lundi 23 décembre 2013

« Gustave Eiffel, le magicien du fer »


Cet article est republié à l'approche de la diffusion de La vraie raison de la Tour Eiffel, dans le cadre de Brèves d'histoire, sur la chaine Histoire, les 25 décembre 2013 et 13 janvier 2014.
 
Ce livre est la biographie détaillée et passionnante de cet ingénieur rigoureux, inventif et soucieux de son image, remarquable organisateur et gestionnaire. C’est le catalogue de l’exposition éponyme à l’Hôtel de Ville de Paris (7 mai-30 septembre 2009), un des évènements marquant le 120e anniversaire de l’Exposition universelle (1889) où triomphe la Tour Eiffel. Présentant « plans, dessins, photographies, lettres et objets personnels », puisant dans les archives familiales léguées à l’Etat, cette exposition retraçait « l’immense carrière de cet ingénieur d’exception et son éclatante activité de chercheur grâce à un riche ensemble de documents originaux ».

 
Gustave Eiffel est né en 1832 à Dijon dans une famille bourgeoise conservatrice, originaire de Marmagen, près de Cologne (province d’Eifel, Allemagne) où elle portait le nom de Boenickhausen.

« Une personnalité à la Jules Verne »
La carrière de ce centralien est lancée en 1858 quand son employeur, la compagnie belge des Matériels de chemins de fer, lui confie la construction du pont de Bordeaux. En 1862, « après plusieurs tentatives d’alliance infructueuses », Gustave Eiffel épouse Marie Gaudelet. Le couple a cinq enfants.

En 1866, Gustave Eiffel s’installe à son compte à Paris et implante en 1867 les locaux de sa société, les Établissements Eiffel, à Levallois-Perret (banlieue limitrophe de Paris). Là, il imagine et réalise une œuvre protéiforme, associant esthétique artistique et prouesses techniques novatrices en réponses audacieuses à des défis variés. Il se révèle un « inventeur génial, constructeur avant-gardiste, dénicheur d’idées et de formes », en France et à l’étranger : Portugal (pont Maria Pia sur le Douro), Hongrie (gare de Budapest), Roumanie, Égypte, Mexique, États-Unis, Vietnam, Cambodge et Laos. Il se distingue par une subtile alliance d’« imagination, de souplesse et d’ingéniosité » révélées dans ses œuvres d’art. Quelques exemples : le viaduc de Garabit – « arc de 160 mètres d’ouverture, reposant directement sur les rives, et monté sans aucun échafaudage » - (1880-1884), les « ponts portatifs » en acier envoyés en kits jusque dans les années 1940, la structure de la statue de la Liberté (1881-1884) à la demande du sculpteur Frédéric-Auguste Bartholdi, la charpente du Bon Marché et du Crédit Lyonnais (Paris) et la coupole aisément orientable de l’Observatoire de Nice (1885).


La Tour Eiffel, muse et inspiratrice

En 1884, les ingénieurs Émile Nouguier et Maurice Koechlin des établissements Eiffel lui présentent « le dessin d’un pylône de 300 mètres pour l'Exposition universelle de 1889 ». Eiffel n’est guère convaincu. « Il les laisse travailler sur le projet, dont il leur achète le brevet » en étant séduit par les « embellissements dessinés par Stephen Sauvestre, architecte ».

Sur la Tour Eiffel, œuvre majestueuse de 300 mètres de haut devenue le symbole de la capitale française, ce livre présente les projets ayant accompagné sa genèse – concours (1886), « intentions concurrentes, idées de transformations parfois inattendues » – et son influence sur les artistes au XXe siècle : peintres (Dufy, Léger, Delaunay), musiciens, photographes (Else Thalemann), cinéastes (René Clair) et architectes/urbanistes (Le Corbusier).

L’idée initiale visait à « célébrer le centenaire de la Révolution française et les vertus de l’industrie ». Gustave Eiffel finance sa Tour « presque totalement en contrepartie de la jouissance de l’exploitation de l’édifice pendant 20 ans ». Objet de polémiques architecturales et artistiques dès la présentation du projet en 1887, cette « Tour du Champ de Mars » rencontre un succès public immédiat – 1,953 million de visiteurs pendant les six mois de l’Exposition universelle -, bénéficie de l’électricité, « a marqué l’imaginaire populaire » et révolutionné « le paysage parisien ».

Dès les années 1890, Eiffel est touché par le « scandale de Panama » : son système d’écluses est ingénieux ; Eiffel s’est considérablement enrichi. Poursuivi, il sera « relaxé pour prescription des faits reprochés ».

Il « se retire des affaires et se consacre à la science pure en ouvrant des laboratoires aérodynamiques », résume Caroline Mathieu, commissaire de l’exposition. Entre 1890 et 1892, Il étudie trois projets qui ne seront pas réalisés : un chemin de fer métropolitain, un « pont sous la Manche » et un observatoire sur le mont Blanc. Eiffel livre sa « bataille du vent » (Martin Peter) et se passionne pour l’aviation : il fonde un laboratoire à Auteuil qui collabore avec Breguet et Farman ; il conçoit une soufflerie qui fonctionne toujours et un « avion de chasse à grande vitesse ».

Pour éviter la démolition de la Tour Eiffel prévue au bout de 20 ans, bravant la Pétition des artistes hostiles - Guy de Maupassant, Charles Garnier, Charles Gounod - (1887), Gustave Eiffel s’efforce d’en prouver l’utilité en l’utilisant pour des perfectionnements scientifiques et des recherches sur l’aérodynamique. En 1898, il installe à son sommet un laboratoire de météorologie, et en 1903 un émetteur permanent de T. S. F. (télégraphie sans fil). Mais « c’est sa position stratégique pour l’armée française et son rôle dans la guerre de 1914-1918 qui la sauvent définitivement de la démolition : grâce à une communication interceptée dans la station de la Tour, le général Gallieni organise la contre-offensive de la Marne en 1914 ».

Gustave Eiffel meurt en 1923, âgé de 91 ans. Une foule nombreuse, où l’on reconnaît maintes personnalités, assiste, le 31 décembre 1923, à ses obsèques au cimetière de Levallois-Perret.

« L’épopée tour Eiffel » (jusqu’au 31 décembre 2009), exposition-parcours à la Tour Eiffel, invite à découvrir « la genèse du monument, le succès incroyable de son image, ses fastes, sa « descendance », des bibelots aux grandes tours contemporaines, ses dessous cachés ».


Sous la direction de Caroline Mathieu, avec la collaboration notamment d’Amélie Granet-Garoscio et Bertrand Lemoine, Gustave Eiffel, le magicien du fer. Skira Flammarion, 2009. 256 pages. ISBN : 978-2-0812-2502-2. 35 € (broché).


Visuels, de haut en bas :
Charles Chambon - Pont de Bordeaux, vue perspective
© RMN (Musée d’Orsay) / Jean Schormans

Le pont Maria-Pia sur le Douro à Porto (Portugal), montage de l’arc
© RMN (Musée d’Orsay) / © Hervé Lewandowski

Le montage de la statue de la Liberté aux trois quarts du corps, dans les ateliers Gaget, Gauthier et Cie, à Paris, 1883
© Musée Bartholdi - Colmar. Reproduction Christian Kempf

Robert Delaunay - La tour Eiffel, 1926
© L & M services B.V. The Hague 20090103 / © Photo CNAC/MNAM, Dist. RMN. / © Droits réservés

V. Langonnet - Coupe de la soufflerie du laboratoire aérodynamique Eiffel rue Boileau
© Laboratoire aérodynamique Eiffel / CSTB /© Jean-Michel Seguin

A lire sur ce blog :

Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 612 (mai 2009) de L’Arche et le 22 octobre 2009 sur ce blog. Il a été republié le 2 octobre 2013.

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