vendredi 16 décembre 2016

« Hôtel Rwanda » de Terry George


Arte diffusa « Hôtel Rwanda », film de Terry George (2004). L’histoire vraie de Paul Rusesabagina, directeur adjoint du luxueux hôtel des Mille Collines qui sauva la vie de 1 268 Tutsis en avril 1994, alors que des Hutus commettaient un génocide en tuant en une centaine de jours, souvent à l’arme blanche, 800 000 Tutsis. Un film bouleversant qui omet d’évoquer la responsabilité de la France et de la Belgique, des Casques bleus, non seulement en abandonnant les Tutsis menacés de morts, mais aussi en ayant formé les miliciens génocidaires. Le génocide commis à l'égard des Tutsis et de Hutus modérés a débuté le 7 avril 1994. Le 15 décembre 2016 à 19 h, le Mémorial de la Shoah propose "Transmission, réconciliation : expérience théâtrale au Rwanda".
« Kigali, avril 1994. Le Rwanda est miné par une guerre civile depuis quatre ans. Les rebelles Tutsis luttent contre le régime rwandais, dirigé par des Hutus. Alors que les miliciens du président Juvénal Habyarimana s'arment de machettes, la radio hutue RTLM (Radio Télévision Libre des Mille Collines) distille la haine dans le pays, appelant sans relâche à « éradiquer l'infection » des « cafards » tutsis ».


« Directeur adjoint du luxueux hôtel des Mille Collines, où se côtoient Casques bleus, généraux rwandais et touristes occidentaux, Paul Rusesabagina, Hutu marié à une Tutsie, est persuadé que le calme reviendra vite. À tort ».

Le 6 avril 1994, le « président Habyarimana est assassiné, ce qui déclenche la furie des Hutus et le début du génocide des Tutsis. Paul Rusesabagina transforme alors son hôtel en refuge pour Tutsis, bientôt cerné par les milices des Hutus ».


Le génocide commis par des Hutus à l’égard des Tutsis et de Hutus modérés est « raconté à travers l'histoire vraie de Paul Rusesabagina qui sauva la vie de 1 268 personnes... Seuls le courage et les relations haut placées de Paul Rusesabagina permirent de sauver la vie de 1 268 Tutsis et Hutus modérés. Hôtel Rwanda lui rend un vibrant hommage ».

Pour son interprétation de Tatiana Rusesabagina, Sophie Okonedo a été « nominée » aux Oscar. Née d’une mère Juive britannique et d’un père Nigérian qui abandonne le foyer conjugal quand elle a cinq ans, Sophie Okonedo a été formée à la Royal Academy of Dramatic Art. Elle a été distinguée par le titre de chevalier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) en 2010 et par un Tony Award  pour sa performance dans A Raisin in the Sun, à Broadway.

Sorti dix ans après ce génocide, Hôtel Rwanda « offre un aperçu de l'horreur qui ravagea le pays et causa la mort de quelque 800 000 personnes en une centaine de jours. Si la cruauté des milices hutues est davantage suggérée que décrite, le réalisateur Terry George n'a pas hésité à tourner certaines scènes très dures, avec en fil rouge les messages sanguinaires de la RTLM – « Goûtez aux putes tutsies avant de les tuer ». Le film illustre le rôle criminel de cette radio et de la dépersonnalisation des Tutsis dans le génocide.

« L'autre grande force de ce film bouleversant est de mettre en lumière l'abandon des Rwandais par l'Occident, la passivité des nations occidentales, France et Belgique en tête. Les soldats français et belges, présents sur place, quittent le pays après avoir rapatrié les leurs ».

Les « casques bleus, en sous-effectif, n'ont pas le droit de faire usage de la force. L'un d'eux, le colonel Oliver (incarné par l'excellent Nick Nolte), résume la situation avec une nuance toute diplomatique : « Nous maintenons la paix. Nous ne faisons pas la paix ». De paix, il n'est bien sûr jamais question.

Or, des chercheurs ont souligné que les autorités politiques de ces pays n’ont pas seulement abandonné des Tutsis menacés de mort. Au terme de ses enquêtes, Serge Farnel écrit en 2010 : « De nombreux témoignages, aussi bien de rescapés que d'anciens génocidaires, y attestent de la participation directe de ce qui apparaît être des soldats français au génocide  de dizaines de milliers de civils tutsis le 13 mai 1994 à Bisesero, dans l'ouest du Rwanda. Les deux dates des 13 mai et 14 mai 1994 correspondent probablement aux deux plus importantes journées de massacres génocidaires ayant eu lieu dans le pays des mille collines au printemps 1994. On estime que 40 000 civils tutsis auraient été génocidés au cours de ces deux jours à Bisesero, la plus grande partie d'entre eux l'ayant été le 13 mai. Deux jours d'intenses massacres qui ont emboîté le pas à la journée du 12 mai dédiée, elle, à leur préparation ».

Un massacre relaté par Serge Farnel dans ses articles et livres, notamment dans Bisesero : « Bisesero, ouest du Rwanda. La région est emblématique du génocide perpétré contre les Tutsis, puisqu il s agit du lieu de la résistance aux mains nues des 60 000 derniers rescapés de la préfecture de Kibuye au printemps 1994. Un récit précis et haletant raconte les événements de Bisesero dans leurs moindres détails. Traqués pendant trois mois, ces héros et martyrs oubliés de l'Histoire vont résister à leur extermination avec un courage admirable. Sont détaillés le massacre de 40 000 civils perpétré à l arme lourde le 13 mai 1994 par l'armée, les miliciens, les villageois et de mystérieux Blancs francophones, ainsi que l abandon délibéré, à la fin juin, des derniers survivants à leurs tueurs par l'expédition militaro-humanitaire française, l'opération Turquoise. S'appuyant sur les récits de centaines de témoins, dont ceux que l auteur a lui-même recueillis à Bisesero, cet ouvrage à l'ampleur inédite donnera matière à réflexion sur un des événements majeurs de l'Histoire du XXe siècle. Il sera utile aux chercheurs tout en étant accessible à un plus large public ». La responsabilité de la France dépasse  donc selon Serge Farnel l’abandon.

Dans le cadre du 18e rendez-vous de Blois, le 10 octobre 2015, de 9 h 30 à 11 h, à la Maison de la magie, est proposé la table-ronde Le génocide des Tutsis au Rwanda : la question de la responsabilité de la France : Quelles furent les responsabilités dans son déclenchement, dans l'aide apportée à l'état rwandais, dans la lenteur de la réaction de l'ONU ?, avec pour modérateurs Joëlle DUSSEAU, Inspectrice générale honoraire, déléguée générale du parti Radical de gauche, et intervenants Pierre BRANA, Rapporteur de la mission parlementaire sur la responsabilité de la France dans le génocide des tutsis, Marcel KABANDA, Historien, Président de la formation IBUKA, expert auprès du TPI, Jean-Pierre CHRETIEN, Historien, spécialité de l'Afrique des grands lacs, et Hervé MESNAGER, Président départemental, Parti Radical de Gauche.

Le 22 mai 2016, de 9 h 30 à 18 h 30, dans le cadre de la 22e commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda, le Mémorial de la Shoah a accueilli le colloque Les archives disponibles sur le génocide des Tutsi au Rwanda : cartographie et typologie. "La construction de la mémoire a besoin d’attestation des faits. Or, l’ordonnateur des meurtres écrit et signe rarement le plan et les ordres. Tout est en filigrane des entretiens oraux et des allusions écrites. En ce qui concerne le génocide des Tutsi, ce défi est accentué par le marqueur oral de la culture. 22 ans après les événements, la création d’un fonds rassemblant l’ensemble des informations relatives à cette histoire s’avère indispensable. Cette journée dédiée permet de faire le point sur les possibilités d’accès des archives publiques et privées, un bilan des sources disponibles (sons, images, articles de presse, télégrammes diplomatiques, mais aussi des témoignages de rescapés, religieux, journalistes, diplomates, humanitaires…) et tente de définir les critères qui permettront de construire ce fonds documentaire".

I - Le témoignage comme preuve
→ 9 h 30 Ouverture Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah
→ 10 h Le rôle de l’archive dans le combat militant et historique : natures, statuts et apports
Présidence : Marcel Kabanda, historien, président Ibuka France
Jean-Pierre Chrétien, historien, directeur de recherche CNRS
Arno Klarsfeld, avocat, FFDJF
Yves Ternon, historien, université Paris 4
→ 12 h Recueil et usage du témoignage oral. Médias, thérapies, filmages
Présidence : Jeanne Allaire-Kayigirwa, juriste, présidente Ibuka Rhône-Alpes
Hélène Dumas, historienne, CNRS, LAM
Emilienne Mukansoro, psychothérapeute à Muhanga (Rwanda)
Freddy Mutanguha, directeur du Kigali Memorial Center (KMC) à Gisozi (Rwanda)

II - Dimensions internationales des archives
→ 14 h 30 Quelle postérité pour les archives judiciaires
Présidence : Stéphane Audoin-Rouzeau, historien, directeur d’études, EHESS
Jean-Damascène Bizimana, secrétaire exécutif de la CNLG (Commission nationale de lutte contre le génocide)
François-Xavier Nsanzuwera, avocat auprès de la chambre d’appel, bureau du procureur du TPIR
Ornella Rovetta, post-doctorante MMC, Université libre de Bruxelles
→ 16 h 30 Accès et valorisation des archives publiques et privées
Présidence : Jean-François Dupaquier, journaliste, écrivain
Pierre Brana, corapporteur à la Mission d’information parlementaire sur le Rwanda en 1998
Florent Geel, responsable du bureau Afrique de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme), ONG internationale de défense des droits humains
Jean-Christophe Klotz, journaliste, réalisateur
→ 18 h Conclusion
Bilan des sources et définition de critères appropriés pour la création d’un fonds documentaire sur le génocide des Tutsi
Rémi Korman, doctorant, centre de recherches historiques (CRH)
Florent Piton, doctorant, CESSMA, université Paris 7 - Diderot

Le 12 juillet 2016, à 19 h, la mairie du XXe arrondissement de Paris a proposé le débat organisé par l'EGAM (European Grassroots Antiracist Movement) et intitulé Génocide contre les Tutsis : la vérité maintenant !

Le 15 décembre 2016 à 19 h, le Mémorial de la Shoah propose "Transmission, réconciliation : expérience théâtrale au Rwanda", en présence de Dalila Boitaud, metteur en scène, compagnie Uz et Coutumes, Marie- Odile Godard, psychologue-psychanalyste, Eliane Umuhire, Didacienne Nibagwire, Mickaël Sengazi et Christophe Lafargue, comédiens et témoins, et animée par Carole Karemera, metteur en scène, directrice artistique du Ishyo Arts Center. "22 ans après, où en est la réconciliation ? Comment, à la lumière des autres génocides, les bourreaux et les victimes peuvent appréhender le passé, le présent et le futur ? À travers le théâtre de rue, une troupe franco-rwandaise revient sur la réception par les habitants de sa tournée dans les collines rwandaises. Lectures d’extraits d’Ici et maintenant, écrit notamment sur la base d’entretiens avec des témoins rescapés de la Shoah par la compagnie Uz et Coutumes (Uzeste) et Ishyo Arts Center (Kigali)".


« Hôtel Rwanda », film de Terry George
Royaume-Uni, Italie, Afrique du sud, 2004, 114 min
Producteur/-trice : A. Kitman Ho, Terry George
Production : Miracle Pictures/Seamus, Inside Track, Mikado Film
Scénario : Keir Pearson, Terry George
Musique : Andrea Guerra, Rupert Gregson-Williams, Afro Celt Sound System
Image : Robert Fraisse
Montage : Naomi Geraghty
Avec Don Cheadle, Sophie Okonedo, Joaquin Phoenix, Desmond Dube, David O'Hara, Cara Seymour, Fana Mokoena, Jean Réno
Sur Arte les 30 septembre à 20 h 55 et 2 octobre 2015 à 1 h 20

Visuels : © ARD/Degeto et Photos des victimes du génocide des Tutsi exposées au Mémorial de Gisozi (Kigali)© Mémorial de la Shoah.

© Cécile Marical

A lire sur ce blog :
Les citations non sourcées sont extraites d'Arte. Cet article a été publié le 30 septembre 2015, puis les 7 avril et 11 juillet 2016.

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