samedi 23 juillet 2016

« Le scandale impressionniste » de François Lévy-Kuentz


Arte diffusera les 24 juillet et 24 août 2016 « Le scandale impressionniste » (Sensation Impressionismus), documentaire de François Lévy-Kuentz. En rupture avec l’art académique, de jeunes peintres créent dans la seconde moitié du XIXe siècle un art moderne figuratif se distinguant des codes académiques prévalant alors par ses angles de vue nouveaux, son attention pour les impressions et lumières éphémères, ses choix de dépeindre la nature et non des thèmes mythologiques, historiques ou religieux, ainsi que par ses touches de pinceau patentes. Critiqué, incompris, soutenu par quelques galeristes, l’impressionnisme s’impose au XXe siècle et influe d’autres arts tels la littérature, la musique, la photographie et le cinéma.

Des « œuvres qui, à l'origine, ne valaient rien se vendent aujourd'hui à prix d'or et se retrouvent dans les musées les plus prestigieux de la planète ». 

Académisme rejeté
Créée par le roi Louis XIV, l’Académie royale de peinture et de sculpture a fixé les canons, les règles du bon goût - thèmes, techniques, etc. – en louant la beauté et soulignant la pureté du trait dans le dessin. Ses références-modèles ? L’art antique. Les apprentis artistes apprenaient les couleurs dans des ateliers. 

Au cours du XVIIIe siècle, le goût pour les couleurs s’affirme, ainsi qu’en témoignent les œuvres de Boucher et de Watteau. 

Avec Goya et Delacroix, la peinture évolue.

Au milieu du XIXe siècle, grâce aux tubes de peintures et au chevalet portatif, les peintres transforment la nature en ateliers, et la photographie, par sa reproduction à l’identique de la réalité, bouleverse la peinture. 

Nouveautés
« Indépendants », « Intransigeants », « Refusés », « Groupe des Batignolles », « Impressionnistes »… Tels sont les noms désignant un nouveau courant artistique apparu sous le Second Empire. 

Le film « Le scandale impressionniste » retrace « l'aventure d'une bande de jeunes peintres qui lancèrent dès 1874 une esthétique en rupture totale avec la peinture historique en vigueur dans les Salons officiels. Inspirés par l'École Réaliste de Barbizon de Corot, Rousseau, Millet et Daubigny, cette nouvelle génération a pour noms » Courbet, Camille Pissarro (1830-1903), Jongkind, Renoir, Bazille, Cézanne, Caillebotte, Berthe Morisot et « Claude Monet, leur chef de file ».

Place de Furstenberg, l'atelier de Bazille surplombe celui de Delacroix. Bazille et Monet y observe le peintre romantique.

Refusés au Salon de Paris, ils exposent en 1863 au Salon des Refusés institué par l’empereur Napoléon III. Le tableau Déjeuner sur l’herbe de Manet choque : une femme est peinte nue dans un paysage peuplé d’hommes vêtus. Un scandale, car le nu était toléré dans les sujets mythologiques.

En l’écrivain Emile Zola, le mouvement impressionniste trouve un allié de taille.

En 1874, Monet, Renoir, Pissarro, Sisley, Cézanne, Berthe Morisot, Edgar Degas, "à la prodigieuse mémoire visuelle" et d’autres constituent la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs afin d’organiser leur exposition, dans l'atelier du photographe Nadar, boulevard des Capucines. C’est la première des huit expositions des peintres impressionnistes entre 1874 et 1886. Elle présente les tableaux de 39 peintres, dont Eugène Boudin. C’est l’humoriste Louis Leroy qui, ironisant dans un article de la revue Charivari, sur le tableau Impression, soleil levant (1872-1873), de Monet, forge le nom de ce mouvement : l’impressionnisme.

Mais ce mouvement est animé de dissensions : certains affectionnent la peinture « sur le motif » en plein air, d’autres privilégient le trait sur la couleur. Manet se distancie. Tout comme Renoir, Sisley et Monet. Seul Pissarro expose dans les huit Salons.

Leurs thèmes picturaux : des scènes de la vie quotidienne, des paysages peints « sur le motif ».

« S'appuyant sur les lettres des principaux protagonistes de l'impressionnisme (Corot, Pissarro, Cézanne, Renoir, Monet, Manet, Van Gogh ou Morisot), ce documentaire raconte l'aventure de la lumière, comment celle-ci est devenue l'élément premier de l'œuvre, détrônant le dessin ».

Il explique « la méfiance du public et de la critique envers ce combat « révolutionnaire » qui remet en cause la façon de voir les formes et la lumière ». Qui achète les œuvres des impressionnistes ? Pas l’Etat. Mais des collectionneurs privés tels le peintre Gustave Caillebotte, Charles Ephrussi, issu d’une famille juive de banquiers et de négociants en blé, le chimiste Paul Bérard, le négociant en tissus Ernest Hoschedé, le médecin Georges de Bellio et l’ingénieur Henri Rouart...

En une trentaine d’années, le public apprécie l’impressionnisme . Un goût qui perdure au XXIe siècle, et révèle aussi le désintérêt pour un art « conceptuel », abstrait, pédant, dédaignant la beauté. 

Un « combat qui réussit à s'imposer après trente ans grâce au soutien du marchand d'art Paul Durand-Ruel, notamment avec l'entrée d’œuvres majeures dans les musées nationaux ». Précurseur, grâce à un réseau de galeries mondiales et ses relais médiatiques, Paul Durand-Ruel (1831-1922) organise  des expositions à Londres et à New York. La côte des impressionnistes monte, mais pas avec la même rapidité pour tous : dès 1879, Renoir bénéficie de rentrées régulières. Pour Monet, l’aisance financière arrive au début des années 1880, et pour Pissarro dans les années 1890. Mais Sisley décède pauvre.

« À partir de documents d'époque, ce film foisonnant et documenté dessine la trajectoire de ce mouvement populaire qui fut à l'origine de l'art moderne ». 

Lui ont succédé un néo-impressionnisme, un postimpressionnisme, un pointillisme représenté par Georges Seurat et Paul Signac. Après une brève expérience du pointillisme, Pissarro revient à l'impressionnisme. Cézanne ouvre la voie à l'art moderne.

D’autres arts sont influencés par l’impressionnisme : la musique (Claude Debussy, Maurice Ravel, Paul Dukas, Erik Satie), la littérature (Mirbeau)


« Le scandale impressionniste » de François Lévy-Kuentz
Arte France, Scotto Productions, 2010, 52 min
Texte lu par François Marthouret
Sur Arte les 24 juillet à 17 h 35 et 24 août 2016 à 3 h 55
Visuels : © Library of Congress, © RMN (Musée d'Orsay)/Hervé Lewandowski et © Musée d'Orsay
    
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