mardi 31 janvier 2017

« Miss Univers 1929. Lisl Goldarbeiter, les chemins de la beauté» de Peter Forgács


Arte a diffusé « Miss Univers 1929. Lisl Goldarbeiter, les chemins de la beauté » (Miss Universe 1929 - Lisl Goldarbeiter. A Queen in Wien), documentaire de Péter Forgács. « De la Vienne des années 1920 à l’Anschluss, le destin romanesque », doux-amer, de Lisl Goldarbeiter (1909-1997), jeune Viennoise issue d’une famille Juive et élue à l’âge de 20 ans « plus belle femme au monde ». Le 30 janvier 2017, Iris Mittenaere, Miss France 2016, a été couronnée Miss Univers 2017, à Pasay (Philippines). "Lors d'une séance de questions-réponses réservée aux trois dernières candidates, elle a ainsi indiqué que "les frontières ouvertes permettent de voyager davantage et de découvrir ce qu'il se passe ailleurs dans le monde", après avoir estimé que les pays ont le droit de fermer ou ouvrir leurs frontières mais que la France avait fait le choix d'accueillir les réfugiés".


« Lisl avait des mouvements gracieux, une élégance naturelle. Elle est devenue La Beauté », se souvient son cousin, Marci Tenczer.

Ce dont attestent les photos et films réalisés, amoureusement, par Marci Tenczer.

Première Miss Univers non américaine

Lisl Goldarbeiter nait en 1909 à Vienne, alors capitale de l’empire austro-hongrois. La famille Goldarbeiter fait partie de la branche viennoise d’une famille Juive dont la branche hongroise réside à Szeged.

Lisl Goldarbeiter grandit dans la capitale de la « petite république autrichienne » apparue après la dislocation de cet Empire, à la suite de la Première Guerre mondiale. Son père Juif dirige un magasin de maroquinerie à Vienne. Son domicile au 5 Freilagergasse est modeste.

En 1929, après ses études dans une école de commerce, pianiste amateur, Lisl Goldarbeiter travaille dans la boutique familiale.

Écarté de l’université hongroise par le numerus clausus visant les Juifs, son cousin hongrois, Marci Tenczer, quitte Szeged, emménage chez les Goldarbeiter et étudie à l’université pour devenir ingénieur. Le jeune homme s’éprend de sa belle et joyeuse cousine dont il envoie une photo à un journal viennois dans le cadre d’un concours de beauté visant à élire Miss Autriche.

Élue parmi 1 500 candidates, Lisl Goldarbeiter est invitée dans des réceptions, des spectacles, et noue une amitié avec le compositeur Franz Lehár.

Lors d’une réunion familiale, son oncle Hermann prédit que les deux cousins se marieront. Une prophétie qui n’enchante guère la jeune beauté nationale.

Lisl Goldarbeiter est élue dauphine de Miss Europe – titre remporté par Miss Hongrie Böske Simon -, puis, en l'absence de celle-ci,  Miss Univers 1929 lors du concours disputé à Galveston (Texas) et doté d’un prix de 2 000 dollars (14 000 shillings). Une coquette somme que Lisl Goldarbeiter donne à sa famille.

Première Miss Univers non américaine, Lisl Goldarbeiter refuse des propositions intéressantes, notamment celle du réalisateur King Vidor.

La jeune Lisl séduit les foules européennes qui se pressent lors de ses visites, et épouse le 5 août 1930 l’un de ses prétendants, Fritz Spielmann, fils d’un riche industriel de la cravate en soie.

Elle entame une vie oisive avec son mari, joueur familier des casinos. Lasse des dettes accumulés par cet insouciant rejeton, la famille Spielmann finit par proposer à Fritz Spielmann une rente s’il quitte définitivement Vienne. Représentant de commerce pour l’Europe, Fritz Spielmann garde son mode de vie.

Son diplôme d’ingénieur en poche, Marci Tenczer retourne en 1937 à Szeged (Hongrie) où son père dirige une entreprise de plomberie. Après avoir effectué son service militaire, il se voit interdire d’exercer son métier en raison d’une loi antisémite adoptée en 1938. Il travaille chez son père, puis est employé comme tourneur dans une usine où il cache sa formation et son identité juive.

1938. Après l’Anschluss – annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie -, la famille Spielmann quitte Vienne pour la Hongrie, en emportant une partie de ses bijoux. Avec l’aide de Marci, Fritz Spielmann parvient à récupérer les autres bijoux et valeurs que ses proches n’avaient pu emporter.

Il se rend en Belgique avec son épouse. A Bruxelles, Lisl le quitte pour rejoindre ses parents âgés à Vienne. Après des pérégrinations – Londres, Afrique du Sud, Shanghai -, Fritz Spielmann arrive en Amérique.

Comme de nombreux Juifs, le père Juif de Lisl est sauvagement battu à Vienne. Sa mère chrétienne l’envoie à Szeged où elle le rejoint après avoir vendu leur magasin et leur appartement.

Contraint aux travaux forcés en Hongrie en 1942, Marci Tenczer est fait prisonnier en janvier 1943 par l’Armée russe et détenu en Union soviétique.

Le 18 mars 1944, l’Allemagne occupe la Hongrie. Les Juifs hongrois spoliés sont déportés vers Auschwitz.

En juin 1944, Lisl et sa mère sont arrêtées à l’entrée du ghetto – la synagogue - de Szeged, où elles tentent d’apporter du ravitaillement aux Juifs. Par chance, un garde SS les chasse hors du ghetto.

Interné dans un camp de concentration, le père de Lisl est ramené à Vienne où il meurt dans une prison de la Gestapo.

Cinq ans après sa captivité en URSS, Marci Tenczer retourne à Szeged. Seules ont survécu à la Shoah, ses trois sœurs. Marci Tenczer est recruté comme ingénieur à l’usine Ganz et épouse Lisl en 1949. Tous deux ont 40 ans et n’auront pas d’enfant. Bien qu’ils aient songé à émigrer, ils demeurent en Hongrie.

Lisl revient à Vienne en 1963. Les années n'ont pas entamé la finesse et l'harmonie de ses traits.

Lisl décède en 1997, à l’âge de 88 ans. Marci Tenczer meurt en 2003, toujours éperdument épris de « la plus belle femme qui ait existé ».



Ombres et lumières

« Comme dans Le chien noir, documentaire sur la guerre d’Espagne diffusé par Arte en 2006, le réalisateur Péter Forgács croise des archives privées et publiques, des films professionnels et amateurs tournés dans la Vienne de l’époque ». Et comme dans les films muets, il insère des intertitres dans ce documentaire intéressant, émouvant et primé.

« Ces 20 dernières années, j'ai découvert que les vieux films d'amateurs constituaient de manière involontaire de véritables chroniques historiques. Ces journaux intimes en images nous disent quelque chose du passé, de ce que l'on ne peut plus ni toucher ni ressentir, tout en nous donnant à voir l'histoire officielle sous un autre angle », a déclaré Péter Forgács.


« Miss Univers 1929. Lisl Goldarbeiter, les chemins de la beauté »
de Péter Forgács

Pays-Bas, 2006, 1 h 10 mn
Coproduction : ARTE, ZDF
Diffusion le 28 décembre 2011 à 23 h 55 


Photos : © Mischief Films

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Cet article a été publié le 28 décembre 2011

2 commentaires:

  1. Si vous saviez :j'ai conservé l'éditorial de téléobs par rcannavo@nouvelobs.com car je n'ai pas la télévision et je oulais rechercher ce film. Il a d'abord été diffusé le vendredi 6 juillet 2007 sur ARte et vient d'être rediffusé. Et j'ai loupé la rediffusion que j'aurais pu regarder sur internet. Comment faire pour visionner ce film ? Le site du réalisateur ne fonctionne pas.

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  2. J'ai cherché sur Internet : il n'y a que de brefs extraits - quelques minutes - du film :
    http://www.youtube.com/watch?v=L4ruHhNOj-k
    Je pense qu'Arte rediffusera ce documentaire. Et je le signalerai sur mon blog.

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