jeudi 9 mars 2017

« La femme, la république et le bon Dieu » d’Olivia Cattan et d’Isabelle Lévy


Dans leur livre La femme, la république et le bon Dieu, La place des femmes dans la société est-elle menacée par les religions ?, Olivia Cattan, journaliste et présidente-fondatrice de l’association Paroles de femmes, et Isabelle Lévy, auteur et formatrice sur les religions auprès de personnels de santé et d’acteurs sociaux, examinent le judaïsme, le christianisme et l’islam au regard de la république et des droits des femmes. Le 1er juillet 2016, à 16 h, aura lieu le rassemblement Tous en short pour la liberté des femmes place de la République.


Olivia Cattan et Isabelle Lévy stigmatisent les « interprétations inexactes de textes sacrés » par des hommes accusés d’avoir souvent accaparé le rituel et d’avoir réduit les femmes à un statut infériorisant.

Ainsi, dans le judaïsme, l’accès aux cours d’études des livres saints s’avère ardu et le libellé de divorce religieux (guet) est détenu seulement par le mari qui parfois le refuse ou le monnaye chèrement à son ex-femme. Sans cet acte de divorce, la femme juive est dite agouna, et ne peut se remarier religieusement. Aussi est-il souhaité que l’acte de mariage juif (kétouba) stipule qu’en cas de divorce le mari donnera ce guet. Malheureusement, les grands rabbins de France, dont actuellement Haim Korsia, n'ont pas adopté cette solution. Respect de la halakha (loi juive) ? 

Citations et témoignages émouvants à l’appui, ce livre intéressant souligne l’écart entre les textes et les pratiques, et brosse un tableau de la condition féminine selon ces trois religions monothéistes en retenant des thèmes majeurs : naissance, mariage, sexualité, maternité, divorce, violences conjugales ou châtiments corporels à l’égard des enfants, etc. Les deux auteures s’attristent par exemple que le catholicisme interdise le divorce religieux et l’avortement.

Cet ouvrage vise à informer sur les droits et devoirs des hommes et des femmes, et prône une relation égalitaire entre eux fondée sur l’égalité, le respect et la dignité. Ce qui mettrait un terme aux souffrances induites notamment par des pratiques barbares : excision, mariages forcés de filles dès 13 ans...

On apprend beaucoup, notamment la dot donnée par le mari musulman à sa femme lors du mariage.

Paradoxalement, la conversion au catholicisme d’Africains polygames induit des drames : répudiation des autres épouses délaissées, sans domicile, séparées de leurs enfants. Le livre semble prôner une transition nécessaire.

Une république menacée
Les « religions doivent évoluer en matière de droits des femmes comme la France doit reconsidérer son principe de laïcité… Il est temps en 2008 de prendre en considération les nouvelles aspirations religieuses tout en se donnant la possibilité d’intervenir en cas de pratiques intégristes ».

Mais, face aux assauts des obscurantismes, la république défend mal ses principes (égalité entre les sexes, laïcité) : jurisprudence fluctuante en matière de répudiation de femmes musulmanes (talâq), célébration de mariages religieux islamiques avant ceux civils ou tolérance de la polygamie.

A l'égard de l’IVG (Interruption volontaire de grossesse) - 220 000 avortements en 2012 -, dépénalisée et encadrée par la loi Veil en 1973 dans un but de santé publique, et non comme avancée des droits de la femme, et reconduite en 1979, elle a évolué. Les délais demeurent longs dans le secteur public, pas seulement en raison des agissements de commandos catholiques anti-avortement. Par ailleurs, la France a adopté des mesures contraires à l'esprit de la loi Veil : remboursement par la Sécurité sociale (loi Roudy en décembre 1982), délai légal pour avorter passant de 10 à 12 semaines de grossesse (juillet 2001), remboursement à 100% pour toutes les femmes (mars 2013), suppression de la notion de « détresse » pour une femme voulant avorter (août 2014)... Il convient aussi de souligner les séquelles psychologiques chez la femme qui avorte, et parfois aussi chez le compagnon, même désireux de cet acte.

On peut regretter notamment que les auteurs simplifient les réticences de religions à l’égard de techniques visant à résoudre l’infertilité de couples et éludent des questions majeures, en particulier la quête d’identité d’enfants revendiquant le droit à connaître leur père donneur anonyme de sperme. Un droit pour l’enfant à l’identité affirmé par ces fois.

Ajoutons que la république devrait combattre les « crimes d’honneur » (honor killingset les sanctionner pénalement dans leur spécificité.

Manquent dans ce livre un index et un lexique, surtout pour des vocables chrétiens non définis.

Le 7 mars 2010, lors de la soirée organisée par Paroles de femmes la veille de la Journée internationale des droits de la femme, Olivia Cattan a regretté l’essaimage des subventions publiques au détriment d’associations actives sur le terrain.


Olivia Cattan et Isabelle Lévy, La femme, la république et le bon Dieu, La place des femmes dans la société est-elle menacée par les religions ? Préface de Ghaleb Bencheikh. Les Presses de la Renaissance, 2008. 264 pages. ISBN : 978-2-7509-0370-1

Visuels :
De haut en bas, photos d’Olivia Cattan - © John Foley-Opale - et d’Isabelle Lévy : DR
Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 611 d’avril 2009 de L’Arche, et sur ce blog le :
- 5 mars 2012 à l'approche de la soirée Ce que veulent les femmes organisée par Paroles de femmes et Les Marianne de la diversité le 6 mars 2012, à partir de 18 h, à l'ESG Management School, 25 rue Saint-Ambroise, 75011 Paris ;
- 8 mai 2014. Un scandale lié au guet remis à l'époux récalcitrant contre un chèque de 90 000 €uros a éclaté ;
- 7 mars 2015, 1er juillet 2016 et 8 mars 2017.

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