrôlent le monde".

Yoav Shamir est né en Israël, "créé pour donner un pays où les Juifs peuvent vivre sans crainte". Il n'a jamais été victime de l'antisémitisme, "un problème qui semble toujours d'actualité". Inquiet à la lecture d'articles sur tant d'actes antisémites dans le monde, il décide "d'en savoir plus" sur ce phénomène qu'il lie à la Shoah et aux nazis.


Dans le site Internet de Defamation, Yoav Shamir ajoute une autre explication. Lors de la sortie de son film Checkpoint, il s'est vu qualifier de "Mel Gibson israélien". Pourquoi ? "En raison des points de vue que j'avais exprimés dans ce film : critiques par rapport à la politique d'Israël en ce qui concerne les Palestiniens, ce qui laissait à penser que j'étais antisémite. L'auteur de cet article était lui-même juif". Yoav Shamir a alors l'idée de ce film sur l'antisémitisme, "la «vache sacrée » des Juifs", dernier volet d'une trilogie : "Checkpoint, sur les soldats israéliens ; Flipping Out, sur ce qui arrive à ces soldats lorsqu'ils quittent l'armée ; et Defamation, qui étudie la jeunesse israélienne avant qu'elle ne commence son service militaire".

Yoav Shamir rencontre Abraham (Abe) Foxman, qui dirige l'ADL, une association juive dont l'une des missions consiste à lutter contre l'antisémitisme - 1500 actes antisémites sont recensés par an aux Etats-Unis - et qui bénéficie d'un budget annuel dépassant 70 millions de dollars. "Très coopératif", Abraham Foxman, l'accueille cordialement ; l'ADL lui accorde "un accès illimité à son QG à Manhattan" afin d'aider Yoav Shamir qui souhaite enquêter sur un acte antisémite.


A la recherche d'actes antisémites
Il recueille les réflexions de sa grand-mère, pionnière sioniste nonagénaire ayant quitté la Russie et qui véhicule des stéréotypes sur les Juifs de diaspora qui "gagnent de l'argent sans travailler, prêtent de l'argent sans intérêt. Les Juifs savent y faire..."

Le réalisateur interviewe le journaliste Noah Klieger, survivant d'Auschwitz où il avait sympathisé avec le champion de natation Alfred Nakache. Ce journaliste à Yediot Aharonot accole l'épithète "antisémite" à de nombreux pays européens, américains et arabes.

A voir la place tenue par la relation des actes antisémites dans le monde par ce journal israélien, le réalisateur en conclut que l'antisémitisme est "bon pour le journal".

Si environ 500 lycéens israéliens se rendaient voici 20 ans en Pologne dans le cadre d'un voyage de la mémoire sur des lieux de la Shoah, ils sont plus de 30 000 élèves à s'y rendre encadrés en 2010. Yoav Shamir décide de se joindre à un groupe de lycéens israéliens, de leur cours sur la Shoah à Yad Vashem jusqu'à leur visite de quartiers Juifs de villes polonaises. A Lublin, il assiste à un malentendu, une incompréhension grave entre trois adolescents israéliens et des Polonais âgés : ces jeunes croient à tort que leurs interlocuteurs sont antisémites. Dissipés à leur arrivée, ces jeunes sont bouleversés lors de leur visite au musée d'Auschwitz.

Retour à New York où est signalé le jet de deux pierres contre un bus scolaire d'une école Juive orthodoxe à Crown Heights, à Brooklyn, un quartier qui a connu trois jours d'émeutes en 1991. Notre réalisateur s'y précipite. Benjamin Lifschitz, reporter, lui explique que les Juifs, par crainte d'agressions, "se déplacent rarement seuls ou la nuit tombée".


Interrogés par Yoav Shamir, de jeunes Afro-américains se récrient : "Je n'ai jamais vu un Juif se faire braquer". Et " les juges condamnent plus sévèrement si l'agression vise un Juif", "Les Juifs sont mieux traités", "Il se débrouillent toujours pour trouver les bons plans", "Les Juifs ne se mélangent pas", "Ils font partie du système de manipulation utilisé par les plus puissants à la télévision et dans les médias". Et de citer Les Protocoles des Sages de Sion, un livre présenté par ces jeunes comme relatant des faits avérés, alors qu'il s'agit d'un faux fabriqué par la police tsariste au début du XXe siècle sur une prétendue conspiration Juive pour dominer le monde.

Quant au rabbin Hecht, chargé des droits de l'homme à la mairie de New York, il estime que les Juifs sont attaqués car ils sont des proies faciles. Leurs agressions ne sont pas nécessairement antisémites. "Je me méfie des gens qui gagnent leur vie à la faveur d'une situation particulière. Dans certains cas, l'ADL est clairement responsable d'avoir mis de l'huile sur le feu, autant qu'elle a été utile", déclare le rabbin Hecht à qui l'ont pourrait rétorquer qu'il gagne sa "vie à la faveur d'une situation particulière". A quels faits ce rabbin fait-il allusion ? Yoav Shamir n'est pas curieux.

Il préfère suivre la délégation de l'ADL, composée notamment de donateurs américains, en Europe, leurs rencontres avec des dirigeants politiques italiens - Fini, Prodi -, ukrainiens, etc. L'Ukraine souhaite se rapprocher de l'Occident, en particulier des Etats-Unis, "et croit que les Juifs américains peuvent devenir leurs alliés au Congrès". L'ADL demande à l'Ukraine une action plus ferme contre l'antisémitisme et de distinguer nettement la Shoah de l'Holodomor (extermination par la faim, en ukrainien), tragédie survenue en 1932-1933 en Ukraine qui le dénomme génocide. Pourquoi ces dirigeants reçoivent-ils cette délégation ? " Je le dis souvent : "Les Juifs sont moins puissants qu'ils le croient et que le croient leurs ennemis"... Ils croient que nous sommes assez influents pour peser sur Washington. Nous n'allons pas les contredire", résume Abraham Foxman.

Quel lien entre le combat contre l'antisémitisme et "un évènement vieux de 60 ans" ? "D'abord, il faut assumer tout l'héritage du passé pour arriver au présent", résume Abraham Foxman.

Yoav Shamir entend-il qu'un Juif a été poignardé dans une synagogue à Moscou ? Il s'y précipite. Las ! Un Russe âgé, fidèle de la synagogue, nie tout antisémitisme dans son pays. Pour le grand rabbin Bleich, à Kiev, "les Juifs laïcs se préoccupent plus de l'antisémitisme que les Juifs religieux. Ils considèrent cela comme un élément de leur judéité". Une affirmation que semble corroborer le couple américain retraité Harvey et Suzanne Prince.

Le reste du film - 40 dernières minutes - est composé d'interviews de trois universitaires ayant signé deux livres controversés : le professeur Norman Finkelstein, auteur de L'industrie de l'Holocauste : réflexions sur l'exploitation de la souffrance des juifs (2001), John J. Mearsheimer, professeur de sciences politiques à l'Université de Chicago, et Stephen M. Watt, professeur de relations internationales à la Kennedy School of Government d'Harvard, auteurs du Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine (2007) alléguant que ce lobby "soutient la politique israélienne même si elle est contraire aux intérêts des Etats-Unis". Faux naïf ? Provocateur ? Yoav Shamir les laisse exprimer leurs thèses sans avancer aucun argument contraire.

En Israël, il filme la conférence des deux auteurs américains invités par le Gush Shalom, puis se rend à la conférence à Jérusalem sur les formes de l'antisémitisme, notamment l'antisionisme. Soudain, un orateur, sociologue, rompt avec le discours dominant - " Ceux qui attaquent Israël sont des antisémites masqués ", ou plutôt l'antisionisme est le paravent d'antisémites -, et allègue que cet antisémitisme est causé par " l'occupation des terres palestiniennes ", la " colonisation " israélienne, etc. " Vous raisonnez comme la femme battue par son mari : " C'est de ma faute si mon mari me bat ! ", rétorque un orateur.

Pas d'antisémitisme ?
Primé lors de nombreux festivals, ce film a été présenté à deux reprises au festival Cinéma du réel (11et 14 mars 2009), au Centre Pompidou qui a alors diffusé aussi Rachel, film de Simon Bitton sur la mort accidentelle de Rachel Corrie, militante américaine du Mouvement international de solidarité (ISM), par un bulldozer israélien, dans la bande de Gaza, en 2003. Nulle surprise donc que ce film ait été encensé par des mouvements anti-israéliens.
 
Quelle a été la réaction de l'ADL en découvrant Defamation de Yoav Shamir ? Ce film "déforme la fréquence et l'impact de l'antisémitisme et devalorise la Shoah. C'est la perspective politique, perverse, personnelle de Shamir et une occasion manquée pour informer sur une question sérieuse et importante", a déclaré l'ADL le 8 mai 2009 .

Ressortent en effet de ce film les idées fausses que l'antisémitisme est quasi-introuvable, voire que certains qualifient à tort certains actes d'antisémites, et que les Israéliens sont élevés dans l'idée que le monde entier les hait, dans "l'obsession du passé", et sans "vivre dans le présent". Ainsi, le réalisateur Lars von Trier, auteur de propos choquants lors du festival de Cannes,  déclare dans une interview au Monde : "Quant aux réactions qu'ont suscitées ses propos, il invoque un documentaire israélien, Defamation, de Yoav Shamir, qui traite de l'antisémitisme contemporain à travers l'action de l'Anti Defamation League américaine. "Je voyais ce bureau dans lequel ils attendent qu'on leur signale des cas d'antisémitisme. Ils avaient recensé cinq incidents en un mois, le réalisateur essayait d'enquêter, mais ils n'avaient rien à faire. La réaction à cette chose à Cannes est arrivée exactement à l'heure où on se réveille à New York et je les imaginais se disant : "Enfin nous avons quelque chose !""

Cette impression est renforcée par l'absence de toute interview d'historiens de l'antisémitisme, comme Pierre-André Taguieff ou Robert Wistrich, de toute citation de rapports publics sur l'antisémitisme, comme ceux de la Commission nationale consultative des droits de l'homme ou de Jean-Christophe Rufin Chantier sur la lutte contre le racisme etl'antisémitisme, les citations de rapports d'organisations juives européennes - tel celui du SPCJ en France ou de la CICAD en Suisse - ou de médias arabes.

Aux Etats-Unis, un rapport récent du Center for Security Policy démontre que de 2000 à 2009 le nombre d'actes contre les Juifs (9 692) y a été six fois supérieur à celui des actes contre des musulmans (1 580).

Des thèmes essentiels ont échappé à Yoav Shamir : les critiques adressées à des organisations juives comme l'ADL d'élargir leurs champs d'intervention au-delà de la lutte contre l'antisémitisme, les intimidations et attaques ciblant les étudiants Juifs, surtout quand ils défendent l'Etat d'Israël, sur les campus américains, l'accusation d'antisémitisme adressée par Larry Franklin à l'égard du FBI, etc.


ADDENDUM : En juillet 2013, le "Palestino-Américain" Oday Aboushi, joueur de football dans la célèbre équipe newyorkaise Jets, est décrit, preuves à l'appui, par FrontPage Magazine comme un "musulman fondamentaliste". Des preuves écartées par l'ADL et l'AJC qui défendent ce sportif.
En janvier 2014, l'ADL a estimé que le traitement infligé à Jonathan Pollard est "un effort pour intimider les Américains Juifs et confine à l'antisémitisme. Il s'agit de confirmer un stéréotype antisémite ancré dans l'opinion publique : les Américains Juifs sont plus loyaux à l'Etat d'Israël qu'à leur propre pays, les Etats-Unis".
La désignation de Jonathan Greenblatt pour succéder à Abe Foxman a suscité en novembre 2014 de vives critiques. En effet, Jonathan Greenblatt a été directeur du Bureau de l'innovation sociale et de la participation civique à la Maison Blanche sous l'administration Obama. Il dirige l'Aspen Institute financé notamment par George Soros.
L'éditorialiste Caroline Glick a écrit : "Un dirigeant de l'ADL m'avait prévenue voici deux ans que le successeur d'Abe Foxman serait quelqu'un qui transformerait l'ADL, organisation défendant les droits de l'homme Juif, en une énième association gauchiste "de droits civils" qui s'n prendra à Israël et aux Juifs. Et maintenant, c'est arrivé".

de Yoav Shamir
Autriche, Danemark, Etats-Unis, Israël, 2009
1 h 31
Diffusions les 6 mai 2011 à 23 h 10, 19 mai 2011 à 10 h 05 et 25 mai 2011 à 0 h 40

Cet article a été publié le 6 mai 2011, le 14 juillet 2013 et :
- 18 août 2013 alors que l'ADL compare à tort la lutte pour la défense des Juifs dans l'Union soviétique au combat quelle prône contre les "lois anti-homosexuels" dans la Russie actuelle.. Il a été modifié le 10 août 2011 ;
- 29 janvier et 27 octobre 2014.

4 commentaires:

  1. Excellent film qui nous révèle beaucoup de choses sur la réalité de l'entité juive.

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  2. Comme on pouvait s'y attendre, ces films reçoivent un accueil d'autant plus favorable que leurs auteurs sont juifs. Une aubaine pour tous les antisémites : « ils sont juifs, par conséquent ils ne peuvent être contre leur propre peuple. Par conséquent ils disent la vérité ».
    C'est ainsi que ne sont audibles en occident que les Finkelstein, Morin et autre Sand. Nous ne sommes pas prêts d'entendre les Taguieff et Wistrich.
    Bien entendu, le rapport Ruffin a été enterré : il ne faut désespérer ni la diversitude, ni la gauche dite morale.

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  3. Marrant comme votre article correspond de façon caricaturale à la description faite dans le film !

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  4. Marrant comme vous ne contre-argumentez pas sur tel ou tel passage de mon article !

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