jeudi 5 novembre 2015

La photographe Martine Franck (1938-2012)


Dans le cadre de la 4e édition de Photo Saint-Germain (7-22 novembre 2015), la galerie Claude Bernard présente une exposition collective avec notamment des œuvres de Martine Franck. La Fondation Henri Cartier-Bresson a présenté un accrochage de portraits de la photographe Martine Franck (1938-2012). Membre de Magnum Photos depuis 1983, cette artiste avait participé à la création de l’agence Viva en 1972. Martine Franck avait réalisé aussi des reportages sociaux et saisit des paysages. 

Née à Anvers dans une famille flamande francophone, Martine Franck passe son enfance en Grande-Bretagne.


A la déclaration de guerre, son père s’engage dans l’armée britannique. Sa mère, son frère et elle vont aux Etats-Unis et, en 1944, retrouvent Londres sous les V2...

Martine Franck étudie l’histoire de l’art à l’Université de Madrid, puis à l’Ecole du Louvre (Paris).

Elle est engagée comme stagiaire à Time-Life pour assister les photographes étrangers de passage à Paris : Eliot Elisofon, Gjon Mili, etc. Et rejoint Vogue qui lui confie la rubrique Les contemporaines : citons les portraits de Sarah Moon et d’Ariane Mnouchkine.

En 1970, Martine Franck est membre de la première agence Vu, puis en 1972, participe à la fondation de l’agence Viva avant de rejoindre Magnum en 1980.

Elle effectue des portraits d’artistes, d’écrivains et surtout des reportages humanitaires en Inde, en Irlande et au Népal. Dernière épouse du célèbre photographe Henri Cartier-Bresson, elle préside depuis 2004 la Fondation Henri Cartier-Bresson. Elle a une fille, Mélanie.


En 2002, le Musée de la Vie romantique a présenté l’exposition Le temps qui passe, une centaine de photographies de Martine Franck, membre de l’agence Magnum. Essentiellement en noir et blanc, encadrées du liseré noir, avec des contrastes accentués, ces clichés, classiques et romantiques, évoquent ses thèmes de prédilection : les paysages, les portraits d’artistes, les jeux de miroir et le Théâtre du Soleil. Autant de mises en abîmes et de méditations sur la vieillesse, la solitude, la dialectique apparence/réalité sublimée par le monde du spectacle, et la Nature, sauvage ou marquée par l’Homme.

« Le romantisme me semble avoir des correspondances avec la photographie. Toutes ces notions liées au temps qui passe, l’instant, l’émotion, la nostalgie, la rêverie me sont proches. C’est aussi la connaissance de l’autre, la découverte de soi à travers l’autre, et la liberté de pouvoir s’exprimer sans contraintes. Le portrait me passionne. Ce que je cherche à capter, c’est la lumière dans l’œil, les gestes, un moment d’écoute ou de concentration. Un thème m’a toujours touché, celui de la vieillesse. Les visages permettent de lire le passé, comme les lignes de la main permettent de déchiffrer l’avenir », précisait la photographe. Elle a saisi le regard sage et pessimiste d’Albert Cohen (1968), celui fuyant et très maquillé de Lily Brik (1976) et celui scrutateur, amusé et interrogatif du metteur en scène Peter Brook (1997), le visage rayonnant d’ironie de Marc Chagall (1980), la gracile et mystérieuse Isabelle Huppert (1981) et Sam Szafran en quasi fusion avec son tableau (1983). Autre sujet de prédilection, la vieillesse, à la fois savoir accumulé et période vécue dans l’apaisement.


« A travers le miroir... C’est un thème qui s’est imposé à moi involontairement, et de façon récurrente. Le miroir permet de s’éloigner de la réalité, puisqu’il éloigne lui-même la réalité. Certains portraits se sont imposés naturellement, comme les séances de maquillage des comédiens ou des danseurs, Ariane Mnouchkine, Erhard Stiefel qui fabrique les masques du Théâtre du Soleil. On joue avec le narcissisme de l’autre. Ceux qui se découvrent dans une glace, les comédiens qui se maquillent pour devenir un autre soi-même ». De la première création jusqu'aux représentations de spectacles récents, via les répétitions, Martine Franck est devenue la chroniqueuse de cette aventure, impressionnant les comédiens bondissant sur scène. « En général, je préfère le noir et blanc qui permet une transposition contrôlée de la réalité, une certaine distance par rapport au concret qui autorise un instant de rêve. En revanche, il m’arrive d’utiliser la couleur, en particulier pour le Théâtre du Soleil car la lumière et l’ambiance « irréelle » d’un spectacle peut rajouter une émotion visuelle » et traduire la chaleur intense du jeu.

Martine Franck multiplie les mises en abîmes : de dos, l’acteur Charles Denner, concentré, regarde dans un miroir (1966). Elle révèle la symbiose entre un état d’âme et l’environnement : dans l’hiver new-yorkais, le visage inquiet d’une jeune femme se dégage dans un reflet de branches d’arbres (The Metropolitan Museum, 2001).


« J’ai toujours photographié des paysages, par plaisir, par besoin. La prise de vues est le contraire de l’instantané. Il faut d’abord prendre le temps de contempler, se ressourcer. C’est une forme d’exercice de méditation visuelle, devant des espaces inconnus marqués souvent par la main de l’homme. Mes paysages sont classiques par la composition et le contenu, et romantiques par le dépaysement et le goût de l’étrange. On trouve ainsi souvent dans mes prises de vue un élément animal ou humain qui ordonne l’ensemble. Mais j’aime aussi les espaces purs, désincarnés, comme les ciels de Norvège, à Bergen, qui résonnent pour moi comme une musique de Sibelius ». Le ciel nuageux semble alors se fondre dans les fjords (Bergen, 1983).

Martine Franck photographie les paysages comme s’ils étaient des visages : elle est sensible aux marques témoignant de l’action de l’Homme. Elle montre la manière dont celui-ci ou l’érosion a façonné la Nature, et suggère les trésors de patience, d’efforts, d’amour et de spiritualité pour la rendre vivable. Ce n’est pas un hasard si ce Musée de la vie romantique accueille ces paysages d’Irlande, de Norvège et de France : des lieux isolés, battus par le vent et tourmenté par les orages, et des ruines.

 « D’une façon générale, je reste fidèle à mes appareils traditionnels : pour les portraits et reportages, un Leica M - il se tient bien en main -, et pour les paysages et le théâtre, le Canon avec zoom. Je veux pouvoir saisir très vite des instantanés, pour les retrouver au développement de la pellicule, à l’examen de la planche contact, et retracer le déroulé du moment. Aujourd’hui, alors que les possibilités techniques sont infinies pour la nouvelle génération, je reste fidèle à une méthode dite « classique ». Le cliché, lorsqu’il est retenu, est agrandi tel quel, et il n’est jamais retouché au tirage ». Les influences picturales sont prégnantes dans la rigueur de la composition et le soin apporté aux jeux géométriques : telles les ruptures harmonieuses des lignes d’horizons et des courbes des chaises longues (Agadir, 1976).

De cette rétrospective, émanait une poésie profonde alliée à une mélancolie latente...


La Maison européenne de la photographie (MEP) a présenté en 2011-2012 l’exposition Martine Franck : « Venus d’ailleurs. Peintres et sculpteurs à Paris depuis 1945 » réunissant une soixantaine de ses photographies de peintres et de sculpteurs, célèbres ou inconnus, dans leur atelier depuis 1965, dont Marc Chagall. Une commande de la MEP dans le cadre de la série “Étranges Étrangers”. De Pierre Alechinsky à Zao Wou Ki, Yaacov Agam, Avigdor Arikha, Marc Chagall, Shamaï Haber, Dani Karavan, Anselm Kiefer, Richard Lindner, Lea Lublin, Oscar Rabine, Pierre Skira, Arpad Szenes, Boris Zaborov… Tous sont saisis dans leur atelier dans le cadre de cette série de portraits d’artistes « venus d’ailleurs », attirés par Paris où ils s’y sont installés pour créer leur œuvre.


En 2012,  la galerie Claude Bernard a présenté une exposition de portraits de la photographe Martine Franck. Pour sa deuxième exposition dans cette galerie, celle-ci a choisi une centaine de photographies d'artistes ayant choisi Paris comme lieu de leur création et de leur vie : Balthus, Diego Giacometti, Raymond Mason...


Pour Martine Franck « une photographie c’est un fragment de temps qui ne reviendra pas ». Elle « parvient à capturer cet instant où l’artiste s’abandonne avec complicité, dans son atelier ou à l’extérieur. Dans chaque portrait transparait le lien privilégié né de la rencontre entre le modèle et la photographe ; alors se révèlent l’humour, la tendresse, la pudeur et l’humanité », précise la galerie Claude Bernard.

Martine Franck est décédée le 15 août 2012, à l'âge de 74 ans.

L'exposition Paris Magnum (12 décembre 201-25 avril 2015) a présenté des photographies de Martine Franck.


Martine Franck photographe. Editions Adam Biro/Paris-Musées, 2002. 142 pages. ISBN : 2 87660 346 2

Du 7 au 22 novembre 2015
A la Galerie Claude Bernard
5, rue des Beaux-Arts 75006 Paris
Tél. : 01 43 26 97 07
Du mardi au samedi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h 30

De septembre à décembre 2012
Au 3e niveau
2, impasse Lebouis. 75014 Paris
Tél. : 01 56 80 27 00
Du mardi au dimanche de 13 h à 18 h 30.  Le samedi de 11 h à 18 h 45. Mercredi jusqu'à 20 h 30.

Du 22 mars au 28 avril 2012
7-9, rue des Beaux-Arts, 75006 Paris
Tél. : 01 43 26 97 07
Du mardi au samedi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h 30
Vernissage le 22 mars 2012 de 18 h à 22 h

Jusqu’au 8 janvier 2012
5/7, rue de Fourcy. 75004 Paris
Tél. : 01 44 78 75 00
Du mercredi au dimanche inclus.

Visuels de haut en bas :
Balthus, 1999
© Martine Franck/Magnum Photos

Pierre Alechinsky, Bougival, 2004
© Martine Franck/Magnum Photos

Diego Giacometti, 1983
© Martine Franck/Magnum Photos

Yaacov Agam, 2010
© Martine Franck/Magnum Photos

Raymond MASON, 1982
© Martine Franck/Magnum Photos

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié en une version plus concise par Guysen en 2002. Il a été republié le 18 mars 2012, le 19 août 2012 à la mémoire de Martine Franck et le 24 décembre 2012, 24 avril 2015. Il a été modifié le 11 septembre 2012.

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