dimanche 6 mars 2016

« La musique des synagogues » de Roland Mayer et Ulrike Brenning


Arte a diffusé « La musique des synagogues » (Die Musik der Synagogen, Vernichtet, Verschollen und Wiederentdeckt), documentaire émouvant (2010) de Roland Mayer et Ulrike Brenning. L’action du musicologue et organiste Andor Izsák pour retrouver les partitions de la musique synagogale née en Allemagne septentrionale au début du XIXe, exclue de la liturgie hébraïque après la Nuit de Cristal (9 novembre 1938), puis oubliée après la Shoah (Holocaust). Ce chercheur a constitué des archives numérisées des chants et a aussi fondé le Chœur synagogal européen. Lors de la 14e édition du Festival Mars en Baroque (3-27 mars 2016) à la Villa Méditerranée (Marseille), sont proposés le 8 mars 2016 à 16 h Le statut du musicien juif dans l’Italie du Seicento, conférence d'Alessandra Rossi Lürig, musicienne, musicologue et directrice artistique de la Fondation Arcadia, et à 20 h, le concert Salmi Ebraici - Musique pour la synagoguede Salomone Rossi par les Profeti della Quinta (1 h 30). 

La musique synagogale est apparue dans le nord de l'Allemagne au début du XIXe siècle, puis s’est étendue rapidement en Europe.

L’avènement du nazisme et surtout les massacres de la Nuit de Cristal, le 9 novembre 1938, ainsi que le génocide des Juifs, ont exclu cette musique de la liturgie hébraïque.

Au XIXe siècle, l’orgue jouait un rôle majeur dans les synagogues du mouvement Juif libéral européen. De nos jours, la majorité des synagogues allemandes sont membres du courant orthodoxe et bannissent la musique pour orgues et les chœurs. Aussi, Andor Izsák, musicologue et organiste, portant kippa et son Chœur se produisent dans… des églises !

Et c’est à la synagogue parisienne de la rue Notre-Dame-de-Nazareth (75003), inaugurée en février 1822, qu’Andor Izsák retrouve l’orgue qui accompagnait au XIXe siècle les offices, et qui "depuis s’est tu".

Andor Izsák parcourt le monde depuis 30 ans, tel un détective pour retrouver des partitions anciennes de musique synagogale dont nombre d’auteurs sont tombés dans un oubli injuste.

Grâce à la technologie moderne la plus sophistiquée, il restaure des copies de chants datant des années 1920, crée des archives numériques et organise des concerts avec le Chœur synagogal européen pour faire renaître cette musique brutalement disparue du continent européen avec le nazisme.

Ce directeur du Centre européen de musique Juive souhaite que les « partitions, manuscrits et imprimés rares » reviennent à leurs sources et s’inscrivent dans l’avenir.

Diffuser ce remarquable documentaire, qui permet de découvrir des synagogues magnifiques et des œuvres musicales émouvantes, à des horaires si tardifs ou si matinaux ne contribue pas à mieux faire connaître ce beau patrimoine musical liturgique.

L’Institut Européen des Musiques Juives (IEMJ) organisa "son grand concert de gala "La musique juive dans tous ses états", le 8 novembre 2015, à 17 h 30, au Théâtre Adyar, 4 square Rapp, 75007 Paris. Placé sur l'égide de la Fondation du Judaïsme français (FJF), ce concert, composé de musiques classiques, klezmer, chansons yiddish et judéo-espagnoles, a été suivi d’un cocktail".

Salomone Rossi
Lors de la 14e édition du Festival Mars en Baroque (3-27 mars 2016) à la Villa Méditerranée (Marseille), sont proposés le 8 mars 2016 à 16 h Le statut du musicien juif dans l’Italie du Seicento, conférence d'Alessandra Rossi Lürig, musicienne, musicologue et directrice artistique de la Fondation Arcadia, et à 20 h, le concert Salmi Ebraici - Musique pour la synagoguede Salomone Rossi par les Profeti della Quinta (1 h 30). Un concert avec le soutien du Consulat général d'Israël à Marseille et en partenariat avec la Villa Méditerranée / AVITeM. 

"De l'importante communauté juive dans l'Italie centrale émerge la figure singulière du compositeur Salomone Rossi, lointain héritier du roi David. La conférence portera sur ce compositeur qui parvint à réaliser une synthèse des musiques juives et chrétiennes, à l'opposé d'une certaine pensée orthodoxe qui refusa l'ouverture au monde extérieur. Le statut du musicien juif était loin d'être enviable aux XVIe et XVIIe siècles tant l'antisémitisme était ancré dans les mœurs et la littérature (le Shylock de Shakespeare ou le Juif de Malte de Marlowe). Il est toutefois intéressant de constater, en examinant la formation, l'évolution et la carrière des musiciens juifs du seicento, que malgré leur séparation (culturelle et physique, puisqu'ils vivaient dans les ghettos), leur participation à la vie artistique de certaines villes fut très active. Notons que les partitions de S. Rossi ont été préservées grâce au Baron de Rothschild qui les acheta au milieu du XIXe siècle, permettant de porter à la connaissance du public l'une des productions religieuses les plus attachantes du XVIIe siècle. Dénommé « Il Mantovano Hebreo » (le Juif de Mantoue), le compositeur Salomone Rossi (ca. 1570 - 1630) fut au service de la famille ducale des Gonzague et composa une oeuvre instrumentale et madrigalesque d'une grande richesse, aussi bien en italien que sur des textes hébraïques. Contemporain de Monteverdi avec lequel il collabora, Rossi adopte dans ses madrigaux une écriture d'une grande simplicité et transparence. Il est aussi l'un des rares compositeurs juifs à l'époque à avoir voulu révolutionner la musique de la synagogue, à travers des arrangements polyphoniques de psaumes et des prières en hébreu. Les musiciens des Profeti della Quinta, au chant aguerri et subtil, sont les meilleurs défenseurs de cette musique aux mille et une facettes, élégante et raffinée".
  

Profeti della Quinta
Doron Schleifer, David Feldman, cantus
Lior Leibovici, Dan Dunkelblum, tenor
Ori Harmelin, chitarrone

Elam Rotem, basse, clavecin, direction musicale

« La musique des synagogues  » de Roland Mayer et Ulrike Brenning
Allemagne, 2010, 52 minutes
Sur Arte les 12 septembre 2011 à 23 h 45, 16 septembre 2011 à 5 h, 18 septembre 2011 à 6 h

Visuels : © NDR-e-motion-factory

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Cet article a été publié le 12 septembre 2011, puis le 8 novembre 2015.

1 commentaire:

  1. il est étonnant de lire dans l'article (et d'entendre dans le reportage qui a été diffusé à la télévision) que l'orgue de Nazareth "s'est tu" ! Certes, s'il n'est plus utilisé pour les offices, il l'est toujours pour les mariages.

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