samedi 28 janvier 2017

« Avant et après Auschwitz », par le général Petrenko



Le 7 mars 2002, l’Assemblée nationale accueillait une conférence éponyme organisée par le Centre Simon Wiesenthal (CSW) et les éditions Flammarion pour la sortie des mémoires du général ukrainien Vassili Petrenko, auteur du livre « Avant et après Auschwitz » (Flammarion). Celui-ci est l’un des quatre généraux qui ont libéré le camp d’Auschwitz, le matin du 27 janvier 1945, lors de l’opération Vistule-Oder, et sans ordre. Entouré de deux historiens et d’un responsable du CSW, cet invité prestigieux a martelé la vérité historique.


C’est une standing ovation qui a salué l’intervention du Gal Vassili Petrenko qui a « participé à la libération des déportés et internés du camp de concentration hitlérien, où sont morts des Juifs, ses compatriotes et compagnons d’armes ».

« Voir et ressentir cette horreur est différent de ce que l’on éprouve quand on lit un livre sur Auschwitz », constate le gal Petrenko. Et d’ajouter que, depuis 1945, il répète à chacune de ses interventions dans dix-huit pays : « je n’ai rien inventé ».

Grand, droit, se déplaçant difficilement, ce nonagénaire valeureux a expliqué sa motivation. Voici une dizaine d’années, lors d’un colloque à New York, il fut choqué par des questions : les Soviétiques connaissaient-ils l’existence du camp d’Auschwitz ? Si oui, alors que l’Armée Rouge se trouvait si près de ce camp, en aurait-elle sciemment retardé la libération, permettant aux Nazis de poursuivre leur action criminelle ? Dans la négative, elle a libéré ce camp car il se trouvait sur son chemin.

Cet ancien commandant en 1945 la 117e division d’artillerie livre le fruit de ses recherches dans les Archives centrales du ministère de la Défense de Russie. « Dans aucun document consulté il n’est fait mention d’Auschwitz. Il n’y pas eu d’ordre adressé au commandement du premier front ukrainien de libérer un camp de concentration. Auschwitz a été libéré une semaine plus tôt que les prévisions de Staline », affirme-t-il. Ce qu’a corroboré un historien russe.

C’est donc un engagement de Vérité sur la Shoah et de Mémoire qui motive ce général non-Juif aux hautes « qualités morales. Parmi les soldats de l’Armée rouge qui sont morts lors des combats près d’Auschwitz, il y avait un lieutenant-colonel juif », observe l’historien Claudio Ingerflom, directeur de recherches au CNRS. 

Qui savait quoi et quand ?
Qui savait quoi et quand ? Derrière cette question, d’autres questions ont surgi : que pouvait-on faire ? L’objectif militaire prioritaire des Alliés était d’arriver à Berlin. Certains de ses dirigeants ont su la politique d’extermination des Juifs par les forces de l’Axe. Pourquoi n’ont-ils pas décidé de détruire les voies ferrées ou les camps d’extermination, comme l’ont demandé en 1940 les prisonniers politiques d’Auschwitz ? Pour ne pas accréditer la thèse nazie - « les Alliés combattent pour les Juifs » -, « par manque de statut pour les Juifs », par conscience des moyens dont disposaient les Nazis pour achever leur extermination (marches exténuantes), par désintérêt général pour les Juifs dès la conférence d’Evian (1939), et peut-être aussi pour des « raisons techniques en 1940 : le rayon d’action des bombardiers était insuffisant » (Claudio Ingerflom).

Ilya Altman, directeur du Fonds de l'Holocauste (Moscou) et Claudio Ingerflom, directeur de recherches au CNRS, ont présenté leur contribution à ces Mémoires : un « éclairage d’ensemble, l’exposé de la politique du Kremlin de 1933 à 1945, et une information nouvelle : Eichmann en 1940 a proposé à l’URSS d’accueillir 2,4 millions de Juifs du Reich. L’URSS a refusé pour les raisons indiquées ».

Altman a présenté le travail du Centre d’Etudes sur l’Holocauste : la publication de monographies, manuels, recueils de documents, dont en 1999 « ce livre est à part, écrit par un général ukrainien qui appelle à se souvenir des victimes », constate-t-il.

« Certains en CEI sont réticents pour honorer les victimes Juives. Or, au début des années 1990, des collaborateurs des Nazis ont été réhabilités comme victimes du stalinisme. Sous la pression, des réhabilitations ont été annulées, surtout celles de ceux qui ont exterminé des Juifs. Les fonds allemands d’indemnisation des victimes de la Shoah dans les pays occupés ont fixé des critères d’attribution très stricts : délai d’habitation et exercice d’un travail dans les ghettos, présentation de documents, etc. En plus, l’accès aux Archives est parfois interdit. Donc, seulement 18% des demandes russes ont été agréées. En 2002, des associations d’études sur l’Holocauste dans l’ex-URSS ont reçu une liste de membres de ghettos établie par la Fondation Spielberg. Les victimes ont besoin de l’aide d’organisations Juives internationales », observe M. Altman.

« Le Centre alloue 1 500 dollars dès le dépôt du dossier, et autant un an après. Il lutte pour reporter la date limite de dépôt des demandes, fixée au 18 juillet 2002 », a précisé Shimon Samuels, directeur des liaisons internationales du CSW.

« Malgré l’émigration, la Russie compte de plus en plus de Juifs. Le nombre de ceux qui demandent des indemnisations a doublé, atteignant 10 000. Aux élections de 1995, on recensait 8 000 juifs au Birobidjan », a indiqué M. Altman. « Et là des ingénieurs israéliens prospectent l’or », ajoute Shimon Samuels, directeur des liaisons internationales du CSW.
  

Général Vassili Petrenko, Avant et après Auschwitz. Suivi du Kremlin et l'Holocauste 1933-2001 par Ilya Altman et Claudio Ingerflom. Traduit par François-Xavier Nérard. Flammarion, 2002.285 pages. ISBN : 978-2082100564

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Cet article avait été publié en une version concise par Actualité juive, et publié sur ce blog les 27 janvier 2013, 27 janvier 2014 et 2015. 

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