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samedi 8 février 2020

« Goulag - Une histoire soviétique » de Patrick Rotman


Arte diffusera le 11 février 2020 « Goulag - Une histoire soviétique » (Gulag - Die sowjetische "Hauptverwaltung der Lager"), série en trois volets chronologiques réalisée par Patrick Rotman, et écrite par Patrick Rotman, Nicolas Werth et François Aymé. « Avec des témoignages et des archives exceptionnels, cette série documentaire déroule, de 1917 à la fin des années 1950, l'histoire d'un continent encore méconnu : le système concentrationnaire soviétique qui constitua le cœur caché de l'empire ».

« Acronyme russe formé en 1930 à partir des mots "Administration centrale des camps", le Goulag, phénomène majeur du XXe siècle, demeure pourtant largement méconnu ».

« Créés dès 1918, les camps soviétiques connaissent dans les années 1930, avec la terreur stalinienne, et jusqu'à la mort du tyran en 1953, un développement exponentiel qui fait d'eux le cœur économique et politique caché du régime ».

« Ignoré, puis nié pendant des décennies et rapidement occulté par le pouvoir russe après la chute de l'URSS, ce système concentrationnaire qui a brisé les existences de millions de déportés a été dénoncé et décrit au fil du temps par nombre de ses victimes, aux premiers rangs desquelles l'ancien officier de l'Armée rouge, devenu prix Nobel de littérature, Alexandre Soljenitsyne ».

« Mais le secret instauré par l'URSS, l'aveuglement de l'Occident, qui a tardé à reconnaître sa réalité, puis le déni persistant des autorités russes ont longtemps entravé le travail historique nécessaire pour le comprendre dans toutes ses dimensions ».

« Grâce à l'ouverture des archives, écrites mais aussi filmées, et au travail extraordinaire de collecte de témoignages accompli depuis trente ans par l'organisation russe Memorial – que Poutine a mise à l'index dès son arrivée à la tête de l'État –, cette série documentaire déroule pour la première fois en images l'histoire dantesque d'un "archipel", comme l'écrivait Soljenitsyne, largement oublié et incompris ».

« En compétition au Fipadoc 2020, ce récit à la fois dense et fluide, sobre et plein de souffle, se fonde notamment sur les recherches de l'historien Nicolas Werth, l'un de ses trois coauteurs, spécialiste du régime soviétique ».

« Sa force réside aussi dans sa capacité à tisser itinéraires individuels et destin collectif, par un art combiné du détail et de la synthèse ».

Les éditions du Seuil publient le livre Goulag - Une histoire soviétique écrit par Nicolas Werth, François Aymé et Patrick Rotman. « LE GOULAG : des camps soviétiques de travaux forcés au fin fond de la Sibérie dont l’existence fut révélée à travers le monde en 1973 par l’écrivain Alexandre Soljenitsyne. Au-delà de cette simple phrase, que sait-on du Goulag ? Quand cela a-t-il commencé ? Combien de détenus, de morts ? Quels étaient les motifs d’arrestation ? Y avait-il des femmes, des enfants ? Dans quelle mesure ce système a-t-il participé au développement économique de l’URSS ? »
« Le Goulag, acronyme de Direction centrale des camps, est l’un des systèmes répressifs les plus impitoyables et les plus meurtriers du XXe siècle. Par son gigantisme, par sa longévité, par le nombre de ses victimes, il est hors norme : des milliers de camps et des millions de zeks contraints de travailler jusqu’à l’épuisement dans le froid, le dénuement, l’isolement, le manque total d’hygiène, la peur, la faim et l’humiliation… De la fin des années 1920 au milieu des années 1950, 20 millions de Soviétiques sont passés par les camps du Goulag, 6 millions ont été déportés, 4 millions ne sont jamais revenus ni des camps ni de la déportation. L’enjeu fondamental de ce livre est de raconter, de décrire et d’expliquer cette entreprise de production et de déshumanisation dont l’existence a longtemps été occultée à l’Est et niée à l’Ouest. »
« L’originalité de Goulag, une histoire soviétique est d’allier, pour la première fois, un récit historique nourri des recherches les plus récentes avec un descriptif concret de la vie et de la violence des camps, du travail des zeks, s’appuyant sur une riche iconographie (photographies, dessins, cartes, documents administratifs, statistiques) dont une large partie d’inédits issus de l’ONG russe Memorial. En complément, l’ouvrage propose de nombreux encadrés : les grands chantiers (canal mer Blanche-mer Baltique, la Voie morte), les camps emblématiques (les Solovki, la Kolyma, Vorkouta…), les grands témoins (Soljenitsyne, Chalamov, Guinzbourg, Margolin, Rossi, Buber-Neumann), mais aussi les témoignages de victimes anonymes. »
  
« Origines : 1917-1933 »
« Les premiers camps de concentration sont mis en place dès 1918, quelques mois après la révolution d’Octobre ».

« Le nouveau régime bolchevik veut se débarrasser des adversaires politiques et rééduquer par le travail les éléments dits "asociaux".

« La première expérimentation à grande échelle a lieu sur l'archipel des Solovki, tout près du cercle polaire ».

« Des milliers de détenus politiques et de droit commun, hommes et femmes, y sont déportés et soumis au travail forcé ».

« En 1922, après le retrait de Lénine, frappé par des attaques cérébrales à répétition, Staline prend peu à peu le pouvoir et décrète à partir de la fin des années 1920 l’industrialisation du pays à marche forcée ainsi que la collectivisation des terres arrachées aux koulaks, les petits propriétaires terriens, prélude à des famines meurtrières ».

« Cette "dékoulakisation" qui frappe massivement la paysannerie confère au Goulag une dimension elle aussi massive ».

« Des chantiers titanesques sont lancés dans les régions les plus reculées, comme la Kolyma, en Sibérie ».

« La police politique (Tchéka, puis Guépéou) envoie dans les camps de travail des centaines de milliers d'innocents, dont l'esclavage constitue une ressource économique majeure ».

« Construction d'infrastructures et de villes, extraction d'or et de pétrole causent la mort de milliers de zeks (abréviation du mot russe signifiant "enfermé", "prisonnier"). Qu'importe, puisque la main-d'œuvre va s'avérer inépuisable ? »
  
« Prolifération : 1934-1945  »
« Le NKVD, qui a succédé à la Guépéou, multiplie les camps et transforme le Goulag en véritable industrie pénitentiaire. Le nombre de déportés franchit la barre du million en 1935... »

« Glorifié au XVIIe congrès du Parti communiste, en 1934, Staline lance les chantiers du canal Volga-Moscou et la construction d’un nouveau transsibérien ».

« Le NKVD, qui a succédé à la Guépéou, multiplie les camps et transforme le Goulag en véritable industrie pénitentiaire ».

« Le nombre de déportés franchit la barre du million en 1935. Vitrine spectaculaire de la grande terreur déclenchée en 1937, les procès de Moscou dissimulent l'ampleur de la répression qui s’abat aveuglément sur l'ensemble de la société soviétique et les anonymes. Exécutions de masse et arrestations arbitraires s’accélèrent ».

« En août 1939, après la signature du pacte germano-soviétique, des centaines de milliers de Polonais, de Baltes, d'Ukrainiens de l'Ouest ou de Moldaves rejoignent dans les camps du Goulag quelque 2 millions de déportés soviétiques ».

« Après l'invasion de l'URSS par la Wehrmacht, en juin 1941, les conditions de détention se dégradent de façon effroyable. La famine et la maladie ravagent les rangs des détenus ».

« En 1945, malgré la victoire sur l’Allemagne nazie, l’archipel du Goulag, indispensable moteur de la machine de production soviétique, recommence à s'étendre, augmenté notamment de dizaines de milliers d'hommes, de femmes et même d'enfants qui n'ont souvent d'autre tort que d'avoir survécu à l'occupation nazie ».

« Apogée et agonie : 1945-1957 »
Le « troisième et dernier volet de cette série documentaire sur l'histoire méconnue du système concentrationnaire soviétique, couvre la période 1945-1957, de son apogée à son agonie ».

« Les populations des nouveaux territoires occupés de l’Est restent elles aussi particulièrement soupçonnées d’antisoviétisme ».

« La troisième catégorie visée est celle des intellectuels, notamment au sein d'une population étudiante soviétique en expansion ».


« Assujetties comme les hommes à des tâches épuisantes, les femmes, dont nombre de veuves de guerre condamnées à de lourdes peines pour de petits chapardages alimentaires, représentent désormais un quart des zeks ».

« Je n'ai que faire de votre travail. Ce qui m'intéresse, ce sont vos souffrances », résume un jour une responsable de camp aux déportées, comme le rapporte l'une d'elles, trente ans après, à Memorial ».

« Près de 2 millions de détenus, dont beaucoup à l'extrême limite de la survie, s’entassent toujours dans les camps ».

« Peu à peu, ces conditions de vie effroyables font chuter la rentabilité économique du Goulag ».

« Le 5 mars 1953, après la mort de Staline, un million de libérations sont prononcées ».

« En 1956, Khrouchtchev, s'exonérant au passage de sa responsabilité, pourtant indéniable, dénonce les crimes du stalinisme, provoquant dans le monde une immense onde de choc ».

« Le système concentrationnaire ne disparaît pas totalement, mais ne retrouvera jamais l'ampleur que lui ont conférée quarante années de répression de masse. »

REPERES CHRONOLOGIQUES

1918 : mise en place des premiers camps de travail gérés par la Tchéka, la police politique du nouveau régime bolvéchique.
1923-1929 : durant la période de relative détente de la NEP (Nouvelle Politique Économique), un seul grand camp de travail forcé existe, le camp des Solovki, « laboratoire » du futur Goulag des années 1930-1950.
1930-1932 : dékoulakisation lancée par Staline qui se solde par l’envoi en camp de 200 000 paysans propriétaires « exploiteurs » et la déportation de 20 000 000 d’hommes, de femmes et d’enfants dans des régions reculées de la Russie.
1936-1938 : les années des grandes purges des cadres du Parti, des grands procès politiques (procès de Moscou) et des « opérations répressives secrètes de masse » entrent dans l’Histoire sous le nom de « Grande Terreur ». La population du Goulag explose.
1941-1945 : dans l’URSS en guerre contre l’Allemagne nazie, par manque de ravitaillement et l’explosion d’épidémies, les camps connaissent une surmortalité des détenus.
1945-1953 : le nombre de détenus et de « déplacés spéciaux » repart à la hausse, mais les conditions économiques du travail forcé deviennent de moins et moins rentables. L’apogée du Goulag se double d’une grave crise du travail forcé.
1953-1958 : après la disparition de Staline (mars 1953), le « dégel khrouchtchévien » s’accompagne, avant même le XXe Congrès du PCUS (février 1956) d’un démantèlement du Goulag. Les grands ensembles concentrationnaires sont progressivement démantelés et remplacés par des prisons et des colonies de travail plus petites où le détenu n’est plus astreint à des travaux de force dont dépend sa subsistance. Le Goulag s’éteint peu à peu à la fin des années 1950.
1960-1970 : malgré le maintien d’une répression policière qui cible tout particulièrement les « dissidents », le nombre des arrestations suivies d’une condamnation ne dépasse pas quelques centaines par an. La « grande époque » du Goulag est définitivement close.

Entretien avec le réalisateur Patrick Rotman 
Propos recueillis par Laetitia Moller

« Quels éclairages nouveaux apporte ce documentaire sur l’histoire du Goulag ?
Patrick Rotman : Notre ambition était de raconter une histoire globale de ce système concentrationnaire, de sa naissance à son déclin, là où les rares films existants en livrent une vision partielle. Nous voulions aussi raconter sa mise en place, avant même que le terme de «Goulag» ne fasse son apparition. Contrairement à une idée reçue, le système des camps ne naît pas avec Staline mais immédiatement après la révolution de 1917, dont il est directement issu.
Cette histoire, dites-vous, reste largement méconnue... 
Les gens connaissent l’existence du Goulag soviétique mais ils en mesurent rarement l’ampleur, à la fois dans la durée, puisqu’il a subsisté pendant plus de quarante ans, mais aussi d’un point de vue numérique. Si, outre les camps du Goulag, on prend aussi en compte les villages de peuplement, où ont été déportées des populations entières de Polonais ou de Tchétchènes entre autres, on estime à 40 millions le nombre de personnes concernées, dont 4 à 5 millions de morts, le tout sur un immense territoire s’étendant sur 10 à 12 000 kilomètres d’est en ouest. Au-delà du Goulag, nous voulions raconter la démesure de ce système répressif, sans doute le plus perfectionné, vaste et dément de l’histoire.
On ignore également que le Goulag a été un instrument économique essentiel...
On connaît sa fonction d’élimination et de mise à l’écart de tous ceux que le régime considérait comme nuisibles, «les ennemis du peuple», qui pouvaient être n’importe qui. Moins explorée, la fonction productiviste du Goulag est pourtant fondamentale. Sa naissance en tant que système organisé correspond d’ailleurs au moment où Staline lance le premier plan quinquennal et l’industrialisation à marche forcée du pays, dans les années 1930. Les «zek», comme on appelle les détenus des camps, constituent une main d’oeuvre esclave, gratuite et intarissable, car pour la renouveler, il suffit de déporter de nouveaux contingents. Ce sont ces détenus qui réalisent, au prix de souffrances atroces, les grands travaux du communisme dont s’enorgueillit le régime : canaux pharaoniques, immenses complexes...

Comment avez-vous recueilli ces témoignages, rares, des victimes du Goulag ?
Cela n’avait rien d’évident car en Union soviétique et après 1991, en Russie, il n’y a eu aucune volonté de construire une mémoire du Goulag. Ce film a bénéficié de l’apport essentiel de l’association russe Mémorial, qui a commencé en 1988 à collecter des centaines de témoignages de survivants, pour la plupart décédés aujourd’hui. Ces récits permettent de se représenter ce que les gens ont enduré dans les camps, la tragédie humaine qu’a été le Goulag. L’un des défis de la réalisation était de parvenir à construire ce va-et-vient permanent entre l’analyse générale et les histoires vécues.

Pour relater ce vécu, il y a aussi la force d’images d’archives saisissantes... 
Ces images proviennent majoritairement de films de propagande, destinés à exalter la rédemption par le travail dans les camps. Le paradoxe est que, lorsqu’on les regarde aujourd’hui, elles révèlent surtout l’envers de la propagande. On y perçoit les visages fermés, les regards désespérés. Nous avons également collecté des photos inédites issues de fonds privés, parfois prises clandestinement de l’intérieur, ainsi que des dessins qui témoignent notamment de la grande violence des camps.
Le Goulag reste-t-il aujourd’hui tabou en Russie ?
C’est une chape de plomb. Nicolas Werth, historien spécialiste de l’Union soviétique et coauteur du documentaire, a d’ailleurs été expulsé par le FSB, héritier du KGB, quand il s’est rendu à Moscou pour prendre des premiers contacts, il y a deux ans. On peut penser que le passé d’agent du KGB de Vladimir Poutine est pour quelque chose dans cette amnésie collective. Mais plus profondément, il y a une forme de nostalgie pour cette période où Staline défiait le monde et où l’Union soviétique dominait la moitié de la planète. Pour autant, le Goulag est dans toutes les têtes en Russie. Tout le monde connait quelqu’un dont un parent a été déporté ou fusillé. Cela finira par s’exprimer sous une forme ou sous une autre. Il y a toujours un retour du refoulé, aussi bien chez les individus que dans les sociétés. Cependant, une chose est sûre : le régime russe ne fera rien pour aider. »


« Goulag- Une histoire soviétique » réalisée par Patrick Rotman
Auteurs : Patrick Rotman, Nicolas Werth et François Aymé
Commentaire dit par Florence Pernel
France, Kuiv Production-Michel Rotman, Arte France, 2019


Visuels :
Stroyka : détenus travaillant sur la voie morte à la fin des années 1940
©Tomasz Kizny
Pastel de Mikhail Rudakov (1952) : le garde
© Mikhail Rudakov
Détenus travaillant dans une mine d' étain, massif montagneux du Butugychag à la Kolyma (1940)
Prisonnier poussant un wagonnet à bras, Kolyma, années 40
©Tomasz Kizny
Pastel de Mikhail Rudakov (1952) : Zeks dans le froid
© Mikhail Rudakov
L' infirmerie du camp de Bamlag en 1949
© Tomasz Kizny
Détenus, pastel de Mikhaïl
© Mikhail Rudakov

1er volet : « Origines 1917-1933 » (Die Anfänge 1917 – 1933) : 54 min. Sur Arte le 11 février 2020 à 20 h 50
Visuels :
Le détenu Verbitsky
© Tomasz Kizny
Les Solovkki du Goulag (1928)
© Archives soviétiques
Détenus sur l' île polaire de Vaigach au début des années 30
© Tomasz Kizny

2e volet : « Prolifération 1934-1945 »  (Wucherungen 1934 - 1945) : 57 min. Sur Arte le 11 février 2020 à 21 h 45
Visuels :
Jeunes délinquants dans le camp de Molotovsk (Severodinsk) en1944
Veste matelassée de zek
©Tomasz Kizny
Châlits d' une baraque de détenus (1940)
© Sputnik / AKG-Images
Détenus exténués au repos au camp de Privoljski (1941)
© Tomasz Kizny

3e volet : « Apogée et agonie 1945-1957 » (Zenit und Todeskampf 1945 – 1957) : 58 min. Sur Arte le 11 février 2020 à 22 h 45
Série disponible sur Arte du 04/02/2020 au 10/04/2020.
Visuels :
Construction de la ligne de chemin fer Salekhard-Igarka en 1948Construction de la voie ferrée : la ligne Salekhard-Igarka (1948)
Infirmerie du camp Vorkouta (1945)
Cimetière de détenus à Vorkouta (1950)
© Tomasz Kizny

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