Citations

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« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
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dimanche 8 avril 2018

Moïse. Figures d’un prophète


Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) a souligné « l’importance et de la diversité des représentations de Moïse dans la culture occidentale » depuis l’Antiquité. Il présenta « les enjeux philosophiques, religieux, politiques et artistiques de l’iconographie mosaïque, notamment les usages de la figure du prophète comme archétype du libérateur aux XIXe et XXe siècles ». Article republié en cette fin de Pessah 5778.

Créateur et libérateur, bègue ayant vu et dialogué avec l’Eternel, prophète persécuté menant son peuple, les Hébreux, de la terre d’esclavage égyptienne du cruel Pharaon vers la Terre Promise où il n’entrera pas, précurseur et guide…

Au mahJ, « 150 peintures, dessins, gravures, sculptures, objets d’art, manuscrits, livres et extraits de films » montrent « l’importance et de la diversité des représentations de Moïse dans la culture occidentale, de l’Antiquité à nos jours ». Ils révèlent « les enjeux philosophiques, religieux, politiques et artistiques de l’iconographie mosaïque, notamment les usages de la figure du prophète comme archétype du libérateur aux XIXe et XXe siècles ».

« Dès l’Antiquité, malgré l’interdiction de représentation dont il fut le messager (deuxième commandement), Moïse est le prophète le plus fréquemment représenté dans l’iconographie biblique. Au IIIe siècle déjà, au cœur du monde juif, dans la synagogue de Doura Europos (Syrie actuelle), on trouve d’importantes fresques figurant des épisodes de la vie de Moïse ».

Des « manuscrits médiévaux richement enluminés aux peintures de Nicolas Poussin, sources juives et chrétiennes dialoguent tout au long des temps modernes. La traduction et l’édition des textes antiques par les chrétiens assurent à l’histoire de Moïse un rayonnement sans précédent dès le XVIe siècle. Avec les débuts de l’édition hébraïque à Venise et Prague, les Juifs utilisent à leur tour ces images chrétiennes pour élaborer leur propre iconographie. S’appuyant sur la diversité de ces sources, l’exposition dresse un portrait de Moïse, explore sa singularité et retrace les épisodes marquants de l’Exode ».

Dans « l’Europe des temps modernes, la représentation de Moïse cristallise de nombreux enjeux politiques, religieux et philosophiques, dont les artistes sont les vecteurs. Moïse est avant tout présenté comme la préfiguration du Christ, ses miracles annonçant les sacrements de l’Église. Alors que les princes catholiques légitiment leur autorité temporelle en s’identifiant à la figure du Moïse législateur, les protestants se retrouvent dans l’histoire du peuple élu, persécuté par Pharaon, et exaltent le prophète libérateur pour développer une rhétorique de la résistance ».

A la charnière des XIXe et XXe siècles, d’Eretz Israël – et non de « Palestine » comme l’indique le MAHJ - aux États-Unis, Moïse « devient la figure symbolique incarnant les désirs d’émancipation qui agitent les communautés juives et les Noirs américains. Les écrits de Theodor Herzl, « Moïse moderne », icône du libérateur visionnaire et source d’inspiration pour les nouveaux artistes juifs, sont lus avec intérêt par les intellectuels noirs américains. Leurs tentatives d’émancipation sont elles-mêmes encouragées par les journaux juifs américains ».

« Ébauchés avec le combat abolitionniste, les échanges entre Juifs et Noirs culminent dans la lutte pour les droits civiques à partir des années 1950. Martin Luther King, qui multiplie les références à Moïse et au destin des juifs, entretient un dialogue fécond avec le rabbin Abraham Joshua Heschel ».

Moïse s’avère « le prophète qui a vu Dieu et dialogué avec Lui, qui a fait l’expérience de l’ineffable, puis est redescendu en témoigner auprès des hommes. Les artistes en ont ainsi fait une figure tutélaire, celle du visionnaire, du prophète et de l’intercesseur qui guide, ouvre de nouvelles voies, cherche de nouvelles lois. L’exposition s’achève sur l’identification intime et stimulante des artistes au fondateur du judaïsme, à partir notamment du célèbre Moïse de Michel-Ange, sculpté pour le tombeau du pape Jules II à Rome et magnifiquement filmé par Michelangelo Antonioni en 2004 ».

Des conférences, films et un colloque complètent l’exposition.

Cette exposition est produite par le MAHJ avec la participation du Centre allemand d’histoire de l’art, avec le soutien de la direction régionale des Affaires culturelles d’Île-de-France – ministère de la Culture et de la Communication, de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et de la Fondation Pro-Mahj, et en partenariat avec Télérama, L’Arche et France Culture.

Les commissaires en sont Anne Hélène Hoog, conservatrice de la collection historique et des judaica du Mahj, commissaire générale, Matthieu Somon, doctorant, université Paris I, Centre allemand d’histoire de l’art, commissaire, Matthieu Léglise, doctorant, université Paris I, commissaire, Sonia Fellous, CNRS, université Paris I, conseillère scientifique et auteur d’une Histoire du judaïsme problématique et de la remarquable  Histoire de la Bible de Moïse Arragel, Quand un rabbin interprète la Bible pour les chrétiens Tolède 1422-1433 (Somogy Editions d’Art, 2002), avec le concours de Nathalie Hazan-Brunet, conservatrice de la collection moderne et contemporaine du Mahj.

Le 20 avril 2016 à 14 h, le MAHJ proposa un atelier pour enfants de 8 à 12 ans sur Moïse, ce héros. "Comment les artistes ont-ils représenté Moïse au fil du temps ? Une visite de l’exposition permet aux enfants de découvrir la richesse de l’iconographie liée à la figure de ce prophète, ainsi que la variété des supports et des techniques artistiques. Les enfants créent ensuite « leur » Moïse suivant la tradition du papier découpé en Europe de l’Est".

Prologue
« Dès l’Antiquité, Moïse est une des figures les plus emblématiques et les plus fréquemment représentées de l’iconographie biblique. C’est sans doute la relation privilégiée de l’homme avec son Dieu qui fait de lui la préfiguration messianique idéale. Les images du récit de sa jeunesse viennent renforcer la dimension mythologique du prophète ».

« Si les religions monothéistes exploitent les épisodes de sa vie pour démontrer leur propre part dans l’Élection divine, elles privilégient ou au contraire écartent certains d’entre eux. Ainsi l’Adoration du veau d’or, le Brisement des Tables de la Loi, ou encore la Manne et le Serpent d’airain, absents chez les juifs, sont très présents chez les chrétiens au Moyen Âge ».

« La première salle expose ces différences à travers un choix d’images de manuscrits médiévaux hébraïques, français et latins. Elle rappelle également que la figure de Moïse appartient au répertoire iconographique juif dès l’Antiquité, ainsi que le montrent les exceptionnelles scènes bibliques des fresques d’une synagogue découvertes en 1920 sur le site de Doura Europos (300 avant notre ère – 256 de notre ère) en Syrie ».

Les grandes étapes de la vie de Moïse
Le MAHJ a réuni « des mises en images du récit mosaïque, de l’Antiquité aux Temps modernes ». 
« L’effort de traduction et d’édition des textes antiques par les humanistes a assuré à l’histoire de Moïse une diffusion et un rayonnement sans précédent dès le XVIe siècle, contemporain des débuts de l’édition hébraïque à Venise et Prague. Témoignant du dialogue entre sources juives et chrétiennes, les quelques œuvres éminentes de la période moderne rassemblées ici cernent les singularités de l’art dans les mondes juif et chrétien. On y trouve en point d’orgue la représentation de la Révélation, le don de la Loi au Sinaï, moment fondateur des deux cultes ».
« Débiteur des sources juives, l’imaginaire des artistes chrétiens informe à son tour, notamment par le biais de l’estampe, l’iconographie juive et particulièrement la mise en image de cet épisode sur les pages de titre des éditions de la Bible, de la Haggadah et dans le décor des objets de culte juif ».

Les hébraïsants chrétiens : un pont entre deux cultures
« L’importance de l’interprétation des sources juives est perceptible jusque dans la physionomie de Moïse, les deux représentations traditionnelles du prophète dans l’art occidental s’expliquant par une divergence de traduction ». 
« La Vulgate de saint Jérôme, traduction du texte hébreu en latin, dote Moïse de cornes une fois descendu du Sinaï où les tables de la Loi lui ont été remises : dans Exode 34, 29-30, qaran [rayonnante], devient cornuta [cornue], sous sa plume. Le célèbre Moïse de Michel-Ange pour le tombeau du pape Jules II est fidèle à cette leçon ». 
« En revanche, la Bible des Septante pourvoit le prophète de rayons lumineux, parti qu’adopte Philippe de Champaigne dans ses quatre portraits de Moïse connus, dont un exemplaire exceptionnel est exposé ». 
« La quête de l’hebraica veritas (vérité hébraïque) est un enjeu majeur pour les philologues et les théologiens comme pour les artistes ». 
« À partir de portraits gravés et dessinés, cette section dresse un panorama des principaux hébraïsants et kabbalistes chrétiens de l’époque moderne, acteurs majeurs de la diffusion de la culture juive dans l’Occident chrétien. Elle met en évidence la dimension européenne des réseaux humanistes et le rôle catalyseur de la création de la chaire d’hébreu au Collège de France (1530) dans le développement de l’étude du judaïsme ancien et de la diffusion du judaïsme à travers le monde chrétien ».

Moïse figure du Christ : l’héritage judéo-grec
« Cette partie examine la permanence de l’allégorisme biblique développé par l’historien juif hellénisé Philon d’Alexandrie dans sa Vie de Moïse, traduite en latin dès le XVe siècle, puis en langues vernaculaires au XVIe siècle. Originaire d’Alexandrie, creuset culturel où se mêlent les philosophies platoniciennes et stoïciennes, Philon s’approprie ces héritages et les synthétise ».
« Moïse devient ainsi l’idéal du roi-philosophe, du grand-prêtre, du législateur et du prophète. Cette interprétation exceptionnelle est adaptée par les Pères de l’Église (Origène, Grégoire de Nysse), qui voient en Moïse la préfiguration la plus accomplie du Christ et dans ses miracles l’annonce des sacrements de l’Église. »
« L’exégèse allégorique de la Bible se perpétue au Moyen Âge, notamment par le biais de la Bible des pauvres et du Miroir de la salvation humaine, puis à l’époque moderne. Elle motive une grande partie des commandes artistiques de la Contre-Réforme : décors de couvents, tableaux de dévotion et de méditation privés. »
« Un ensemble d’oeuvres de Giulio Romano, Virgil Solis, Jean Cousin et Charles Le Brun montre les racines judéo-grecques de cette approche de la Bible, ainsi que sa survivance tant dans l’art protestant que dans la production catholique : la Manne y préfigure l’Eucharistie et le Serpent d’airain la Crucifixion, selon diverses astuces plastiques (symbolisme des formes végétales et coloris qui annoncent la Crucifixion, la Résurrection et la Rédemption). »

La figure du chef élu
« Propagée par les Pères de l’Église, la pensée de Philon inspire nombre de traités politico-religieux et de manuels d’éducation des souverains, au premier rang desquels figurent le célèbre Prince de Nicolas Machiavel (mis à l’index par le Vatican) et son Discours sur la première Décade de Tite-Live. »
« Quoique très contrastées, ces nombreuses réécritures font toutes de Moïse le modèle du prince. »
« Cette lecture politique trouve une résonance remarquable dans la production artistique de la Contre-Réforme et au sein des monarchies européennes ». 
« Des oeuvres d’après Michel-Ange, de Federico Barocci, Nicolas Poussin, Nicolas Prévost et Charles Le Brun, toutes destinées à des puissants tels que les papes, Richelieu, Colbert ou Pomponne II de Bellièvre – président à mortier du Parlement de Paris –, témoignent de l'étroitesse des rapports des hommes d'État européens avec Moïse ». 
« Le prophète semble alors une caution de leur autorité temporelle qui se réclame aussi d’une élection divine exprimée dans les épisodes du Buisson ardent, du don de la Loi et de Moïse présentant le Décalogue que privilégient les puissants dans leurs commandes. »

La figure du libérateur
« Moïse n’est pas seulement le prophète et le législateur des Hébreux, il est avant tout leur libérateur ». 
« En butte à l’hostilité des catholiques, les protestants se sont fréquemment assimilés au peuple élu persécuté afin de légitimer leur résistance. Le « prophétisme protestant » a ainsi un fort impact sur l’art des nations gagnées par la Réforme. C’est le cas notamment aux Pays-Bas, alors dominés par les Habsbourg d’Espagne ». 
« Ce phénomène est plus rare dans les pays où le catholicisme s’est maintenu comme religion majoritaire, telle la France, où les destructions occasionnées par la révocation de l'édit de Nantes expliquent la rareté des oeuvres huguenotes du XVIIe siècle ». 
« L’exposition montre néanmoins le cas exceptionnel d’une approche protestante de l’histoire de Moïse exaltant le rôle libérateur du prophète. Il s’agit du cycle peint par le protestant Sébastien Bourdon et tissé à Aubusson, d’après ses compositions, pour le baron de Vauvert, un gentilhomme hughenot reconnu pour son action protectrice envers les protestants du Languedoc. Présenté pour la première fois au public, ce décor atteste une moralisation de l’histoire de Moïse à des fins politiques, originale en France : les épisodes de la vie du prophète que retient Bourdon, en accord avec son commanditaire, légitiment la résistance des Huguenots à l’oppression ». 
« Cette section souligne la proximité des juifs et des protestants. Leur recours systématique à la lettre de la Bible les différencie des catholiques, marqués par un rapport plus distant aux Écritures. »

Moïse dans la tradition iconographique juive
« L’image de Moïse portant les Tables de la Loi imprègne la culture des communautés juives d’Europe occidentale, chez les élites comme dans les foyers modestes. Elle est le plus souvent associée à celle de son frère Aaron ». 
« Objets de culte et images ornant les manuscrits et les imprimés accrochés aux murs des maisons et des synagogues témoignent des formes de cette présence ». 
« Incarnation de la Loi, intercesseur élu et modèle d’humilité, Moïse est une figure dont on aime se sentir proche afin de bénéficier de ses vertus. Il incarne la Loi tout autant que la force de la foi ». 
« Placer l’image du prophète et législateur dans son environnement permet de le rendre présent et influent dans les actions et décisions de la vie quotidienne. »

Le grand émancipateur
« Moïse et Israël au tournant du siècle
Au tournant du XXe siècle, l’émergence du sionisme s’accompagne d’une effervescence artistique juive. Moïse devient la figure tutélaire de cette quête nationale et identitaire, dont le coeur est l’idée de « renaissance », culturelle, spirituelle et territoriale ». 
« Le corps même de Moïse, son incarnation plastique dans les oeuvres des artistes juifs du début du XXe siècle devient le symbole de cette nouvelle ère du peuple d'Israël ». 
« Avant de fonder l’école Bezalel à Jérusalem en 1906, Boris Schatz entame un cycle d’oeuvres autour de la figure du prophète. Il est l’un des premiers, avec Ephraim Moses Lilien, à associer visuellement Moïse et Theodor Herzl, « Moïse moderne » considéré comme la réincarnation emblématique du prophète. Cette identification deviendra un lieu commun des arts visuels juifs au début du XXe siècle et cette iconographie aura une importance considérable sur la diffusion et la promotion du sionisme ». 
« Ce transfert visuel et symbolique s’exprime avec force dans le Moïse regarde la Terre promise avant sa mort de Lesser Ury. L’oeuvre opère une condensation de l’image romantique d’un Moïse solitaire et visionnaire avec la fameuse photographie de Herzl contemplant l’horizon du balcon de son hôtel à Bâle, prise lors du cinquième congrès sioniste en 1901. Une esthétique michelangelesque dans le traitement du corps de Moïse achève de faire de cette toile une parfaite incarnation des idéaux de la « renaissance juive ».
Go down Moses : juifs et Noirs aux États-Unis à l’heure de l’émancipation
« Les États-Unis, « Israël de notre temps » (Herman Melville), développent dès les origines un fort rapport d’identification à Moïse, considéré comme le « prophète américain », et se façonnent d’après son histoire ». 
« Au tournant du XXe siècle, le réinvestissement du récit de l’Exode par les protestants y prend un nouvel essor : si les immigrés juifs américains s’inventent un nouvel exode, une nouvelle terre promise – une nouvelle identité –, les Noirs américains s’identifient à Moïse et à l’Exode pour s’approprier un texte biblique qui leur est imposé par le système esclavagiste ». 
« Moïse devient dès lors un personnage familier et tutélaire, véritable héros libérateur, auxquel se réfèrent les grands défenseurs de la cause Noire ». 
« De l’héroïsme d’Harriet Tubman (1820 ?-1913), surnommée « Black Moses », qui organise le sauvetage des esclaves évadés, au combat pour les droits civiques de Martin Luther King, épaulé par le rabbin Abraham Joshua Heschel, la figure d’un Moïse libérateur prend une place décisive dans l’imaginaire de la communauté afro-américaine ». 
« Les écrits de Herzl sont lus avec enthousiasme par les intellectuels noirs au début du XXe siècle, tandis que les journaux juifs américains encouragent les tentatives d’émancipation de ces derniers ». 
« Cette alliance judéo-noire s’articule autour de la figure et de la geste de Moïse, que musiciens et écrivains se réapproprient pour en faire le noyau mythique et séminal d’une identité en devenir ». 
« Comme chez les juifs en Palestine, Moïse donne corps à la question Noire aux États-Unis. »

Le Moïse prophétique de Reuven Rubin et Marc Chagall
« Les visions primitivistes à l’expressivité véhémente de Reuven Rubin, qui appartient à la deuxième génération des artistes de Bezalel, sont particulièrement représentatives de l’« homme nouveau » associé à la « renaissance culturelle » juive ». 
« Toutefois, son Moïse et le Buisson ardent présente un Moïse éloigné de toute considération politique, témoignant d’un face à face fondateur avec l’Ineffable. Empruntant les traits de l’artiste, ce Moïse adamique, totalement dénudé – variation radicale sur les sandales ôtées devant le Buisson ardent – évoque la rencontre avec une nouvelle terre, une nouvelle identité et un nouveau Dieu dont la présence « enflamme » littéralement le prophète. Celui-ci reçoit en son sein le feu créateur, libérateur et régénérant. Cette re-naissance est une expérience intérieure, une méditation sur l’acte même de création ». 
« Marc Chagall, qui a croisé la route de Reuven Rubin en Palestine, propose une vision à la portée universelle, qui fait dialoguer l’esprit prophétique de Moïse et celui du Christ. À l’image du primitivisme de Rubin, le syncrétisme de Chagall déplace les enjeux politiques et nationaux propres aux représentations juives de Moïse dans la première moitié du siècle sur un terrain plus intime, qui rend bien compte de la quête spirituelle et artistique d’un peuple – qui est également celle d’un homme. »

Face à face : portrait de l’artiste en Moïse
« Moïse est le prophète qui a vu Dieu et dialogué avec Lui, qui a fait l’expérience de l’Ineffable puis est redescendu en témoigner auprès des hommes ; prophète bègue à l’élocution embarrassée, il est avant tout un homme du geste et de la vision ».
« Les artistes en font donc une figure tutélaire et l’associent à leurs interrogations sur l’essence et les possibilités de leur pratique artistique, dans un processus de projection et d’identification ».
« Le Portrait de Michel-Ange en Moïse par Federico Zuccari (1542 ?-1609) montre de façon flagrante cette identification de l’artiste à Moïse, dont les avatars ponctueront toute l’histoire des arts visuels jusqu’au Regard de Michel-Ange de Michelangelo Antonioni, vertigineuse méditation testamentaire sur la célèbre statue du « Moïse des artistes ».
« De l’artiste-prophète des auteurs romantiques, héroïque et solitaire qui ouvre de nouvelles voies, cherche de nouvelles lois, et témoigne de ce que le reste de l’humanité ne peut voir (Vigny, Hugo, Chateaubriand), jusqu’aux interrogations sur une modernité envisagée comme une Terre promise (Cézanne), en passant par l’art visionnaire et prophétique d’un Gustave Moreau, ces variations artistiques et littéraires sur le « prince des prophètes » rendent compte de l’actualité toujours renouvelée de Moïse dans un monde de plus en plus sécularisé ».
« Dans leur quête d’une judéité problématique et insaisissable, les créateurs et intellectuels juifs du début du XXe siècle (Schönberg , Freud, Kafka…) ont eux aussi réinvesti la figure de Moïse. »


Du 14 octobre 2015 au 21 février 2016
Au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme 
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 60
Lundi, mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h. Mercredi de 11 h à 21 h. Dimanche de 10 h à 19 h

Visuels
Affiche
Michel-Ange (1475-1564), Moïse, tombeau de Jules II
1513-1515, Rome, basilique Saint-Pierre-aux-Liens © Jemolo/Leemage

A lire sur ce blog :
Articles in English
Les citations sont extraites du dossier de presse. L'article a été publié le 19 février 2016, puis le 18 avril 2016, le 13 avril 2017.

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