jeudi 18 août 2016

« Les films interdits du IIIe Reich » de Felix Moeller


Arte rediffusera le 17 juin 2016 « Les films interdits du IIIe Reich » (Verbotene Filme, Das Erbe des Nazi-Kinos), documentaire de Felix Moeller (2013). Un quart des films réalisés de 1933 à 1945, sous le IIIe Reich, ont été interdits par les Alliés en 1945. Environ quarante demeurent soustraits à toute projection publique. Un débat concerne la levée de ces prohibitions.
Le cinéma est « l’un des moyens de manipulation des masses les plus modernes », a déclaré  en 1934 Joseph Goebbels, ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande (1933-1945), et amateur comme Hitler de films.

Sous le joug nazi (1933-1945), de nombreux artistes – Fritz Lang, Eugen Schüfftan, Peter Lorre, Conrad Veidt, Robert Siodmak, Max Ophüls, etc. - fuient l’Allemagne, et le cinéma allemand fait l’objet d’un contrôle particulièrement étroit : aryanisation, étatisation des structures productives, placement sous l’autorité de Joseph Goebbels qui intervient dans l’écriture de scénarios, soumis à diverses étapes de censures, et le choix des artistes, etc. 

Conscients de la faible adhésion du public à des films  véhiculant grossièrement la propagande nazie, les dirigeants allemands tolèrent la diversification des genres, tout en favorisant les films à grand spectacle ou historiques - Kolberg (1944) insuffle le patriotisme combatif en évoquant les batailles napoléoniennes - ou de divertissement (comédies sentimentales), et en veillant à distiller leur idéologie antisémite, anglophobe.


Par le nombre de films produits annuellement, le cinéma allemand figure parmi les premiers au monde. Au fil des conquêtes du IIIe Reich, leur diffusion croit dans l’Europe sous férule nazie. S’ajoutent des atouts techniques - studios berlinois de la UFA à Babelsberg, profusion de moyens techniques offerts à Leni Riefenstahl, pellicules en couleurs (Agfacolor), etc. – et artistiques : stars - Zarah Leander, actrice et chanteuse suédoise, starisée dans les rôles de femmes fatales (Paramatta, bagne de femmes, Zu Neuen Ufern, de Detlef Sierck (futur Douglas Sirk), 1937) - de nombreux artistes demeurent dans le IIIe Reich : Carl Froelich, Fritz Arno Wagner, Phil Jutzi, Magda Schneider et Wolf Albach-Retty, parents de la future Romy Schneider, etc.

En 1943, plus d'un milliard d'entrées sont comptabilisées dans les salles de cinéma.

Parmi les plus célèbres films allemands produits sous le IIIe Reich : Les Dieux du stade (Olympia), documentaire en deux parties de Leni Riefenstahl (1938) sur les Jeux olympiques d'été de 1936, Le Juif Süss, succès populaire et antisémite de Veit Harlan (1940) avec Heinrich George, ancien comédien communiste qui a joué aussi dans Kolberg (1945), Les Aventures fantastiques du baron Münchhausen (Münchhausen) de Josef von Báky (1943), Theresienstadt. Ein Dokumentarfilm aus dem jüdischen Siedlungsgebiet (Theresienstadt. Un documentaire sur la zone de peuplement juif), célèbre sous le titre apocryphe Der Führer schenkt den Juden eine Stadt (Le Führer offre une ville aux Juifs), film tourné en 1944 par Kurt Gerron sur ordre des autorités nazies et terminé en 1945 par Karel Pečený.


« Violemment antisémites (Le Juif Süss, Jud Süß) ou anglophobes (Le président Krüger, Ohm Krüger, de Hans Steinhoff, Karl Anton et Herbert Maisch, 1941) - "La plus belle réussite de toute la guerre" (Goebbels) -, "légitimant l'élimination des handicapés (Suis-je un assassin ?, Ich klage an, réalisé par Wolfgang Liebeneiner) ou justifiant a posteriori l'invasion de la Pologne (Heimkehr), certains des films produits  par le IIIe Reich sous l’égide de Goebbels étaient d'abord des moyens de propagande nazis ». 

« Relevant des grands genres du cinéma populaire, du mélo à la fresque historique, et ayant bénéficié parfois de budgets colossaux, 300 des 1 200 longs métrages tournés entre 1933 et 1945 ont été interdits de diffusion par les Alliés »  après la Deuxième Guerre mondiale, dont deux films d'Emil Jannings. Souvent en nitrate,  ces films sont archivés dans des bunkers près de Berlin. Ils sont donc doublement "explosifs". Régulièrement, des commissions d'experts visionnent ces films, débattent sur leur éventuelle projection publique, etc.

Difficile pour un gouvernement allemand de paraître vouloir remettre dans les circuits officiels ce "cinéma brun" incitant notamment à la haine des Juifs.

Pour une Israélienne, ce serait la "politique de l'armée israélienne", et non Le Juif Süss, qui constituerait un carburant à la haine des Juifs. Pour un autre spectateur israélien, c'est un "symbole nazi"... Certaines des personnes interviewées proposent des règles de présentation pour certains films.

« Aujourd'hui, une quarantaine d'entre eux sont toujours concernés par l'interdiction. Strictement encadrée, la projection des plus problématiques se fait en séances publiques précédées d'une présentation et suivies d'un débat. Évaluer leur pouvoir de nuisance, notamment auprès des jeunes, demeure une épineuse question. Mais certains plaident pour que ces précautions soient désormais levées. Felix Moeller  analyse les tenants et les aboutissants d'un débat encore loin d'être tranché ».

« Les films interdits du IIIe Reich » de Felix Moeller
2013, 53 min
Sur Arte les 17 juin à 22 h 55 et 27 juin 2015 à 5 h 40, 17 juin 2016 à 22 h 45.

Visuels : © RBB/Blueprint Film

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 16 juin 2015.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire