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dimanche 23 juin 2019

« La musique des synagogues » de Roland Mayer et Ulrike Brenning


« La musique des synagogues » (Die Musik der Synagogen, Vernichtet, Verschollen und Wiederentdeckt) est un documentaire émouvant (2010) de Roland Mayer et Ulrike Brenning. L’action du musicologue et organiste Andor Izsák pour retrouver les partitions de la musique synagogale née en Allemagne septentrionale au début du XIXe, exclue de la liturgie hébraïque après la Nuit de Cristal (9 novembre 1938), puis oubliée après la Shoah (Holocaust). Ce chercheur a constitué des archives numérisées des chants et a aussi fondé le Chœur synagogal européen.  Le 21 juin 2019, de 16 h à 17 h 30, à la Mairie du 4e arrondissement de Paris, aura lieu un récital "Florilège de musique yiddish et cantoriale" organisé par Anima & Cie avec Sofia Falkovitch, chant et Jasko Ramic, accordéon


La musique synagogale est apparue dans le nord de l'Allemagne au début du XIXe siècle, puis s’est étendue rapidement en Europe.


L’avènement du nazisme et surtout les massacres de la Nuit de Cristal, le 9 novembre 1938, ainsi que le génocide des Juifs, ont exclu cette musique de la liturgie hébraïque.


Au XIXe siècle, l’orgue jouait un rôle majeur dans les synagogues du mouvement Juif libéral européen. De nos jours, la majorité des synagogues allemandes sont membres du courant orthodoxe et bannissent la musique pour orgues et les chœurs. Aussi, Andor Izsák, musicologue et organiste, portant kippa et son Chœur se produisent dans… des églises !


Et c’est à la synagogue parisienne de la rue Notre-Dame-de-Nazareth (75003), inaugurée en février 1822, qu’Andor Izsák retrouve l’orgue qui accompagnait au XIXe siècle les offices, et qui "depuis s’est tu".


Andor Izsák parcourt le monde depuis 30 ans, tel un détective pour retrouver des partitions anciennes de musique synagogale dont nombre d’auteurs sont tombés dans un oubli injuste.


Grâce à la technologie moderne la plus sophistiquée, il restaure des copies de chants datant des années 1920, crée des archives numériques et organise des concerts avec le Chœur synagogal européen pour faire renaître cette musique brutalement disparue du continent européen avec le nazisme.


Ce directeur du Centre européen de musique Juive souhaite que les « partitions, manuscrits et imprimés rares » reviennent à leurs sources et s’inscrivent dans l’avenir.


Diffuser ce remarquable documentaire, qui permet de découvrir des synagogues magnifiques et des œuvres musicales émouvantes, à des horaires si tardifs ou si matinaux ne contribue pas à mieux faire connaître ce beau patrimoine musical liturgique.

L’Institut Européen des Musiques Juives (IEMJ) organisa "son grand concert de gala "La musique juive dans tous ses états", le 8 novembre 2015, à 17 h 30, au Théâtre Adyar, 4 square Rapp, 75007 Paris. Placé sur l'égide de la Fondation du Judaïsme français (FJF), ce concert, composé de musiques classiques, klezmer, chansons yiddish et judéo-espagnoles, a été suivi d’un cocktail".

Salomone Rossi
Lors de la 14e édition du Festival Mars en Baroque (3-27 mars 2016) à la Villa Méditerranée (Marseille), ont été proposés le 8 mars 2016 à 16 h Le statut du musicien juif dans l’Italie du Seicento, conférence d'Alessandra Rossi Lürig, musicienne, musicologue et directrice artistique de la Fondation Arcadia, et à 20 h, le concert Salmi Ebraici - Musique pour la synagoguede Salomone Rossi (vers 1570-1630) par les Profeti della Quinta (1 h 30). Un concert avec le soutien du Consulat général d'Israël à Marseille et en partenariat avec la Villa Méditerranée / AVITeM. 

"De l'importante communauté juive dans l'Italie centrale émerge la figure singulière du compositeur Salomone Rossi, lointain héritier du roi David. La conférence portera sur ce compositeur qui parvint à réaliser une synthèse des musiques juives et chrétiennes, à l'opposé d'une certaine pensée orthodoxe qui refusa l'ouverture au monde extérieur. Le statut du musicien juif était loin d'être enviable aux XVIe et XVIIe siècles tant l'antisémitisme était ancré dans les mœurs et la littérature (le Shylock de Shakespeare ou le Juif de Malte de Marlowe). Il est toutefois intéressant de constater, en examinant la formation, l'évolution et la carrière des musiciens juifs du seicento, que malgré leur séparation (culturelle et physique, puisqu'ils vivaient dans les ghettos), leur participation à la vie artistique de certaines villes fut très active. Notons que les partitions de S. Rossi ont été préservées grâce au Baron de Rothschild qui les acheta au milieu du XIXe siècle, permettant de porter à la connaissance du public l'une des productions religieuses les plus attachantes du XVIIe siècle. Dénommé « Il Mantovano Hebreo » (le Juif de Mantoue), le compositeur Salomone Rossi (ca. 1570-1630) fut au service de la famille ducale des Gonzague et composa une oeuvre instrumentale et madrigalesque d'une grande richesse, aussi bien en italien que sur des textes hébraïques. Contemporain de Monteverdi avec lequel il collabora, Rossi adopte dans ses madrigaux une écriture d'une grande simplicité et transparence. Il est aussi l'un des rares compositeurs juifs à l'époque à avoir voulu révolutionner la musique de la synagogue, à travers des arrangements polyphoniques de psaumes et des prières en hébreu. Les musiciens des Profeti della Quinta, au chant aguerri et subtil, sont les meilleurs défenseurs de cette musique aux mille et une facettes, élégante et raffinée".


Samuel Naumbourg 
Samuel Naumbourg (1817-1880) est un compositeur, chef de chœur, chanteur de synagogue et musicologue français juif d'origine allemande. "Issu d’une lignée de chantres célèbres", il a réformé la musique de synagogue.

Il "étudie le chant et la composition à Munich et fait partie du chœur de la nouvelle communauté de cette ville. Pionnier en ethnomusicologie, il commence à recueillir et noter une part importante de la tradition orale ashkénaze d’Allemagne du Sud."

"Entre 1838 et 1845, il dirige les chœurs synagogaux des communautés de Strasbourg et de Besançon."

"En 1845, il se présente au poste de ministre officiant (hazzan) au temple consistorial de Paris, et y est engagé sur avis favorable de Fromental Halévy. Samuel Naumbourg veut redonner au service divin la pompe qu’il mérite. A cet effet, il poursuit la réforme entreprise quelques années plus tôt par Israël Lovy (1773-1852) en recréant un chœur qu’il dirige avec succès durant plusieurs décennies, et pour lequel il compose de nouvelles pièces".

"Entre 1847 et 1874, Naumbourg va publier quatre recueils de musique synagogale principalement pour solistes, chœur, avec parfois accompagnement d’une harpe, d’un piano ou d’un orgue (Zemirot Israel, Chants Religieux des Israélites, vol. I-II, 1847 ; Zemirot Israel, Chants Religieux des Israélites, vol. III, 1857 ; Chirei Kodech, nouveau recueil religieux à l’usage du culte israélite, 1864 ; Agoudat chirim, Recueil de Chants religieux et Populaires des Israélites, 1874). Ses recueils contiennent principalement ses propres compositions, mais également des arrangements d’airs traditionnels et quelques morceaux d’autres compositeurs (Lovy, Fromental Halévy, Alkan …)"

"En 1860, Naumbourg est nommé professeur de chant liturgique au Séminaire. En 1865, suite au décès du hazan Isaac David, il devient premier ministre officiant. Il occupera ce poste jusqu’à l’été 1878 où une grave maladie le maintiendra écarté de la synagogue jusqu’à sa mort, dix-huit mois plus tard, le 1er mai 1880. Il "décède le 1er mai 1880. Samuel Naumbourg est enterré au Cimetière Parisien du Sud-Montparnasse. Il laisse à la postérité quatre importants recueils de musique synagogale composés entre 1847 et 1874, principalement pour solistes, chœur, avec parfois accompagnement d’une harpe, d’un piano ou d’un orgue". 

"A ce titre, Naumbourg peut être considéré comme l’un des précurseurs de la réforme du culte consistorial français".

3000 ans de musiques juives
Le 2 mai 2017, de 20 h à 22 h, le PSEJ (Programme supérieur des études juives) du Beit Halimoud de Bordeaux accueillera Hervé Roten, ethnomusicologue, docteur en musicologie, qui donnera une conférence sur 3000 ans de musiques juives. "Il n’existe pas une, mais des musiques juives, chacune d’elles résultant d’une histoire et d’un environnement culturel spécifiques. Ainsi la musique hébraïque antique possède des racines sumériennes, babyloniennes, assyriennes, égyptiennes. Au début du XVIe siècle, des humanistes chrétiens s’intéressent aux systèmes des accents bibliques (te’amim) qu’ils essayent de transcrire musicalement. Cependant, ce n’est véritablement qu’à partir du XIXe siècle qu’un certain nombre de chantres européens commence à noter leur pratique de la ‘hazanout. La musique, à cette époque, est généralement considérée comme l’émanation culturelle du génie des peuples".
  
 Festival de Fès - Musiques sacrées du monde
Du 22 au 30 juin 2018 se déroulait le Festival de Fès - Musiques sacrées du monde. la 24e édition a pour thème ``Savoirs Ancestraux". "Depuis vingt-quatre ans, le Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde contribue à entretenir le dialogue avec le sacré à travers son légendaire forum et la mise en exergue des arts et de la musique. Incarnant un symbole de dialogue des religions, des cultures, il élève la réflexion, invite aux échanges et interrogations indispensables dans un monde en pleine mutation économique, politique et social. Le festival de Fès des musiques sacrées du Monde est à l’image de sa médina : franchir ses portes est une manière de s’imprégner de traditions millénaires, de valeurs de tolérance et de spiritualité. Les générations défilent au cours des siècles mais l’âme de la ville se perpétue et ce grâce aux ramifications entretenues entre les différentes traditions culturelles creuset de l’Histoire du Maroc mais également artisanales à l’origine du tissu social qui la compose."

Florilège de chants yiddish et de musique cantoriale
Le 21 juin 2019, de 16 h à 17 h 30, à la Mairie du 4e arrondissement de Paris, dans le cadre du Festival des cultures Juives 2019 "De bouches à oreilles" (13-23 juin 2019) aura lieu un récital "Florilège de musique yiddish et cantoriale" organisé par Anima & Cie avec Sofia Falkovitch, chant et Jasko Ramic, accordéon

"Sofia Falkovitch, chanteuse mezzo-soprano d’origine russe, a étudié l’Art cantorial à la School of Sacred Music de l’Hebrew Union College de Jérusalem et au Abraham Geiger Kolleg de Berlin. Sofia est la première femme cantor (hazan) diplômée en Europe et la seule en France. Son répertoire embrasse la musique baroque, classique, romantique, ainsi que des compositions contemporaines. Passionnée par la musique yiddish, Sofia a créé « Le Sacre du Désert », un récital de chants yiddish. Artiste polyglotte parlant notamment le français, le russe, l’allemand, l’anglais, l’espagnol, l’hébreu et le yiddish, Sofia accorde une place importante au dialogue inter-culturel et inter-religieux dans son travail."


"Jasko Ramic, Tzigane de Serbie, formé en partie par la musique traditionnelle de son pays et par le conservatoire de Moscou,  est un maître de l’accordéon. Sa carrière est celle d’un musicien de fêtes populaires mais aussi celle d’un soliste reconnu et récompensé par différents prix de concours internationaux.  Il accompagne notamment la chanteuse roumaine Rona Hartner et a enregistré pour les Gipsy Kings."


Profeti della Quinta
Doron Schleifer, David Feldman, cantus
Lior Leibovici, Dan Dunkelblum, tenor
Ori Harmelin, chitarrone
Elam Rotem, basse, clavecin, direction musicale

« La musique des synagogues  » de Roland Mayer et Ulrike Brenning
Allemagne, 2010, 52 minutes
Sur Arte les 12 septembre 2011 à 23 h 45, 16 septembre 2011 à 5 h, 18 septembre 2011 à 6 h

Visuels : © NDR-e-motion-factory

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Shoah (Holocaust)
Cet article a été publié le 12 septembre 2011, puis les 8 novembre 2015 et 6 mars 2016, 2 mai 2017, 22 juin 2018.

1 commentaire:

  1. il est étonnant de lire dans l'article (et d'entendre dans le reportage qui a été diffusé à la télévision) que l'orgue de Nazareth "s'est tu" ! Certes, s'il n'est plus utilisé pour les offices, il l'est toujours pour les mariages.

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