vendredi 1 décembre 2017

La Ville blanche de Tel Aviv

  

L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) a présenté en 2006 une exposition de photographies d’époque sur la Ville blanche de Tel Aviv, une ville née en 1909 du projet sioniste. Cette Ville blanche - environ 4 000 immeubles construits dans les années 1930 dans le style Bauhaus - résulte d’un projet d’aménagement urbain et de création architectural où se mêlent les influences du Mouvement moderne et les caractéristiques géographiques, culturelles et climatiques locales. Depuis juillet 2003, elle figure sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation la science et la culture). Le 2 décembre 2017, à 14 h 15, Arte diffusera "Aux portes de la mer -Tel Aviv", réalisé par Thomas Wartmann.

Avoir vingt ans à Jérusalem et à Tel Aviv
La Ville Blanche de Tel Aviv
L'esprit du Bauhaus

Pour fêter l’inscription de la Ville blanche – en fait de nombreux quartiers de cette zone – sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2003, a été conçue une double exposition itinérante, « Tel-Aviv, la Ville blanche. Le courant d’architecture moderne ».

Celle-ci est promue par la municipalité de Tel-Aviv et par le Musée d’art de cette cité. Elle a été réalisée par l’architecte Nitza-Szmuck en collaboration avec son collègue Tal Eyal sur un aménagement et une production graphique de Peter Szmuk, et produite par Smadar Timor et Noa Karvan-Cohen. Un élégant catalogue accompagne cette exposition.

Elle a représenté un élément majeur lors des célébrations en Israël, en 2004, de cette inscription prestigieuse.

Le Centre de design de l’UQAM (Université du Québec à Montréal) a présenté (septembre-octobre 2005) en première mondiale, hors Israël, l’exposition dénommée « Tel-Aviv, la Ville blanche. Le courant d’architecture moderne » qui s’articule autour de « trois axes :

-          La trame urbaine et le plan de conservation des quartiers centraux de Tel-Aviv

-          Les influences européennes de l’époque sur l’architecture locale

-          L’évolution du langage architectural local ».

Elle rassemble des documents souvent inédits - cartes, dessins, photographies, maquettes, vidéos et animations – décrivant l’essor de la ville et la construction de centaines d’édifices de style international et les portraits de 80 architectes.

Elle est alors associée à l’exposition « Fragments d’un style » qui réunit 172 photographies de « La Ville blanche » par Yigal Gawze.

Une synthèse d’influences variées

La Ville blanche de Tel-Aviv (colline du printemps en hébreu), cité fondée en 1909 sur des dunes du nord-est de Jaffa, a rejoint en 2003 les douze sites déjà inscrits dans la catégorie du Mouvement moderne.

Construite du début des années 1930 aux années 1950 suivant le plan d’urbanisme élaboré par Sir Patrick Geddes (1854-1932), la Ville blanche offre une illustration remarquable de synthèses diverses.

Formés dans les universités souvent allemandes et ayant travaillé dans les cabinets d’architectures réputés en Europe, ses concepteurs fuient l’Allemagne nazie, plus généralement une Europe où se multiplient les régimes dictatoriaux.

Influencés par l’avant-garde (Bauhaus), s’inspirant des cités-jardins anglaises, ils demeurent fidèles aux principes de l’urbanisme organique moderne tout en adaptant un style avant-gardiste européen, en y intégrant des données locales. Ils créent ainsi un style original et forgent l’identité d’une ville nouvelle.

Un ensemble homogène
Ces architectes conçoivent des immeubles de taille modeste (quelques étages), constituant des quartiers de taille humaine.

Entre 1931 et 1948, environ 4 000 immeubles à appartements sont édifiés. Leurs caractéristiques ? « Une construction sur pilotis, les toits terrasses, les larges ouvertures de fenêtres, l’usage de matériaux nouveaux, le souci de la fonctionnalité » (Michael Turner).

La lumière éclatante de Tel-Aviv est accrue par le crépi blanc des immeubles. Aussi, l’architecte marque un souci prononcé pour les espaces ombragés, frais.

Cette exposition rassemble des photos d’époque, souvent en noir et blanc, qui nous révèlent cette Ville blanche originelle, sans les transformations opérées dans la seconde moitié du XXe siècle.

Ces clichés soulignent l’opposition entre les arêtes vives de lignes rectilignes et la douceur des courbes (Mostovoi House). Ils accentuent les contrastes en un style expressionniste qui métamorphose certains immeubles en de quasi œuvres abstraites (Efroni House). Ils jouent des effets ombres/lumière (Pergola), dans l’ensoleillement éblouissant de Tel-Aviv. Ils mettent en valeur le caractère épuré des lignes - des horizontales qui s’incurvent doucement en obliques (Landa House) – et le goût pour des volumes asymétriques.

Les clichés sont cadrés essentiellement sur le bâtiment, sans guère montrer l’espace où s’est inscrit ce projet architectural.

Les photographies font penser à des gros plans de visages, des portraits mettant en relief le caractère de la construction : l’assurance de la Maison Bruno (1935), sise au 3, rue Strauss et imaginée par l’architecte Ze’ev Haller qui avait étudié à Darmstadt, ou l’impression drolatique dégagée par les rondeurs superposées de Mirenburg House.

Ville  créative
Le 1er décembre 2014, Tel Aviv est l'une des 28 villes ayant  rejoint le réseau des villes "les plus créatives de la planète dans les domaines des arts numériques, des médias et de la culture du Web" de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'Education, la Science et la Culture). 

Le "réseau de villes créatives" promeut "la diversité culturelle et le développement urbain durable, et vise à développer la coopération internationale entre villes et à encourager les partenariats. Sur la liste de l’UNESCO, figurent 69 villes, choisies pour leurs compétences dans l’un des sept domaines suivants: artisanat et les arts populaires, arts numériques, design, cinéma, gastronomie, littérature et musique. Bilbao (Espagne) a été désignée pour son design, Prague (République-Tchèque) pour sa littérature, Shunde (Chine) pour sa gastronomie et Galway (Irlande) pour ses films. Dans le domaine numérique, Tel Aviv-Yaffa rejoint Gwanju (République de Corée), Dakar (Sénégal), Linz (Autriche) et York (Royaume-Uni). Les nouveaux membres "s’engagent à collaborer et à développer des partenariats pour promouvoir la créativité et les industries culturelles, échanger des bonnes pratiques, renforcer la participation dans la vie culturelle et intégrer la culture dans les plans de développement économiques et sociaux". 

Les critères pour devenir une Ville UNESCO d’Arts numériques sont : le développement des industries culturelles et créatives suscité par la technologie numérique ; l'intégration réussie des arts numériques pour l’amélioration de la vie urbaine ; la croissance des formes d’arts électroniques demandant la participation de la société civile ;  l'accès plus large à la culture à travers le développement des technologies numériques ; le programme de résidences d’artistes et présence d’espaces-ateliers dédiés aux arts numériques.

Tel Aviv-sur-Seine
Le 25 juin 2015, à la suite de pressions anti-israéliennes, Eberhard Van der Laan, maire d'Amsterdam a renoncé à son projet de jumelage entre la ville néerlandaise et Tel Aviv. En geste d'apaisement, il avait proposé un jumelage aussi avec Ramallah. Il a cédé à l'opposition de socialistes, travaillistes et écologistes anti-israéliens.



Le 13 août 2015, de 10 h à 22 h, Tel Aviv a été l'invitée de Paris Plages (20 juillet-23 août 2015). "Dans le cadre de ses partenariats culturels avec les grandes villes du monde, Paris Plages met Tel Aviv à l'honneur l'espace d'une journée : au programme foodtrucks, DJ set, animations ludiques et gratuites..." Tel Aviv-sur-Seine a lieu entre le Pont d’Arcole et le Pont Notre-Dame.

Tel Aviv-sur-Seine a suscité l'opposition de partis de gauche et d'extrême-gauche à des fins politiciennes pariso-françaises


La première diatribe a émané de Danielle Simonnet, conseillère de Paris (Front de Gauche) dans l'opposition municipale, élue du XXe arrondissement et coordinatrice nationale du Parti de gauche. Le 8 août 2015, cette élue a écrit sur son blog : "Tout juste une année après les massacres sur la bande de Gaza par l’Etat et l’armée israélienne et alors que le gouvernement israélien intensifie sa politique de colonisation avec les drames que l’on connait, la Ville de Paris ose organiser « dans le cadre de ses partenariats culturels avec les grandes villes du monde », une journée mettant à l’honneur Tel Aviv et ses ambiances festives à Paris Plages… Aucun échange avec des israéliens humanistes n’y est prévu, encore moins un débat sur la situation du peuple palestinien. Le cynisme de l’organisation d’une telle journée dans le cadre de Paris Plages atteint les sommets de l’indécence. Madame la Maire de Paris, il est encore temps, soit d’annuler cette manifestation soit d’en modifier radicalement la programmation en permettant, avec la diversité associative et citoyenne parisienne des rencontres-débats sur les événements de l’an dernier et la situation actuelle". Le Front de Gauche réunit neuf partis : le Parti communiste français (PCF), le Parti de gauche, la Gauche unitaire, la Fédération pour une alternative sociale et écologique, République et socialisme, Convergences et alternative, le Parti communiste des ouvriers de France, la Gauche anticapitaliste et Les Alternatifs.

La polémique a enflé sur les réseaux sociaux.

Le 8 août, Claude Askolovitch a twitté : "Tel-Aviv est vibrante, ouverte, tolérante, gay... L'antithèse des colonies? Et le contraire des obsédés qui hurlent contre #TelAvivSurSeine", puis "Tel aviv est aimable en Israël, loin du pouvoir ultra et des dévots fous. Voila pourquoi les antisionistes la détestent. #TelAvivSurSeine". Bref, c'est la ville gay-friendly, "opposée" aux "ultras" qui est défendue ! Comme si les électeurs à Tel Aviv ne votaient pas pour tous les partis politiques israéliens !

Avec ironie, Aurore Bergé, conseillère municipale Les Républicains à Magny-Les-Hameaux, a résumé sur Twitter : "C'est sympa cette coalition anti #TelAvivsurSeine. De Soral au Parti des Indigènes en passant par BDS. Ce que la France a de meilleur".

La mairie de Paris a défendu et maintenu et défendu son projet, mais en le politisant négativement. 


Premier Adjoint à la Maire de Paris chargé de la culture, du patrimoine, des métiers d’art, des relations avec les arrondissements et de la nuit, Bruno Julliard, socialiste, a twitté le 9 août 2015 : "Pas d'amalgame entre Tel Aviv, ville symbole de la tolérance et de la paix, et la politique brutale du gvt israélien! #TelAvivSurSeine"

Le 9 août 2015, le CRIF a posté un message sur son compte Facebook :
"‪#‎RÉACTION‬ Le CRIF soutient l'initiative de la Mairie de Paris de la journée de ‪#‎TelAvivSurSeine‬.
Soyez très nombreux à partager - et à faire partager - ce message sur votre page pour faire taire tous les soit disant ‪#‎antisionistes‬ - dont certains élus - dont les propos ont de vrais relents ‪#‎antisémites‬,
Soyons nombreux pour dire que si toutes les villes du bord de la Mediterranée et du Moyen-Orient ressemblaient à Tel Aviv, le monde se porterait beaucoup mieux.
 Soyons fiers de la Ville de Paris qui se grandit par cette initiative de Paix".

Le 10 août 2015 : le CRIF publiait la réaction de son président Roger Cukierman sur "Paris Plage - Tel Aviv sur Seine" :
 "Je suis surpris et choqué par le déferlement de haine nauséabonde que suscite l'initiative culturelle et amicale de la Mairie de Paris d'organiser une journée Tel-Aviv plage.
 Je constate que des associations soutenues par quelques personnalités politiques veulent censurer et transformer un évènement fraternel en un débat politique.
 Mesdames et Messieurs les censeurs vous vous trompez de combat ! "

Troisième message du CRIF le 11 août 2015 : 
"CRIF soutient l'opération ‪#‎TelAvivSurSeine‬ 
Vous aussi, exprimez votre soutien en likant la page FaceBook de soutien à l'opération".

Le 11 août 2015, Le Monde publiait la tribune d'Anne Hidalgo, maire socialiste de Paris :
"Depuis treize ans déjà, Paris Plages offre des loisirs à tous les Parisiens et permet d’envisager... Après Athènes, des villes du Brésil ou de Polynésie, nous avons décidé d’accueillir Tel-Aviv durant la journée du 13 août.
Cette idée, finalement banale pour qui aime les villes au bord de l’eau, est née autour d’un déjeuner que les élus des deux villes ont partagé lors du déplacement du Conseil de Paris en Israël et en Palestine que nous avons effectué au mois de mai.
Pourquoi Tel-Aviv ? D’abord, parce qu’elle est une ville balnéaire appréciée des noctambules du monde entier, ce qui lui vaut son surnom de « Ville qui ne dort jamais ». C’est surtout une ville avec laquelle nous échangeons régulièrement dans les domaines de la culture et des nouvelles technologies. Elle organise une déclinaison locale de Nuit Blanche depuis neuf ans déjà et nous sommes en train d’associer nos incubateurs pour que des start-up de Paris et de Tel-Aviv puissent profiter à moindre coût des ressources disponibles dans chacune des deux villes.
Lire aussi : « Tel-Aviv sur Seine » : la mairie de Paris ne renonce pas, malgré la polémique
Une ville progressiste Même dans le contexte enlisé et violent du conflit israélo-palestinien, Tel-Aviv reste une ville ouverte à toutes les minorités, y compris sexuelles, créative, inclusive, en un mot une ville progressiste, détestée à ce titre en Israël par tous les intolérants.
C’est à Tel-Aviv qu’ont eu lieu les manifestations de solidarité les plus impressionnantes avec la famille de l’enfant palestinien brûlé vif par des fanatiques. Et c’est de là-bas que, le 1er août, son oncle a pris la parole pour s’adresser à la foule venue partager sa douleur.
Au-delà, comme maire et comme femme politique engagée en faveur de la paix et du vivre ensemble, je ne saurais rendre une ville ou une population comptable de la politique de son gouvernement. Ce serait mépriser la démocratie locale et donc la démocratie tout court.
S’agissant ici de la première ville d’opposition en Israël, ce serait au mieux grotesque, au pire contre-productif. On peut condamner la politique du gouvernement Nétanyahou sans punir la population israélienne et nous punir nous-mêmes en refusant tout échange permettant d’apprendre à nous connaître.
Echanger plutôt que boycotter Nos pactes d’amitié avec Tel-Aviv ou Haïfa ne nous ont pas empêchés en tant que ville, de reconnaître la Palestine avant l’Etat français ; d’être solidaires de la population de Gaza en mobilisant des aides d’urgence après les destructions de l’été dernier, et surtout d’avoir avec des villes palestiniennes, comme Jéricho et Bethléem, parmi nos plus importantes coopérations décentralisées en cours dans le monde.
Au Moyen-Orient comme ailleurs, la doctrine de Paris est intangible : elle consiste à encourager plutôt qu’à réprimander, à échanger plutôt qu’à boycotter, à dialoguer plutôt qu’à excommunier et de ce fait, à voyager tant en Israël qu’en Palestine et à entretenir des liens avec tous ceux qui œuvrent au rapprochement. Je crois en la diplomatie des villes, à même d’avoir un temps d’avance sur les Etats dans le rapprochement entre les peuples.
En invitant Tel-Aviv sur les berges de la Seine, le 13 août, Paris est fidèle tout à la fois à l’aspect ludique de Paris Plages et à ses valeurs d’échange et de tolérance. Notre ville contribue ainsi à une culture de paix et à dépasser les préjugés".
Pourquoi parler de "l’enfant palestinien brûlé vif", expression non utilisée par les médias anglo-saxons, et non des enfants israéliens brûlés par les jets de cocktails Molotov par les terroristes palestiniens ? Pourquoi diffamer Israël pour défendre ce projet ? Etc.  La mairie de Paris a donc défendu son projet en diffamant cyniquement Israël. 

Le silence de la problématique ambassade d'Israël en France est incompréhensible. Diplomates en vacances ?

Cette politisation biaisée a été critiquée le 12 août sur Radio Shalom, par Roger Cukierman, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions Juives de France). Le 6 août 2015, sur son compte Facebook, le CRIF "a apprécié l'initiative de la Mairie de Paris d'une journée culturelle et amicale avec Tel Aviv". Le CRIF a regretté "cependant que les représentants de Paris aient estimé nécessaire de critiquer la politique israélienne pour justifier leur initiative qui aurait dû rester purement culturelle".

Anne Hidalgo a révélé le déséquilibre de la diplomatie de Paris : des gestes politiques à l'égard de l'Autorité palestinienne, un geste sur le registre ludique vers Israël.

"La ville de Paris ne se contente pas d'amuser le peuple quand il reste de l'argent, quitte à emprunter quand il n'en reste pas, elle profère des jugements sur la marche du monde, elle fait de la géopolitique, du commentaire à chaud, et de la morale et de la pédagogie, le tout en affectant l'humble détermination des gens qui ont le destin du monde entre leurs mains... L'idée que les Parisiens puissent n'attendre de leur maire aucune doctrine en matière internationale a t-elle jamais effleuré Mme Hidalgo ?", s'interroge Christian Combaz, dans Le Figaro (12 août 2015).

Les soutiens de gauche à Tel Aviv-sur-Seine louent l'opposition de la cité méditerranéenne, ses fêtes, sa Gay Pride, et brossent, en creux, le portrait de la cité qu'ils honnissent : Jérusalem, la pieuse.

Le 11 août 2015, Alexis Bachelay, députés socialiste des Hauts-de-Seine, a twitté : "Aurions-nous eu l'idée d'un Prétoria-sur-Seine avec l'Afrique du Sud avant la libération de #Mandela et la fin de l'#apartheid ? Je dis non". Un message retweeté 401 fois. Interpellé par des Internautes choqués par ce parallèle infondé, il a répondu : "Vu ce qui se passe en #Palestine, le régime de Pretoria était peut être plus doux que l'extrême droite qui gouverne en Israël". Puis, il a écrit : "Comparaison n'est pas raison. Mais peu à peu la situation se transforme en un Apartheid de fait entre israéliens et palestiniens". Conseiller départemental de l'Essonne et membre du Bureau national du Parti socialiste, Jérôme Guedj lui a tweeté en réaction à son premier message : "Bravo @ABachelay, tes efforts ont payé , palme d'Or du tweet le plus bas de plafond et débile. On sent l'effort..."

Le 12 août 2015, Danielle Simonnet a renchéri en exhortant Anne Hidalgo, maire de Paris "d’éviter une faute politique". Dans sa tribune co-signée avec Eric Coquerel, conseiller régional Ile-de-France, publiée sur le site de Médiapart, tous deux élus du Parti de Gauche, ils écrivent : « On ne peut pas se contenter de célébrer la dolce vitae de Tel Aviv, ses DJ et ses plages comme si de rien n’était à 50 km de là ! Il ne suffit pas d’être « cool » pour faire la paix... En mettant ainsi en scène une image « cool » sans dénoncer clairement la politique de B. Netanyahou, la municipalité de Tel-Aviv participe également de la construction d’une image positive d’un Etat dont le gouvernement est un obstacle à la paix ».

Le Premier ministre socialiste Manuel Valls a soutenu Tel Aviv-sur-Seine : "Soutien total à l’initiative de la Ville de Paris et à #TelAvivsurSeine. Halte au déferlement de bêtise". De la "bêtise" ? Ou de l'antisémitisme ?

Car des édiles de droite - Eric Ciotti, Pierre-Yves Bournazel - ont évoqué des "relents antisémites".

A Tel Aviv-sur-Seine, "près de 11.000 participants [ont été] recensés tout au long de la journée », se réjouit Anne Hidalgo, Maire de Paris. En raison de cette affluence record, une file d’attente regroupant plusieurs centaines de personnes s’est même constituée sur les quais de Seine, au cœur de l’après-midi. L’esprit est resté serein, loin de l’extrême agitation des derniers jours sur les réseaux sociaux. La manifestation qui se tenait à quelques mètres de là, regroupant plus d’une centaine d’opposants, s’est ainsi déroulée dans le calme, sans le moindre incident", a indiqué un communiqué de la Ville de Paris.

A proximité de Tel Aviv-sur-Seine, des mouvements pro-Palestiniens - CAPJPO-EuroPalestine, Droits Devant, Enfants de Palestine, PALMED France, L’Association des Palestiniens d’Ile de France, Les Amis d’Al-Rowwad, Nanterre Palestine, Saint-Ouen Palestine, Muslim-Mag, Collectif Judeo-Arabe et Citoyen pour la Palestine, CRI (Collectif contre le racisme et l’islamophobie) - organisent "Gaza-plage" ou "Gaza-sur-Seine", rassemblement entre le pont au Change et le pont Notre-Dame (75004). Une cinquantaine d'individus, ou 200 selon Reuters, ont brandi un drapeau palestinien, des banderoles "Free Palestine" et "Boycott Israël". Portant des tee-shirts tachetés de rouge, des jeunes étaient allongés sur le sable près d'un drapeau palestinien.

Environ 500 policiers assuraient la sécurité autour de Tel Aviv-sur-Seine. Ils ont autorisé les passants à "aller de Tel Aviv-sur-Seine à Gaza Plage, mais non l'inverse".

Le 11 août 2015, Nicolas Vanderbiest, universitaire belge spécialisé dans les réseaux sociaux, a analysé l'arnaque d'un groupe minuscule d'Internautes anti-Israéliens instrumentalisant les réseaux sociaux, principalement Twitter, en recourant à l'astroturfing pour intoxiquer les autorités municipales, les politiques et les médias et faire croire en un mouvement populaire, spontané, massif contre #Tel AvivsurSeine. Un buzz qui a fonctionné au début, avant de se dégonfler au vu du petit nombre de manifestants à Gaza Plages.

"Indignées et révoltées par la propagande mensongère et outrancière, menée en marge d’événements festifs et fraternels parisiens par des mouvements collaborateurs du régime islamo- fasciste" du Hamas, les associations Ben Gourion et Hatikva du B'nai Brith ont déposé une plainte le 20 août 2015 auprès du Procureur de la République du Tribunal de Grande instance de Paris pour incitation à la haine visant les organisateurs de « Gaza Plages ». La "Mairie de Paris et la Préfecture de Paris ont apparemment été dépassées par les événements, puisque les organisations pro-palestiniennes soutenant l’autorité islamo-fasciste du Hamas à Gaza, n’ont pas hésité à abuser de la liberté qui leur était accordée : elles ont proféré des propos haineux et discriminatoires vis-à-vis des citoyens de l’Etat d’Israël et vis-à-vis des participants à l’événement « Tel Aviv sur Seine ». Elles ont fait résonner sur les quais et le Pont du Chatelet, des hymnes de guerre du Hamas. Ce Hamas, organisation raciste et intégriste, qui exerce dans la Bande de Gaza, l’une des pires dictatures et qui mène une politique expansionniste et agressive envers tous ses voisins, en dépit de toutes les résolutions de l’ONU... Devant les forces de l’ordre républicaines et à proximité du Palais de Justice de Paris, elles ont appelé, publiquement par mégaphone, à boycotter une entreprise pharmaceutique spécialiste des génériques et ont vendu des t-shirts incitants au boycott d’ Israël, un Etat souverain membre de l’ONU. Le Code pénal français, les institutions internationales comme l’OMC, l’Union européenne interdisent le boycott et l’appel au boycott d’entreprises ainsi que la discrimination envers des personnes et des peuples".

"Il s’avère que le choix de Tel-Aviv ne fut pas sans arrière-pensées politiques. Ce ne sont pas seulement ses nuits blanches, ses plages de sable fin ou sa pépinière de start-up qui ont motivé ce projet. Tel-Aviv, c’est l’anti-Jérusalem, c’est la "ville progressiste" face à Jérusalem l’obscurantiste, c’est la "ville ouverte" face à une Jérusalem fermée et rétrograde, c’est donc…la "première ville d’opposition en Israël"! Opposition à qui ? A un gouvernement démocratiquement et légitimement réélu pour la troisième fois consécutive, y compris avec de nombreuses voix d’habitants de cette ville sortie du désert et qui ne dort jamais !", écrit Shraga Blum, journaliste (i24news, 13 août 2015).

Et d'ajouter : "Anne Hidalgo se permet ensuite de qualifier Tel-Aviv de "ville détestée en Israël par tous les intolérants", à se demander où elle est allée chercher cette idée saugrenue. Mais le plus grave était encore à venir : "C’est à Tel-Aviv qu’ont eu lieu les manifestations de solidarité les plus impressionnantes avec la famille de l’enfant palestinien brûlé vif par des fanatiques". Si Anne Hidalgo considère à ce point la condamnation d’un tel acte, pourquoi se targue-t-elle plus loin que "le pacte d’amitié avec Tel-Aviv n’a pas empêché la France de reconnaître la Palestine", dont les dirigeants non seulement ne condamnent jamais le moindre attentat, mais glorifient au contraire ceux qui assassinent des enfants juifs et les présentent comme des modèles pour leur jeunesse? A-t-elle soulevé ce point lorsqu’elle s’est rabaissée en s’inclinant devant la tombe du plus grand terroriste de tous les temps Yasser Arafat ? Israël n’a pas de notes à recevoir de la première dame de Paris. Elle a voulu récompenser et soutenir Tel-Aviv non pas pour ce qu’elle est intrinsèquement mais pour ce qu’elle représente à ses yeux : le symbole de l’opposition à la politique de Benyamin Netanyahou, comme si Tel-Aviv était un îlot de démocratie éclairée dans un pays d’Israël gangrené par un esprit moyenâgeux et belliqueux. C’est extrêmement simpliste et blessant. Sa démarche n’a donc pas été motivée par la culture ou la "connaissance de l’Autre" comme elle le prétend. Il s’agit d’une décision politique bien pensée et d’une tentative d’ingérence dans la vie politique israélienne, déguisées en journée de loisirs. Cette initiative entre dans une tactique bien claire adoptée par les pays européens, surtout ceux gouvernés par des partis de gauche : ne pas entrer en collision frontale avec Israël mais agir de manière détournée et sournoise pour changer le cours des choses. Comme par exemple promouvoir au forceps Tel-Aviv comme capitale d’Israël, ou soutenir par tous les moyens l’opposition au gouvernement actuel. La maire de Paris l’a montré lors de son voyage en Israël où elle a pris soin de ne rencontrer que des représentants de l’opposition de gauche", écrit Shraga Blum est un indépendant qui contribue à l'hebdomadaire "P'tit Hebdo" et un analyste politique pour plusieurs sites internet en français

A l'approche des élections régionales (6-13 décembre 2015), le Front de Gauche au sein de la majorité de gauche de Paris a voulu modifier le rapport de forces en son sein, et a adressé un signal, voire donné un gage politique à ses électeurs. Le Front de Gauche et ses alliés ont instrumentalisé cyniquement Tel Aviv-sur-Seine. Les édiles socialistes ne pouvaient que maintenir et soutenir la manifestation à peine de se dédire et de se discréditer - cette opération leur permet des prises de position biaisées pro-palestiniennes -, mais ils ont abondé par des diatribes partiales dans la veine diffamatoire à l'égard d'Israël, pour ne pas s'aliéner des alliés politiques et des électeurs. L'occasion aussi d'occulter la menace essentielle de l'accord concernant le programme nucléaire militaire iranien, signé en juillet 2015.

Le 19 août 2015, Elad Ratson, directeur des Relations publiques à l'ambassade d'Israël, a ironisé sur l'énorme publicité gratuite donnée à Tel Aviv-sur-Seine par cette polémique, alors que le budget volontairement faible de l'événement s'élevait à 5 000 €. Si l'on suit le raisonnement de ce diplomate, les campagnes anti-israéliennes assurent la publicité de l'Etat Juif !? Donc, pourquoi les contrer ? Le silence de la problématique ambassade d'Israël en France lors de cette polémique est incompréhensible. Vacances entre l'ancien ambassadeur et la nouvelle ambassadrice ? Diplomates en vacances ? Tactique ? Un silence d'autant plus gênant que, hors crises, elle n'exprime pas le narratif israélien. Un cas révélant les limites du marketing : le slogan "Tel Aviv, la ville qui ne dort jamais" ne peut pas contrer les diatribes hostiles et diffamatoires qui, au-delà de la ville méditerranéenne, ont visé Israël. Une opportunité manquée pour rappeler que Tel Aviv est une ville sioniste, construite sur du sable, etc. Le CRIF a défendu Tel Aviv-sur-Seine. Le soutien à Israël est l'une de ses missions, mais le CRIF ne peut pas et il n'a pas à suppléer les carences de cette ambassade.

Universitaire israélien, Emnanuel Navon a comparé "cette controverse à celle de « plage saoudienne» à Vallauris. Le maire et les résidents de Vallauris s'étaient opposés à l'appropriation d'une plage publique «pour des raisons républicaines.» Mais personne n'avait évoqué le fait que l'Arabie saoudite est une théocratie wahhabite qui pratique la flagellation et la décapitation, qui discrimine contre les minorités, et qui au moment où je vous parle continue de faire des milliers de victimes civiles dans ses bombardements au Yémen" (Le Figaro, 11 août 2015).

"A-t-on demandé à Patrick Jarry, maire de Nanterre apparenté PCF, de mettre un terme à son jumelage avec la ville de Novgorod parce que la Russie a annexé la Crimée et soutient les indépendantistes pro-russes ukrainiens ? Non. A-t-on demandé l’annulation du festival Scènes d’Eté 2014 à Paris quand la Turquie était mise à l’honneur ? Cette Turquie de M. Erdogan qui, un an plus tôt, réprimait dans le sang une manifestation pacifique sur la place Taksim à Istanbul, qui la même année emprisonnait un compositeur et pianiste turc et un blogger turco-arménien pour blasphème, qui depuis 2011 réduit la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de réunion, le droit à l’avortement, le droit à la commercialisation et la publicité de l’alcool, les droits LGBT… cette Turquie enfin qui, à l’été 2014, favorisait déjà depuis un moment le passage d’armes et de djihadistes vers l’Etat Islamique en Syrie. Non plus", écrit Me Oudy Bloch, le 16 août 2015.

Et de souligner l'emballement médiatique sur Tel Aviv-sur-Seine au détriment de faits tragiques contemporains auxquels les médias n'ont consacré au mieux que de "rares entrefilets" et les pro-palestiniens n'ont opposé que leur indifférence : "Près de 40.000 tweets, négatifs pour l’immense majorité, ont été échangés sur cet événement en 3 jours et la presse s’est empressée de réagir, analyser, généraliser, tirer des conclusions, accessoirement informer mais aussi et surtout, consciemment ou pas, désinformer. Deux jours après les faits, la recherche « Tel Aviv sur Seine » sur le moteur de recherches Google donnait 2.330.000 occurrences… un résultat qui laisse songeur vu l’importance très relative de l’événement. Or, si l’on prend la peine de s’ouvrir un peu sur le monde et de s’intéresser à autre chose qu’aux produits dérivés du conflit israélo-palestinien, on constatera qu’entre le 6 et le 13 août, le monde a connu plus d’un attentat par jour faisant au total 155 morts, plus 150 blessés et 135 kidnappés, de Bagdad au Cameroun en passant par Kaboul et l’Arabie saoudite.

Et d'expliquer cet intérêt focalisé sur certains Palestiniens par le lien avec l'Etat Juif : "Cet intérêt ethno-centré s’arrête aux rives de la Méditerranée. Vous ne les verrez pas descendre dans les rues pour les 23.000 palestiniens d’Irak qui, depuis la chute de Saddam Hussein, sont persécutés par le gouvernement chiite (déplacements forcés, arrestations, tortures et exécutions sommaires) ou pour ceux de Syrie que Bashar El-Assad comme les fanatiques de l’Etat Islamique continuent de bombarder. Peu leur importe que le Liban ait fermé ses frontières aux réfugiés palestiniens de Syrie les abandonnant à leur triste sort. Tous ceux-là ne bénéficient pas de la bienveillance des indignés des quais de Seine. Pourquoi ? Parce qu’Israël n’est pas impliqué. A croire que finalement, ce n’est pas sur les Palestiniens qu’ils se concentrent mais bien sur Israël, et ne soyons pas dupes, sur les juifs. Les Anglo-saxons résument cette attention à géométrie variable par cet aphorisme : No Jews, No News. Tout est dit".

Qu'était Tel Aviv-sur-Seine ? "Un événement culturel et festif vaguement lié à Tel Aviv (une affiche et trois calicots), très éphémère (24 heures) et assez sobre (un glacier, un vendeur de falafels et un DJ)" sur "quelques dizaines de mètres de berges de la Seine" (Me Oudy Bloch) ?

On habitue l'opinion publique française à associer Israël à problèmes, risques de violence, "violeur-des-droits-des-Palestiniens"...

Il est lassant de se sentir harcelé par cette haine, et que tant de forces de sécurité soient mobilisées parce que depuis des années perdurent la diffamation, la délégitimation de l'Etat d'Israël.

Rendez-vous de l'Histoire à Blois
Le 6 octobre 2016, les Rendez-vous de l'Histoire à Blois évoqueront Tel Aviv lors de la conférence  de Catherine Rochant : Tel Aviv, pas si blanche : la vérité par les cartes

"Aux portes de la mer"
Le 2 décembre 2017, à 14 h 15, Arte diffusera "Aux portes de la mer-Tel Aviv" (Städte am Meer-Tel Aviv), réalisé par Thomas Wartmann. "La série "Aux portes de la mer" revient avec cinq portraits inédits de grandes villes portuaires. Dans ce volet : littéralement construite sur le sable en 1909, Tel-Aviv n’a cessé de s’étendre au fil des années. Aujourd’hui, le flot de nouveaux arrivants ne se tarit pas dans la deuxième ville d’Israël, réputée pour sa créativité et son cosmopolitisme. "Jérusalem prie, Haïfa travaille et Tel-Aviv danse", dit le proverbe. Pour suivre le rythme, certains n’hésitent pas à faire appel à des coaches sportifs tels que Maria Pomerantz. Cet épisode rappelle également le poids de la menace terroriste qui pèse en permanence sur la ville. Le chef de la sécurité, David Aharony, détaille les dispositifs de sécurité mis en place".




"Tel-Aviv fut fondée en 1909 et s’est développée comme une ville métropolitaine sous le mandat britannique en Palestine. La ville blanche fut construite à partir du début des années 1930 et jusqu’aux années 1950, selon le plan d’urbanisme de sir Patrick Geddes, reflétant les principes de l’urbanisme organique moderne. Les bâtiments furent conçus par des architectes qui avaient immigré après avoir été formés dans divers pays d’Europe et y avoir exercé leur profession. Dans ce lieu et ce nouveau contexte culturel, ils réalisèrent un ensemble exceptionnel d’architecture du mouvement moderne.

La ville de Tel Aviv a été fondée en 1909, au nord du port fortifié de Jaffa, sur les collines qui bordent la côte orientale de la Méditerranée. Sous le mandat britannique en Palestine (1917-1948), elle est devenue un centre urbain florissant, le plus grand centre économique et urbain d'Israël.
Le bien en série se compose de trois zones distinctes : la Ville blanche au centre de la métropole ; Lev Hair et l'avenue Rothschild ; le quartier Bialik. Le tout est entouré d'une zone tampon commune.
La Ville blanche de Tel Aviv peut être considérée comme un exemple exceptionnel et de grande ampleur des conceptions nouvelles de l'urbanisme dans la première partie du XXe siècle. L'architecture est une synthèse des principales tendances du Mouvement moderne, tel qu'il s'est développé en Europe. La Ville blanche est aussi un exemple exceptionnel d'application de ces tendances en tenant compte des traditions culturelles et des conditions climatiques locales.
La ville de Tel Aviv s'est développée rapidement sous le mandat britannique en Palestine. La Ville blanche, qui en constitue la partie centrale, a été construite selon le plan d'urbanisme de Sir Patrick Geddes (1925-27), l'un des principaux théoriciens du début de la période moderne. Tel Aviv est sa seule réalisation urbaine à grande échelle ; il ne s'agit pas d'une « cité-jardin », mais d'une entité urbaine de besoins physiques, économiques, sociaux et humains, fondée sur une démarche environnementale. Il est à l'origine de notions nouvelles telles que la conurbation et l'environnement, et a fait figure de pionnier par sa vision de la ville comme étant un organisme qui change constamment dans le temps et l'espace, comme un paysage urbain et rural homogène qui évolue. Ses principes scientifiques d'urbanisme basés sur une nouvelle vision du « site » et de la « région », ont influencé l'urbanisme du XXe siècle dans le monde entier. Ces notions transparaissent dans son plan directeur de Tel Aviv.
Les bâtiments ont été conçus par de nombreux architectes qui s'étaient formés et avaient travaillé dans divers pays d'Europe. Leur travail à Tel Aviv illustre la pluralité des tendances créatrices du modernisme, mais en tenant compte de la qualité locale, culturelle du site. Aucune réalisation architecturale d'Europe ou d'Afrique du Nord ne réalise une telle synthèse du modernisme ni n'atteint la même échelle. Les bâtiments de Tel Aviv sont enrichis par les traditions locales ; l'architecture a été adaptée aux conditions climatiques spécifiques du lieu, conférant un caractère particulier aux édifices et à l'ensemble.
Critère (ii) : La Ville blanche de Tel Aviv est la synthèse d'une valeur exceptionnelle des diverses tendances du Mouvement moderne en matière d'architecture et d'urbanisme au début du XXe siècle. Ces influences ont été adaptées aux conditions culturelles et climatiques du lieu, de même qu'intégrées aux traditions locales.
Critère (iv) : La Ville blanche de Tel-Aviv est un exemple remarquable d'urbanisme et d'architecture des villes nouvelles du début du XXe siècle, adapté aux exigences d'un contexte culturel et géographique particulier.
Intégrité
L'esprit du plan directeur de Geddes est bien préservé dans les grandes lignes de la conception de la ville (morphologie, division en parcelles, hiérarchie et profil des rues, proportions des espaces ouverts et fermés, espaces verts. L'infrastructure urbaine est intacte, à l'exception de la place Dizengoff, où le trafic et la circulation piétonne ont été modifiés, bien que des efforts soient faits pour rétablir le plan d'origine. Des changements progressifs pourraient porter atteinte à l'intégrité de l'ensemble urbain dans le futur. Il y a quelques changements visibles dans la zone tampon à cause de nouvelles constructions et du développement commercial dans les années 1960-1990, notamment quelques immeubles de bureaux et d'habitation qui sont hors d'échelle. La Ville blanche est encerclée d'immeubles de grande hauteur qui, à l'évidence, ont changé le rapport qu'elle entretenait autrefois avec son environnement. Tout autre projet de construction pourrait avoir un impact sur son intégrité visuelle.
Authenticité
L'authenticité de la conception architecturale est relativement bien préservée, comme le montre la perception visuelle homogène du tissu urbain, l'intégrité du style, la typologie, le caractère des rues, les rapports entre espaces verts et éléments urbains, notamment les fontaines, les pergolas et les jardins. Les détails des entrées d'immeubles, les cages d'escaliers, les rampes d'escaliers, les boîtes à lettres en bois, les portes des immeubles et celles des appartements, les cadres de fenêtres n'ont dans l'ensemble pas changé, bien qu'il y ait eu quelques pertes, comme dans la plupart des villes historiques.
La ligne de certains bâtiments a été modifiée par des extensions en toiture, même sur des bâtiments classés. Si ces « ajouts » pourraient dans une certaine limite être perçus comme une continuation de la tradition, pour conserver à Tel Aviv son caractère vivant et dynamique il faudra veiller à ce que la quantité de bâtiments modifiés ne devienne pas telle qu'elle modifie le profil urbain, l'échelle ou les paramètres d'origine du site.
Besoins en matière de protection et de gestion
La gestion est couverte et intégrée dans les plans d'urbanisme et d'aménagement du territoire. Ils incluent le Plan directeur national TaMA 35, avec la section 58 relative à l'« ensemble de conservation urbaine dans le centre de Tel Aviv - Jaffa », et le Plan directeur régional TMM 5 qui est l'instrument principal de planification pour la zone protégée de Tel Aviv. Les politiques de gestion incluent des programmes pour encourager les activités touristiques, fournir des informations en mettant l'accent sur la conservation. Il serait souhaitable d'envisager la possibilité d'assurer au niveau national la protection juridique du patrimoine récent.
Déposé en 2002, le plan de conservation (2650B) a été approuvé en 2008. Parce que la majorité des quelque 1 000 bâtiments historiques identifiés dans ce document et d'autres plans locaux spécifiques sont propriété privée, une stratégie permettant le transfert des droits de construire a été mise en œuvre pour compenser la perte de ces droits. Elle prévoit notamment les conditions strictes applicables à 180 bâtiments auxquels aucune modification ne peut être apportée. Dans certaines limites bien définies, la construction d'étages supplémentaires sur les autres bâtiments classés a été autorisée.
Un processus spécial a été mis en place pour l'évaluation, l'approbation et la supervision des permis de construire et des constructions dans la zone inscrite. Il est géré et contrôlé par les services de conservation de la municipalité qui emploient actuellement huit architectes qualifiés. Afin de prendre des mesures pour améliorer le contrôle des modifications de l'actuel tissu urbain et compte tenu des pressions immobilières actuelles, les tendances en matière de développement sont surveillées en permanence par la municipalité.
En référence à l'Annexe 3 des Orientations (concernant les Villes nouvelles du XXe siècle), il est essentiel que la ville de Tel Aviv veille à une croissance modérée et maîtrisée dans le quartier historique du centre. Par conséquent, il faut proposer des limites de hauteur pour le bien et sa zone tampon

La ville blanche de Tel-Aviv est une synthèse extrêmement représentative des diverses tendances du mouvement moderne dans le domaine de l'architecture et de l'urbanisme au début du XXe  siècle. Ce courant a été adapté aux conditions culturelles et climatiques du lieu, et intégré aux traditions locales.
Tel-Aviv s'est développé au nord de la ville de Jaffa, sur les collines situées le long de la côte orientale de la mer Méditerranée. Le bien consiste en trois aires urbaines spécifiques, construites dans les années trente du XXe  siècle en fonction du plan régulateur de l'architecte britannique sir Patrick Geddes. Celui-ci définit un secteur conçu comme une « cité-jardin », présentant un caractère urbain plus marqué que celles aménagées auparavant. Chaque lot était occupé par une construction indépendante dont le plan au sol ne devait pas excéder le tiers de celui du jardin qui l'entourait. Le développement de Tel-Aviv s'est fait en fonction d'une succession de plans urbains, commençant à l'ancienne Jaffa, et incluant les quartiers historiques de Neve Zedek (1896), d'Achuzat Bayit (1909), de la ville rouge, de Lev Hayir et, enfin, de la ville blanche (1931-1947).
Historiquement, la croissance de la ville a commencé avec la construction de Neve Zedek, dont les édifices en grès sur deux niveaux, couverts par des toits de tuiles, sont construits en style traditionnel sur une colline qui descend vers la mer : c'est là le premier noyau urbain de Tel-Aviv. La ville rouge, à l'est, se compose pour l'essentiel de constructions de style éclectique aux toits de tuiles. Lev Hayir (le centre de la ville actuelle) et ses environs s'étendent au nord ; le quartier est pour l'essentiel construit en style international, avec une succession de constructions sur trois à cinq niveaux, entourées de jardins. La ville blanche centrale, au nord, a été construite selon le plan de Geddes, avec une distinction marquée entre zones résidentielles et quartiers d'affaires. Le centre se trouve au point le plus élevé, occupé par le cirque de Zina Dizengoff avec le théâtre Habima, un pavillon utilisé comme musée et l'auditorium Mann. Les constructions sont pour la plupart à trois ou quatre niveaux, avec des toits plats, des éléments en relief et différents motifs décoratifs ; leur couleur varie du crème au blanc. La ville blanche septentrionale, au-delà du boulevard Ben Gourion, a été construite un peu plus tard ; l'occidentale, à partir de 1948, sur le modèle de la ville blanche centrale. Enfin, la partie orientale de la ville remonte à une période comprise entre la fin des années quarante et celle des années soixante ; elle a été construite selon des critères moins rigoureux, au cours d'une période de récession. La partie sud de la ville blanche septentrionale se trouve dans la zone tampon.
Les trois zones composant le bien illustrent de manière importante le mouvement de l'architecture moderne, bien qu'elles diffèrent les unes des autres par leur caractère. La zone B a été construite au début des années trente du XXe  siècle, et la zone A essentiellement entre les années trente et le début des années quarante. La zone C, le district de Bialik, témoigne de l'architecture locale à partir des années vingt, avec des exemples d'Art déco et d'éclectisme, mais également avec une forte présence d'architecture « blanche ». Cette petite zone offre un ensemble d'édifices qui sont devenus des jalons dans le développement du langage architectural régional du modernisme de Tel-Aviv. Les constructions reflètent l'influence du Bauhaus, de Le Corbusier et d'Erich Mendelsohn. Elles se caractérisent par l'application des idées modernistes aux conditions locales. Les vastes surfaces vitrées des constructions européennes se réduisent ici à des fenêtres relativement petites et allongées, plus adaptées à la chaleur du climat. Beaucoup d'édifices sont sur pilotis, comme ceux dessinés par Le Corbusier, afin de permettre à la brise de mer de circuler. D'autres éléments comportent le brise-soleil, destiné à empêcher le soleil de pénétrer directement dans les pièces ; les profonds balcons avaient le même but, en fournissant de l'ombre et en ajoutant au relief de l'architecture. Les toits plats étaient pavés et pouvaient être utilisés pour les différents événements de la vie sociale. Un trait caractéristique de ces bâtiments est leur recours à des angles arrondis et à des balcons typiques du langage architectural de Mendelsohn ; on y trouve aussi un certain nombre d'éléments locaux, comme les coupoles. Le matériau de construction le plus fréquent est le béton armé qui a été utilisé à partir de 1912, notamment parce qu'il peut facilement être mis en œuvre par un personnel peu qualifié. On introduisit également d'autres matériaux comme le placage de pierre pour les superficies externes et le métal. Les stucs décoratifs ont également été utilisés, bien que le décor ait été limité à quelques éléments fonctionnels bien précis, notamment les balustrades de balcons, les bacs à fleurs ou les auvents.
Source : UNESCO/CLT/WHC

La population juive vivant en Palestine sous domination ottomane à la fin du XIXe siècle était principalement venue d'Espagne au XVIe siècle. Après la Première Guerre mondiale, les territoires de la Palestine passèrent sous mandat britannique en 1920. Avec la montée de l'antisémitisme en Europe, une première vague d'immigration de juifs arriva en Palestine au début du XXe siècle, d'abord des Russes et des Polonais, puis une nouvelle vague à partir de 1933. Le mouvement politique qui appelait au rétablissement d'une terre juive en Palestine, opposé à la Diaspora, s'appelait le sionisme.
Les origines de Tel-Aviv remontent à la Jaffa ottomane, une cité fortifiée au milieu de terres agricoles au début du XIXe siècle. Vers la fin du siècle, en liaison avec la construction du canal de Suez, Jaffa devint un port commercial en même temps que le port d'entrée des pèlerins en Terre Sainte. Un décret de 1856 permit aux étrangers d'acquérir des terres, ce qui conduisit au développement de zones urbaines. La première installation juive au nord de Jaffa fut Neve Zedek, fondée en 1887- 1896. En 1908-1909, un groupe de riches marchands établit Achuzat Bayit, conçue comme une banlieue noyée dans la verdure, plus tard nommée Tel-Aviv.
De 1920 à 1925, la population de Tel-Aviv passa de 2 000 à 34 000 habitants et les constructions suivirent une diversité de styles, adoptant aussi des motifs orientaux locaux. Le premier plan directeur (1921) pour une nouvelle implantation urbaine fut préparé par Richard Kauffmann. L'architecte écossais Patrick Geddes établit un nouveau plan en 1925, qui fut ratifié en 1927 et reconduit avec des amendements en 1938. La construction commença au début des années 1930 ; les concepteurs en étaient des architectes fraîchement immigrés qui avaient été formés en Europe, et qui mettaient en pratique dans ce lieu leur vision moderniste. Simultanément, l'expression architecturale en Europe changeait avec les nouveaux régimes politiques.
L'architecture moderniste de Tel-Aviv fut principalement inspirée par les enseignements du Bauhaus (19 architectes de Tel-Aviv avaient été élèves de cette école d'architecture) et par les exemples de le Corbusier et d'Erich Mendelsohn. Parmi les architectes de Tel-Aviv, on compte Joseph Neufeld et Carl Rubin qui travailla avec Mendelsohn et était l'ami de Richard Kauffmann ; Arie Sharon, Shmuel Mistechkin et Shlomo Bernstein avaient étudié à l'école du Bauhaus; Sam Barkai et Shlomo Bernstein avaient travaillé à l'agence d'architecture de Le Corbusier et Ze'ev Rechter avait étudié aux Beaux-Arts de Paris. Dov Karmi, Genia Averbuch et Benjamin Anekstein avaient étudié l'architecture à Gand et à Bruxelles. D'autres ont été influencés par Terragni et Pagano en Italie. Mendelsohn travailla en Israël à partir de 1934 et jusqu'en 1942 (principalement à Haïfa et Jérusalem)".

"Aux portes de la mer - Tel Aviv", par Thomas Wartmann
Allemagne, 2017, 44 min.

Nitza Metzger-Szmuk, Véra Pinto-Lasry, Vivianne Barsky, Dani Karavan, « Des maisons sur le sable : Tel-Aviv, Mouvement moderne et esprit Bauhaus ». Edition bilingue français-anglais. Editions de l'Eclat, 2004. 447 pages. ISBN : 2 841620 77 8

« Sur les traces du modernisme Tel-Aviv Haïfa Jérusalem ». Avant-propos de Christophe Pourtois. Préface et introduction générale de Michael Turner. Bilingue français/hébreu. Ed. CIVA, 2004. 238 pages. ISBN 2 930391 08 1

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Cet article a été publié par Guysen en 2006, et sur ce blog le :
- 3 octobre 2012 de l’Hommage à la modernité de Tel Aviv, vente aux enchères au profit du Musée d’art de Tel Aviv, chez Artcurial, le 7 octobre 2012, à 17 h ;
- 20 avril 2013 à l’approche de ID Bauhaus, une semaine culturelle israélienne à Marseille à la salle Mistral M-Pavillon M (21-28 avril 2013) ;
- 5 décembre 2013. Le 7 décembre 2013 à 14 h 35, Arte a diffusé un numéro de Metropolis intitulé Tel-Aviv - une ville danse au-dessus du volcan.
- 14 décembre 2014, 26 juin et 13 août 2015, 5 octobre 2016.

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