vendredi 20 janvier 2017

« L'œil et la main, la religion juive » par Eden Shavit


France 5 rediffusera le 21 janvier 2017, dans le cadre de « L'œil et la main », le volet consacré à la religion juive, intitulé « Une sacrée transmission » et réalisé par Eden Shavit. Une émission passionnante et émouvante sur des Juifs français sourds sous le regard chaleureux et les questions pertinentes de Laurène Loctin.


« Emission bilingue français - langue des signes, L'œil et la Main propose un espace de rencontre entre sourds et entendants, où s'échangent regards et points de vue sur le monde. A ce titre, elle s'adresse aux uns comme aux autres ». Une émission sous-titrée en français. Les déclarations en langage des signes sont lues en français et en off.

Le documentaire s’ouvre sur le panneau de la Librairie du Temple, dans le Marais juif, et se poursuit par un dialogue entre deux Français juifs dialoguant en langage des sourds-muets, le long de la rue des Rosiers. Portant kippa, Léo Ariel vient d’une « famille peu pratiquante, mais avec une forte identité juive ». Un jour, il a accompagné son père à la synagogue. Il lui a demandé de lui « signer », c’est-à-dire de lui exprimer en langage des signes ce qui se disait. Son père a refusé, car il ne se sentait pas capable d’expliquer. Furieux, Léo Ariel est parti. Puis, le père et le fils se sont expliqués. A l'âge de 15 ans, Léo Ariel s'est éloigné du judaïsme, notamment car il était confronté à l'antisémitisme. Rapidement, il est revenu au judaïsme, que France 5 réduit à tort à une religion. En 2014, Léo Ariel a fait son aliyah. Pourquoi ? Plusieurs raisons : ses hésitations quant à son futur métier, l'opération militaire israélienne Bordure protectrice contre le mouvement terroriste islamiste Hamas dans la bande de Gaza, les "informations totalement contradictoires" venant d'Israël, en France et dans le monde arabe - "Il y avait un tel décalage que je ne savais pas où était la réalité" -, la volonté de changer de vie... Sur Internet, Ariel s'est filmé devant un drapeau israélien, en train d'expliquer comment on écrit en langage des signes Sion, sionisme. Sa vidéo est sous-titrée. Une manière de transmettre son amour pour le judaïsme et l'Etat juif, aux entendants, juifs et non-juifs. Et d'expliquer à ses coreligionnaires entendants qu'ils font partie du même peuple.

Au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ), Mark Zaurov, historien à l'université de Hambourg, cite, en langage des signes, Moïse soulignant qu'il ne faut pas discriminer les sourds : "Aristote a dit que sans langage il ne pouvait pas y avoir de pensée... On a exempté les sourds des devoirs religieux... C'est comme ça que les Juifs sourds sont devenus étrangers à leur propre identité. Aujourd'hui, de plus en plus de sourds ont confiance en eux. Il y a des rabbins sourds. Maintenant, les sourds ont pris leur vie en main". Et Mark Zauroy de montrer en langage des sourds les signes pour désigner les Juifs : barbes, téfilines au front... Certains, tel le nez crochu, sont antisémites.

La « religion juive, sa compréhension, sa pratique et sa transmission sont entièrement tournées vers l'oralité : prières récitées, fêtes chantées. Cela représente un véritable défi pour les sourds. Comment explique-t-on la Tora en langue des signes et comment les sourds juifs s'approprient-ils les codes et les références de leur culture ? » Comment un garçon juif sourd peut-il faire sa bar-mitzva, qui comporte notamment des prières, des chants ?

Lors de Rosh HaChana (Nouvel an juif), les juifs soufflent dans une corne de bélier. "Pour pouvoir ressentir le son, les vibrations du souffle, les juifs sourds posent leurs mains sur des ballons de baudruche que l'on gonfle. Ils peuvent ainsi participer aux rites religieux".

Pascal, gardien de synagogue à Bagnolet, Juif sourd, fait entrer Laurène Loctin dans une synagogue sépharade dont le rabbin est orthodoxe. Après avoir embrassé la mezouza, il explique sa fonction de chemere : "J'aide le rabbin dans son travail. Je vais chercher le livre de prière, le talit [châle de prières, Nda]. Je prépare le banquet. J'installe la salle, la souka. Je suis aussi responsable des clés. Mon père exerçait cette fonction en Algérie. Il m'expliquait combien ce travail était très, très important dans notre famille. Mon arrière-grand mère s'occupait déjà de laver les morts. Ça, c'est réservé aux femmes. Du côté des hommes, mes ancêtres, de génération en génération, en Algérie puis ici, ont toujours servi la synagogue. Je vénère Dieu, je sers Dieu et Il me récompensera... Ma prière est intérieure. Je demande au rabbin de m'expliquer ce que je n'ai pas compris, et je lis sur ses lèvres. Cela me fait vraiment du bien et je l'en remercie. Il y a aussi ma femme qui lit beaucoup et me fait part de ce qu'elle lit. On échange dessus, souvent en langage des signes".

Isser, professeur de Talmud, tient une conférence devant un public composé de Juifs sourds. Tous s'expriment en langage des signes sur des questions concernant le judaïsme. L'un des spectateurs se souvient d'un Kiddouch entre sourds qui ont chanté les chants juifs et loué Dieu.

L'ASJF (Association des sourds juifs de France) a quarante ans, et "erre de local en local à la recherche d'un foyer". Comme les Hébreux dans le désert. "Etre sourd et juif, c'est la minorité dans la minorité. L'association permet de rassembler [les Juifs sourds]. Cela fait du bien de partager la même identité. Etre sourd et juif, c'est vraiment difficile. Il faut garder notre patrimoine, notre histoire, et la transmettre à notre tour", résumé Céline Hayat, présidente de l'ASJF.

L'émission s'achève sur Raphaël et Julia, un couple marié de Juifs sourds d'origine marocaine, célébrant en famille le chabbat et insistant sur le devoir de transmission.

« L'œil et la main, la religion juive » par Eden Shavit
Point du jour, 2016, 30 min
Sur Arte le 21 janvier 2017 à 23 h 50

Visuel : © DR

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Les citations sont extraites de France 5 et du documentaire.

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