mardi 6 juin 2017

« Les derniers hommes d’Alep » par Feras Fayyad et Steen Johannessen


Arte diffusera le 6 juin 2017 « Les derniers hommes d’Alep » (Last Men in Aleppo ; Die letzten Männer von Aleppo) par Feras Fayyad et Steen Johannessen. « Une immersion au plus près des Casques blancs d’Alep, qui secourent les civils bombardés au péril de leur vie. Primé à Sundance, ce documentaire est une ode déchirante au courage de ces hommes confrontés à l’humanité qui se meurt ».

Depuis quelques décennies est apparu un genre cinématographique nouveau, hybride : il s'agit de présenter sous forme « documentaire » une propagande arabe – palestinienne, syrienne, etc. - mise en scène et reçue comme réalité par une opinion publique occidentale naïve ou cynique. L'un des précurseurs ou réalisateurs les plus célèbres de ces "documenteurs" est Hany Abu-Assad, réalisateur du choquant Paradise Now (2005). Certains de ces films sont couronnés lors de festivals. Longtemps, les Palestiniens ont eu la faveur des jurys. Depuis quelques années, l'intérêt pour la Syrie a supplanté celui pour les "pôv" Gazaouis. Ces films sont teintés d'hostilité à l'égard du régime d'Assad et de la Russie, et louent l'opposition au régime de Bachar al-Assad.

Les Casques blancs, volontaires syriens, sont les personnages principaux de films et ont suscité de nombreuses interrogations sur la réalité de leurs actions.

Le 27 février 2017, l'Oscar du Meilleur court métrage documentaire a distingué The White Helmets, réalisé par Orlando von Einsiedel. Ces White Helmets se présentent comme des sauveteurs de civils victimes de bombardements en Syrie. Or, leurs liens avec des mouvements terroristes islamistes et leurs mises en scène de "sauvetages" ont été prouvés.

« Les derniers hommes d’Alep » co-réalisé par Feras Fayyad et le Danois Steen Johannessen, relate la vie "de trois secouristes volontaires engagés dans les Casques blancs dans les zones rebelles syriennes, et montre les attaques quotidiennes du régime de Bachar el Assad et de la Russie sur la ville d’Alep. Alors que les autres fuient, Khaled, Mahmoud et Subhi se ruent au contraire vers les zones bombardées, mais ils sont constamment en proie au doute, hésitant entre prendre la fuite avec leur famille et rester sur place pour tenter de sauver des vies".

« Un homme scrute avec appréhension la trajectoire d’un avion à l’horizon. « À cause de ce salaud de Bachar, on regarde en permanence vers le ciel ! On ne regarde même plus devant nous ! » 

Khaled « est membre de la Défense civile syrienne, un groupe de volontaires également appelés « Casques blancs » qui portent secours aux civils assiégés, pris sous le feu des bombes larguées par le régime et son allié russe ». 

« À chaque nouvelle frappe, ces hommes ordinaires, autrefois ouvriers ou étudiants, s’engouffrent dans des fourgonnettes à bout de souffle pour sécuriser les zones ravagées, extirper les corps ensevelis sous les décombres, ramasser les membres disloqués… » 

« Comme Khaled, Mahmoud a choisi de mener, au côté de son jeune frère, ce combat exténuant, récompensé de trop rares victoires contre la mort. Malgré la peur, la rage et le désespoir qui les assaillent, l’un comme l’autre se refusent à abandonner Alep… »

« Témoin des tortures endurées par les travailleurs humanitaires dans les geôles syriennes, où il a été détenu à deux reprises, le jeune réalisateur Feras Fayyad, réfugié au Danemark, a entrepris de capturer, de 2013 à 2016 – d’abord par lui-même, puis à distance, par le biais de ses cameramen restés à Alep –, le quotidien de larmes, de poussière et de sang de Khaled, Mahmoud et leurs compagnons ». 

Les « images, heurtées, au plus près des gestes et des visages, précipitent dans l’urgence des opérations de sauvetage et témoignent, douloureusement mais sans voyeurisme, du supplice des habitants d’Alep-Est. Elles montrent aussi les fragiles instants de répit, d’une partie de football avortée à un passage chez le barbier en passant par l’achat de poissons rouges pour la fontaine reconstruite de la cour du quartier général ». 

« En focalisant cette chronique au long cours sur deux personnages puissamment attachants – Khaled, le père de famille débonnaire, et le sensible Mahmoud –, Feras Fayyad offre un regard intimiste sur l’action des Casques blancs, dévoilant la solidarité qui les unit, leurs rêves brisés, leurs conflits intérieurs, entre tentation de la fuite, pour mettre leurs proches à l’abri, et impossibilité d’abdiquer ».

Le « portrait bouleversant de deux hommes au courage infini, qui ont tout sacrifié pour sauver les dernières bribes d’humanité dans une ville livrée au chaos qui sera leur tombeau ».

Images de ruines et de sauvetages, condamnations d'Assad, absence d'évocation des islamistes et de leur instrumentalisation des civils, affirmations du nombre de blessés et de morts par des sauveteurs, tirs de ballon de football interceptés par le gardien de but improvisé pendant un moment bref de détente, sentiment d'abandon par le monde arabe, omniprésence des hommes... C'est le quotidien filmé. Pas de perspective, pas d'analyse, pas d'explication sur l'enjeu représenté par Alep. Quelle part d'Alep aux rues ou quartiers détruits est filmée ? Aux cris enthousiastes de sauveteurs invoquant Allah, on en déduit qu'ils sont musulmans. Mais où sont les Syriens chrétiens ?

Ce « documentaire » « Les derniers hommes d’Alep » a été lauréat du Prix du jury du Meilleur documentaire dans la section Cinéma du monde de Sundance, et a reçu en mars 2017 le premier Prix du Festival international du film documentaire de Copenhague, dit CPH:DOX. Ce qui a accru sa diffusion dans le monde : Suède, Norvège, Finlance, Japon, Pays-Bas, Balkans, Espagne, etc.

ʺL’immédiateté émotionnelle bouleversante du film  nous a plongés dans une tragédie shakespearienne, car on voit des gens qui luttent pour conserver un semblant d’humanité face à une réalité intolérableʺ, a déclaré le jury, qui comprenait notamment le documentariste Joshua Oppenheimer (L’Acte de tuer)... Radio Kobanï, de Reber Dosky, et City of Ghosts, de Matthew Heineman, deux films qui traitent également de la Syrie, ont respectivement reçu le Prix FACT et le Prix du public. Le premier suit les efforts d’une jeune femme de 21 ans pour diffuser une émission de radio dans la ville de Kobanï, également touchée par la guerre. Le deuxième décrit de quelle façon un groupe de journalistes syriens, ralliés sous la bannière ʺRaqqa se fait massacrer en silenceʺ, rapportent sur l’occupation de Raqqa par l’État islamique".

« Les derniers hommes d’Alep » par Feras Fayyad et Steen Johannessen
Danemark, Larm Film, AMC (Aleppo Media Centre), Kloos & Co Medien, avec le soutien du Nordisk Film & TV Fond, 2017, 89 min
Sur Arte le 6 juin 2017 à 20 h 50

Visuels : © SWR/Kloos & Co. Medien
Mit schwerem Gerät werden Trümmer im Ostteil Aleppos beseitigt
„Dieser Krieg hat einen alten Mann aus mir gemacht“: Weißhelm Mahmoud nach einem Rettungseinsatz
Er war einer der bekanntesten Weißhelme: Protagonist Khaled Omar Harrah
Ein nachdenklicher Blick über die Heimatstadt: Protagonist Khaled (re.) mit einem Kollegen der Weißhelme
Die Ohnmacht gegen die überwältigende Gewalt der Bomben: „Weißhelm“ Mahmoud in einem ausgebombten Viertel
Khaled (re.) und Youssuf (li.) in den Trümmern von Aleppo

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Les citations sur le documentaire sont d'Arte.

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