dimanche 2 août 2015

L’affaire al-Dura ? Une conspiration selon Jean Corcos et Rudy Reichstadt (8/10)


Le 6 avril 2014, Jean Corcos, producteur/présentateur sur Judaïques FM, radio de la fréquence Juive francilienne  (94,8 FM), a interviewé  Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch, « observatoire du conspirationnisme et des théories du complot  ». Ce dernier a classé l’affaire al-Dura  parmi les conspirations, sans argumenter et sans être contredit par Jean Corcos. Des faits révélateurs de l’amateurisme de producteurs/présentateurs communautaires, du mélange des « casquettes » et des genres, ainsi que du refus ou de l’incapacité de médias et dirigeants communautaires à reconnaître, dénoncer et combattre la désinformation, notamment dans l’affaire al-Dura. Le 31 juillet 2015, Rudy Reichstadt a publié ce post sur son compte Facebook : "... se demande à quel moment Philippe Karsenty va commencer à nous expliquer que le bébé palestinien n'est pas mort, ou que ce n'était pas ce bébé, ou que l'incendie était une mise en scène...  cc Charles Enderlin" Un parallèle infondé.

L’affaire Mohammed al-Dura « est l’équivalent moderne d'une affaire Dreyfus », a résumé Michèle Tribalat  le 4 avril 2014 au Figaro.

De manière choquante, le 6 avril 2014 à 9 h 30, Jean Corcos et Rudy Reichstadt, directeur du site « Conspiracy Watch, Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot  » créé à l’automne 2007, ont rangé l’affaire al-Dura  parmi les conspirations…

Rencontre « sans complaisance »
Depuis 1997, un dimanche matin sur deux, Jean Corcos  interviewe pendant environ vingt-cinq minutes un invité sur Judaïques FM, radio de la fréquence Juive francilienne, lors de l’émission, souvent intéressante, « Rencontre  consacrée à la connaissance du monde musulman » et associée à un blog éponyme. Et, Jean Corcos crée une page Facebook dédiée à chaque émission dont le podcast peut être écouté sur le site de la radio.

« Ingénieur pendant toute sa carrière, son producteur, Jean Corcos, est aussi passionné d'actualité, d’histoire et de géopolitique. Acteur du dialogue judéo-musulman, il propose cette série à la fois pour favoriser les échanges, et pour mieux connaitre cet univers en ébullition, qui fait si souvent la une de nos médias. L'actualité y est commentée à la fois sans complaisance et sans préjugés, avec les meilleurs experts sur le sujet ».

Ce 6 avril 2014 à 9 h 30, Jean Corcos a interrogé Rudy Reichstadt, aux analyses « vraiment objectives », sur « les Juifs, les musulmans et les théories du complot  ». Le 11 avril 2014, il a livré un compte-rendu de l’émission dans un article publié dans le blog de Jacques Benillouche.

Qui est Rudy Reichstadt ? Mystère. Son site liste seulement les médias ayant publié ses articles et indique son appartenance à l'Observatoire des radicalités politiques  de la Fondation Jean Jaurès dirigé par Jean-Yves Camus.

Les attentats du 11 septembre ? Un complot de la CIA et du Mossad selon les conspirationnistes.

Les soupçons que le président Barack Hussein Obama soit un crypto-musulman (11’46’’), qu’il favoriserait « l’infiltration  des Frères musulmans  dans l’administration  américaine  » et contribuerait « délibérément, activement à l’affaiblissement  des Etats-Unis dans le monde » et que son acte de naissance serait un faux  ? « Pas de base factuelle à toutes ces élucubrations », assène Rudy Reichstadt. But des « complotistes » : délégitimer Obama qui ne serait pas né américain, et serait un « usurpateur ». Je renvoie les lecteurs aux cyberliens pour constater la pertinence  de ces interrogations liées à Obama, à son éligibilité  et à son administration.

Puis Jean Corcos interroge Rudy Reichstadt sur l’affaire al-Dura, ces images controversées de « la mort de Mohamed al-Dura » près du carrefour de Netzarim (bande de Gaza), commentées par Charles Enderlin, correspondant à Jérusalem de France 2, sur des images signées du cameraman palestinien Talal Abu Rahma, et diffusées au JT de cette chaîne le 30 septembre 2000.

Pourquoi Jean Corcos l’a-t-il classée parmi les complots ? Mystère.

Cet amalgame infondé discrédite Jean Corcos et son invité, et confine à tort  ceux qui doutent de la véracité des faits allégués dans ce reportage - par exemple Elie Barnavi, historien et ancien ambassadeur d'Israël en France -, et plus généralement ceux qui connaissent Pallywood, cette industrie de la propagande audiovisuelle palestinienne, parmi les conspirationnistes.

« Par glissements successifs, on est passé d’une critique légitime des commentaires à une remise en cause de l’authenticité même des images diffusées à propos desquelles on a parlé de mise en scène, et jusqu’à une remise en cause de la réalité rapportée… parce que les partisans de la thèse complotiste nous disent carrément que le père et l’enfant de 12 ans jouaient la comédie. Ce sont des images très choquantes… qui vont faire l’objet d’une exploitation politique indéniable et qui visent à illustrer la cruauté, le sadisme de l’armée israélienne. Rien ne permet d’affirmer que l’enfant a été visé volontairement, et rien ne permet non plus d’affirmer qu’il ne serait pas mort. S’agissant de l’origine de tirs, on ne peut pas affirmer avec certitude qu’ils viennent d’un camp plutôt que d’un autre, mais on ne peut pas écarter l’hypothèse que les tirs aient pu venir de la position israélienne. Il y a eu une reconstitution qui a été menée pour tenter de démontrer par la balistique que cela était impossible, mais cette reconstitution ne s’est pas faite sur les lieux du drame et pas dans le cadre d’une enquête indépendante », a déclaré Rudy Reichstadt qui a perçu dans la thèse de la « mise en scène de la mort de Mohamed al-Dura » la « structure discursive commune à toutes les théories du complot » (12’30’’-14’).

Pourquoi ? Re-mystère.

Pourquoi Jean Corcos n’a-t-il pas joué son rôle de contradicteur ? Re-re-mystère.

Pourquoi Rudy Reichstadt et Jean Corcos ont-ils éludé les invraisemblances, incohérences et contradictions émaillant les déclarations de Charles Enderlin et Talal Abu Rahma ?

Ont-ils seulement assisté aux audiences judiciaires dans cette affaire et  visionné les rushes produits par France 2 ?

Ignorent-ils que l’un des buts de Pallywood, industrie florissante de la propagande palestinienne, est de désinformer, de diaboliser l’Etat d’Israël et d’amener la diaspora Juive à se distancer de cet Etat ?
Pourquoi occultent-ils le fait que le physicien Nahum Shahaf a reconstitué le lieu de la scène « al-Dura », qui avait été détruit pour des raisons sécuritaires par Israël, et ce, dans le but de vérifier l’authenticité des faits allégués par ce reportage. Nul n’a contesté sa méthodologie ? Qui a refusé une enquête indépendante réclamée par le CRIF  (Conseil représentatif des institutions juives de France), sinon France Télévisions alors présidé par Patrick de Carolis  ? Et pourquoi ?

Finalement, Rudy Reichstadt est empêtré dans ses contradictions : il exprime la position d’Arlette Chabot, ancienne directrice de l’information de France 2, qui contredit celle de Charles Enderlin défendu par Conspiracywatch et s'oppose à l'affirmation initiale, et sous serment, de Talal Abu Rahma avant que celui-ci ne se rétracte.
Plus grave. Depuis 2009, Jean Corcos est le président délégué de la Commission pour les relations avec les musulmans du CRIF. Une organisation dont deux présidents successifs, Roger Cukierman et Richard Prasquier, ont agi, certes brièvement, pour que soient établis les faits dans l'affaire al-Dura. Seraient-ils eux aussi des complotistes ?

Rappelons que le 21 mai 2008, la Cour  d'appel de Paris avait désavoué sévèrement des pratiques de France 2, Charles Enderlin et Talal Abu Rahma, avait souligné l’importance de la liberté d’expression, voire de vive critique, sur des « sujets d’intérêt général », face au pouvoir des médias, et insisté sur le droit du public à une « information sérieuse ».

Un des « meilleurs experts »
Sur la page Facebook de cet événement dominical, un trilogue s’est instauré entre Jean Corcos, Rudy Reichstadt et moi le 6 avril 2014.

Jean Corcos a écrit que cette « controverse n'était pas le centre du sujet  », et que la position de son invité « n'était pas celle de la majorité de nos auditeurs, dont vous faites partie : mais j'avais tenu, quand même, à ce qu'il s'exprime là-dessus, même rapidement. Les personnes que j'invite ont toujours la qualité de « faire bouger les choses »... et sur ces affaires de « théories du complot », il n'y a pas beaucoup de monde qui se soit investi ». C'est oublier Pierre-André Taguieff, Robert S. Wistrich et Raphaël Israéli. En quoi Rudy Reichstadt fait-il « bouger les choses » ? La page non actualisée de Conspiracy Watch sur l’affaire al-Dura comprend seulement dix articles ou vidéos, tous pro-Enderlin, en y incluant cette interview sur Judaïques FM.

Quant à Rudy Reichstadt, il s’est enfoncé en alléguant : « S’agissant du volet judiciaire de l’affaire (les poursuites en diffamation engagées par Charles Enderlin et France 2 contre Philippe Karsenty), il me semble que les internautes de passage ici ont le droit de savoir que Philippe Karsenty a finalement été condamné en juin 2013… Certes, la victoire de France 2 et de Charles Enderlin ne dit rien du fond de l’affaire. Mais il n’est pas inutile de le rappeler, surtout lorsqu’on sait que Philippe Karsenty avait laissé entendre, à l’époque où il avait été relaxé par la Cour d’appel, en 2008, que cette victoire judiciaire – temporaire – lui donnait raison sur le fond (alors que la Cour s’était contentée d’estimer, à l’époque, qu’il n’avait « pas dépassé les limites de la liberté d’expression  ») ».

Donc, puisque cette procédure judiciaire ne vise que la qualification juridique des propos de Philippe Karsenty, ce qui relève de l'appréciation contradictoire des seuls magistrats parisiens et ne vise pas l’authenticité des faits allégués en 2000, l’évoquer était inutile et ne justifie en rien de classer l’affaire al-Dura parmi les « conspirations ».

Et pourquoi citer cette condamnation récente de Philippe Karsenty, et non celles de Canal + (2010, 2012) pour avoir diffamé ce directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings (M-R ) en le rangeant parmi les conspirationnistes dans le reportage  « Jeudi investigation : Rumeurs, intox, les nouvelles guerres de l'information » signé par Stéphane Malterre et diffusé par Canal + en 2008 ? A noter que Rudy Reichstadt diffuse dans son site ce reportage sans informer sur la condamnation de Canal +.

Pourquoi ne pas citer la relaxe  de Clément Weill-Raynal et du Dr Yehuda David poursuivis  par Jamal al-Dura pour diffamation concernant l’origine des cicatrices de ce Gazaoui ?

Tous ces faits sont emblématiques de l’absence de professionnalisme - méconnaissance des sujets, critères bizarres dans le choix d’invités, etc. – de présentateurs de la fréquence Juive francilienne, du mélange des casquettes - Jean Corcos  s’exprime-t-il comme producteur ou/et comme président délégué de la Commission pour les relations avec les musulmans du CRIF  ? –, de dysfonctionnements graves au sein d'organisations communautaires et du fossé croissant entre des médias communautaires  et les Juifs lambda conscients de la désinformation, de Pallywood et de la taqyia.

La vérité sur l'affaire al-Dura est-elle sacrifiée sur l'autel du "dialogue judéo-musulman" et du "politiquement correct" ?

Est-ce un hasard si ces faits se sont produits sur Judaïques FM, seule des quatre radios communautaires franciliennes à n’avoir jamais interviewé Philippe Karsenty ?  

Parallèle infondé
Le 31 juillet 2015, Rudy Reichstadt a publié ce post sur son compte Facebook : "... se demande à quel moment Philippe Karsenty va commencer à nous expliquer que le bébé palestinien n'est pas mort, ou que ce n'était pas ce bébé, ou que l'incendie était une mise en scène...  cc Charles Enderlin" .

Ce message a suscité des commentaires : si certains, tel Charles Enderlin niant l'existence de Pallywood, expriment leur soutien, d'autres dont Rudy Roth s'indignent de ce parallèle infondé. Un internaute, Jérèm Layoub, allègue mes "excès", sans avancer la moindre preuve. Je renvoie les lecteurs à mon dossier sur l'affaire al-Dura. Je remercie Rudy Roth pour m'avoir défendue.

Quand un enfant palestinien décède dans des circonstances non éclaircies - l'enquête se poursuit sur l'incendie criminel de deux maisons palestiniennes, dont l'une habitée (bébé mort, parents et autre enfant hospitalisés), dans le village arabe de Duma, fin juillet 2015 -, les Israéliens expriment leur indignation, manifestent contre la violence, leurs dirigeants condamnent l'attentat, leur grand rabbin rappelle l'interdiction de tuer, etc. Si les soupçons, nés des graffitis en hébreu calligraphiés en style arabisant inscrits sur un mur palestinien, se portent sur des assaillants Juifs, les médias israéliens et mondiaux mettent la tragédie en Une, et, sans preuve, en imputent la responsabilité à Israël.

Quand un enfant israélien est tué lors d'un attentat terroriste palestinien, brûlé vif par le jet d'un cocktail Molotov, les Palestiniens exultent, dansent et distribuent dans les rues des friandises, les autorités de l'Autorité palestinienne louent les terroristes ayant commis cet attentat, les accueillent avec faste, leur rendent de nombreux hommages, les rétribuent et aident financièrement leurs familles, etc. Les médias internationaux accordent au mieux quelques lignes à cette tragédie. Et rares sont les dirigeants israéliens à émettre une déclaration ou à se rendre auprès de la famille de la victime Juive israélienne. Adva Bitton, dont la fille Adelle Bitton est morte à trois ans en mars 2015, a déploré que le président Rivlin, qui a dénoncé l'attentat à Duma et s'est rendu à un rassemblement à la mémoire des victimes de cet attentat, ne se soit pas rendu à l'hôpital au chevet de son enfant blessée lors d'un attentant terroriste palestinien.

C'est cette différence qu'il convenait de souligner. Rudy Reichstadt ne l'a pas fait. Pourquoi ?


Enfin, le 2 août 2015, The Jewish Press a publié en anglais la liste non exhaustive de 50 attentats terroristes palestiniens depuis le 31 juillet 2015. Une liste établie en hébreu par Hakol HaYehudi dont le point culminant a été la tentative d'incendier la tombe de Joseph, figure biblique, à Shehem (Naplouse) présentée comme un acte pour venger la mort de l'enfant palestinien :

Dimanche 2 août 2015

0:52 Des Arabes ont jeté des pierres contre des véhicules à l'intersection nord Zarzir, Des dommages ont été constatés.

00:38 Émeutes d'Arabes dans la vieille ville de Jérusalem

0:02 Des Arabes ont jeté des pierres contre des véhicules sur la route près de Karnei Shomron

Shabbat – 1er août 2015
23:58 Une personne légèrement blessée par jet de pierre à la jonction Givaot 

23:50 Deux Juifs ont été légèrement blessés par pierres près du village de Duma. Etc. Etc. Etc.

Du 24 au 31 juillet 2015, 22 Juifs ont été blessés lors de 60 attentats terroristes palestiniens.

Rudy Reichstadt a occulté tous ces attentats terroristes palestiniens et les blessés Juifs.  Tout comme Charles Enderlin dans ses commentaires sur Facebook. Pourquoi ? Ignorance ? Manque de temps ? Indifférence ?  
                    




A lire sur ce blog :
Cet article a été publié le 14 avril 2014.

1 commentaire:

  1. Comme vous, j'ai été frappé par la partialité de Conspiracy Watch dans le cadre de l'affaire al-Dura.
    C'est d'autant plus regrettable que ce site analyse les motivations conspirationnistes et ses liens fréquents avec l'antisémitisme le plus abject.

    RépondreSupprimer