Citations

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jeudi 27 août 2020

« Le Dessous des cartes » sur « Islam(s), islamisme(s) »


Arte diffusera le 29 août 2020 « Le Dessous des cartes » (Mit offenen Karten), « Islam(s), islamisme(s) : quelle géographie ? » (Islam, Islamismus: Welche geografische Verbreitung) et présente sur son site Internet, dans le cadre des « Experts du Dessous des cartes », « Anne-Clémentine Larroque - Existe-t-il plusieurs islamismes ? » Des émissions brèves, didactiques, mais si « politiquement correctes » par leurs omissions, notamment sur la dhimmitude

« Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? La nouvelle christianophobie » par Alexandre del Valle 
Attentats islamistes, dont l’un antisémite, à Toulouse et Montauban par Mohamed Merah, djihadiste salafiste franco-algérien
Al-Qaeda’s French-Algerian “mujahidin” Mohamed Merah killed 7 persons in South-Western France
Latifa ibn Ziaten 
Enluminures en terre d’Islam, entre abstraction et figuration
« Jésus et l’islam » de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur 
Vers un « vote halal » en France, en Belgique, en Grande-Bretagne et en Israël ? 
« Humoristes et musulmans » de Frank Eggers  
« Molenbeek, génération radicale ? » par José-Luis Peñafuerte et Chergui Kharroubi 
« Un autre monde » de Noël Dernesch et Olli Waldhauer 
« The Goutte d’Or ! L'institut des Cultures d'Islam invite Martin Parr »
« Des humanitaires sur le chemin d’Allah » par Claire Billet, Constance de Bonnaventure et Olivier Jobard  
« Oum Kalthoum, la voix du Caire », par Xavier Villetard 
"El Gusto" de Safinez Bousbia
« Al Musiqa. Voix et musiques du monde arabe »
« Nouvelle génération, la bande dessinée arabe aujourd’hui » 
« Riad Sattouf. L’écriture dessinée »
« La croix gammée et le turban, la tentation nazie du grand mufti » de Heinrich Billstein 
« Pour Allah jusqu’à la mort. Enquête sur les convertis à l’islam radical » par Paul Landau
L'Etat islamique 
Interview de Bat Ye’or sur le califat et l’Etat islamique/ISIS 
« Les armes des djihadistes » par Daniel Harrich 
« L'argent de la terreur »
« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama
« Pictures for Peace. La douleur après l’attentat - Hocine Zaourar » par Rémy Burkel 
« Cheikh Zayed, une légende arabe » par Frédéric Mitterrand
« Emirats, les mirages de la puissance », par Frédéric Compain
L’Arabie saoudite 
La Ligue islamique mondiale, de Paris à Auschwitz
L’Irak, une ex-mosaïque ethnico-religieuse 
« Iran-Irak, la guerre par l'image » par Maryam Ebrahimi
« Oman, au pays des contes » par Nadja Frenz
Le keffieh, c'est tendance !

« Le Dessous des cartes » (Mit offenen Karten), « magazine géopolitique », décrypte les enjeux de notre monde contemporain au moyen de cartes géographiques. Créé par Jean-Christophe Victor, le magazine est présenté par Émilie Aubry. Diffusée à l'antenne tous les samedis à 19 h 30, l'émission est visible en replay pendant deux mois. Disponible en VOD et DVD ».

« Les Experts du Dessous des Cartes" décline l’émission « Le Dessous des Cartes » conçue pour des supports numériques : ce « club d’experts » a vocation à prolonger ou éclairer différemment des sujets traités à l’antenne, avec la même exigence de correspondre à notre credo : Géopolitique pour Tous. »


Cette collection "propose des vidéos courtes, précises et prédictives sur de grandes problématiques du monde contemporain, en donnant la parole à des spécialistes de géopolitique, chercheurs, analystes, anciens ministres, essayistes etc. qui s’engagent à répondre clairement à une question d’avenir : vivrons-nous la guerre des religions ? La catastrophe nucléaire peut-elle avoir lieu ? Vivons-nous le retour des Murs entre les Hommes ? En-a-t-on fini avec Daech ? Saurons-nous réagir à temps au réchauffement climatique, etc. »


"Politiquement corrects"
La série « Le Dessous des cartes » s’avère particulièrement « politiquement correcte » par ses présentations biaisées et ses experts partiaux.

Exemple : le numéro 
« Islam(s), islamisme(s) : quelle géographie ? » (Islam, Islamismus: Welche geografische Verbreitung) visant à distinguer l'islam de l'islamisme défini comme "la volonté de rendre la société et l'Etat conformes à la sharia, la loi islamique", et accompagné de l'interview d'une experte de "l’histoire médiévale des pays d'islam", Anne-Clémentine Larroque. Rappelons que le philosophe et historien français Ernest Renan (1823-1892) désignait l'islam par le vocable "islamisme". Selon la journaliste, le distinguo "islam/islamisme" proviendrait des chercheurs des années 1980 et 1990.


Professeur d'histoire certifiée, diplômée de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, titulaire d'un master 2 "d'histoire médiévale des pays d'islam", Anne-Clémentine Larroque est une ancienne chargée de mission au cabinet du Président de l'Institut du monde Arabe (IMA) alors Yves Guéna. Anciennce chroniqueuse sur France Culture (Comprendre l'actu, géopolitique), elle est "chercheure en géopolitique, auteure du livre "L'islamisme au pouvoir, Tunisie, Egypte, Maroc" (PUF). Elle « nous rappelle quelques définitions fondamentales, expliquant notamment pourquoi l'islam ne se confond pas avec l'islamisme. Elle établit également pour nous une cartographie mondiale des islamismes avec rigueur, clarté et pédagogie ».

L'émission recommande le livre de Anne-Clémentine Larroque, qui a préparé ce numéro du Dessous des cartes, et Orientales d'Henry Laurens.


« Comment la communauté musulmane se répartit-elle dans le monde en 2020 ? Comment l’islam est-il né et s’est-il diffusé ? Comment situer sur la carte ses différentes branches ? »

« Islam, islamisme, chiisme, sunnisme, wahhabisme, salafisme ou, à part, djihadisme » : "Le Dessous des cartes" s’empare de mots qui enflamment le débat public pour proposer un rappel lexical, historique et géographique loin des amalgames ». Et encore plus éloigné d'éléments les plus tragiques de l’Histoire.

Emilie Aubry présente « Islam(s), islamisme(s) : quelle géographie ?  » qui s’ouvre sur le pèlerinage à La Mecque , « un gros enjeu pour le royaume saoudien en termes économiques et culturels. Un rassemblement compromis à l’été 2020 » en raison de la pandémie de coronavirus

« La Mecque, le lieu symbole de la oumma, la communauté musulmane. Malgré son caractère spirituel, le pèlerinage à La Mecque n'échappe pas aux crises politiques du monde musulman : entre mondes sunnite et chiite notamment, ou entre Arabie saoudite et Qatar". D'emblée, le registre lexical révèle une confusion. Si l'islam n'est pas à la fois une religion et une idéologie politique assortie d'un corpus juridique et législatif, donc si l'islam était seulement une religion, pourquoi la présentatrice associe-t-elle ces deux mondes - chiite et sunnite -, correspondant à une division interne à l'islam, aux "crises politiques" ? Quid de la rivalité entre la Turquie d’Erdogan, l’Arabie saoudite et l’Iran des mollahs pour exercer le califat ?

Les musulmans représentent 23%, "environ un quart des croyants dans le monde". Quel est le nombre total de croyants ? Tous les habitants de la planète sont-ils des croyants ? Quid des athées ? -, "soit plus de 1,5 milliard de personnes réparties sur tous les continents".


La répartition géographique ? "La oumma islamia est très nombreuse au Moyen-Orient en en Afrique du Nord" (19,8%), 61,7% des musulmans vivent en Asie, 18% "en Afrique sub-saharienne, en Europe, et dans les deux Amérique, c'est-à-dire loin du "dar al-islam", son berceau originel".



La journaliste décrit "l'expansion fulgurante" du "dar al-islam", de la péninsule ibérique jusqu'en Asie centrale, durant les successeurs de Mahomet, les califes, comme un processus d'"unification". Que n'eût-on dit si une journaliste avait allégué que la France,après avoir conquis ce qui deviendra l'Algérie, a "unifié" le Maghreb en signant des traités de protectorat avec la Tunisie, puis le Maroc? Et surtout Emilie Aubry ne définit pas le califat, gouvernance islamique mondiale à la fois politique, religieuse et législative. Le terme "unification" de la péninsule arabique  dans le dar al-islam s'avère un euphémisme. 


Car, Emilie Aubry ne précise pas que ces conquêtes territoriales, au coût humain tragiquement élevé, et ces conversions forcées résultent du djihad. "Théologie, loi et politique, le djihad constitue le fondement structurel obligatoire des relations entre la communauté islamique, l'oumma, et les non-musulmans" (Bat Ye'or, La Revue des deux mondes, décembre 2018-janvier 2019)Pourquoi ne pas qualifier cette "unification" d'empire islamique ? Curieusement, la Sicile, qui a été envahie en 652, puis conquise de 827 à 902 par les musulmans, n'apparaît pas teintée de vert, couleur de cette expansion, dans la carte d'Arte. Sans parler des incursions guerrières musulmanes en France au Moyen-âge, de la résistance de Vienne assiégée (1529, 1683), de la conquête de l'a péninsule indienne, etc. Etc. Etc.


Quid de la dhimmitude, statut cruel et déshumanisant imposé aux non-musulmans - juifs, chrétiens, etc. - des pays conquis par le djihad et devant payer la djizyîa, "rançon pour racheter sa propre tête et sa vie" ? Quid de la réduction en esclavage de populations vaincues ? Car ces questions fondamentales déterminent les relations actuelles et futures entre l'oumma et les non-musulmans, et soulignent l'impossibilité en islam de l'égalité dans l'altérité.

Emilie Aubry omet d'évoquer les Juifs contemporains de Mahomet. Pourquoi ? "L'islam vient clore, selon ses adeptes, la révélation déjà reçue par les juifs puis par les chrétiens". Quelles conséquences ? Emilie Aubry élude. Dommage, car l'islam considère que juifs et chrétiens ont falsifié le message divin. Une accusation grave qui nourrit la haine de ces "kouffar" (mécréants). Enfin, les personnages du Coran ne sont pas ceux de la Bible.


Quant aux Frères musulmans, confrérie fondée en 1928 par Hassan el-Banna (1906-1949) en Egypte, Emilie Aubry omet d'informer sur l'un des buts originels de l'organisation : reconstituer le califat aboli en 1924 par Mustafa Kemal. "Chasser les Anglais d'Egypte", ne serait-ce un djihad ?



"Les Frères musulmans ont inspiré de nombreux partis politiques : le Parti de la justice et du développement au Maroc, Ennahdha en Tunisie, le Hamas palestinien, l'AKP en Turquie, le puissant Hezbollah libanais s'inspirant du modèle frériste et la révolution islamique en Iran, S'ils prônent surtout une ré-islamisation de la société, et ne rejettent que rarement la voie des armes, tous ces partis islamistes proposent une forme d'intégration inédite du fait religieux au jeu politique dans l’ensemble du monde musulman", allègue Emilie Aubry. Le Hamas figure sur la liste des mouvements terroristes établie par l'Union européenne et vise la destruction d'un Etat membre des Nations unies, Israël. Quant au Hezbollah, dont la branche militaire est inscrite sur cette liste, depuis quand un parti politique détient-il un arsenal de 100 000 roquettes, organise-t-il le trafic de drogue et opère-t-il le blanchiment d'argent sale via une banque (Lebanese Canadian Bank) ? Je doute que les habitants de Beyrouth apprécient cette déclaration de l'Emilie Aubry.

Pourquoi Anne-Clémentine Larroque omet-elle d'indiquer que les musulmans vivant en Europe votent majoritairement pour des partis islamistes lors des élections en Tunisie ou en Turquie ? Et comment l'explique-t-elle ? Mystères.



Rare perle : le rappel du rôle de la Ligue islamique mondiale (LIM), créée en 1962, prônant dans al dawa, "mission de conversion", et ayant ouvert des bureaux dans une quarantaine de pays. Mais quid des effets de la dawa, réislamisation des musulmans et conversion des non-musulmans ? Revendications de salles de prières en entreprises, de repas halal dans les cantines ou du port du voile islamique, refus par des chauffeurs de bus musulmans de s'asseoir sur un siège auparavant occupé par une femme "mécréante", etc. Et pourquoi, le 19 septembre 2019, le ministre de l'Intérieur et chargé des Cultes, alors Christophe Castaner, et le maire de la ville, alors Gérard Collomb, ont-ils inauguré à Lyon l'Institut français de civilisation musulmane (IFCM), immense bâtisse près de la grande Mosquée de Lyon, en présence de Mohammad Abdelkarim Al-Issa, secrétaire général de la LIM ?

Le reste est à l'avenant. Objectif : prouver que l'islam ne pose aucun problème, et qu'il existe des islams, tous distincts de l'islamisme. Donc aucune voix discordante n'a été consultée ou interviewée. Or, Arte est une chaîne publique. Et le téléspectateur lambda espère, vainemen,t que la diversité des opinions d'historiens ou d'experts en géopolitique y soit représentée.

"En Hollande, nous aurions ainsi l'islam des polders, plus consensuel, en Amérique latine l' «i slam-salsa », en France un islam? du vin. Ce n'est pas vrai ! C'est ce que nous souhaiterions, mais ce n'est pas la réalité. Si on définit l'islam comme la religion fondée par le Prophète et expliquée par le Coran, et plus tard les hadiths, alors il n'y a qu'un seul islam, qui dicte un cadre moral. Cela dit, oui, il y a des musulmans, ici ou là, qui ne veulent pas respecter la totalité des préceptes - les alévis turcs, certains musulmans de France boivent du vin - mais il y a toujours le risque de les voir confrontés à la pression des fanatiques qui les interrogent sur leur observance. Or, ces derniers ne peuvent que gagner, car le Coran est très clair sur les commandements. C'est pourquoi il faut adopter une perspective historique et reconnaître que l'humanité s'est développée et a beaucoup appris depuis le VIIe siècle. C'est à cette condition qu'il y aura un nouveau mouvement. Le problème, c'est le Prophète et le Coran", a déclaré Ayaan Hirsi Ali favorable à une réforme de l'islam (L'Express, 16 mai 2005)

Cartes, graphiques... L'émission abonde en visuels clairs, didactiques, parfois émaillés d'erreurs ou d'oublis. 
Mais elle pêche par ses confusions, son idéologie "politiquement correcte" et sa terminologie, parfois islamique, qui ne permet pas de comprendre les enjeux actuels et les défis du monde occidental.Curieusement, ni Emilie Aubry ni l'experte Anne-Clémentine Larroque n'ont relevé et corrigé ces écueils.

Educ'Arte

Depuis quelques années, la chaîne publique franco-allemande Arte propose Educ’Arte, « un service de vidéo à la demande pédagogique et innovant ».

« De l’école primaire au lycée, Educ’ARTE met à disposition  des enseignants et de leurs élèves un catalogue de plus de 1000 programmes, parmi le meilleur d’ARTE, dont 85 % sont d’origine européenne : Le Dessous des Cartes, Karambolage, Xenius, Philosophie et bien plus encore ».

C'est donc une version "politiquement correcte" de l'islam que diffuse Arte auprès de ses téléspectateurs, d'Internautes, d'enseignants et des élèves. 

Ajoutons qu'Anne-Clémentine Larroque, maître de conférences à Sciences Po, est depuis 2016 "analyste pour la Justice française afin de contribuer à la spécialisation des magistrats sur cette thématique", l'idéologie islamiste.


« Islam(s), islamisme(s) : quelle géographie ? » 
France, 2020, 13 min
Sur Arte le 29 août 2020 à 19 h 30
Disponible du 22/08/2020 au 27/10/2020

« Anne-Clémentine Larroque - Existe-t-il plusieurs islamismes ? »

France, ARTE France, 2019, 10 min
Conception – Réalisation : Émilie Aubry
Production : Angèle Le Névé - Juliette Droillard
Montage et graphisme : Mohammed Zemmar
Disponible du 16/10/2019 au 18/10/2029

Les citations sur le film proviennent d'Arte.

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