samedi 26 mars 2016

L’Ermitage, la naissance du musée impérial – Les Romanov, tsars collectionneurs


La Pinacothèque de Paris a présenté l’exposition éponyme réunissant un « ensemble rare d’une centaine d’œuvres du musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg ». En deux siècles, les Romanov « ont élaboré l’une des plus belles collections du monde et construit un musée moderne, ouvert au grand public dès 1805 ». « Une histoire du collectionnisme et du goût au sein des élites européennes les plus brillantes de leur temps », résume Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque de Paris. Arte diffusera les 26 mars à 20 h 50 et 27 mars 2016 à 14 h 30 Gloire et chute des Tsars de Russie, documentaire d'Eva Gerberding, André Schäfer (ZDF, 2013, 52 min) : "Historiens et créateurs revisitent le parcours des Romanov, dynastie née il y a plus de quatre siècles, des hauts lieux qu'ils ont marqués de leur empreinte à leur influence sur la Russie contemporaine. Issu d'une famille de boyards moscovites, Michel Fedorovitch Romanov n'a que 17 ans lorsqu'il est couronné tsar en juillet 1613. Son nom n'est pas resté dans l'histoire, contrairement à ceux de Pierre le Grand (1672-1725) et de Catherine II (1729-1796). Ces deux souverains ont instauré un pouvoir central très fort en s'efforçant de moderniser leur immense empire. Tous deux se sont ouverts sur l'Europe occidentale, alors que la plupart des tsars ont maintenu les archaïsmes et favorisé l'hégémonie de l'Église orthodoxe. Autres figures de la dynastie : Alexandre II, qui abolit le servage en 1861, et sera assassiné par des révolutionnaires en 1881 ; et Nicolas II, le dernier tsar de Russie, exécuté avec sa famille en 1918 à Ekaterinbourg. Il ne voulait pas gouverner et ne fut jamais à l'écoute de son peuple... Visite des hauts lieux de leur règne, à Saint-Pétersbourg et Moscou, archives inédites, entretiens (avec les historiens Irina Scherbakova et Viktor Erofeev, un descendant des Romanov, Paul Koulikovsky, le cinéaste Alexandre Sokourov, la styliste Tatyana Parfionova) retracent l'histoire des Romanov et ses résonances dans la Russie contemporaine".


Pour l’inauguration de son nouveau lieu près de la place de la Madeleine, la Pinacothèque de Paris s’intéresse à la naissance du musée russe de l'Hermitage, enrichi par des dons et surtout les acquisitions sélectives de souverains russes curieux, au goût affiné, en résonance parfois à des évènements historiques et à des fins de prestige politique.

Constituées à partir de la fin du XVIIe siècle, les collections impériales russes comptent vite parmi les plus importantes d’Europe et sont admirées notamment par les étrangers.

« Grand curieux et collectionneur averti », Pierre le Grand (1672-1725) envoie ses agents dans toute l’Europe pour rapporter peintures et sculptures à Saint-Pétersbourg. Prisant particulièrement l’art hollandais, Pierre Ier achète sur le marché de l’art d’Amsterdam des sujets bibliques, comme le magnifique David et Jonathan de Rembrandt, et « des scènes de genre d’une grande qualité », tel Le Contrat de Mariage de Jan Steen, ou encore des marines. L’école italienne ? Elle est illustrée par la superbe Mise au Tombeau de Garofalo, « alors attribuée à Raphaël, cadeau du cardinal Pietro Ottoboni ».

« Souveraine éclairée imprégnée de la philosophie des Lumières », Catherine II (1729-1796) enrichit les collections et édifie le premier espace affecté à leur présentation : le Petit Ermitage, construit près du Palais d’Hiver de 1764 à 1775. Ce bâtiment s’avère rapidement insuffisant pour réunir un nombre d’œuvres en hausse continue et le Grand ou Vieil Ermitage est édifié de 1771 à 1787. Catherine II confère à la « collection un caractère encyclopédique et voit le moyen d’affirmer son prestige politique ». A Paris, Catherine II « effectue ses principales acquisitions, par l’intermédiaire de correspondants aussi prestigieux que Diderot ou le Baron Grimm ». Dans la collection de Jean de Julienne, elle choisit notamemnt La malade et le médecin de Gabriel Metsu. Son coup le plus fabuleux : l’acquisition de la collection du banquier et mécène Pierre Crozat : le Portrait d’acteur de Domenico Fetti, l’esquisse pour L’Entrée de Marie de Médicis à Lyon de Rubens, les Amours à la chasse et la Vénus, Faune et Putti de Poussin, L’incrédulité de Saint Thomas de Van Dyck et le Portrait de jeune homme au chapeau de Greuze entrent alors dans les collections impériales. C’est à Paris qu’elle achète aussi le cabinet du comte Baudouin où les œuvres de Van Dyck rivalisent avec celles de Rembrandt, Rubens ou encore Ruysdael. Des achats qui suscitent l’ire et de l’opinion parisienne hostile à l’exportation de chefs-d’œuvre vers la Russie. Et qui rehaussent le prestige de Catherine II. À son décès, plus de 4000 tableaux composent la galerie.

Petit-fils de Catherine II, Alexandre Ier (1777-1825) imprime sa marque dans les collections impériales : il dote en particulier l’Ermitage d’une « superbe collection de maîtres espagnols. Durant les guerres napoléoniennes, les Russes agressés s’identifient aux héroïques Espagnols qui résistent aux troupes françaises. L’acquisition de la collection Coesvelt fait entrer les grands noms du siècle d’or espagnol dans la galerie impériale ». Citons Le Portrait du comte-duc Olivares de Vélasquez et la mystique Annonciation de Murillo. « À l’impératrice répudiée Joséphine de Beauharnais, Alexandre Ier achète 38 tableaux dont l’exquis Petit-déjeuner de Gabriel Metsu ».

Sous le règne de Nicolas Ier (1796-1855), est construit le Nouvel Ermitage (1842-1852), après l’incendie du Palais d’Hiver (1837). Nait le musée moderne, à l’instar de ceux qui se multiplient en Europe, du Louvre au British Museum, via les musées de Berlin et Munich. En 1855, Nicolas Ier cède plus de 1200 œuvres jugées médiocres. Mais il enrichit la galerie de tableaux italiens de la Renaissance : Mise au tombeau de Francesco Francia et plusieurs Titien avec la collection Barbarigo. Les Primitifs Flamands entrent à l’Ermitage « pendant la vente posthume de la collection de Guillaume II, roi des Pays-Bas ».

Les 24 janvier à 6 h 55, 27 janvier 2016 à 2 h 30, Histoire diffusa Les Romanov, Histoire d'une dynastie. Paul 1er et Alexandre 1er, documentaire de Maksim Bespaly. "A la mort de Catherine II, son fils Paul, surnommé le "Hamlet russe", devint empereur. Quatre ans plus tard, à la mort de Paul Ier, son fils Alexandre, marié sur préconisation de sa grand-mère à l'âge de 16 ans, lui succèda. Même s'il avait tous les attributs d'un empereur, Alexandre n'éprouvait pas de désir à régner".

Jusqu’au 15 septembre 2011
28, place de la Madeleine, 75008 Paris
Tél. : 01 42 68 02 01
Tous les jours de 10 h 30 à 19 h 30


Visuels de haut en bas :
Affiche
Jean-Baptiste Greuze
Portrait de jeune homme au chapeau
c. 1750
Huile sur toile
61 x 50 cm
Inv. no. GE-1256
Provenance : 1772, collection Louis-Antoine Crozat, baron de Thiers (Paris). Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
Photographe © Musée de l'Ermitage. Photo de Pavel Demidov

Nicolas Lancret
Concert au parc. 1738
Huile sur toile
61 x 51,5 cm (ovale)
INV. N° GE 1621
Provenance : 1772, collection Louis-Antoine Crozat, baron de Thiers (Paris)
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
Photographe © Musée de l'Ermitage. Photo de Vladimir Terebenin, Leonard Kheifets, Yuri Molodkovets

Rembrandt (Harmensz Van Rij, dit)
David et Jonathan
1642
Huile sur panneau de bois (parquetage)
73 x 61,5 cmINV. N° GE 713 Provenance : 1882, Palais de Monplaisir à Peterhof. Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
Photographe © Musée de l'Ermitage. Photo de Pavel Demidov

 Domenico Fetti
Portrait d’acteur (Tristan Martinelli ?)
c. 1620
Huile sur toile
105,5 x 81 cm
INV. N° GE 153
Provenance : 1772, collection Louis-Antoine Crozat, baron de Thiers (Paris)
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
Photographe © Musée de l'Ermitage. Photo de Vladimir Terebenin, Leonard Kheifets, Yuri Molodkovets

Diego Velasquez de Silva
Portrait de don Gaspar de Guzmán, comte-duc d'Olivares
c.1638
Huile sur toile
67 x 54,5 cm
INV. N° GE 300
Provenance : 1815, collection Coesvelt, Amsterdam.
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
Photographe © Musée de l'Ermitage. Photo de Alexander Koksharov, Leonard Kheifets

Jan Steen
Le Contrat de mariage
c. 1850
Huile sur toile
65 x 83 cm
INV. N° GE 795
Provenance : 1882, Palais de Monplaisir, Peterhof.
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
Photographe © Musée de l'Ermitage. Photo de Pavel Demidov

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- Judaïsme/Juifs
Cet article a été publié le 1er septembre 2011, puis le 21 janvier 2016.

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