mercredi 6 septembre 2017

Visionaries: Creating a Modern Guggenheim


Le Solomon R. Guggenheim Museum à New York présente l’exposition Visionaries: Creating a Modern Guggenheim (Visionnaires : Créer un moderne Guggenheim). Il souligne l’esprit pionnier de six collectionneurs amateurs d’artistes d’avant-garde.


A l’occasion du 80e anniversaire de la Solomon R. Guggenheim Foundation, l’exposition Visionaries: Creating a Modern Guggenheim présente plus de 170 œuvres provenant de la collection permanente du Solomon R. Guggenheim Museum, à New York, et de la Peggy Guggenheim Collection, à Venise.

En réunissant de nombreuses œuvres parmi les plus iconiques de la Fondation et des trésors artistiques moins connus, cette exposition explore les innovations d’avant-garde de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle, ainsi que les activités révolutionnaires de six maîtres pionniers qui ont projeté dans la lumière certains des artistes les plus importants de leur époque et établi l’identité de la Guggenheim Foundation comme institution avant-gardiste. Parmi les artistes exposés, dont certains émigrés européens ont introduit à la fin des années 1930 des approches artistiques audacieuses : Alexander Calder, Paul Cézanne, Marc Chagall, Joseph Cornell, Edgar Degas, Max Ernst, Paul Gauguin, Alberto Giacometti, Vasily Kandinsky, Paul Klee, Fernand Léger, René Magritte, Édouard Manet, Piet Mondrian, Pablo Picasso, Camille Pissarro, Jackson Pollock, Pierre-Auguste Renoir, Yves Tanguy et Vincent van Gogh.

Alchemy (1947) de Jackson Pollock, considéré parmi ses meilleures peintures et une icône célébrée de l’abstraction d’après-guerre, est présentée aux Etats-Unis pour la première fois depuis cinquante ans.

Accueillie dans la rotonde conçue par Frank Lloyd Wright et la Thannhauser Gallery dans la Tour niveau 2, l’exposition Visionaries: Creating a Modern Guggenheim présente les œuvres exceptionnelles du musée au travers des perspectives de six amoureux de l’avant-garde artistique qui ont rencontré la Guggenheim Foundation dès ses premières décennies d’existence et lui ont donné leur collection personnelle, entièrement ou en partie : Peggy Guggenheim, nièce de Solomon R. Guggenheim, Hilla Rebay, l’artiste peintre Katherine S. Dreier, le marchand d’art juif allemand Justin K. Thannhauser qui avait fui l’Allemagne nazie, le galeriste Karl Nierendorf.

Le premier de ces visionnaires s’avère le fondateur du musée, l’industriel Solomon R. Guggenheim (1861-1949), qui, grâce à sa conseillère, l’artiste Hilla Rebay née en Allemagne, s’est affirmé en grand champion de l’art non objectif – un axe d’abstraction aux objectifs spirituels, illustré par le travail de Vasily Kandinsky. Constitué dans le contexte de la crise économique et de la guerre dans les années 1930 et 1940, la collection moderne unique de Guggenheim a servi de base à sa Fondation, créée en 1937 afin d’encourager l’art, l’éducation artistique, et d’éclairer le public.

La « collection Solomon R. Guggenheim Foundation a été marquée par des acquisitions majeures de contemporains qui partageaient l’esprit pionnier de Guggenheim. Ces acquisitions incluent un ensemble de chefs d’œuvres impressionnistes et des débuts de l’Ecole de Paris de Justin K. Thannhauser, l’inventaire éclectique expressionniste du marchand d’art émigré Karl Nierendorf, les peintures et sculptures abstraites et surréalistes de l’auto-proclamée « art addict » Peggy Guggenheim, et des exemples des donations des artistes Katherine S. Dreier et Hilla Rebay, ayant joué un rôle important dans la promotion de l’art moderne en Amérique ».

L’exposition Visionaries: Creating a Modern Guggenheim a pour commissaire Megan Fontanella, commissaire aux Collections and Provenance, du Solomon R. Guggenheim Museum, avec la collaboration de Ylinka Barotto, commissaire adjoint, du Solomon R. Guggenheim Museum.

Ce qui est gênant est l’instrumentalisation politique de cette exposition sur les œuvres d'art remarquables, généralement d'avant-garde, discernées, achetées, réunies par des collectionneurs avisés, éclairés.

Ainsi, Richard Armstrong, directeur du musée et de la Fondation Guggenheim, a déclaré lors du vernissage de cette exposition : « Ce n’est pas un secret : nous traversons une période au cours de laquelle des principes fondamentaux comme la tolérance et l’esprit critique sont contestés… De nombreux défis similaires ont été affrontés par certains des visionnaires de l’expression créatrice… Nous trouvons l’inspiration dans des individus dont les croyances sont que l’art peut changer le comportement humain ». Une référence claire à la politique du Président Donald Trump en matière d’immigration selon l’AFP. Un message réitéré sur la page Facebook  et sur le site Internet du musée Guggenheim. Comme si les deux époques étaient similaires ! Comme si les émigrés fuyant le IIIe Reich et notamment sa politique antisémite pour rejoindre l’Amérique et y contribuer à façonner l’art américain étaient similaires aux immigrés illégaux venant de pays soutenant le terrorisme ou véhiculant des idées contraires aux valeurs américaines.

Et Armstrong d’ajouter : l’exposition rappelle une époque pendant laquelle « des artistes et des marchands d’art ont fui une guerre précédente… et ont trouvé un refuge, un foyer et la liberté aux Etats-Unis ».

La politique du musée Guggenheim suscite des interrogations. Ainsi, le 27 mai 2016, Abraham Foxman, ancien directeur de l’Anti-Defamation League (ADL), a fustigé l’article Censorship in Israel de Chen Tamir, commissaire d’expositions israélienne, publié sur le site Internet du musée. Chen Tamir stigmatisait la « censure » et « l’occupation » israéliennes, « l’oppression » des Palestiniens, les « organisations paramilitaires qui espionnent les activistes et organisations droitsdel’hommistes, dont le groupe extra-politique Im Tirtzu », le ministres de l’Education Naftali Bennett et la ministre de la Culture et des Sports Miri Regev. Abraham Foxman a souligné combien cet article allait au-delà du débat sur l’art, et était politique : « Si le musée Guggenheim veut faire de son site web un lieu de discussion sur la censure, je peux lui donner une liste de 25 pays par lesquels commencer, et non Israël ».

Le 27 mai 2017, le site Elder of Ziyon a persiflé sur la gêne et l’hypocrisie du musée Guggenheim qui essaie depuis 2006 d’établir un gigantesque musée  à Abu Dhabi, aux Emirats arabes unis (EAU), et prévoyait l’ouverture en 2012. Un Etat qui impose une censure « islamiquement correcte » interdisant la nudité et le blasphème, alors que le gouvernement israélien refuse de financer avec l’argent public des événements délégitimant l’Etat d’Israël. Les Emirats arabes unis sont vraisemblablement réticents à l’égard d’un musée au nom à consonance juive


Du 10 février au 6 septembre 2017
1071 Fifth Avenue. New York, NY 10128-0173
Tel. : 212 423 3500
Du lundi au mercredi, jeudi et dimanche de 10 h à 17 h 45, samedi de 10 h à 19 h 45

Visuels : 
Couverture du catalogue
Piet Mondrian(1872-1944)
Composition No. 1: Lozenge with Four Lines, 1930
Oil on canvas
29 5/8 x 29 5/8 inches (75.2 x 75.2 cm); vertical axis: 41 3/8 inches (105 cm)
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, The Hilla Rebay Collection 
71.1936.R96

Edgar Degas
Dancers in Green and Yellow, ca. 1903
Pastel and charcoal on several pieces of tracing paper, mounted to paperboard, 98.8 x 71.5 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, Gift, Justin K. Thannhauser, 1978

Constantin Brancusi
Little French Girl (The First Step [III]) (La jeune fille française), ca. 1914–18
Oak, 152.4 x 38.7 x 32.4 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Gift, Estate of Katherine S. Dreier, 1953
© 2017 Artists Rights Society (ARS), New York/ADAGP, Paris
Photo: David Heald

Jackson Pollock
Alchemy, 1947
Oil, aluminum, alkyd enamel paint with sand, pebbles, fibers, and broken wooden sticks on canvas, 114.6 x 221.3 cm
The Solomon R. Guggenheim Foundation, Peggy Guggenheim Collection, 1976
© 2017 The Pollock-Krasner Foundation/Artists Rights Society (ARS), New York

Peggy Guggenheim seated on a Correalist Rocker, Surrealist Gallery, Art of This Century, New York, ca. 1942
From left: René Magritte, Voice of Space (La voix des airs, 1931); Leonor Fini, The Shepherdess of the Sphinxes (1941); Leonora Carrington, The Horses of Lord Candlestick (1938); and Joan Mirò, Dutch Interior II (Intérieur hollandaise, summer 1928)
© AP Photos Courtesy Solomon R. Guggenheim Foundation, New York, 2017

Solomon R. Guggenheim at the Plaza Hotel, New York, ca. 1937, with Rudolf Bauer’s Andante (from Tetraptychon: Symphony in Four Movements, 1926–30)
Photo: Underwood and Underwood Studios, New York, courtesy HvRF Archives

Justin K. Thannhauser in his private residence, New York, November 1957, with Pablo Picasso’s Fernande with a Black Mantilla (Fernande à la mantille noire, 1905–06, Solomon R. Guggenheim Museum) Courtesy ZADIK

Vasily Kandinsky
Composition 8 (Komposition 8), July 1923
Oil on canvas, 140 x 201 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Solomon R. Guggenheim Founding Collection, By gift, 1937
© 2017 Artists Rights Society (ARS), New York/ADAGP, Paris

Pablo Picasso
Woman with Yellow Hair (Femme aux cheveux jaunes), Paris, December 1931
Oil on canvas, 100 x 81 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York,
Thannhauser Collection, Gift, Justin K. Thannhauser, 1978
© 2017 Estate of Pablo Picasso/Artists Rights Society (ARS), New York

Installation View: Visionaries: Creating a Modern Guggenheim, Solomon R. Guggenheim Museum, New York, February 10, 2016–September 6, 2017
Photo: David Heald © Solomon R. Guggenheim Foundation, 2017

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