mardi 6 septembre 2016

« L'antisémitisme en Russie de Catherine II à Poutine » par Jean-Jacques Marie


Historien, Jean-Jacques Marie souligne dans ce livre  très documenté la permanence de l’antisémitisme, de la Russie des tsars  – 5,2 millions de Juifs en 1897 - à celle de Poutine (230 000 Juifs). Par oukaze du 23 décembre 1791, l'impératrice Catherine II a créé la Zone de Résidence. Le 6 septembre 2016, Toute l'Histoire diffusera un documentaire sur les Juifs de Russie. 


Jean-Jacques Marie identifie l’antijudaïsme et trois antisémitismes : celui d’Etat qui s’identifiera au parti communiste, celui de l’Eglise orthodoxe – peu analysé - et celui populaire.

Les antisémitismes d’Etat et populaire sont instrumentalisés à des fins de politiques interne et internationale. Les premières mesures contre de rares Juifs remontent au XVIe siècle.

Il « dresse un tableau détaillé de la période tsariste, de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle, revient sur les politiques de confinement, de conversions forcées et de pogroms mises en œuvre par les différents régimes pour exclure la population juive de l’empire ou la réduire à un statut d’émigrés de l’intérieur ou de l’extérieur » et résoudre « la question juive ».

De 1791 - oukaze de l'impératrice Catherine II du 23 décembre - à 1917 - décret du 20 mars du gouvernement provisoire russe -, les Juifs  sont confinés par le pouvoir impérial dans la Zone de Résidence, vaste région, au périmètre évolutif, à l’ouest de l'empire russe limitrophe avec les Etats  et puissances d'Europe centrale.

Dans la Russie du tsar, ce sont des policiers (Ratchkovski, Golovinski) et l’extrême-droite russes qui forgent le mythe du complot Juif mondial (Les Protocoles des Sages de Sion, 1903), virulent dans le monde musulman, et du « judéo-bolchevisme » repris par les nazis.

Jean-Jacques Marie décrit la vitalité du judaïsme russe, dont témoigne le mouvement de la « Haskala, héritier du mouvement des Lumières », le Bund...

Il évoque aussi les pogroms (Kichinev, 1903), les accusations de crime rituel (affaire Beilis, Kiev, 1911)… Des faits ayant contribué à l’émigration de milliers de Juifs vers la France, les Etats-Unis, etc.

Malgré ces horreurs, malgré les accusations d’espionnage portées à leur encontre et des déportations vers l’Est, les Juifs  de Russie manifestent leur patriotisme lors de la Grande guerre.

L’auteur souligne l’extermination de villages Juifs par « les détachements de l’Armée blanche des Volontaires et du socialiste national ukrainien Petlioura pendant la guerre civile (1918-1921) ».

Les « colonies agricoles juives » sont créées par les autorités soviétiques dans les années 1920 avec l’aide de l'ORT, organisation juive de formation professionnelle,  et l’apport financier de la diaspora Juive, et disparues lors de leur transformation en kolkhozes. Ces « colonies » ont contribué à la « régénération » des Juifs ayant quitté leur shtetl du Yiddishland .

L’URSS crée le Birobidjan dont la langue officielle est le yiddish, « Etat juif » en Sibérie, oblast autonome juif fondé en 1934, puis vote le 29 novembre 1947 en faveur du plan de partage de l’ONU de la recréation de l’Etat d’Israël.

Jean-Jacques Marie minore l'antisémitisme d'Etat sous Staline, et est sceptique quant à la thèse  de Vaksberg, Brent et Naumov d’un plan d’extermination des Juifs par Staline (complot  des « blouses blanches », des médecins majoritairement Juifs et accusés en janvier 1953 d’avoir tué et de projeter d’assassiner, sous les ordres du Joint Committee, organisation Juive américaine, des dirigeants soviétiques. Philippe Saada en a tiré un documentaire : "Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sur fond d'antisémitisme séculaire, la une de la «Pravda» révèle une information qui bouleverse l'URSS : les médecins des plus hauts dignitaires soviétiques, tous d'origine juive, ont profité de leur situation pour éliminer des membres éminents de la nomenklatura. En réalité, il s'agit d'un mensonge, une machination montée de toutes pièces. Ce qui fut appelé «le complot des blouses blanches» n'était rien d'autre qu'une conspiration politique de Joseph Staline, dont l'ambition était d'organiser une nouvelle purge au sein des instances du Parti et de durcir sa position à l'égard de l'Occident".

« Après une interruption due à la révolution », l’antisémitisme « a resurgi, à la fois agressif et honteux – quoique souvent présenté de façon apocalyptique — dans l’Union soviétique de Staline, Khrouchtchev et Brejnev et, après un exode massif des juifs, retrouve une virulence nouvelle dans la Russie dite démocratique du président Poutine ».

Le 14 janvier 2015 à 19 h 30, le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) a présenté la conférence L’antisémitisme soviétique après Stalineà l’occasion de la parution de l’ouvrage de Sarah Fainberg Les Discriminés. L’antisémitisme soviétique après Staline (Fayard, 2014), prix Hertz 2014, en dialogue avec Alain Finkielkraut de l’Académie française, écrivain, philosophe et essayiste. "En mettant au jour un phénomène unique d’antisémitisme d’État en Europe après la Shoah", Sarah Fainberg, chercheur à l'Institute for National Security Studies (INSS) à Tel Aviv, professeur invité à l'université de Tel Aviv et professeur associé à l'université de Georgetown à Washington, DC, révèle un faisceau de pratiques discriminatoires, introduites en ex-URSS à la fin des années 1950, se maintenant jusqu’à la chute du mur de Berlin, consistant à interdire, ou à limiter autant que possible, l’accès des citoyens soviétiques d’origine juive aux grandes administrations d’État, aux secteurs stratégiques (défense, domaine nucléaire) et à certaines filières universitaires. Cette discrimination antijuive fut relayée par d’autres formes d’exclusion, parmi lesquelles l’absence de droit à l’autonomie culturelle et territoriale, l’impunité et la banalisation de l’antisémitisme de rue, la criminalisation du sionisme et de la demande d’émigration en Israël".

Le  23 juin 2016 à 19 h 30, le Mémorial de la Shoah présentera Les Juifs de Russie, des tsars au massacre de Babi Yardocumentaire dʼAlexandre Dolgorouky et Antoine Casubolo Ferro (France, 52 mn, UGOPROD, 2016). Alexandre Dolgorouky et Antoine Casubolo Ferro, réalisateurs, seront présents à cette avant-première. "Alors qu’à la fin du XIXe siècle vivaient dans l’Empire tsariste plus de la moitié des Juifs du monde (près de 5 millions), cet espace a été vidé de ses Juifs par les massacres qui ont accompagné la guerre civile et ceux perpétrés pendant la Seconde Guerre mondiale, mais également par un mouvement migratoire continu".

Le 6 septembre 2016, Toute l'Histoire diffusera un documentaire sur les Juifs de Russie. " Alors qu’à la fin du XIXe siècle vivaient dans l’Empire tsariste plus de la moitié des Juifs du monde (près de 5 millions), cet espace a été vidé de ses Juifs par les massacres qui ont accompagné la guerre civile et ceux perpétrés pendant la Seconde Guerre mondiale, mais également par un mouvement migratoire continu".
   
Jean-Jacques Marie, L’antisémitisme en Russie de Catherine II à Poutine. Tallandier, 2009. 447 pages. 27 €. SBN : 978-284734-298-7

Visuel :
Couverture du livre de Sarah Fainberg
Remise de diplôme à Leningrad, mai 1953
© The Ida and Aba Taratuta Collection

A lire sur ce blog :
Cet a été commandé, mais non publié par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le : - 22 décembre 2013 et 18 mai 2014, France 5 a diffusé Le dernier complot de Staline, documentaire de Philippe Saada, le 23 décembre à 1 h 24, le 19 mai 2014 ;
- 28 janvier 2014. Arte a diffusé à 22 h 30 L'ombre de Staline, documentaire de Thomas Johnson et Marie Brunet-Debaines ;
- 13 janvier et 23 décembre 2015, 23 juin 2016. 

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