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lundi 31 août 2020

« 315, la donation de Constantin » de Denis van Waerebeke


Arte diffusera le 6 septembre 2020, dans la série « Quand l'histoire fait date » (Zahlen schreiben Geschichte), « 315, la donation de Constantin » (315, Konstantinische Schenkung) de Denis van Waerebeke. « 315 est la date supposée de l’apparition du plus célèbre, ou du moins du plus influent des textes du Moyen Âge : la donation de Constantin ».
      
« -33 - Crucifixion de Jésus » par Denis van Waerebeke 
« 315, la donation de Constantin » de Denis van Waerebeke 
« 24 septembre 622 : l'an 1 de l'islam » par Denis van Waerebeke 
« 1492 : un nouveau monde » par Denis van Waerebeke 
Le Vatican

Nommé au Collège de France en 2015, Patrick Boucheron dirige l’« Histoire mondiale de France » (Seuil, 2017) présentant "les nouvelles grandes dates mondiales qui ont façonné l’hexagone", "mettant en valeur les colonisés et l’islam" et assumant une "islamophilie systématique". Un anti-« Lieux de mémoire » du professeur Pierre Nora.

Un best-seller analysé dans « Histoire de l'islamisation française 1979-2019 » (Ed. L’Artilleur), controversé, critiqué notamment par Pierre Nora (« Politiquement, l’objectif est de lutter, « par une conception pluraliste de l’histoire, contre l’étrécissement identitaire qui domine aujourd’hui le débat public »).

Et fustigé par Eric Zemmour : « En près de 800 pages et 146 dates, on ne déviera pas de la ligne du parti: tout ce qui vient de l’étranger est bon. Les invasions barbares sont des « migrations germanique s» ; la défaite des Gaulois leur permit d’entrer dans la mondialisation romaine ; les conquérants arabes étaient bien plus brillants que les minables défenseurs carolingiens ; les martyrs chrétiens de Lyon venaient d’ailleurs et saint Martin était hongrois. Les théologiens chrétiens doivent tout au grand talmudiste Rachi ; « l’honteux traité de Troyes » de 1420 (qui donnait le royaume de France à la monarchie anglaise) est une heureuse tentative de construire la paix perpétuelle par l’union des couronnes ».


Quant à Alain Finkielkraut, il a estimé : 
« Je découvre, effaré, que ni Rabelais, ni Ronsard, ni La Fontaine, ni Racine, ni Molière, ni Baudelaire, ni Verlaine, ni Proust n’y figurent. Et si Mauriac est cité, ce n’est pas pour son œuvre, c’est pour sa critique honteusement réactionnaire du féminisme. Ainsi s’éclaire le sens de « monde » pour les nouveaux historiens. Mondialiser l’histoire de France, c’est dissoudre ce qu’elle a de spécifique, son identité, son génie propre, dans le grand bain de la mixité, de la diversité, de la mobilité et du métissage. Et c’est répondre au défi islamiste par l’affirmation de notre dette envers l’Islam. De manière générale, l’Histoire mondiale de la France remplace l’identité par l’endettement. Ici doit tout à ailleurs. De la France, patrie littéraire, ce qui surnage, c’est la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland et l’audace qui a été la sienne d’ajouter au corpus original des histoires que lui avait racontées un voyageur arabe venu d’Alep.
Instructif aussi est le récit de l’invasion musulmane de 719 à Narbonne, où les cultures se sont mêlées avant que les Francs, hélas, n’arriment par la force cette ville à leur royaume. Ceux qui, en revanche, croient pouvoir mettre au crédit de la France naissante la première traduction latine du Coran par l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 1143, sont avertis que cette démarche n’était pas inspirée par la curiosité mais par une volonté de dénigrement. Et peu importe le fait que l’Islam de son côté ne pouvait pas même envisager de traduire les Écritures saintes des religions antérieures à son avènement.
Nos éminents universitaires n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume. Ouverture est leur maître mot. Mais ils frappent d’inexistence Cioran, Ionesco, Kundera, Levinas, tous ces étrangers qui ont enrichi notre philosophie et honoré notre littérature. Car c’est à ce «notre» qu’ils veulent faire rendre l’âme...
Le dégoût de l’identité a fait place nette de la culture. Les façonniers de l’Histoire mondiale de la France sont les fossoyeurs du grand héritage français.
« Une histoire libre », dit le journal Libération pour qualifier ce bréviaire de la bien-pensance et de la soumission, cette chronique tout entière asservie aux dogmes du politiquement correct qui ne consacre pas moins de quatorze articles aux intellectuels sans jamais mentionner Raymond Aron, ni Castoriadis, ni Claude Lefort, ni aucun de ceux qui ont médité la catastrophe totalitaire et la bêtise de l’intelligence au XXe siècle…
« Histoire jubilatoire », ajoute Libération. Ce mot – le plus insupportablement bête de la doxa contemporaine – convient particulièrement mal pour une histoire acharnée à priver la France de son rayonnement et à l’amputer de ses merveilles.
Il n’y a pas de civilisation française, la France n’est rien de spécifiquement français: c’est par cette bonne nouvelle que les rédacteurs de ce qui voudrait être le Lavisse du XXIe siècle entendent apaiser la société et contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble.
Quelle misère! »
« Dans cette deuxième saison de la série" « Quand l'histoire fait date », "aussi érudite et ludique que la précédente, le médiéviste Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, poursuit son exploration alerte des dates marquantes de l’histoire, des trésors artistiques ornant la grotte de Lascaux, en 18 000 avant notre ère, au coup d’État militaire contre le président chilien Salvador Allende, le 11 septembre 1973 ». 

« Mobilisant son talent de conteur, associé à une animation qui s’appuie sur une riche iconographie, et convoquant éclairages de spécialistes et approche réflexive, l’historien bouscule notre regard sur vingt événements majeurs et les traces qu’ils ont laissées dans les mémoires, en les replaçant dans une perspective globale et en assumant les incertitudes de la science historique ». 

« Entrelaçant plaisir du récit, techniques d’animation et esprit critique, Patrick Boucheron dévoile vingt nouvelles enquêtes sur les grandes dates qui ont marqué l’histoire et la mémoire des hommes ».

Constantin et le christianisme
En 306, Constantin Ier (272?-337) est proclamé 34e empereur romain par les légions de l'actuelle Grande-Bretagne. C'est le premier empereur romain chrétien : il s'est converti en 312 ou 326 et est baptisé sur son lit de mort - . En 330, il crée Constantinople (actuelle Istanbul), « Nouvelle Rome », nouvelle capitale de l'Empire à la place de Rome. Économiquement, il instaure une monnaie stable (le solidus, 312), développe l'administration centrale, défend les frontières de l'Empire contre les Francs, les Alamans, les Sarmates, les Goths et les Sassanides. 

Par l'édit de Milan (313) - une lettre circulaire -, les co-empereurs Constantin Ier et Licinius, païen régnant essentiellement sur la partie orientale de l'empire romain, autorisent la liberté de culte pour toutes les religions, notamment pour le paganisme, reconnaissent le christianisme comme religion légale et mettent un terme aux persécutions des chrétiens, qui représentent alors environ un dixième de la population de l'empire romain. Si l'édit de Sardique (311) leur conférait la liberté de culte de facto, l'édit de Milan la leur accorde de jureEn 325, durant le premier concile de Nicée, l'empereur Constantin Ier impose l'unité des Eglises d'Orient divisées, et son autorité dans la sphère religieuse (césaropapisme). Durant ce concile, est établi avec précision, en latin, le Credo du christianisme. 

L'empereur Constantin adopte des mesures favorables au christianisme : il érige le dimanche, jour du soleil païen (dies solis), en jour de repos légal, il reconnaît les tribunaux épiscopaux aux côtés des tribunaux civils, il édifie des églises ou des basiliques, telles la basilique Saint-Jean-de-Latran (Rome), la basilique Saint-Pierre (Vatican), la basilique Sainte-Sophie (Constantinople) ou l'église du Saint-Sépulcre (Jérusalem), tout en diffusant une monnaie frappées d'images païennes et glorifie le dieu Soleil. Il conserve le titre de grand pontife (pontifex maximus), qui lui donne autorité sur les cultes publics païens.


Par l'édit de Thessalonique (380), le christianisme devient l'Église d'État de l'Empire romain. Empereur romain (361-363), Flavius Claudius Julianus (331 ou 332-363), Julien II, ou Julien l'Apostat par la tradition chrétienne, également appelé Julien le Philosophe, a tenté de rétablir le polythéisme. Les empereurs chrétiens ont persécuté les Juifs, et réduit leurs droits.



« Censé organiser un transfert de pouvoir entre Constantin, l’empereur romain, et le pape Sylvestre, l’évêque de Rome", la Donatio Constantini (donation de Constantin) "est cet acte qui va légitimer le pouvoir temporel des papes, mais aussi faire de la papauté une puissance territoriale ». 

Selon cette "donation", « la ville de Rome est cédée au pape, ainsi que toutes les régions occidentales de l’empire de Constantin ». 

L'enjeu ? "Justifier ou condamner la construction des Etats de l'Eglise et la théocratie pontificale"

« Mais son éblouissante réfutation par l'humaniste Lorenzo Valla en 1440, révèle sa vraie nature : il s'agit du plus grand faux document de l'histoire de l'Occident », vraisemblablement élaboré au VIIIe siècle.

Les premiers doutes sont exprimés dès le début du XIe siècle. Mais en 1439-1440, Lorenzo Valla, un prêtre catholique et un humaniste de la Renaissance italien, a prouvé le caractère faux de cette "donation" en recourant, pour la première fois, à la philologie, notamment au registre lexical.

« Le temps retrouvé »
(Arte mag n° 36. Le programme du 29 août au 4 septembre 2020)

« Pour sa deuxième saison, Quand l’histoire fait dates offre une exploration audacieuse de grands événements et de leurs représentations. Entretien avec son concepteur, l’historien Patrick Boucheron. Propos recueillis par Benoît Hervieu-Léger ».

« Quels critères ont guidé votre approche pour ces vingt nouveaux épisodes ?
Patrick Boucheron : Nous avons radicalisé notre proposition initiale ! Depuis sa conception, la série interroge les diverses manières de faire événement.
Elle propose une collection de problèmes davantage que de périodes. Nous avons, cette fois-ci, voulu aller plus loin en retenant des dates dont on cherche l’événement, comme l’an mil. Nous avons joué sur le contre-factuel * dans l’épisode sur la mise à sac du palais d’été de Pékin en 1860. Nous avons même poussé l’audace jusqu’à dater un événement qui n’a pas eu lieu. Au IVe siècle, l’empereur Constantin est censé avoir donné la moitié de son empire au pape. Le texte de la donation est un faux. Le non-événement a pris une importance que l’événement réel n’aurait pas eue.

La représentation de l’histoire compterait donc plus que l’histoire elle-même ?
Une date a l’apparence de l’évidence, comme Marignan en 1515.
Or derrière chaque date il y a une petite intrigue aussi captivante à explorer que le récit en soi. C’est pourquoi la série inclut deux fils narratifs : le récit que l’on raconte et nous-mêmes en train de le raconter. Cette approche se lit en particulier dans l’épisode sur la révolution religieuse d’Akhenaton, en Égypte ancienne. À la fin de sa vie, Freud, miné par la maladie et l’exil, a voulu en percer le mystère pour expliquer la montée du nazisme et de l’antisémitisme à son époque. La solution aux énigmes du présent se trouve parfois dans le passé.
L’histoire de l’esclavage et de la colonisation resurgit depuis l’affaire George Floyd.

Un épisode aurait-il pu faire écho à ce présent si enraciné dans le passé ?
La question de la justice et de l’égalité, aiguisée par la crise sanitaire, est abordée avec la Déclaration d’indépendance des États-Unis, en 1776. Ce moment marque la première affirmation des droits universels de l’humain dans un pays dont on sait qu’il détruit les nations indiennes et qu’il deviendra esclavagiste. La “question noire”, déjà traitée dans la première saison avec la libération de Mandela, revient maintenant avec le pèlerinage du roi malien Mansa Moussa en 1324.
Nous aurions certes pu aborder plus frontalement la question de la décolonisation. Elle apparaît malgré tout dans l’épisode sur le massacre des Algériens, à Paris le 17 octobre 1961. L’événement pose clairement la question du racisme, de la violence policière et du legs colonial en France.

* Type de raisonnement qui consiste à imaginer l’issue nouvelle d’un événement historique, après avoir modifié l’une de ses causes. »


« 315, la donation de Constantin » de Denis van Waerebeke
France, 2019, 27 min
Sur Arte le 6 septembre 2020 à 16 h 10
Disponible du 30/08/2020 au 04/11/2020
Visuels : © Les Films d'ici

Les citations sur le film proviennent d'Arte.

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