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lundi 28 janvier 2019

« L'œil et la main, la religion juive » par Eden Shavit


France 5 rediffusa, dans le cadre de « L'œil et la main », le volet consacré à la religion juive, intitulé « Une sacrée transmission » et réalisé par Eden Shavit. Une émission passionnante et émouvante sur des Juifs français sourds sous le regard chaleureux et les questions pertinentes de Laurène Loctin. Le 28 janvier 2019, Arte diffusera Les Enfants du silence, par Randa Haines, avec William Hurt, Piper Laurie et Marlee Matlin.


« Emission bilingue français - langue des signes, L'œil et la Main propose un espace de rencontre entre sourds et entendants, où s'échangent regards et points de vue sur le monde. A ce titre, elle s'adresse aux uns comme aux autres ». Une émission sous-titrée en français. Les déclarations en langage des signes sont lues en français et en off.

Le documentaire s’ouvre sur le panneau de la Librairie du Temple, dans le Marais juif, et se poursuit par un dialogue entre deux Français juifs dialoguant en langage des sourds-muets, le long de la rue des Rosiers. Portant kippa, Léo Ariel vient d’une « famille peu pratiquante, mais avec une forte identité juive ». Un jour, il a accompagné son père à la synagogue. Il lui a demandé de lui « signer », c’est-à-dire de lui exprimer en langage des signes ce qui se disait. Son père a refusé, car il ne se sentait pas capable d’expliquer. Furieux, Léo Ariel est parti. Puis, le père et le fils se sont expliqués. A l'âge de 15 ans, Léo Ariel s'est éloigné du judaïsme, notamment car il était confronté à l'antisémitisme. Rapidement, il est revenu au judaïsme, que France 5 réduit à tort à une religion. En 2014, Léo Ariel a fait son aliyah. Pourquoi ? Plusieurs raisons : ses hésitations quant à son futur métier, l'opération militaire israélienne Bordure protectrice contre le mouvement terroriste islamiste Hamas dans la bande de Gaza, les "informations totalement contradictoires" venant d'Israël, en France et dans le monde arabe - "Il y avait un tel décalage que je ne savais pas où était la réalité" -, la volonté de changer de vie... Sur Internet, Ariel s'est filmé devant un drapeau israélien, en train d'expliquer comment on écrit en langage des signes Sion, sionisme. Sa vidéo est sous-titrée. Une manière de transmettre son amour pour le judaïsme et l'Etat juif, aux entendants, juifs et non-juifs. Et d'expliquer à ses coreligionnaires entendants qu'ils font partie du même peuple.

Au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ), Mark Zaurov, historien à l'université de Hambourg, cite, en langage des signes, Moïse soulignant qu'il ne faut pas discriminer les sourds : "Aristote a dit que sans langage il ne pouvait pas y avoir de pensée... On a exempté les sourds des devoirs religieux... C'est comme ça que les Juifs sourds sont devenus étrangers à leur propre identité. Aujourd'hui, de plus en plus de sourds ont confiance en eux. Il y a des rabbins sourds. Maintenant, les sourds ont pris leur vie en main". Et Mark Zauroy de montrer en langage des sourds les signes pour désigner les Juifs : barbes, téfilines au front... Certains, tel le nez crochu, sont antisémites.

La « religion juive, sa compréhension, sa pratique et sa transmission sont entièrement tournées vers l'oralité : prières récitées, fêtes chantées. Cela représente un véritable défi pour les sourds. Comment explique-t-on la Tora en langue des signes et comment les sourds juifs s'approprient-ils les codes et les références de leur culture ? » Comment un garçon juif sourd peut-il faire sa bar-mitzva, qui comporte notamment des prières, des chants ?

Lors de Rosh HaChana (Nouvel an juif), les juifs soufflent dans une corne de bélier. "Pour pouvoir ressentir le son, les vibrations du souffle, les juifs sourds posent leurs mains sur des ballons de baudruche que l'on gonfle. Ils peuvent ainsi participer aux rites religieux".

Pascal, gardien de synagogue à Bagnolet, Juif sourd, fait entrer Laurène Loctin dans une synagogue sépharade dont le rabbin est orthodoxe. Après avoir embrassé la mezouza, il explique sa fonction de chemere : "J'aide le rabbin dans son travail. Je vais chercher le livre de prière, le talit [châle de prières, Nda]. Je prépare le banquet. J'installe la salle, la souka. Je suis aussi responsable des clés. Mon père exerçait cette fonction en Algérie. Il m'expliquait combien ce travail était très, très important dans notre famille. Mon arrière-grand mère s'occupait déjà de laver les morts. Ça, c'est réservé aux femmes. Du côté des hommes, mes ancêtres, de génération en génération, en Algérie puis ici, ont toujours servi la synagogue. Je vénère Dieu, je sers Dieu et Il me récompensera... Ma prière est intérieure. Je demande au rabbin de m'expliquer ce que je n'ai pas compris, et je lis sur ses lèvres. Cela me fait vraiment du bien et je l'en remercie. Il y a aussi ma femme qui lit beaucoup et me fait part de ce qu'elle lit. On échange dessus, souvent en langage des signes".

Isser, professeur de Talmud, tient une conférence devant un public composé de Juifs sourds. Tous s'expriment en langage des signes sur des questions concernant le judaïsme. L'un des spectateurs se souvient d'un Kiddouch entre sourds qui ont chanté les chants juifs et loué Dieu.

L'ASJF (Association des sourds juifs de France) a quarante ans, et "erre de local en local à la recherche d'un foyer". Comme les Hébreux dans le désert. "Etre sourd et juif, c'est la minorité dans la minorité. L'association permet de rassembler [les Juifs sourds]. Cela fait du bien de partager la même identité. Etre sourd et juif, c'est vraiment difficile. Il faut garder notre patrimoine, notre histoire, et la transmettre à notre tour", résumé Céline Hayat, présidente de l'ASJF.

L'émission s'achève sur Raphaël et Julia, un couple marié de Juifs sourds d'origine marocaine, célébrant en famille le chabbat et insistant sur le devoir de transmission.

Signer
Signer, de Nurith Aviv, est sorti en 2018 sur les grands écrans en France. "Nurith Aviv s’aventure dans un champ peu connu, celui des langues des signes. Ces langues sont diverses, chacune a sa grammaire, sa syntaxe, complexe et riche. Trois générations de protagonistes, sourds et entendants, mais aussi les chercheuses du Laboratoire de Recherche de Langue des Signes de l’université de Haïfa, s’expriment sur des langues qui ont émergé en Israël au siècle dernier, rejoignant les questions chères à Nurith Aviv de la langue maternelle, la traduction, la transmission. Une invitation à élargir notre perception des langues humaines". Le 26 juin 2018,  à 19 h 40, dans le cadre du festival "3 films pour 1 mois ExtraOrdinaire", L'Entrepôt a accueilli la projection-débat de Signer, de Nurith Aviv, en présence de la réalisatrice.

Les Enfants du silence
Arte diffusera le 28 janvier 2019 "Les enfants du silence" (Children of a Lesser God ; Gottes vergessene Kinder) par Randa Haines. "Les amours tumultueuses d’un professeur atypique et d’une jeune femme sourde et muette... Une comédie dramatique émouvante portée par la magistrale (et oscarisée) Marlee Matlin et le talentueux William Hurt." L'actrice Marlee Matlin est née dans une famille juive américaine.

"James Leeds, jeune professeur pour sourds et malentendants, est nommé à la Governor Kitbridge School, un établissement spécialisé de la Nouvelle-Angleterre. Prêt à tout pour redonner confiance à ses élèves, il n’hésite pas à casser les codes et à aborder les sujets tabous. Grâce aux méthodes peu conventionnelles de cet enseignant surdoué, les jeunes réalisent des progrès fulgurants. Mais la rencontre avec Sarah, sourde de naissance, qu’il croise dans les couloirs de l’institution, représente un réel défi pour lui. Murée dans sa solitude et sa colère, la jeune femme refuse d’apprendre à parler."

"Pour son premier long métrage, adapté de la pièce de théâtre éponyme de Mark Medoff, la réalisatrice Randa Haines filme avec intensité la passion fiévreuse entre deux êtres que tout sépare : un professeur charismatique et une ancienne élève sourde et muette, devenue femme de ménage dans l’établissement. Dans ce drame intime, la relation des deux protagonistes révèle toute la complexité des rapports entre le monde des sourds et celui des entendants. Avec pudeur, la cinéaste s’attache à dépeindre la fragile pérennité d’un couple aux prises avec le handicap. Portée par une Marlee Matlin réellement malentendante, exceptionnelle dans son rôle d’écorchée vive, et un William Hurt très juste en amoureux dépassé qui se débat pour communiquer avec la femme aimée, la romance, poignante, se double d’un véritable plaidoyer pour la tolérance et l’appréhension de l’autre dans sa différence."


"Les enfants du silence" par Randa Haines
Scénario : Hesper Anderson
Production : Paramount Pictures
Producteur/-trice : Patrick J. Palmer, Burt Sugarman
Image : John Seale
Montage : Lisa Fruchtman
Musique : Michael Convertino
Avec Piper Laurie, William Hurt, Marlee Matlin
Auteur : Mark Medoff
Etats-Unis, 1986
Sur Arte le 28 janvier 2019 à 23 h 20
Visuels :
Sarah Norman(Marlee Matlin), James Leeds (William Hurt)
Sarah Norman (Marlee Matlin)
© 1986 Paramount Pictures Corporation/All Rights Reserved

« L'œil et la main, la religion juive » par Eden Shavit
Point du jour, 2016, 30 min
Sur Arte le 21 janvier 2017 à 23 h 50
Visuel : © DR

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Les citations sont extraites de France 5 et du documentaire. Cet article a été publié le 20 janvier 2017, puis les 17 mars et 27 juin 2018.

3 commentaires:

  1. S'il vous plait dans quel livre de la Genèse est dit que Moïse écrit qu(il faut pas discriminer les sourds ? MERCI

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  2. Peut-être est-ce l'Exode 4-11 :
    "Yahvé lui dit : "Qui a doté l’homme d’une bouche ? Qui rend muet ou sourd, clairvoyant ou aveugle ? N’est-ce pas moi, Yahvé ?"

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