Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 19 décembre 2019

« Georg Kreisler n'existe pas. Une vie en chanson » de Dominik Wessely

Né dans une famille viennoise Juive, Georg Kreisler  (1922-2011) fuit les persécutions antisémites en Autriche en se réfugiant aux Etats-Unis. Pour les grands studios d’Hollywood, il devient accompagnateur au piano, arrangeur et conseiller pour la musique. Dans les années 1950, il retourne à Vienne où il se distingue comme chansonnier. Puis, cet artiste spirituel s’installe en Allemagne où il s’illustre par ses œuvres – chansons, textes politiques, etc. - pour le cabaret. Il alliait la maîtrise de la mélodie à celle de la langue viennoise. Arte diffusera le 22 décembre 2019 "Jonas Kaufmann, mélodies viennoises" (Jonas Kaufmann – Mein Wien) par Elisabeth Malzer. 


« Musicien, poète, chansonnier, marié quatre fois, père trois fois, pianiste de bar, compositeur... : le Juif viennois Georg Kreisler  (1922-2011) n'est jamais rentré dans le rang ».

L'esprit viennois
Georg Kreisler  est né en 1922 et grandit à Vienne (Autriche), capitale aux multiples cafés concerts.

Très tôt, il se consacre à la musique, apprend à jouer du violon et du piano, et à composer. Il aspire aussi devenir chef d’orchestre : Arnold Schönberg est disposé à le prendre dans sa classe, mais le projet échoue.

Confrontée à l’antisémitisme, la famille Kreisler émigre à Hollywood.


Avec l’Anschluss – 12 mars 1938, annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie -, les nazis arrivent au pouvoir en Autriche.

A l’automne 1938, peu avant les pogroms de la Nuit de cristal, la famille de Georg Kreisler échappe in extremis à ses persécuteurs antisémites.

Pour Georg Kreisler,  l’exil est caractérisé par les déplacements, en sept décennies, jusqu’à la fin de sa vie. Vienne – Los Angeles – New York – Vienne – Munich – Vienne – Berlin – Salzbourg – Bâle – Salzbourg.

Grâce à son cousin Walter Reich, cet adolescent arrive à Los Angeles. Un choc culturel !

Le père de Georg Kreisler ne peut exercer son métier d'avocat. Il suit une formation pour devenir conseiller fiscal, et il survit comme vendeur.

Georg Kreisler  rencontre le compositeur Hollaender. Il travaille alors dans les studios comme accompagnateur au piano, arrangeur et conseiller pour la musique de grandes compagnies à Hollywood.

En 1941, il épouse Philine Hollaender, fille de Friedrich Hollaender et Blandine Ebinger.

Il acquiert la nationalité américaine, et s’engage dans l’US Army. Avec Marcel Prawy, il écrit des chansons pour les soldats en Grande-Bretagne et ne France.

Georg Kreisler divorce et son ex-épouse obtient la garde de leur enfant.

Après guerre, il collabore sur des films avec Charles Chaplin. Il gagne aussi sa vie en jouant aussi dans des night-clubs et des bars. Ses chansons sont refusées par les compagnies discographiques.

En 1955, Kreisler revient à Vienne. D’abord comme pianiste de bar, puis comme chansonnier. Il devient célèbre par « ses « chansons viennoises » pleines d’un humour noir caustique, caractéristique de l’esprit viennois ».

En 1958, il « s’installe en Allemagne où il écrit des textes politiques et surréalistes pour le cabaret, travaille à des œuvres musicales... Beaucoup de chansons et de textes de Kreisler se révèlent étonnamment actuels ».

En 2007, Kreisler se fixe à Salzbourg en 2007.

Chansonnier, parolier, compositeur d’opéras, metteur en scène de théâtre, romancier, Georg Kreisler était maître dans la « petite forme » (Meister der kleinen Form) selon la formule de sa compatriote, l’écrivain Eva Menasse qui l’admirait autant pour son « maniement de la langue que pour sa musique ». Une admiration partagée avec l’auteur à succès Daniel Kehlmann et Konstantin Wecker, chansonnier.

« La langue allemande est mon chez moi », a déclaré Georg Kreisler. Et « la musique sa résidence secondaire ».

Georg Kreisler a composé des centaines de chansons, deux opéras, plusieurs comédies musicales. Ses œuvres de musique de chambre pour piano et petite formation ont été récemment découvertes. Cet artiste créait d'abord la musique de ses chansons, puis écrivait les paroles.

« Tauben vergiften im Park » ( « Poisoning Pigeons in the Park » emprunté à Tom Lehrer), « Bidla Buh », « Zwei alte Tanten », « Telefonbuchpolka » (La polka de l’annuaire), « Als der Zirkus in Flammen stand » (La fois où le cirque a pris feu), « Das Triangel », « Max auf der Rax », « Der Bluntschli »… Ces titres l’ont rendu célèbre dès le milieu des années 1950. Kreisler y a présenté sa vision « vache, mélancolique et rêveuse du monde ».

Georg Kreisler est « bien plus qu’un chansonnier viennois à l’humour noir légendaire ». Pour Daniel Kehlmann, auteur des « Arpenteurs du monde », Georg Kreisler est un « grand poète surréaliste, dont les chansons comptent parmi ce qui s’est écrit de mieux dans la poésie de langue allemande, et le placent au niveau de Heinrich Heine ».

« Georg Kreisler n'existe pas. Une vie en chanson » (Georg Kreisler gibt es gar nicht) est un documentaire réalisé par Dominik WesselyDans ce portrait d’un artiste protéiforme, Barbara Kreisler-Peters, veuve de l’artiste, actrice et chanteuse, des personnalités artistiques et littéraires tels Eva Menasse, Daniel Kehlmann et Konstantin Wecker, évoquent leurs rapports avec Georg Kreisler. Un documentaire récompensé par le Prix Grimme.

Arte présente sur son site Internet 15 chansons filmées . Des courts métrages variés, d’une durant de trois à cinq minutes, et qui recourent à presque toutes les formes de narrations cinématographiques : films d’animation - « Telefonbuchpolka » de Benjamin Swiczinsky et « Bidla Buh » de Georgios Karagiorgos -, adaptations empruntant partiellement à des techniques documentaires comme « Triangel » de Uisenma Borchu, films tournés comme des fictions (« Barbara » de Miriam Bliese).

"Jonas Kaufmann, mélodies viennoises"
Arte diffusera le 22 décembre 2019 "Jonas Kaufmann, mélodies viennoises" (Jonas Kaufmann – Mein Wien) par Elisabeth Malzer. "Promenade légère dans la capitale autrichienne à travers des mélodies viennoises interprétées par le grand ténor Jonas Kaufmann. Au programme : valses, airs d’opérettes et duos extraits de "La chauve-souris", "Une nuit à Venise" et "Sang viennois" de Johann Strauss, ainsi que des mélodies signées Robert Stolz, Emmerich Kalman, Georg Kreisler. De la grande roue du Prater aux petits stands de rue, le ténor Jonas Kaufmann fait découvrir ses lieux favoris de la capitale autrichienne. Cette Vienne pétillante et pétrie d’histoires, il la conte aussi en musique dans un concert consacré aux mélodies viennoises."



"Jonas Kaufmann, mélodies viennoises" par Elisabeth Malzer
Autriche, 2019,  75 min
Composition : Johann Strauss, Robert Stolz, Emmerich Kálmán, Franz Lehár, Karl Komzák, Rudolf Sieczynski
Direction musicale : Jochen Rieder
Orchestre : Prague Philharmonia
Son : Georg Burdicek, Michael Tuschek
Lumière : Helmut Krammer
Montage : Marlene Laye
Avec Jonas Kaufmann (Ténor), Rachel Willis-Sørensen (Soprane), 
Sur Arte le 22 décembre 2019 à 18 h 25. Disponible du 21/12/2019 au 20/03/2020
Visuel : © Gregor Hohenberg

« Georg Kreisler n'existe pas. Une vie en chanson  » de Dominik Wessely
Allemagne, ZDF, 2012, 53 mn
Diffusions les 27 février 2013 à 22 h 45, 3 mars 2013 à 3 h 55 et 6 septembre 2015 à 23 h 50.

Visuels : © René Rothkopf

A lire sur ce blog :

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire