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mardi 31 juillet 2018

« Artur Brauner - L'aventurier du cinéma » par Kathrin Anderson et Oliver Schwehm


Arte diffusera le 2 août 2018 « Artur Brauner - L'aventurier du cinéma » (Der Unerschrockene - Der Berliner Filmproduzent Artur Brauner) par Kathrin Anderson et Oliver Schwehm. Né Abraham Braune à Łódź (Pologne) en 1918, Artur « Atze » Brauner, éminent producteur et fondateur de la Central Cinema Company (CCC)-Film, « a traversé le siècle pour s’imposer comme l’une des figures les plus influentes de l’industrie cinématographique européenne ». 
    


Sag' die Wahrheit (1946), Les héros sont fatigués (1955), Jeunes filles en uniforme (Mädchen in Uniform) en 1958, Le Diabolique docteur Mabuse (Die 1000 Augen des Dr. Mabuse) et Le Brave Soldat Chvéïk (1960), Michel Strogoff (Strogoff) et Le Jardin des Finzi-Contini en 1970, La Passante du Sans-Souci (1982), Europa Europa (1990), Babiy Yar (2003)… Tous ces films et près de 300 autres ont été produits depuis 1946 par celui qui se surnomme dans son autobiographie « L’intrépide » : Artur « Atze » Brauner. Le nombre s’élève à environ sept cents en tenant compte de sa fonction de co-producteur.

Sans oublier les actrices qu’il a découvertes - Sonja Ziemann, Elke Sommer, Senta Berger et Caterina Valente - et les stars ayant joué dans ses films : Romy Schneider, Lilli Palmer, Michèle Morgan, Yves Montand, Michel Piccoli...

Gregor Rabinovitch (Cine-Allianz), Arnold Pressburger, Bernard Natan, Jacques Haïk, Alexandre Mnouchkine (Les Films Ariane), les frères Robert et Raymond Hakim, Pierre Braunberger, Jacques Roitfeld, Gilbert de Goldschmidt (Madeleine Films), Artur Brauner... Ces producteurs juifs ont contribué, pendant des décennies quand ils n'ont pas été tués lors de la Shoah, à leurs risques et périls, à l'essor de productions cinématographiques nationales et européenne, avant et après la Deuxième Guerre mondiale, à une époque sans chaînes de télévision ou SOFICA pour co-financer de films. 

Producteur emblématique
Artur « Atze » Brauner est né Abraham Braune à Łódź (Pologne) en 1918, aîné d’une fratrie juive dont le père Moshe est négociant en bois.

Il est scolarisé au Matura de la ville et étudie à l’Ecole polytechnique locale.

Il est impressionné en voyant Le Testament du Dr Mabuse de Fritz Lang qui suscite un vif intérêt pour le cinéma chez ce jeune spectateur.

Après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie en septembre 1939, avec sa famille, Abraham Braune fuit dans la zone de Pologne occupée par l’Union soviétique et survit à la Shoah.

Après la Deuxième Guerre mondiale, son frère Wolf et lui songent à émigrer en Amérique du Nord, et en chemin, s’installent à Berlin. Leurs parents et les autres membres de la fratrie font leur aliyah. Douze membres de leur proche parentèle ont été assassinés à Babi Yar, près de Kiev, en Ukraine, par les Nazis et leurs collaborateurs. Et 49 de sa famille élargie ont été tués lors de la Shoah.
 
« Avec sa société, CCC, Artur « Atze » Brauner est l’une des rares personnes juives à s'être installé pour vivre et travailler en Allemagne après la Shoah ».

En 1946, il crée la Central Cinema Company (CCC) dans le secteur américain de Berlin. Avec l’aide financière de sa famille, surtout de son beau-fère Joseph Einstein, il produit Sag’ die Wahrheit, un des premiers films tournés en Allemagne après la guerre, puis Morituri réalisé par Eugen York, film sur des déportés ayant fui un camp de concentration et luttant pour leur survie dans les forêts polonaises. Un échec commercial qui l’a endetté.

Artur Brauner prend conscience que, pour produire des films loués par la critique, il doit compenser leurs pertes financières en produisant des films raillés par la critique mais appréciés du public. Le cinéma allemand est alors en ruines – studios bombardés -, son image ternie par la propagande filmée nazie. Artur Brauner produit alors surtout des comédies « car le public voulait rire ». Et dans cette Allemagne qui avait proclamé à la fin de la guerre être « Stunde Null » (Heure Zéro), à un nouveau commencement, quasiment aucun Allemand ne voulait être confronté avec son passé récent nazi.

En 1947, Artur Brauner épouse Theresa Albert, surnommée Maria. Le couple a quatre enfants.

« Audacieux, exigeant et jaloux de son indépendance, Artur « Atze » Brauner veillait toujours à concilier ambitions artistiques et commerciales ».

Le CCC connait son apogée dans les années 1950 avec des mélodrames, des comédies, des films d’aventures et des comédies musicales. Artur Brauner s’affirme en « Monsieur miracle économique » du cinéma allemand.

En 1949, il « transforme une usine de gaz à Berlin en studio cinématographique. Là, tournent des stars germaniques comme Romy Schneider, Heinz Rühmann, Sonja Ziemann ou O.W. Fisher ». De Romy Schneider, il se souvient de son intelligence, son impulsivité, de sa discipline, de son don exceptionnel et de son engagement politique.

En 1958, la CCC « a produit 19 films et Artur Brauner est célébré comme le producteur indépendant ayant le plus de succès en Europe. Le magazine Der Spiegel lui consacre une couverture. Les journalistes semblent fascinés par ce magnat toujours élégant et énergique, sa rapidité de décision concernant un film au budget de 1,2 million de deutschemarks, lors d’un repas dans la salle à manger d’un hôtel, entre l’entrecôte et la Poire Belle Hélène ».

Artur « Atze » Brauner attire des réalisateurs allemands ayant fui le nazisme pour s’exiler à Hollywood. Il produit les œuvres de Fritz Lang ou Die Ratten (Les Rats, 1955) de Robert Siodmak, film adapté de la pièce de théâtre (1911) signée par Gerhart Hauptmann, avec Maria Schell, Curd Jürgens et Heidemarie Hatheyer, et récompensé par un Ours d’Or à la Berlinale. « On lui doit également plusieurs des blockbusters allemands des années 1960, ainsi que La passante du Sans-Souci, ultime film de Romy Schneider ».

En 1958, Artur « Atze » Brauner est le premier producteur occidental à financer la production d’un film en Pologne, située alors dans la sphère d’influence de l’URSS : « Ósmy dzień tygdonia » (Le Huitième jour de la semaine), librement adapté d’une nouvelle de Marek Hłasko et réalisé par Aleksander Ford, avec Sonja Ziemann. Après les événements de « mars 1968 » et la campagne antisémite en Pologne communiste, Artur Brauner coupe toute relation avec son pays natal. Il renoue avec la Pologne dans les années 1980 et y produit des films avec des réalisateurs talentueux, tels Andrzej Wajda, Agnieszka Holland et Jerzy Hoffman.

Les années 1960 marquent la fin de la popularité du cinéma, concurrencé par la télévision, et la demande pour un renouveau du cinéma allemand. Artur Brauner devient le symbole d’un cinéma que récusent des critiques de cinéma, une partie du public. Il tente de surmonter la crise par des films historiques à grand spectacle, des adaptations de romans d’aventures au Far West de Karl May et d’énigmes policières d’Edgar Wallace, voire même par des films érotiques. Pour garder ses studios, il mise sur les téléfilms. Cependant, en 1965, il doit licencier une partie de son équipe. De 1972 à 1980, la CCC a produit environ dix films.

En 1976, Artur Brauner publie son autobiographie « Mich gibt's nur einmal. Rückblende eines Lebens ». Cet excellent conteur à la mémoire précise y évoque surtout les années 1950 et les artistes avec lesquels il a travaillé.

Dans les années 1980-2000, Artur Brauner s’est focalisé sur son « Cycle Juif » avec notamment Die Spaziergängerin von Sans-Souci (La Passante du Sans-Souci) de Jacques Rouffio (1982), Eine Liebe in Deutschland (Un Amour en Allemagne) d’Andrzej Wajda (1983), Babiy Yar de Jeff Kanew (2003), Der letzte Zu (Le Dernier Train) par Joseph Vilsmaier et Dana Vávrová (2006).

Dans Blutiger Schnee (La Traque) de Jerzy Hoffman (1984), Sharon Brauner, fille d’Artur Brauner, joue le rôle de Ruth, jeune Juive qui échappe de peu à une escouade meurtrière de Nazis. Bien que ces films n’aient pas enregistré un nombre considérable d’entrées, ils ont conféré à leur producteur la reconnaissance critique qui lui manquait. Europa Europa d’Agnieszka Holland (1990) a reçu le Golden Globe.

Le scénario pour Hanussen d’István Szabó (1988) inspiré de la vie d'Erik Jan Hanussen, a été sélectionné pour l’Oscar. « Après ma mort, il n’y aura personne pour faire de tels films », a confié Artur Brauner. Il a tenté pendant une dizaine d’années de produire un film sur Oskar Schindler. En vain. Finalement, c’est Steven Spielberg qui réalisa La Liste de Schindler (The Schindler’s List).

En 1991, Artur Brauner crée la Fondation Artur Brauner visant à promouvoir la compréhension entre juifs et chrétiens ainsi que la tolérance entre fidèles de différentes religions, origines ethniques ou sociales. La Fondation remet le Artur Brauner Film Prix aux producteurs allemands dont les films véhiculent des idéaux de tolérance et des valeurs humanistes.
 
En 1992, Artur Brauner est fait citoyen d’honneur de Łódź.

En 2009, Yad Vashem à Jérusalem (Israël) reçoit un don de vingt-et-un films produits par Artur Brauner et ayant un lien avec la Shoah, dont Die Weiße Rose, Le Complot pour assassiner Hitler (Der 20. Juli) et L’Homme et la bête (Mensch und Bestie).

En 2010, Yad Vashem ouvre une médiathèque portant le nom de Brauner. Ce qui, aux dires mêmes du producteur, représente « le couronnement de ma carrière cinématographique ».

Artur Brauner est un membre éminent de la communauté juive berlinoise et le récipiendaire du Bundesverdienstkreuz (Ordre du Mérite), distinction fédérale la plus haute.

En 2003, lors de la Berlinale, il se voir décerner la Berlinale Kamera honorant toute sa carrière. Il a aussi été distingué par deux Golden Globes, un Oscar pour sa coproduction du Jardin des Finzi-Contini de Vittorio de Sica.

Depuis 2006, sa fille Alice, ancienne journaliste, dirige la CCC, et a produit Wunderkinder (Les Enfants prodiges) de Markus Rosenmüller (2011) et Auf das Leben! (To Life!) d’Uwe Jansen (2014).

En 2016, le musée juif de Berlin se réjouit du don d’Artur Brauner : vingt et un de ses films.

« À l’occasion de son centième anniversaire, Kathrin Anderson et Oliver Schwehm dressent l'émouvant portrait d’une figure forte du cinéma européen ».

Un « portrait du producteur berlinois Artur « Atze » Brauner, figure du cinéma européen du XXIe siècle. Audacieux et jaloux de son indépendance, il veillait toujours à concilier ambitions artistiques et commerciales. »


« Artur Brauner - L'aventurier du cinéma » par Kathrin Anderson et Oliver Schwehm
Allemagne, 2018, 52 min
Sur Arte le 2 août 2018 à 0 h 05

Visuels :
Artur Brauner
Artur Brauner (à gauche) et Robert Siodmak (à droite)
Artur Brauner (au centre) sur le tournage de "Grand Hôtel" (1959)
Artur Brauner avec Romy Schneider (à gauche) und Lilli Palmer (à droite) sur le tournage de "Jeunes filles en uniforme" (1958)
Filmplakat zu "Das indische Grabmal" (1959), eines der Werke von Artur Brauner Affiche du film "Le Tombeau hindou" (1959)
Extrait du long-métrage "Die Nibelungen" de 1967. Dès 1959 Artur Brauner avait déclarer vouloir réadapter cette légende.
Artur Brauner, sa femme Maria et sa fille Alice à la Berlinale de 2012.
Artur Brauner et Romy Schneider, qui a joué dans son film "Jeunes filles en uniforme" (1958).
Artur Brauner et sa femme Maria, décédée en 2017.
Artur Brauner et sa fille Alice
Portrait d'un centenaire: à l'occasion de son centième anniversaire le film retrace la vie du producteur Artur Brauner.
© CCC Filmkunst

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Les citations sur le documentaire proviennent d'Arte.

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