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mardi 18 décembre 2018

« Synagogues. Absence et présence » par Celia Lowenstein


Dans le cadre de « Monuments sacrés » (Sakrale Bauwerke), « Synagogues. Absence et présence » (Vom Verborgenen zum Sichtbaren: Tempel und Synagogen) est un documentaire "politiquement correct" réalisé par Celia Lowenstein. « Un voyage autour du monde à la découverte des plus beaux édifices cultuels. Aujourd'hui : les synagogues, témoins de l’histoire du peuple juif ». Ce documentaire sera diffusé au musée d’art et d’histoire du Judaïsme  (mahJ) le 19 décembre 2018 de 19 h 30 à 21 h, et sur Arte les 5, 13, 18 et 30 janvier 2019.
 

Arte poursuit sa diffusion de séries documentaires « politiquement correctes » sur les religions.

« Espaces hors du temps, les églises, temples, mosquées ou synagogues dégagent une beauté, une solennité et un mystère qui émeuvent. Complexe et codifiée, l’architecture de ces monuments mêle étroitement science, art et spiritualité. Révélant les secrets d’édifices religieux parmi les plus remarquables, cette ambitieuse collection tournée en 4K raconte une histoire de la foi et du génie des bâtisseurs ».

« En 2011, j'avais produit et coréalisé pour ARTE Les cathédrales dévoilées, un documentaire qui raconte la naissance de l'architecture gothique. Cela m'a donné envie d'explorer d'autres monuments sacrés emblématiques dans le monde. Trois films de la collection « Monuments sacrés » se penchent sur les édifices les plus remarquables des grandes religions monothéistes : christianisme, islam et judaïsme. Le quatrième est consacré au bouddhisme et à l'hindouisme. Ils ne racontent pas l'histoire de ces religions, mais analysent, au travers de leurs lieux de culte, comment a évolué la relation de l'être humain au sacré. Il était donc essentiel d'aller au-delà de la beauté des monuments pour en montrer la fonction et l'usage », a expliqué Christine Le Goff, sa productrice chez Zed, à Laure Naimski pour Arte.

Et d’ajouter : « Pour chaque documentaire, le choix s'est porté sur cinq ou six édifices exceptionnels, avec l’objectif de développer un récit liant la civilisation et les transformations de ces lieux. Car les églises, les temples, les synagogues et les mosquées ne sont pas simplement la matérialisation de croyances, ils sont aussi le témoignage physique de grands mouvements historiques, comme les migrations, les conquêtes, les révolutions philosophiques, artistiques, l'évolution des dogmes... En ce qui concerne les mosquées, par exemple, les dynasties musulmanes successives ont inventé un style architectural toujours plus époustouflant. »

Christine Le Goff poursuit : « Tous les monuments sacrés se transforment au fil des siècles pour atteindre des dimensions de plus en plus importantes et complexes, qui vont de pair avec l'apparition de nouvelles manières de construire. Cela pose aussi la question de leur conservation. Ces édifices requièrent un gigantesque travail de restauration, qui mobilise des savoir-faire extraordinaires que nous mettons en lumière ».

Et d’indiquer : « Il nous semblait important de filmer les rituels, comme dans la cathédrale Saint-Basile à Moscou, où nous avons assisté à une cérémonie avec le pope. Par ailleurs, nous avons recueilli les éclairages d’historiens, architectes et restaurateurs sur ces édifices. Pour l’aspect visuel, nous avons choisi un format 4K, qui offre une qualité d’image incroyable. L'idée était de retrouver le mouvement ascendant vers les cieux, commun à tous ces monuments sacrés. Pour cela, les réalisateurs ont utilisé des drones aussi bien à l’intérieur qu'en extérieur, notamment pour les temples d'Asie. Car on ne peut en comprendre la géométrie que si on les observe du dessus. On s'aperçoit alors que ce sont des mandalas, des cercles en sanskrit. Dans l'architecture sacrée, le rond et le dôme symbolisent le rapport au ciel, tandis que le carré fait référence à la terre ».

Le choix des lieux ? « Certains se sont imposés d’eux-mêmes, à l'instar de la cathédrale de Chartres. Celle-ci illustre un moment clé de l'histoire du Moyen Âge : la naissance de l'École de Chartres, courant de pensée humaniste qui préfigure la Renaissance italienne. Pour le film sur les synagogues, leur construction et leur destruction racontent l'errance du peuple juif. Le traitement se révèle donc davantage chronologique et justifie la présence du seul monument contemporain de la collection, la synagogue Beth Sholom, conçue par Frank Lloyd Wright dans la banlieue de Philadelphie ».

Et Christine Le Goff de conclure : « Quinze des édifices présentés dans la collection ont aussi donné lieu à des épisodes en unitaires afin de permettre aux spectateurs de les découvrir plus longuement. Par exemple, au Mont-Saint-Michel, un géologue nous explique la relation de l'abbaye avec la baie. Ces quinze films de vingt-six minutes prolongent la découverte et l'exploration, pour susciter le désir d'entreprendre le voyage jusqu'à eux. »

« Du Proche-Orient aux confins de l'Asie, de l'Andalousie aux rives du Bosphore, ce premier volet de la collection "Monuments sacrés " nous entraîne à la découverte de six des plus grands joyaux de l'art islamique sacré ».

Curieusement, de manières choquante et injustifiée, cette série documentaire débute par l’islam, et relègue le judaïsme au dernier rang.

Synagogues du monde
« De la Terre sainte aux quatre coins du monde, les synagogues, dont quelques-unes seulement ont traversé les siècles, reflètent l’histoire tragique du peuple juif, tenu à la discrétion voire à l’invisibilité pour survivre ». Et abritent un trésor inestimable : la Torah.

La "synagogue (beit knesset ou « maison de l’assemblée », en hébreu) désigne un lieu de rassemblement dédié à la prière et a l’étude. Elle ne représente pas le cœur du culte, de nombreux rituels ayant pour cadre le foyer. Si elle se substitue au Temple de Jérusalem, par essence unique, après sa destruction en l’an 70, elle apparaît plusieurs siècles auparavant et se développe dans le contexte de l’exil."

Dans la synagogue (assemblée en hébreu) - lieu de prières et d'études -, l'Arche sainte contient les Tables de la Loi et est orientée vers Jérusalem. La bimah ou la tebah, voire l'almemor désigne le lieu surélevé où le rabbin lit la Torah durant les offices. Sur la bimah, est posée une table (שולחן, choulhan en hébreu) qui rappelle l'autel de sacrifice du Temple de Jérusalem et où sont déroulés les rouleaux de la Torah. La bimah a longtemps été localisée au cœur de la synagogue afin de rappeler le Temple de Jérusalem.

« À Jérusalem, berceau de la première religion monothéiste, sur le mont Moriah, le Premier Temple, érigé par le roi Salomon, fut détruit par les Babyloniens au VIe siècle avant J.-C., et seul le Kotel, le "mur" en hébreu, lieu sacré entre tous, témoigne encore du Second Temple, anéanti par les Romains ». C’est un mur de soutènement de ce Second Temple.

Pour évoquer le sort des Juifs sur l'île de Djerba, à Cordoue et à Tolède, le documentaire véhicule le mythe al-Andalus, i.e. "un âge d'or arabe en Andalousie", le mythe de la coexistence pacifique inter-religieuse sous domination islamique. Il fustige l'Inquisition et l'antisémitisme chrétien, tout en éludant le djihad et la dhimmitude. Les juifs subissaient le statut cruel et déshumanisant de dhimmi, infligé aux non-musulmans vaincus par le djihad et sous férule islamique. Il leur était interdit de « construire, d'agrandir et de restaurer les synagogues » que les mosquées devaient pouvoir surplomber afin de démontrer la supériorité de l'islam sur le judaïsme.

« Contraints à l’exode, certains juifs fuient à Djerba, en Tunisie, où les plans des synagogues se calquent alors sur ceux des mosquées ». « La plus ancienne, la Ghriba abrite encore des reliques de Jérusalem ».

« En Andalousie, lors de la florissante époque arabe, les Sépharades ("Espagnols" en hébreu) érigent à Cordoue et Tolède de somptueux édifices, témoins de leur prospérité ». Le documentaire évoque les postes privilégiés occupés par les juifs. Sans expliquer le contexte. Craignant des rivaux et des coups d'Etats, les souverains musulmans choisissent des juifs comme ministres car ils sont sûrs de leur obéissance : chaque juif est responsable de la communauté. Il sait que s'il s'écartait de la ligne fixée par le monarque, il en subirait, ainsi que toute sa communauté, les conséquences tragiques.

Quid des pogroms en "terre d'islam" ? Le 30 décembre 1066 (3 Tevet 4827), des musulmans assaillent le palais royal de Grenade, alors en al-Andalus (sud de l'Espagne sous domination islamique), et y crucifient Joseph ibn Nagrela, le vizir du roi Berbère et chef des Juifs de la ville. Ils massacrent la plupart des Juifs de Grenade, soit « 1 500 familles juives, représentant environ 4 000 personnes qui disparaissent en un jour » selon la Jewish Encyclopedia. "Ce nombre est supérieur au nombre des Juifs qui ont été tués, pendant la première Croisade, dans l'ensemble des villes et villages de Rhénanie. C'est pourtant cette dernière tragédie que l'on ne cesse de nous rappeler, en oubliant que trente ans auparavant, dans la seule ville de Grenade. il n'y eut pas moins de victimes" (David Littman).

En outre, à Fès-la-nouvelle, fondée en 1276 au Maroc médiéval, est créé le « mellah » : un ghetto. Et antérieur à l'institution du ghetto de Venise le 29 mars 1516, premier en Europe.

« Mais la Reconquista entraîne le déclin de leur communauté, quand l’Inquisition les pousse à un nouvel exil ».

« Dans le ghetto de Venise, la diaspora cache les fastes de ses lieux de culte derrière d’humbles façades ». Le film insiste sur les conditions de vie des juifs dans ce ghetto fermé le soir et ouvert le matin au son des cloches, les immeubles surélevés pour abriter une communauté en expansion, les signes vestimentaires destinés à les différencier des chrétiens, et les synagogues, différentes par leur emplacement, décor et architecture, fondées par les Juifs ashkénazes, séfarades, portugais, "levantins" et italiens... Un point commun : leur discrétion extérieure. Chaque synagogue s'appelle une "scola". La conquête de la Sérénissime par Napoléon Bonaparte en 1797 libère les juifs en supprimant les lois de l'Inquisition, et leur permet de devenir des citoyens vénitiens libres de circuler, d'exercer le judaïsme...

« À Amsterdam à l’inverse, la somptueuse synagogue portugaise traduit la sérénité des juifs au cours de l’âge d’or hollandais ». Et révèle des prouesses techniques de son bâtisseur. Un monument attestant de la « présence du judaïsme dans le paysage urbain. Un foyer permanent temporaire »

« Deux siècles plus tard, à Budapest, la communauté, qui s’impose dans la finance, la politique et la culture, proclame sa volonté d’intégration et son optimisme avec la Dohany, impressionnante synagogue au style hybride, l’une des rares à échapper à la destruction nazie ».

« Alors que les juifs trouvent refuge au Nouveau Monde » et notamment en Israël, l’architecte américain Frank Lloyd Wright conçoit, aidé par les conseils du rabbin Mortimer J. Cohen, en 1953, à Elkins Parks, banlieue huppée de Philadelphie, la synagogue conservatrice Beth Sholom (Maison de la paix, en hébreu), « vaisseau moderniste de lumière qui révolutionne l’art de ces bâtiments sacrés et affirme la visibilité de la communauté ». La synagogue associe un « style industriel avec des motifs Art Déco, des allusions aux motifs amérindiens. C'est une expérience riche à tous les niveaux », résume Alexander Gorlin, architecte. Le triangle est omniprésent.

Il élabore aussi le décor, dont le mobilier. La couleur ocre du tapis évoque le désert où ont erré les Hébreux avant d'atteindre la Terre Promise. Cette nouvelle synagogue, qui succède à celle initialement sise à Logan, quartier de Philadelphie, est consacrée le 20 septembre 1959, cinq mois après le décès de l’architecte féru en Bible et fils d’un pasteur unitarien. Les concepteurs de la synagogue intègrent des symboles du judaïsme. Ainsi, les murs en verre armé et en plastique, transparents, inclinés, se réfèrent à un « Mont Sinaï lumineux ». La lumière diurne éclaire la synagogue qui, la nuit, projette sa lumière intérieure. Un chandelier à sept branches (ménorah) est fixé sur chacune des trois arêtes. Le bâtiment abrite une grande synagogue pouvant accueillir plus d’un millier de personnes, et une petite synagogue d’une capacité de près de 250 fidèles. En 2007, le bâtiment a été inscrit sur la liste des National Historic Landmarks en raison de « son importance dans l’histoire de l’architecture américaine » et sur celle de l’American Institute of Architects.

« Croisant l’histoire et l’architecture des lieux de culte du peuple juif, ce nouvel épisode de la collection "Monuments sacrés" propose une visite, savamment guidée, des synagogues à travers le monde, et s’attache à décrypter les relations complexes entre la diaspora et ses pays d’accueil ».

« Ce documentaire est une occasion unique de découvrir l’architecture et la vie de synagogues dans le monde entier ».

« Le film montre aussi combien le judaïsme s’appuie d’abord sur la mémoire, le sacré s’incarnant également dans la communauté au travers de l’engagement, la créativité et la transmission ».

Le musée de la diaspora ou du peuple Juif (Beit Hatfutsot) à Tel Aviv (Israël), présente des modèles réduits de synagogues du monde entier.


« Du Temple aux synagogues. Absence et présence  » par Celia Lowenstein
France, ARTE France, Zed, CuriosityStream, 2018, 90 min
Sur Arte les 5 janvier 2019 à 20 h 50, 13 janvier 2019 à 16 h 05, 18 janvier 2019 à 9 h 25, 30 janvier 2019 à 9 h 25
Visuels :
La Grande Synagogue de Budapest ou synagogue de Dohany utca est une synagogue, dans le quartier d'Erzsebetvaros à Budapest (Hongrie), considérée comme la plus grande d'Europe et la seconde du monde pour sa capacité d'accueil.
La synagogue Beth Sholom à Elkins Park, dans la banlieue de Philadelphie (Pennsylvanie).
Credit : © ZED/ARTE

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Les citations sur le film proviennent d'Arte.

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