jeudi 12 novembre 2015

La photographe Helen Levitt (1913-2009)


Helen Levitt (1913-2009) est une photographe de rue (street photographer) Juive américaine, célèbre pour ses portraits, souvent d’enfants jouant, et ses scènes narratives, lyriques, dramatiques et mystérieuses de sa ville natale, New York. Une photographe secrète, influencée par Cartier-Bresson, Evans, Shahn et Agee, pionnière dès 1959 dans la photographie en couleurs, mais fidèle au noir et blanc jusqu’aux années 1990, aimant la compagnie de ses chats et son appartement de la Big Apple. Helen Levitt est l'une des photographes mises à l'honneur dans l'exposition Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 présentée en deux parties chronologiques au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay.

« Helen Levitt travaillait dans des quartiers pauvres parce qu’ils regorgeaient de monde, et que la vie de la rue était socialement riche et visuellement intéressante. Ce qui est remarquable dans ses photographies, c’est que ces actes de vie anodins et routiniers y sont révélés pleins de grâce, de drame, d’humour, de pathos et de surprise. [Ses photographies] sont emplies des attributs de l’art, comme si la rue était une scène, et ses habitants étaient des acteurs, des mimes, des orateurs et des danseurs », note l’historien et photographe John Szarkowski (1925-2007).
« Cérémonie de l’innocence » (William Butler Yeats)
Helen Levitt  est née le 31 août 1913 à Brooklyn (New York), dans une famille juive d’origine russe commerçante.

Elle quitte l’école précocement.

Dès 1931, elle apprend la photographie auprès d’un portraitiste, J. Florian Mitchell, dans le Bronx. Elle apprend notamment le développement des clichés.

Par des magazines et des expositions, Helen Levitt  prend connaissance du travail documentaire de membres de la Film and Photo League et de Cartier-Bresson  (1908-2004), de Walker Evans (1903-1975) et de Ben Shahn.

En 1935, elle rencontre Cartier-Bresson à New York, et l’observe photographier Brooklyn.

Autodidacte, attentive à la composition, elle aiguise son regard en fréquentant musées et galeries. En 1936, elle achète son deuxième Leica, appareil préféré de Cartier-Bresson.

Alors qu’elle enseigne l’art à des élèves en 1937 dans le cadre du Federal Art Project, elle est intriguée par les dessins à la craie (Sidewalk chalk) effectués par des enfants sur les murs et trottoirs, éléments caractéristiques de la culture des enfants des rues de la Big Apple.

Avec son Leica, elle filme ces œuvres belles pleines cde fantaisie, et leurs jeunes auteurs. En 1987, ces clichés sont rassemblées dans In The Street: chalk drawings and messages, New York City 1938–1948, un livre classé parmi les cent meilleurs livres de photos.

« Helen  adore lire des romans policiers, elle est plus viscérale qu’intellectuelle. Elle n’a jamais eu aucun plan de carrière ou le moindre désir d’être célèbre même si elle est reconnue comme un maître de la photographie », a déclaré le galeriste new-yorkais Laurence Miller.

En 1938-1939, Helen Levitt  étudie auprès de Walter Evans, photographe engagé par la Farm Security Administration lors de la Grande dépression. Elle l’accompagne dans le métro quand il prend ses photos incognito. Elle saisit aussi les habitants de quartiers pauvres, Spanish Harlem et Lower East Side.

En juillet 1939, Fortune publie ses photographies lors de son numéro sur New York.

En 1940, le cliché d'Helen Levitt sur Halloween est présenté dans l’exposition inaugurale du département photographie du Musée d’art moderne (MoMA ) de New York.

En 1941, elle voyage au Mexique et travaille comme monteuse pour le cinéaste Luis Buñuel, rencontré grâce à son amie peintre Janice Loeb. Ce réalisateur espagnol réalise des films de propagande pro-américains.

C’est en 1943 que Edward Steichen (1879-1973) organise son exposition individuelle au Musée d’Art moderne, puis Helen Levitt  entame une carrière de photographe documentaire pour la presse.

Elle réalise avec James Agee (1909-1955), critique cinématographique et romancier, et Janice Loeb deux films considérés comme précurseurs du cinéma américain indépendant expérimental : The Quiet One (1949) et In the Street : Chalk Drawings and Messages (1952). Helen Levitt poursuit son activité de monteuse jusqu’en 1972.

En 1959 et 1960, la fondation Guggenheim lui accorde deux bourses pour étudier les techniques de la photographie couleurs. Helen Levitt arpente donc les rues newyorkaises.

En 1976, elle est associée au National Endowment for the Arts (NEA).

Ses œuvres ont notamment été acquises par le Museum of Modern Art de New York et le Tokyo Metropolitan Museum of Photography.

En 2007, la Fondation Henri Cartier-Bresson  (FHCB) a présenté une centaine d’épreuves argentiques d’Helen Levitt, noir et blanc - souvent des tirages d’époque - et couleurs, parfois inédites, réalisées entre les années 1930 et 1980, pour la plupart à New York, sa ville natale et sa cité de prédilection, ainsi que de rares images de son voyage au Mexique en 1941. Ces dernières ont été mises en parallèle avec les clichés pris quelques années auparavant par Henri Cartier-Bresson, « un génie » qui l’influence dès leur rencontre en 1935.

En 2010, le centre d’art Le Point du Jour  à Cherbourg a présenté la rétrospective Un lyrisme urbain  de l’artiste.

Figure emblématique de la photographie documentaire du XXe siècle, Helen Levitt montre, sans a priori ni imposer un quelconque message, la vie dynamique et bigarrée des quartiers pauvres, les jeux des enfants.

« Tout ce que je peux dire à propos du travail que j’essaye de faire, c’est que la beauté est dans la réalité elle-même », observe cette artiste très primée.

Helen Levitt est l'une des photographes mises à l'honneur dans l'exposition Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 présentée en deux parties chronologiques au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay.

Visuel :
Helen Levitt (1918-2009)
New York, vers 1940
Tirage argentique, 9 x 14,7 cm
Washington, National Gallery of Art
© Estate of Helen Levitt
© Photo courtesy of the National Gallery of Art, Washington

 A lire sur ce blog :
Cet article a été publié en une version plus concise par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 31 août 2013.  

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