mercredi 30 août 2017

« Patrick Drahi, naissance d’un tycoon »


Dans le cadre de Vox Pop, Arte diffusa « Patrick Drahi, naissance d’un tycoon » européen (Patrick Drahi, Herrscher über das weltweite Kabelnetz?) Un entrepreneur franco-israélien, Juif né au Maroc, qui a fait fortune en rachetant et restructurant des entreprises du câble. Selon Haaretz, Patrick Drahi négocierait le rachat du quotidien israélien Yediot Aharonot.


« L’homme est secret et pourtant il emprunte des dizaines de milliards d’euros pour acheter des opérateurs de téléphonie partout en Europe ». C’est ainsi que le journaliste John Paul Lepers décrit Patrick Drahi en annonçant son « enquête sur la méthode Drahi qui intrigue et laisse pas mal de salariés sur le carreau ».

Cette méthode ? « Créer une nouvelle société holding qui va racheter une entreprise en s’endettant », la société rachetée remboursant les intérêts à taux faible de la dette.

C’est donc une enquête « sur la stratégie très risquée de l'homme d'affaires franco-israélien Patrick Drahi, résidant en Suisse » depuis 1999, qui « achète partout dans le monde des compagnies de téléphone et des câblo-opérateurs – dont SFR en 2014 et Portugal Telecom ».  Prix cassés, fin de prestations, open spaces vides, hygiène insuffisante, accord de garantie de l'emploi mais centaines de départs d'employés...

"L'homme qui valait 50 milliards fascine les banquiers, mais fait trembler les salariés".

Télécommunications
Patrick Drahi est né en 1963 dans une famille Juive de professeurs de mathématiques à Casablanca (Maroc).

Il s’installe avec sa famille à Montpellier (France) à l’âge de quinze ans.

En 1983, ce brillant élève est admis à l’Ecole Polytechnique, et complète sa formation à l’Ecole nationale supérieure des Télécommunications.

Après avoir travaillé chez Philips cinq ans et chez Kinnevik, il crée en 1993 son cabinet de conseil, puis se lance avec succès comme entrepreneur en maîtrisant la LBO (Leveraged Buy-Out) ou AEL (achat à effet de levier), et en se concentrant sur le secteur alors délaissé du câble. 

Cet ingénieur est l’actionnaire majeur de l’opérateur français Numericable et de l’opérateur israélien Hot.

Son nouvel associé, Alain Weill, patron de RMC et BFM, chaîne d'information en continu, le présente comme « un grand entrepreneur qui a une dimension mondiale. Quelqu’un de très doué, de très simple, qui a une boulimie d’acquisition pour profiter d'une époque exceptionnelle de taux, qui achète des sociétés qui produisent des ressources régulières. Tous les grands entrepreneurs en France se sont développés par la dette. Peu d'entrepreneurs ont le courage de faire ce qu'il fait aux Etats-Unis. Patrick Drahi a un modèle : John Malone, numéro un du câble aux Etats-Unis ». La dette ? "Tout dépend de son actif", répond Alain Weill.

Et qui a du affronter l’opposition teintée d’antisémitisme et de xénophobie de l’establishment français.

En mars 2014, Arnaud Montebourg, alors ministre français de Ministre de l'Économie, du Redressement productif et du Numérique, a préféré que Vivendi vende sa filiale SFR à Bouygues et non pas à Numéricable dirigée par Patrick Drahi, « ce David qui vient de l'emporter au nez et à la barbe de Goliath » (Philippe Manière). 

Le 18 mars 2014, dans sa chronique Les idées claires sur France Culture, le journaliste économique Philippe Manière a ironisé sur l'intervention « surprenante » et du « ton vindicatif » d’Arnaud Montebourg, qui, « sans doute chauffé par un establishment furieux d'avoir été doublé par ce parvenu de Drahi, a succombé à une sorte de réflexe anti-métèque... qui n'est pas à son honneur ni à l'honneur de la république ». 

Citant une source gouvernementale, BFM TV a écrit : « Bercy a lancé une enquête sur sa situation fiscale, et notamment sa résidence fiscale exacte, étant donné l'importance que prend Patrick Drahi dans l'économie hexagonale. »

Pour conquérir l’establishment parisien qui lui était hostile, pour être connu de la classe politique et détenir des contenus, cet outsider a monté en quelques années un empire médiatique d’une douzaine de magazines, dont L’Express, et le quotidien Libération

A l'été 2012, l'agence de presse israélienne Guysen TV a été rachetée par Patrick Drahi et Haïm Slutzky qui ont confié la direction de la nouvelle chaîne israélienne trilingue – français, américain, arabe - i24news, lancée en juillet 2013, à Frank Melloul.

« L’information est l’union de tous les points de vue », allègue le slogan de la campagne de promotion d'i24news. Non, l'information doit être authentifiée, vérifiée, précise, acurate selon le terme des anglo-saxons.

Las ! i24news n’a jamais rempli la mission qu’elle s’était assignée : se différencier des autres médias sur la couverture d'Israël, notamment par un regard différent, une terminologie non biaisée. Cet échec d'une chaîne qui se caractérise par la présence majoritaire d'invités de gauche et d'extrême  gauche, s’avère d’autant plus dramatique pour les Juifs d'Israël et de diaspora que cette chaîne télévisée dispose de moyens importants - effectif de 250 personnes -, et dans une période aussi cruciale.

Père de quatre enfants, philanthrope – Prix Scopus 2015  décernée par l’association des Amis de l’Université de Jérusalem et remis par le philosophe Bernard-Henri Lévy -, Patrick Drahi, dont le patrimoine s’élève à 14,9 milliards de dollars selon Forbes « survivra-t-il aux 50 milliards de dettes de sa société Altice », dont le siège a quitté le Luxembourg pour Amsterdam, groupe fondé en 2001 ? Sa « boulimie d'achat a abouti à cette dette vertigineuse ». Avec 15% des actions, Patrick Drahi peut diriger Altice.

"Dans le dernier classement des 500 plus grandes fortunes de France établi par le magazine Challenges, Bernard Arnault, le PDG de LVMH, cède la première place à Liliane Bettencourt, l'héritière de l'empire L'Oréal. Patrick Drahi, PDG d'Altice (9e, à 7,5 milliards d'euros) a vu sa fortune fondre de 56%. Vincent Bolloré, (10e, à 7,3 milliards d'euros) patron de Bolloré, a vu la sienne perdre un quart de sa valeur. Les 500 Français les plus fortunés de France pèsent, à eux tous, 456 milliards d'euros, soit 4 milliards de moins que lors de la précédente édition. Un léger recul dû, là encore, à une année boursière extrêmement agitée".

Vox report
Le « vox report » : de grands travaux  - ponts, marbres, style néoclassique réhabilité - et la reconstruction très controversée de Skopje, capitale de la République de Macédoine « pour lui donner un visage "antique" et controversé », pour exalter son identité nationale. Une statue de 25 mètres de haut représente Philippe II de Macédoine, qui est un héros grec, et père d'Alexandre le Grand.

Rachats
Le 11 mai 2017, le "propriétaire de SFR a chipé la Ligue des champions de football à Canal + et BeIN Sports. La Ligue des champions, c'est la plus grande compétition de football, celle des matchs de légende des Catalans du FC Barcelone et de son roi Messi contre le Real Madrid de Cristiano Ronaldo coaché par Zidane, le Bayern Munich, et bien sûr le PSG ou Monaco... C'est Patrick Drahi qui a lui-même fixé le montant, à l'issue d'un week-end du 1er mai studieux. Entre les deux tours de la présidentielle, le milliardaire franco-israélien a convié, sous le soleil de Tel-Aviv, Michel Combes, le PDG de SFR, et Alain Weill, le patron des médias du groupe. Au sommaire du séminaire dans les locaux de l'opérateur télécom local Hot : adopter la stratégie pour battre Canal et BeIN... « On a appris après coup qu'en fait l'UEFA avait fait un contrôle de la solvabilité du groupe déjà très endetté, pour s'assurer que SFR pourrait bien payer les trois saisons », se souvient un proche de l'opérateur. En emportant la Ligue des champions, Patrick Drahi a fait coup double : empocher une compétition essentielle pour recruter des abonnés et affaiblir ses concurrents. Une victoire qui valait bien une tournée générale de champagne. Et bientôt le mercato des commentateurs. Après avoir agité le marché des droits sportifs, SFR pourrait agiter celui des journalistes et des experts du football. La chaîne va avoir besoin de nouveaux commentateurs pour ses soirées Ligue des champions".

Selon Haaretz, Altice négocierait le rachat du quotidien israélien Yediot Aharonot. Altice pourrait acquérir 34% du groupe médiatique contrôlé par Eliezer Fishman.

Selon CNBC et l'agence Reuters, "après le rachat des opérateurs du câble américain Suddenlik et Cablevision en 2015 (respectivement pour 9,1 et 17,7 milliards de dollars), Patrick Drahi voudrait donc désormais s'attaquer à Charter Communications, le deuxième câblo-opérateur américain... La valeur totale de l'entreprise serait donc de l'ordre de 200 milliards de dollars (environ 170 milliards d'euros). Celle d'Altice est, elle, estimée à 90 milliards d'euros. Quant à Altice USA, elle ne pèse « que » 23 milliards de dollars en capitalisation boursière. Mais ce n'est pas la première fois que le groupe de Patrick Drahi tente d'acquérir un câblo-opérateur plus gros que lui. En 2014, il était parvenu à racheter SFR via Numericable, dont le chiffre d'affaires était plus de dix fois moindre".

Le Point analyse la stratégie de Patrick Drahi. "Patrick Drahi a construit son empire en deux temps. Au début des années 2000, il a patiemment racheté des réseaux câblés jusqu'à devenir le numéro un en France avec Numericable. Puis, entre 2014 et 2015, tout s'est accéléré. Coup sur coup, il a racheté SFR, Virgin Mobile, L'Express, Libération et le groupe BFM TV-RMC. Ensuite, il a acquis Portugal Telecom, et donc les réseaux câblés américains Suddenlink et Cablevision. L'ardoise a rapidement grimpé puisqu'en deux ans il a déboursé pas moins de 65 milliards de dollars. Sa dette est ainsi passée de 2,3 milliards d'euros en 2013 à près de 50 milliards d'euros deux ans plus tard. Une dette abyssale qui ne le tourmente guère puisqu'il expliquait devant une commission sénatoriale le 8 juin 2016 qu'il dormait plus facilement avec ses 50 milliards de dettes qu'avec les 50 000 francs qu'il avait empruntés à ses débuts, en 1991. Et pour cause, les banques continuent à le financer volontiers, elles lui proposent même de s'endetter encore plus qu'il ne le fait. Pour SFR, il aurait pu lever 100 milliards d'euros auprès des banques s'il l'avait souhaité. Idem pour Portugal Telecom, pour lequel les banques lui proposaient d'emprunter 60 milliards d'euros quand lui ne comptait en lever que 6… « Ça ne veut rien dire, 50 milliards de dettes. Il faut regarder ce qu'il y a en face : des actifs de grande qualité qui génèrent du cash flow, de la rentabilité », expliquait, en 2016 sur France Inter, Bernard Mourad, son ancien banquier qui a quitté Altice Media Group pour rejoindre l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron. Générer du cash flow (ou « flux de trésorerie » en français), c'est le mantra de Patrick Drahi. Et la garantie qu'il offre aux banques. Dans chaque entreprise qu'il rachète, il s'engage à réduire les frais de fonctionnement, à supprimer des postes et à mettre la pression aux fournisseurs pour dégager des marges qui lui permettront ensuite de rembourser les intérêts. La stratégie d'Altice a toujours été la même : s'endetter auprès d'investisseurs en quête de placements avec de hauts rendements pour financer son développement. Et profiter des taux d'intérêt actuellement très bas pour multiplier les opérations de refinancement et allonger la maturité moyenne de sa dette. Grâce à ces montages financiers, Altice ne sera confronté à de grosses échéances qu'à compter de 2022... Outre le montant colossal qu'il va falloir lever pour acquérir Charter, le groupe du milliardaire français va également devoir composer avec une concurrence féroce sur ce dossier. Charter a déjà rejeté l'idée d'une fusion avec l'opérateur de téléphonie mobile américain Sprint, mais SoftBank, sa maison mère japonaise, étudierait une offre publique d'achat (OPA), selon la presse américaine. Verizon, le premier opérateur mobile américain, garderait lui aussi un œil sur Charter. Mais Patrick Drahi dispose tout de même dans ce dossier d'un avantage non négligeable par rapport à ses concurrents : son amitié avec John Malone, premier actionnaire de Charter via son groupe Liberty Media, « roi » du câble américain que Patrick Drahi a toujours considéré comme son mentor. Lui qualifie le patron d'Altice de « génie » dans sa manière de bâtir son groupe à grands coups d'acquisitions tout en tirant avantage des faibles taux d'intérêt".

Altice pratique une "stratégie de convergence entre les télécoms et les contenus". "C’est la stratégie des acteurs gagnants : aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, les mouvements de Verizon, d’AT&T, de Comcast ou de BT l’illustrent. Cette convergence rapproche les télécoms et les médias mais aussi la publicité, car les opérateurs ont une bonne connaissance de leurs clients et n’entendent plus laisser ce domaine aux géants de l’Internet", a déclaré Michel Combes, directeur général d’Altice, au Monde (28 août 2017). Altice "est présent à la fois dans les télécoms mais aussi dans les contenus : il possède BFM-TV et Libération, a acquis des droits de football et lancé, le 22 août, une chaîne de cinéma et séries, Altice Studio. Altice se revendique comme un acteur « global », présent en France via SFR mais aussi aux Etats-Unis".


2015, 29 min
Sur Arte les 22 novembre à 20 h 15 et 24 novembre 2015 à 6 h 40 

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Les citations viennent d'Arte. L'article a été publié le 19 novembre 2015, puis le 8 juillet 2016.

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