lundi 27 juin 2016

Arménie 1915. Centenaire du génocide


L’Hôtel de Ville de Paris a présenté l’exposition Arménie 1915. Centenaire du génocide à l’occasion du centième anniversaire du génocide commis à l’égard des Arméniens. Cette exposition présente « un état de nos connaissances sur cet événement marquant de l’histoire du XXe siècle, illustrant les violences de masse commises contre les populations civiles et leurs conséquences ». En éludant notamment la dhimmitude et le grand mufti de Jérusalem al-Husseini, alors officier dans l'armée ottomane. Lors de sa visite en Arménie, le pape Françoise a reconnu le 25 juin 2016, dès le premier jour de son séjour, le génocide commis à l'égard des Arméniens. Ce qui a suscité l'ire de la Turquie.

Arménie 1915. Centenaire du génocide
« Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman. Stigmatiser, détruire, exclure »


« Les violences de masse perpétrées contre les Arméniens ottomans en 1915-1916 par le régime jeune-turc ont inauguré « le siècle des génocides », le XXe siècle, celui des deux guerres mondiales et des idéologies totalitaires ».
Ainsi débute le dossier de presse de cette exposition.

Non, le génocide des Arméniens n’a pas été le premier des génocides du XXe siècle.

Il a été précédé par le massacre des Héréros et des Namas, dans le Sud-Ouest africain allemand (Deutsch-Südwestafrika, actuelle Namibie) dès 1904. Ordonné par le général Lothar von Trotha, ce massacre est qualifié de premier génocide du XXe siècle. Il s’est déroulé sur plusieurs années, dans le cadre de la  conquête d'un territoire africain par les troupes coloniales allemandes (1884-1911). Environ 80 % des autochtones insurgés et leurs familles - 65 000 Héréros et environ 20 000 Namas – ont été tués, internés dans des camps de concentration, où ils étaient tatoués « GH » (Gefangener Herero, prisonnier Héréro), ou de travaux forcés. Une partie a été victime d’expériences prétendument médicales.

Produite par la Ville de Paris et accueillie dans son Hôtel de Ville, l’exposition Arménie 1915. Centenaire du génocide a bénéficié du prêt exceptionnel de 350 documents photos et de 150 pièces prêtés par le Musée-Institut du Génocide Arménien et la Bibliothèque Nubar à Paris.

Elle « vise à présenter au grand public une synthèse des savoirs » actuels « sur ces violences extrêmes et leurs conséquences ».

Génocide
Les génocides constituent des « pratiques issues de la modernité considérées en leur temps comme un moyen radical de résoudre les questions de minorités, de purifier un pays de ses « ennemis intérieurs ». Ces violences de masse illustrent une époque marquée par les idéologies totalitaires et le nationalisme, qui ont été à l’origine des deux guerres mondiales ». Un peu rapide…

Le dossier de presse de l’exposition débute à la fin du XIXe siècle, sans évoquer la dhimmitude, le statut précaire des dhimmis – Juifs, chrétiens, etc. – sous domination islamique, et caractérisé par de fréquents massacres, spoliations, etc. Un statut évoqué par le réalisateur Elia Kazan dans America, America, dans lequel sont représentés des dhimmis grecs et arméniens vivant vers 1890 en Anatolie, leur peur, leurs divisions attisées par le pouvoir ottoman, etc. De même le rôle des dhimmis dans l’essor économique est occulté.

Le « génocide des Arméniens montre que le contexte de la Première Guerre mondiale et l’émergence d’un régime totalitaire, celui des Jeunes-Turcs, ont constitué les deux conditions dont le pouvoir avait besoin pour mettre en œuvre son programme génocidaire ».

A la charnière des XIXe et XXe siècles, les Arméniens « sont principalement concentrés dans les six provinces orientales de l’Empire ottoman, leur terroir ancestral, ainsi qu’à Constantinople et dans les principales villes d’Anatolie. C’est ce monde vivant qui va subir des massacres dès 1895, puis en Cilicie en 1909, avant d’être définitivement éradiqué en 1915 ».

De « 1908 à 1918, l’Empire a été dirigé par le Comité Union et Progrès. L’efficacité de son programme génocidaire a largement été déterminée par l’association de l’État-parti avec les notables locaux, les cadres religieux et les chefs tribaux ».

A son arrivée au pouvoir en juillet 1908, le Comité Union et Progrès (CUP) « hérite d’une situation catastrophique et d’une image de l’Empire ottoman dégradée. En effet, les massacres organisés contre les Arméniens sous le règne du sultan Abdülhamid II en 1894-1896 ont beaucoup contribué à révéler la nature tyrannique du régime impérial et ses pratiques à l’égard des minorités non musulmanes. Pour les unionistes une décennie plus tard, ces violences pré-génocidaires ont probablement constitué la première étape de l’élimination d’une communauté stigmatisée comme étrangère car n’appartenant pas à la communauté des croyants.

« L’idéologie dominante, le darwinisme social, partait du postulat que le Comité avait pour mission de régénérer la « race turque » et de lui faire retrouver les vertus des ancêtres. Ce parti a pourtant suscité bien des espoirs en accédant au pouvoir. Entre la révolution jeune-turque et le coup d’État du 25 janvier 1913 qui instaure un parti unique, laissant les mains libres au Comité Union et Progrès, les crises internes et externes se sont multipliées et ont contribué à la radicalisation de la direction du parti-État ».

La « guerre constitue la première condition à la mise en œuvre d’une politique systématique d’extermination. Elle permet notamment la mobilisation, dès le début d’août 1915, des Arméniens âgés de 20 à 40 ans, autrement dit des « forces vives » arméniennes, neutralisées. Le projet d’homogénéisation ethnique de l’Asie Mineure, caressé par les chefs du CUP, a alors pris la forme d’une entreprise d’extermination des Arméniens et des Syriaques ».

« L’offensive ottomane sur le front caucasien, en décembre 1914, est accompagnée, sous couvert d’opérations militaires, de massacres localisés, en particulier dans la région d’Artvin et tout au long de la frontière avec la Perse, où la population arménienne d’une vingtaine de villages est massacrée, de même qu’en Azerbaïdjan perse, où des contingents de l’armée ottomane, soutenus par des chefs tribaux kurdes, exterminent des villageois arméniens des plaines de Khoy, Salmast et Ourmia.

La « décision d’exterminer les Arméniens a été prise entre le 20 et le 25 mars 1915, au cours de plusieurs réunions du Comité central unioniste ».

« Dans le partage des tâches, la planification des déportations était assurée par le Directorat pour l’installation des tribus et des migrants qui a installé dès la fin août 1915 une sous-direction des déportés à Alep ; la police dressait les listes d’hommes à déporter ; la gendarmerie assurait l’« encadrement » des convois ; les services du Trésor s’occupaient de « gérer » les « biens abandonnés ».

« Sur ordre donné par le ministre Enver le 28 février, les dizaines de milliers de conscrits arméniens servant dans la IIIe Armée ont été désarmés et versés dans des bataillons de travail ou exécutés. En mai, les autorités internent et exécutent les hommes âgés de 16 à 60 ans ou optent, dans les districts à forte densité arménienne, pour la conscription des 16-19 ans et 41-60 ans, jusqu’alors épargnés. Ces hommes sont exécutés dans des endroits isolés ».

Le 24 avril 1915, « sur ordre du ministre de l’Intérieur, Talât, les autorités procèdent à l’arrestation des élites arméniennes, à Istanbul comme dans les villes de province, marquant le début officiel du programme génocidaire. Ces hommes sont exécutés localement ou momentanément internés à Çangırı et Ayaş, autour d’Ankara et de Kastamonu, avant d’être assassinés ».

Le « génocide s’est opéré en plusieurs phases : l’élimination des conscrits ; l’élimination des élites ; l’élimination des autres hommes adultes ; la déportation des femmes et des enfants entre mai et septembre 1915 ; l’internement des survivants dans des camps de concentration du désert syrien, fermés à l’automne 1916 ».

« La vengeance des Arméniens. Le procès Tehlirian  », documentaire de Bernard George soulignait un fait majeur : des « bataillons de bouchers » sédentaires émanaient du Parti. Ces unités spéciales sédentaires, chargées du processus d'élimination, étaient composées de trois groupes : des tribus kurdes, des immigrants du Caucase et des Balkans, haïssant les chrétiens et ayant soif de vengeance, et des prisonniers de droit commun ou psychopathes, libérés des prisons où ils étaient détenus par le Parti du progrès ».

Après avoir subi des violences et atrocités, les « rescapés recensés à la fin de la guerre peuvent être classés en deux catégories principales : quelques milliers d’enfants et de jeunes filles enlevés par des tribus bédouines et récupérés après l’armistice d’octobre 1918 ; plus de cent mille déportés, surtout ciliciens, que les forces britanniques découvrent, dans un état indescriptible, lors de leur lente conquête de la Palestine et de la Syrie, dès la fin de 1917 et en 1918. On recense par ailleurs plusieurs dizaines de milliers de rescapés dans le Caucase et en Perse ».

À la fin de la Première Guerre mondiale, des dizaines de « refuges pour femmes et des orphelinats dispersés au Proche-Orient et en Grèce assurent la réhabilitation des rescapés qui constitueront la base de la diaspora en formation dans les années 1920, trouvant en France, et notamment à Paris, un de ses points d’ancrage ».

Le dossier de presse omet une des caractéristiques de ce génocide : le sort de femmes et enfants arméniens, convertis de force à l’islam, adoptés dans des familles turques ou kurdes, et devenus des « crypto-Arméniens  » ou  « restes de l’épée » (kiliç artigi), parfois qualifiés par les familles adoptives de djavours (infidèles) et dénommés par le journaliste arménien de Turquie Hrant Dink « âmes errantes ». Combien sont-ils, eux et leurs descendants ? Un sujet sensible pour de nombreuses familles, parfois tabou, notamment pour l’Etat turc qui veille sur son identité.

Entre 1922 et 1927, « environ 58 000 réfugiés arméniens débarquent à Marseille : certains transitent par des camps de fortune, comme le camp Oddo, le camp Hugo, le camp de Sainte-Marthe. D’autres vont s’établir ensuite dans les quartiers de la périphérie marseillaise, à Saint-Julien, Saint-Loup, Saint-Jérôme, Saint-Antoine et Sainte-Marguerite, ou au-delà à Martigues, Gardanne, Uzès, Avignon ».

D’autres vont remonter la vallée du Rhône pour se fixer à Bollène, Aubenas, Privas, Valence, Romans, Grenoble, et autour de Lyon, à Vienne, Décines, Pont-de-Chéruy, Villeurbanne, etc. La région parisienne attire également une partie de ces réfugiés qui s’installent dans la petite couronne, à Alfortville, Gentilly, Issy-les-Moulineaux, Arnouville et, à Paris, dans les quartiers de Belleville et de Cadet.

Parmi ces descendants de survivants, Paul Kieusseian, victimologue, et Loïc Ohanian, podologue, fondateurs en 1992 de Sassoun, association arménienne d’amitié entre les peuples Juifs et Arméniens,  et qui apporte son soutien indéfectible à l’Etat d’Israël.

Autre omission dans cette exposition : le grand mufti de Jérusalem al-Husseini, alors officier dans l'armée ottomane

CHRONOLOGIE

• "2 août 1914
Signature de l’accord secret d’alliance entre l’Empire ottoman et l’Allemagne.
2 novembre 1914
Entrée en guerre de l’Empire ottoman aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.
4 janvier 1915
Défaite de la IIIe Armée ottomane à Sarikamich contre les forces russes.
25 février 1915
Les conscrits arméniens de la IIIe Armée ottomane sont désarmés et versés dans des bataillons de travail ou exécutés.
20 avril 1915
Les deux quartiers arméniens sont attaqués par la troupe et des miliciens : l’autodéfense de la ville de Van commence.
24 avril 1915
Plusieurs centaines de membres des élites arméniennes sont arrêtées à Constantinople et dans les villes de province et déportées.
Mai 1915
Les hommes adultes des six provinces orientales sont arrêtés et exécutés.
Juin-Septembre 1915
1 040 000 femmes, enfants et vieillards sont déportés vers les déserts de Syrie en 306 convois.
Ces marches de la mort font plusieurs centaines de milliers de victimes.
Octobre 1915-Novembre 1916
Les déportés parvenus en Syrie sont versés dans une vingtaine de camps de concentration.
Mars 1916
Les autorités décident de liquider les 500 000 déportés encore présents dans les camps.
Juillet-Novembre 1916
Les camps de concentration sont fermés et les derniers déportés poussés au cœur du désert, à Der Zor. En quelques mois, 197 250 Arméniens sont exécutés dans la vallée proche du Khabour".


PORTRAITS CROISÉS

Mehmed Talât (1874-1921), "chef du Comité central unioniste, et Krikor Zohrab (1860-1915), juriste de renom, « étaient des amis et dînaient souvent ensemble. L’un était le chef du Comité central jeune-turc et ministre de l’Intérieur, l’autre une figure emblématique des cercles arméniens, avocat, député au parlement ottoman, écrivain de talent. Alors que les élites arméniennes avaient déjà été arrêtées et les déportations entamées, Mehmed Talât et Krikor Zohrab se rencontrent en soirée, le 2 juin 1915, au Cercle d’Orient, haut lieu de rendez-vous des élites ottomanes dans le quartier de Péra à Constantinople. Ils y font une partie de tavlou (sorte de jacquet oriental) à l’issue de laquelle les deux hommes se quittent, vers minuit. Dans l’heure qui suit, Krikor Zohrab est arrêté chez lui par les policiers aux ordres de son ami et déporté : il sera assassiné par un cadre militaire du parti, Çerkes Ahmed, quelques semaines plus tard, la tête fracassée, sur la route entre Ourfa et Diyarbékir où on l’escortait officiellement pour être traduit en justice.

Cette photographie prise à Marach résume parfaitement la situation des Arméniens ottomans au printemps 1915. Les hommes représentés sur le registre inférieur du document sont des habitants de la ville arménienne de Zeytun, réputés pour leur courage et leur indépendance d’esprit. Ils ont à plusieurs reprises tenu tête aux forces ottomanes qui avaient tenté d’investir leur nid d’aigle, en 1863, puis en 1895 lorsque des irréguliers ont attaqué la ville.

Au printemps 1915, leur réputation est telle qu’ils sont les premiers visés par le programme génocidaire. Les autorités prennent pour prétexte la résistance d’une quinzaine de déserteurs originaires de la ville, retranchés sur les hauteurs, pour faire investir la ville par plusieurs brigades de la IVe Armée ottomane. Le commandant de cette armée, Ahmed Ce mal, a demandé au chef religieux des Arméniens de Cilicie, le catholicos Sahag II Khabayan, d’écrire aux notables de la ville, dont bon nombre sont sur cette photographie, pour qu’il leur demande de se soumettre aux ordres des autorités. Ce mal menaçait, dans le cas contraire, d’exterminer tous les Arméniens de Cilicie. Ces hommes se sont soumis à ces ordres et ont été déportés.

Ils sont photographiés ici à Marach, sur le chemin de la déportation, avec sur le plan supérieur les autorités civiles et militaires de la ville, ainsi que ses notables turcs.

Victimes et bourreaux sont réunis sur cet unique document. Les premiers seront massacrés quelques jours plus tard".

Le 18 août 2015, à 20 h 35, LCP (La Chaîne parlementaire) diffusa un documentaire de Laurence Jourdan sur le génocide ayant visé les Arméniens : "Le génocide arménien a coûté la vie à plus d’un million d’Arménien. Il y a 100 ans, le 24 avril 1915, l’arrestation de plus de 600 notables et intellectuels Arméniens, lors d’une rafle ordonnée à Constantinople par les nationalistes Jeunes-Turcs, alors au gouvernement dans l’Empire Ottoman, scellait le destin des deux tiers des Arméniens d’Anatolie. Entre un million et un million et demi d’Arméniens, accusés de complot au profit des Russes, alors que la Turquie venait de s’engager dans la Première Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, ont été victimes entre 1915 et 1916 d’une politique de déportations et de massacres. Ce film raconte cette page de l’Histoire, en replaçant les faits dans le contexte géopolitique complexe du début du siècle. Par le biais de documents d’archives et les témoignages disponibles des différents acteur s et/ou témoins de cette tragédie, ce documentaire revient sur l’origine, la nature et les enjeux du génocide arménien".

Toute l'Histoire diffusa les 20 novembre à 20 h 45, 22 novembre à 17 h 28, 23 novembre à 12 h 32 et 25 novembre à 23 h 15 Aghet 1915, le génocide arméniendocumentaire de Eric Friedler  (2010, Allemagne, 90 minutes) avec Martina Gedeck, Sandra Hüller, Sylvester Groth : "En arménien, le mot aghet signifie catastrophe. Cette catastrophe, c'est celle du massacre d'un million et demi d'Arméniens entre 1915 et 1918, dans l'Empire ottoman. Mais la Turquie d'aujourd'hui refuse toujours de reconnaître sa responsabilité dans ce que les historiens sont presque unanimes à qualifier de génocide. Le président turc Erdogan déclare avoir encore besoin de preuves. Et même si l'on commence, timidement, à oser aborder publiquement le sujet dans le pays, ceux qui s'opposent à la version officielle risquent gros".

Lors de sa visite en Arménie, le pape Françoise a reconnu le 25 juin 2016, dès le premier jour de son séjour, le génocide commis à l'égard des Arméniens. "Je prie ici pour que plus jamais de telles tragédies ne se passent", a déclaré François, en se recueillant avec le président Serge Sarkissian, devant la flamme perpétuelle du Mémorial du génocide arménien à Tzitzernakaberd. 

Après avoir déposé une couronne de fleurs, il "est descendu quelques marches jusque dans une cour intérieure ronde entourée de douze stèles géantes de basalte inclinées qui représentent les douze provinces où les Arméniens avaient enduré sous l'Empire ottoman les grands massacres en 1915-1916". 

« Cette tragédie, ce génocide, a marqué malheureusement le début de la triste série des catastrophes immenses du siècle dernier », a aussi déclaré le pape devant le président Serge Sarkissian et les politiciens arméniens. Le pape a évoqué « la tragédie » et l'effroyable et folle extermination » subies par les Arméniens sous l'Empire ottoman entre 1915 et 1917, avant d'inviter « les peuples arménien et turc à prendre le chemin de la réconciliation ».

"Le pape avait déjà évoqué un génocide en avril 2015 au Vatican, provoquant la colère d'Ankara et le rappel de son représentant au Saint-Siège durant près d'un an. 

Une "étole rouge sur les épaules, au milieu des évêques de l'Église apostolique arménienne vêtus de noir et portant une capuche de même couleur, le pape a écouté très concentré les chants d'un chœur de femmes puis un groupe de flûtistes. L'assemblée a entonné le chant religieux arménien "Hrashapar" ("Miraculeux"). Un évêque a lu un épître : "Vous avez dû supporter un grand combat" et le pape a prononcé une prière d'intercession. Il s'est rendu ensuite en voiture découverte dans les jardins où il a arrosé un arbre en signe de paix et de renaissance, puis s'est assis à une table en plein air, sur laquelle était ouvert un grand livre d'or. "Je prie ici, avec la douleur au cœur, pour que plus jamais de telles tragédies ne se passent, pour que l'humanité n'oublie pas et sache vaincre le mal par le bien", a-t-il écrit dans son message. "Que Dieu protège la mémoire du peuple arménien ! La mémoire ne peut être étouffée ni oubliée ! La mémoire est source de paix et d'avenir !"

"Au loin, alors qu'une petite foule applaudissait, on distinguait le mont Ararat enneigé, lieu symbolique de la culture chrétienne arménienne, où se serait posé selon la légende l'Arche de Noé, et situé aujourd'hui en Turquie".

La Turquie a qualifié de « très malheureux » les propos du pape François nommant le génocide en Arménie sous l'Empire ottoman. Elle considère que ces propos relèvent de « la mentalité des croisades ». « Ce n'est pas un point de vue objectif qui correspond à la réalité. On peut voir toutes les marques et les reflets de la mentalité des croisades dans les propos du pape », a affirmé le soir-même le Premier ministre adjoint Nurettin Canlikli, selon l'agence turque d'information Anadolu. 

Le pape François « ne fait pas de croisade » ni ne s'est exprimé contre la Turquie « dans un esprit de croisade », a réagi le porte-parole du Vatican. « Si l'on écoute le pape, il n'y a rien (dans ses propos) qui évoque un esprit de croisade. Sa volonté est de construire des ponts au lieu de murs. Son intention réelle est de construire les fondations pour la paix et la réconciliation. François a prié pour la réconciliation de tous, n'a pas prononcé un mot contre le peuple turc. Le pape ne fait pas de croisade, ne cherche pas à organiser de guerres », a affirmé lors d'une conférence de presse le père Federico Lombardi à Erevan. 

La "reconnaissance du génocide arménien par les députés du Bundestag, le 2 juin 2016, avait déjà provoqué la colère de Recep Tayyip Erdogan qui avait prévenu que cela allait « sérieusement affecter les liens turco-allemands ».

TEMOIGNAGES

ARCHAG VRAMIAN, député de Van [1912]
« Personne ne songe à la partition de la Turquie. Cela serait une stupidité, non pas parce que nous n’en sommes pas capables, mais parce que nos intérêts sociaux-économiques l’exigent. Les Turcs ne comprennent pas la fédération que nous réclamons et voient en elle du séparatisme. Il est indispensable de les convaincre et de faire comprendre aux Turcs que cela est le seul moyen de [conserver] l’intégrité de la Turquie. »

KUŞÇUBAŞIZÂDE EŞREF, directeur de l’O.S. au ministère de la Guerre [1919]
« L’Organisation spéciale était une boîte secrète qui est devenue l’édifice fondamental assurant la sécurité intérieure et extérieure de l’État ottoman. [...] Pour cela, elle disposait de ses propres cadres, d’uniformes, de trésorerie, de son chiffre, étant un État dans l’État. En assumant des missions qui dépassaient les limites normales, elle a acquis une personnalité morale. En poursuivant ses trois principaux objectifs, concrètement l’unification de la Turquie, l’union islamique et le panturquisme, l’Organisation a mis en œuvre la politique intérieure et extérieure de l’État. »

WINSTON CHURCHILL [1929]
« En 1915, le gouvernement turc commença et mena à bonne fin sans ménagements une œuvre infâmante, le massacre et la déportation générale des Arméniens d’Asie Mineure [...] La suppression de ce peuple sur la carte de l’Asie Mineure fut à peu près aussi complète qu’elle pouvait l’être à une aussi grande échelle [...] Il ne fait aucun doute que ce crime fut planifié et exécuté pour des raisons politiques. Une chance se présentait de purifier le sol turc d’un peuple chrétien opposé à toutes les ambitions turques. »

HALIL [MENTEŞE], ministre des Affaires étrangères [1930]
« J’ai été pris d’anxiété quand j’ai reçu ces télégrammes concernant les Arméniens.
Je n’ai pu dormir la nuit. Le coeur ne pouvait rester indifférent à cela. Mais si ce n’était pas nous, c’était eux qui allaient le faire. Naturellement, c’est nous qui avons commencé. Il s’agissait pour notre nation de la vie ou de la mort. »

DR. CLARENCE D. USSHER, La Défense héroïque de Van [1916]
« Avant le lever du soleil, le mardi 20 avril, nous entendîmes plusieurs coups de fusil dans la plaine de Varak. Ils furent suivis d’une fusillade. Pendant la nuit, les soldats turcs avaient occupé une ligne de tranchées près du quartier arménien d’Aykesdan (le Jardin). Deux d’entre eux s’étaient emparés d’une belle jeune femme, l’une de nos anciennes orphelines, fuyant avec ses enfants de Chuchantz vers la ville. Les soldats turcs tirèrent et tuèrent deux hommes arméniens qui couraient au secours de la jeune femme. Tout cela eut lieu devant les bâtiments de l’orphelinat allemand sous les yeux de Herr et de Frau Spörri. Ces quelques coups de feu avaient été le signal d’une fusillade des Turcs de tous les côtés et presque immédiatement Cevdet bey ouvrit des tirs d’artillerie sur le quartier arménien à Aykesdan et aussi sur le quartier arménien de la ville fortifiée ».

RAFAËL DE NOGALES, Massacres à Siirt
« Sur la route de Siirt, plusieurs officiers du bataillon de volontaires de Başkale me prirent à part et prirent le temps de m’expliquer, d’un air très satisfait, comment et quand les autorités à Bitlis avaient tout prévu, attendant seulement l’ordre final de Halil bey pour entamer les massacres les plus lâches de l’histoire de l’Arménie. 
Cédant à l’impulsion de la camaraderie, avec laquelle les Turcs m’avaient toujours traité - peut-être parce que j’avais appris leur langue - ces gars me conseillèrent même de me dépêcher si je voulais arriver à temps pour assister au massacre de Siirt qui avait à cette heure déjà dû commencer sous la direction de gouverneur général de la province, Cevdet bey ».

Jusqu’au 4 juillet 2015
À L’Hôtel de Ville
A la Salle des prévôts - Parvis de la Libération
Tous les jours, sauf dimanches et jours fériés, de 10 h à 18 h 30

Visuels
Une du Petit Journal, n° 1303 du 12 décembre 1915.
© Bibliothèque Nubar

Réfugiés arméniens de Kessab embarquant dans la baie de Bazit sur des chaloupes françaises pour rejoindre Le Michelet, avril 1909.
© Musée-Institut du Génocide Arménien

Escadron de Kurdes hamidiye qui jouèrent un rôle déterminant dans les massacres de 1895. CPA
© Michel Paboudjian

Réfugiés arméniens de Kessab sur la plage de la baie de Bazit attendant leur rembarquement sur le croiseur Le Michelet, avril 1909
© Musée-Institut du Génocide Arménien

Convois de déportés près de Suşehri, près de Zara, sur la route de Sıvas.
© Photographie Viktor Pietschmann, Naturhistorischen Museum, Vienne

Adana, avril 1909, quartier arménien incendié pendant les massacres.
© Société de Géographie, Paris

Réfugiés arméniens de Kessab embarquant dans la baie de Bazit sur des chaloupes françaises pour rejoindre Le Michelet, avril 1909.
© Musée-Institut du Génocide Arménien

Déportés arméniens regroupés dans la caserne ottomane d’Alep après le départ des troupes turques, en 1918.
© Bibliothèque Nubar

Convoi d’hommes adultes arméniens extraits du Konak Rouge de Mezre sous escorte pour une destination inconnue.
© Pères Mékhitaristes de Venise

Arméniens de Zeytun déportés et momentanément emprisonnés à Marach.
© Musée-Institut du Génocide Arménien, Erevan

Carte
© DR

Affiche de W. B. King, collecte de fonds du NER au profit des réfugiés arméniens.
© Library of Congress

Ouvriers arméniens d’un atelier de montage de chaussures, à Belleville, c. 1926/1928.
© Bibliothèque Nubar

Mehmed Talât (1874-1921), chef du Comité central unioniste.
© Bibliothèque Nubar

Krikor Zohrab (1860-1915), juriste de renom.
© Michel Paboudjian

Articles sur ce blog concernant :
Les citations et les repères chronologiques proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 3 juillet 2015, puis les 18 août et 23 novembre 2015.

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