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mercredi 26 août 2020

« Devantures - Flâner à travers la Belle Époque » de Bernd Boehm



Arte diffusera le 30 août 2020 « Devantures - Flâner à travers la Belle Époque » (Paris. So schön war das!), documentaire de Bernd Boehm. Un nouveau genre artistique apparaît à la charnière des XIXe et XXe siècle : la photographie de rues de commerçants posant devant leur magasin. Une promenade agréable, nostalgique, dans un Paris populaire, commerçant, ouvrier, artisan ou industriel, disparu.


La Belle Époque est une période de l’histoire de France débutant à la fin du XIXe siècle et s’achevant en 1914, au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Et marquée par des progrès économiques, technologiques – automobile induisant l'apparition du garage, avion -, sociaux, scientifiques… 

Ce vocale est apparu, selon les historiens, en 1919 ou dans les années précédant la Deuxième Guerre mondiale.

Il dénote un enjolivement du passé et une nostalgie assumée de décennies perçues comme joyeuses et empreintes d’espoir dans l’avenir.

Les Britanniques et les Allemands se sont emparés de ce chrononyme rétrospectif pour désigner rétrospectivement les ères victorienne et édouardienne et l’époque wilhelminisme.

Le documentaire « Devantures - Flâner à travers la Belle Époque » de Bernd Boehm nous invite à (re)découvrir le Paris de la Belle Epoque par des photographies en noir et blanc.

Au début du XXe siècle, les métiers de la photographie – de la réalisation à l’édition, via les retouches et la vente – employaient environ 100 000 personnes en France. 

"C'est un extraordinaire répertoire de la vie quotidienne à la fin du XIXe siècle", résume André Jammes, historien de l'art, antiquaire et co-propriétaire de la librairie Paul Jammes fondée par son père Paul Jammes (1890-1983) en 1925, dans le quartier Saint-Germain-des-Prés, 3 rue Gozlin

"À l’origine, « librairie d’érudition », l’entreprise a évolué depuis la dernière guerre et s’est consacrée aux livres rares sans abandonner la tradition des livres utiles".


Le paysage urbain est révolutionné par les automobiles, dont certaines provoquent des accidents de la circulation. 

Et c'est une ambulance motorisée métropolitaine qui porte secours aux piétons blessés. 


Quant à la bicyclette, elle conjugue moyen de transport et loisir sportif. "Des magasins et garages surgissent à tous les coins de rues". Pour saisir tous les compétiteurs d'une course, le photographe se place sur un balcon, pour une prise de photographie en plongée.

Arpentant les rues de Paris, la "ville lumière", quartier par quartier, les photographes devaient convaincre les boutiquiers de l’intérêt pour leur commerce de l’arrêter le temps de la pose. Leur argument : le faible coût financier - quelques centimes de francs - en raison des progrès techniques. Et ces photographes vendaient leurs clichés sous la forme de cartes postales.

« Une incroyable collection de photographies de "petites gens" du Paris de la fin du XIXe siècle, vient d'être redécouverte ». La collection du photographe allemand Werner Bokelberg, né en 1937 à Brême. "La carte photo est la variante bon marché de la carte postale, avec des tirages inférieurs à dix exemplaires. Une douzaine de cartes postales valait quarante centimes, et le café était à dix centimes... C'était comme une carte de visite", indique le collectionneur. 

"Un ouvrier gagnait entre dix et vingt francs par jour, et s'attabler le soir pour boire un café représentait une part importante du salaire. Mais les terrasses des cafés sont emplies de clients.


La consommation de vin est d'environ un litre par jour. Et la "fée verte", ou absinthe, souvent consommée.


"Les cochers venaient chez Maxim's s'encanailler avec les cocottes et s'amusaient dans les étages après avoir pris un verre. L'aristocratie a commencé à venir s'amuser dans ce lieu", précise Pierre Pelegry, directeur de Maxim's.

Et le 14 juillet, se déroule la course des garçons de café. Un concours de vitesse et de maîtrise de son équilibre  Une marche rapide où l'on ne doit pas renverser son plateau sur lequel sont posés verres et bouteille remplie. 

« Ces étonnantes prises de vue, notamment de nombreux commerçants, témoignent des balbutiements de la société de consommation, de l’optimisme de la Belle Époque et du quotidien du Paris populaire ».

"En même temps que cette photographie de commerce, il y a une photographie d'entreprise où l'on voit la même scénographie : des portraits de groupes dans le cadre d'une usine ou d'un chantier. C'est une nouvelle idée que l'univers du travail peut devenir un sujet iconographique", expliquer André Gunthert, historien des cultures visuelles à l'EHESS Paris.


Modestes tuiliers ou cordonniers sont saisis dans leur environnement, "quelquefois misérable". Accéder au statut de sujet de la photographie les valorise à leurs propres yeux. Prématurément vieillie, une blanchisseuse au regard triste et acéré révèle la pénibilité de son labeur.


Paris "est l'une des villes européennes comptant le plus de commerces. Chaque quartier a plusieurs boulangeries, au moins une boucherie, un fromager, un caviste, et un primeur".

Le Paris des petits commerçants posant fièrement avec leurs employés - hiérarchisés, du grouillot ou garçon de course au vendeur -, parfois impavides, souvent expressifs, et impeccablement vêtus (tabliers d’un blanc immaculé des garçons de café). Celui des marchands ambulants, des petits métiers, des commerces familiaux, des vitrines saturées d’articles. Celui des coiffeurs pour dames réunissant dans leur devanture une demi-douzaine de perruques ou postiches sur des mannequins de vitrines. Celui des tailleurs assurant un "travail soigné".

"C’est l’enchantement des vieux quartiers aristocratiques d’être, à côté de cela, populaires", a écrit Marcel Proust dans À la recherche du temps perdu (La prisonnière (1923), Paris, Gallimard La Pléiade, vol. 3, p. 116-128.)

Ces photographies revêtent un intérêt historique, sociologique, architectural - recours au verre, au fer forgé, au bois -, vestimentaire - les tabliers des aides-boulangères se transforment en "sac en toile pouvant contenir quantités de pains" -  indéniable.

Ainsi, une agence de publicité n'hésite pas à "transformer le trottoir en support publicitaire", pour la "réclame".

Dans ce documentaire, sont insérées des images filmées. 


On peut regretter l'absence de photographies sur le quartier Juif parisien, le Pletzl, avec ses devantures en hébreu ou en yiddish.

Pour les amoureux du vieux Paris qui sont si choqués et attristés par le Paris hideux, sale et dangereux durant les mandats des maires socialistes Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo, avec une majorité municipale alliant socialistes, communistes et écologiques (autrement appelés les « Khmers verts »).



« Devantures - Flâner à travers la Belle Époque » de Bernd Boehm
Allemagne, Bernd Boehm Fiklproduktion, NDR, Arte, 2018, 27 min
Sur Arte le 30 août 2020 à 05 h 15
Disponible du 23/08/2020 au 20/11/2020
Visuels : © NDR, Bernd Boehm Fiklproduktion, Werner Bokelberg

Les citations sur le film proviennent d'Arte et du documentaire.

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