mardi 7 novembre 2017

« Sexe, mensonges et élections. L’affaire Anthony Weiner » par Josh Kriegman et Elyse Steinberg


« Sexe, mensonges et élections. L’affaire Anthony Weiner » (Sex, Lügen und Social Media. Der Fall Anthony Weiner) est un documentaire réalisé par Josh Kriegman et Elyse Steinberg. La fin de la carrière politique d’Anthony Weiner, politicien américain juif et démocrate, en raison de scandales sexuels ("sexting scandals"). Parmi les courriels ayant causé la réouverture le 28 octobre 2016 de l’enquête du FBI (Federal Bureau of Investigation) sur le recours par Hillary Clinton à sa messagerie personnelle dans le cadre de ses fonctions de Secrétaire d’Etat, figurent des courriels d’Anthony Weiner et de  son épouse Huma Abedin, conseillère américaine musulmane de la candidate du parti démocrate à l'élection présidentielle et dont les liens familiaux avec les Frères musulmans s'avèrent inquiétants. Le couple s'est séparé après un troisième scandale. Le 25 septembre 2017, Anthony Weiner a été condamné à 21 mois de prison par un tribunal fédéral.  

C'est une histoire dont raffolent les médias et leurs lecteurs/téléspectateurs/auditeurs tant elle est émaillée de rebondissements et est nouée de ressorts suscitant une curiosité inassouvie pour le sensationnalisme : la face cachée d'un politicien, l'ascension et la chute d'un membre démocrate de la Chambre des Représentants ardent défenseur de la classe moyenne, sa tentative de come back dans son bastion new-yorkais, le mariage d'un Juif et d'une musulmane, les relations d'un couple emblématique avec Hillary Clinton, le sexe et les réseaux sociaux, le sexe et la politique, les relations entre médias, souvent ancrés à gauche, et politique, les coulisses de la politique, la vie intime de professionnels de la politique "peoplelisés", etc.

« À deux reprises, des photos compromettantes ont entaché la carrière prometteuse de l’élu new-yorkais Anthony Weiner. Chronique implacable d’un emballement médiatique, ce documentaire a obtenu le Grand prix du jury au Festival de Sundance 2016 ».

« Un clic de trop, et c’est toute une carrière politique qui se trouve réduite à néant. Anthony Weiner l’a appris à ses dépens : le charismatique élu new-yorkais à la chambre des représentants depuis 1999 - proche du clan Clinton et étoile montante du parti démocrate - a posté par erreur sur son compte Twitter, en 2011, une photo intime destinée à une jeune femme rencontrée sur Internet ». Une photographie représentant en juin 2011, « son slip bombé ». « L’emballement médiatique immédiat a poussé l’homme à » nier les faits, puis à présenter des excuses et à démissionner de son mandat parlementaire.

« Deux ans plus tard, Weiner a tenté de rebondir et d’effacer la disgrâce passée en se présentant à l'élection municipale de la ville de New York ». Gay Pride, meetings, appels téléphoniques... La campagne débute avec des sondages favorables et des New-yorkais prêts à lui donner une seconde chance. Le couple Weiner participe activement à la collecte de fonds, se rend dans les foyers d'amis.

Las ! le 23 juillet 2013, un site américain révèle que Weiner a échangé, via Internet, « avec des inconnues des photographies compromettantes et des propos téléphoniques explicites en 2012, bien après avoir affirmé avoir cessé ces comportements. De « nouvelles photos compromettantes », envoyées sous le pseudonyme de Carlos Danger, provoquent « un second désastre… »

Anthony Weiner que ces photographies datent d'une période troublée dans son couple. Huma Abedin insiste sur la volonté d'aller en avant, après avoir pardonné à son mari et après ses séances chez un psy. Anthony Weiner poursuit sa campagne électorale, s'efforce de maintenir le moral des responsables de ses équipes de campagne. A des médias uniquement intéressés par l'éventuelle "sex-addiction" du candidat, une Américaine du Bronx déclare : "Sa vie privée, on s'en fout. On veut savoir ce qu'il va faire pour nous".  Kessler, électeur juif portant kippa, chuchote au moment où Anthony Weiner quitte une boutique : "Il est marié à une Arabe". Le candidat revient sur ses pas, courroucé. Kessler lui assène : "Tu es un mauvais exemple". Hillary Clinton aurait demandé à Huma Abedin de quitter son époux. Malgré un taux d'impopularité de 80%, la perte de la moitié de sa base électorale et la pression intense des médias, Anthony Weiner continue sa campagne et va voter avec son fils Jason. Il réunit 4,93% des voix dans la primaire démocrate à New York. Bill de Blasio est élu maire.

Josh Kriegman, qui a co-réalisé avec Elyse Steinberg le documentaire Weiner, a dirigé pendant deux ans l’équipe d’Anthony Weiner quand celui-ci siégeait au Congrès américain. La confiance et les liens affectifs entre les deux hommes ont incliné Anthony Weiner à accepter d’être filmé lors de sa deuxième campagne électorale pour le poste de maire de New-York, dix ans après sa première campagne pour ce poste éminent en 2003. Surtout, Anthony Weiner voulait montrer tout ce qu’il était, sans être réduit à la caricature façonnée et moquée par les médias. Apparaît un personnage complexe, orateur passionné, charismatique et avec des failles, tel son hubris.

Josh Kriegman et Elyse Steinberg ont filmé les coulisses de la campagne, ont assisté à des réunions privées, et ont extrait plus de 90 minutes de leurs 400 heures de rushes. Ainsi, lors d'une réunion des conseillers de son époux alors que des médias publient des informations compromettantes sur le candidat, Huma Abedin invite une conseillère sur le point de sortir de la pièce et d'affronter les médias planqués, à afficher un visage non affecté par la tristesse. 

Politiques et médias
« Pour ce documentaire qui devait initialement retracer le grand retour en politique du candidat repenti, les deux réalisateurs ont suivi au jour le jour un Weiner en campagne, volontaire et déterminé… avant qu'il ne se trouve embourbé dans une nouvelle vague de scandales. En résulte un film fascinant et drôle, qui tente de comprendre un homme ambitieux, obsédé par le contrôle de son image mais manifestement incapable de maîtriser ses pulsions. Un portrait passionnant des rapports entre le monde de la politique et celui des médias, récompensé notamment par le Grand Prix du jury au Festival de Sundance », dans la catégorie Documentaire.

En août 2016, le New York Post a révélé que Anthony Weiner continuait ses agissements, et avait envoyé via les réseaux sociaux à une inconnue - qui s'est avérée être un jeune homme -, notamment une photographie de lui, torse nu, allongé sur son lit avec à ses côtés son fils Jordan Zain Weiner âgé de quatre ans. Anthony Weiner réplique en affirmant qu'il pensait dialoguer avec une étudiante et qu'il avait été piégé par le quotidien new-yorkais.

Qu’ont pensé les réalisateurs de ces révélations ? « Nous n’avons pas été surpris. Nous avons pensé à César de Shakespeare [pièce de théâtre relatant le complot contre Jules César, son assassinat et les événements postérieurs, Nda]. Il est étonnant qu'Anthony Weiner ait été capable d’agir de nouveau de la même manière auto-destructrice... On se demande comment il peut être intelligent et avoir ces failles personnelles », ont déclaré Josh Kriegman et Elyse Steinberg, le 23 septembre 2016.

Parmi les courriels ayant causé la réouverture le 28 octobre 2016 de l’enquête du FBI (Federal Bureau of Investigation) sur le recours par Hillary Clinton à sa messagerie personnelle dans le cadre de ses fonctions de Secrétaire d’Etat, figurent des courriels d’Anthony Weiner et de Huma Abedin qui ont utilisé le même ordinateur personnel. Huma Abedin aurait forwardé dans sa messagerie personnelle Yahoo des courriers électroniques relevant de sa fonction au Secrétariat d'Etat. Tout ceci contrevient aux règles de sécurité.

Dès septembre 2013, sur son compte Twitter, Donald Trump avait alerté Huma Abedin sur Anthony Weiner qu’il avait appelé une « calamité qui l’emmènera avec lui dans sa chute » (“a calamity who is bringing her down with him”). Et dès 2015, il avait prévu que Huma Abedin représentait un "risque sécuritaire majeur".

Dans ce documentaire, une personne évoque brièvement Bill Clinton éclaboussé par des scandales sexuels, notamment lors de ses mandats présidentiels. Bill Clinton a survécu à ces scandales, et sa popularité est grande malgré le scandale financier de la Clinton Foundation. Pourquoi les scandales sexuels impliquant Anthony Weiner lui sont-ils fatals ?

Le 25 septembre 2017, Anthony Weiner a été condamné à 21 mois de prison par un tribunal fédéral.

Les Habedin
Née aux Etats-Unis, étudiante à la George Washington University, Huma Abedin a collaboré auprès d’Hillary Clinton dès son stage à la Maison Blanche en 1995. Cette Américaine arabophone a continué à travailler pour l'ex-First Lady lors de sa première campagne en 2008.

Elle a été sa conseillère politique et chef de cabinet au Département d’Etat tout en travaillant comme consultante pour des firmes privées - conflit d'intérêts ? -, notamment pour Teneo Holdings, à la Fondation Clinton et au sein de sa société Zain Endeavors LLC. Huma Abedin a été la directrice adjointe de sa campagne lors des primaires démocrates, et est son actuelle assistante dans sa campagne présidentielle 2016.

L'islam interdit à une musulmane d'épouser un non-musulman. Le mariage d'Huma Abedin avec Anthony Weiner prouve-t-il son intégration dans la société américaine dont elle partagerait les valeurs, implique-t-il la conversion d'Anthony Weiner à l'islam - selon une source, Weiner aurait cessé de consommer de l'alcool et observé parfois le jeûne du Ramadan -, ou résulte-t-il de la jurisprudence de Muruna (Flexibilité), qui autorise la transgression de règles de la sharia dans un but intéressé en lien avec l'islam ? A noter que la famille de Huma Abedin a maintenu ses liens avec Huma Abedin.

Il est dommage qu’aucun documentariste n’ait consacré un film à Huma Abedin et à ses liens avec les antisémites Frères musulmans, dont le mouvement terroriste Hamas est l'une des branches au Proche-Orient, via son défunt père Syed Z. Abedin, sa mère Saleha Mahmood Abedin et son frère Hassan Abedin.

Ce qui avait suscité le 13 juin 2012 une lettre de cinq membres républicains du Congrès : Michele Bachmann du Minnesota, Trent Franks de l'Arizona, Louie Gohmert du Texas, Thomas J. Rooney de Floride, et Lynn Westmoreland de Géorgie. Le sénateur républicain John Mc Cain avait rejeté ces allégations. Le 20 juillet 2012, l'Anti-Defamation League (ADL) avait condamné cette lettre et exhorté les signataires à  "arrêter d'évoquer ces théories anti-musulmanes de complot."

Universitaire d’origine indienne, Syed Z. Abedin a fondé en Arabie saoudite l’Institute of Muslim Minority Affairs, soutenu par la Muslim World League (MWL, Ligue musulmane mondiale). Créée en 1962 par l’Arabie saoudite, la MWL était peuplée de membres des Frères musulmans aux postes clés, et a servi de principal diffuseur par les Saoudiens et les Frères musulmans du suprématisme islamique sunnite.

La MWL publie le Journal of Muslim Minority Affairs auquel collabore toute la famille. Huma Abedin était rédactrice en chef adjointe du journal quand cette revue a publié un article imputant aux Etats-Unis la responsabilité des attentats terroristes islamiques du 11 septembre 2001. La MWL a fondé la Muslim Students Association (MSA), vecteur des Frères musulmans aux Etats-Unis.

Professeur de sociologie à Jeddah (Arabie saoudite), d'origine pakistanaise, Saleha Mahmood Abedin a dirigé l’Institute of Muslim Minority Affairs en Grande-Bretagne et l’International Islamic Committee for Woman and Child (IICWC), organisation qui défendait les mutilations génitales féminines et les mariages d’enfants.

Quant à Hassan Abedin, il préside le bureau de la Oxford Centre For Islamic Studies (OCIS) où il côtoie des membres des Frères musulmans dont Omar Naseef, lié à Ossama ben Laden, et Youssef Qaradawi.

Des courriers électroniques ont prouvé que lorsque des personnalités, notamment du Bahreïn, souhaitaient rencontré Hillary Clinton, alors Secrétaire d'Etat, elles devaient s'adresser à la Fondation Clinton, notamment à Huma Abedin. Elles versaient des donations généreuses à cette Fondation, et obtenaient un rendez-vous avec Hillary Clinton.

En 2009, Huma Abedin a déconseillé à Bill Clinton, hésitant, de s'exprimer devant l'AIPAC (American Israel Public Affairs Council) et a écrit ce message méprisant à son assistant Doug Band : « Tu veux vraiment envisager de l’envoyer parler à ces gens-là ? » (“U really want to consider sending him into that crowd?”) Devant l'insistance de Doug Band, Huma Abedin a asséné : "Ne pas aller à l'AIPAC" ("No go to aipac.”). Un échange de courriels rendu public par le Département d'Etat le 21 septembre 2016.


« Sexe, mensonges et élections. L’affaire Anthony Weiner » par Josh Kriegman et Elyse Steinberg
ZDF, 2016, 91 min
Sur Arte le 2 novembre 2016 à 22 h 30

Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 1er novembre 2016.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire