jeudi 13 avril 2017

Moïse. Figures d’un prophète


Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) a souligné « l’importance et de la diversité des représentations de Moïse dans la culture occidentale » depuis l’Antiquité. Il présenta « les enjeux philosophiques, religieux, politiques et artistiques de l’iconographie mosaïque, notamment les usages de la figure du prophète comme archétype du libérateur aux XIXe et XXe siècles ». Article republié à l'approche de Pessah 5777.

Créateur et libérateur, bègue ayant vu et dialogué avec l’Eternel, prophète persécuté menant son peuple, les Hébreux, de la terre d’esclavage égyptienne du cruel Pharaon vers la Terre Promise où il n’entrera pas, précurseur et guide…

Au MAHJ, « 150 peintures, dessins, gravures, sculptures, objets d’art, manuscrits, livres et extraits de films » montrent « l’importance et de la diversité des représentations de Moïse dans la culture occidentale, de l’Antiquité à nos jours ». Ils révèlent « les enjeux philosophiques, religieux, politiques et artistiques de l’iconographie mosaïque, notamment les usages de la figure du prophète comme archétype du libérateur aux XIXe et XXe siècles ».

« Dès l’Antiquité, malgré l’interdiction de représentation dont il fut le messager (deuxième commandement), Moïse est le prophète le plus fréquemment représenté dans l’iconographie biblique. Au IIIe siècle déjà, au cœur du monde juif, dans la synagogue de Doura Europos (Syrie actuelle), on trouve d’importantes fresques figurant des épisodes de la vie de Moïse ».

Des « manuscrits médiévaux richement enluminés aux peintures de Nicolas Poussin, sources juives et chrétiennes dialoguent tout au long des temps modernes. La traduction et l’édition des textes antiques par les chrétiens assurent à l’histoire de Moïse un rayonnement sans précédent dès le XVIe siècle. Avec les débuts de l’édition hébraïque à Venise et Prague, les Juifs utilisent à leur tour ces images chrétiennes pour élaborer leur propre iconographie. S’appuyant sur la diversité de ces sources, l’exposition dresse un portrait de Moïse, explore sa singularité et retrace les épisodes marquants de l’Exode ».

Dans « l’Europe des temps modernes, la représentation de Moïse cristallise de nombreux enjeux politiques, religieux et philosophiques, dont les artistes sont les vecteurs. Moïse est avant tout présenté comme la préfiguration du Christ, ses miracles annonçant les sacrements de l’Église. Alors que les princes catholiques légitiment leur autorité temporelle en s’identifiant à la figure du Moïse législateur, les protestants se retrouvent dans l’histoire du peuple élu, persécuté par Pharaon, et exaltent le prophète libérateur pour développer une rhétorique de la résistance ».

A la charnière des XIXe et XXe siècles, d’Eretz Israël – et non de « Palestine » comme l’indique le MAHJ - aux États-Unis, Moïse « devient la figure symbolique incarnant les désirs d’émancipation qui agitent les communautés juives et les Noirs américains. Les écrits de Theodor Herzl, « Moïse moderne », icône du libérateur visionnaire et source d’inspiration pour les nouveaux artistes juifs, sont lus avec intérêt par les intellectuels noirs américains. Leurs tentatives d’émancipation sont elles-mêmes encouragées par les journaux juifs américains ».

« Ébauchés avec le combat abolitionniste, les échanges entre Juifs et Noirs culminent dans la lutte pour les droits civiques à partir des années 1950. Martin Luther King, qui multiplie les références à Moïse et au destin des juifs, entretient un dialogue fécond avec le rabbin Abraham Joshua Heschel ».

Moïse s’avère « le prophète qui a vu Dieu et dialogué avec Lui, qui a fait l’expérience de l’ineffable, puis est redescendu en témoigner auprès des hommes. Les artistes en ont ainsi fait une figure tutélaire, celle du visionnaire, du prophète et de l’intercesseur qui guide, ouvre de nouvelles voies, cherche de nouvelles lois. L’exposition s’achève sur l’identification intime et stimulante des artistes au fondateur du judaïsme, à partir notamment du célèbre Moïse de Michel-Ange, sculpté pour le tombeau du pape Jules II à Rome et magnifiquement filmé par Michelangelo Antonioni en 2004 ».

Des conférences, films et un colloque complètent l’exposition.

Cette exposition est produite par le MAHJ avec la participation du Centre allemand d’histoire de l’art, avec le soutien de la direction régionale des Affaires culturelles d’Île-de-France – ministère de la Culture et de la Communication, de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et de la Fondation Pro-Mahj, et en partenariat avec Télérama, L’Arche et France Culture.

Les commissaires en sont Anne Hélène Hoog, conservatrice de la collection historique et des judaica du Mahj, commissaire générale, Matthieu Somon, doctorant, université Paris I, Centre allemand d’histoire de l’art, commissaire, Matthieu Léglise, doctorant, université Paris I, commissaire, Sonia Fellous, CNRS, université Paris I, conseillère scientifique et auteur d’une Histoire du judaïsme problématique et de la remarquable  Histoire de la Bible de Moïse Arragel, Quand un rabbin interprète la Bible pour les chrétiens Tolède 1422-1433 (Somogy Editions d’Art, 2002), avec le concours de Nathalie Hazan-Brunet, conservatrice de la collection moderne et contemporaine du Mahj.

Le 20 avril 2016 à 14 h, le MAHJ proposa un atelier pour enfants de 8 à 12 ans sur Moïse, ce héros. "Comment les artistes ont-ils représenté Moïse au fil du temps ? Une visite de l’exposition permet aux enfants de découvrir la richesse de l’iconographie liée à la figure de ce prophète, ainsi que la variété des supports et des techniques artistiques. Les enfants créent ensuite « leur » Moïse suivant la tradition du papier découpé en Europe de l’Est".


Du 14 octobre 2015 au 21 février 2016
Au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme 
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 60
Lundi, mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h. Mercredi de 11 h à 21 h. Dimanche de 10 h à 19 h

Visuels
Affiche
Michel-Ange (1475-1564), Moïse, tombeau de Jules II
1513-1515, Rome, basilique Saint-Pierre-aux-Liens © Jemolo/Leemage

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Les citations sont extraites du dossier de presse. L'article a été publié le 19 février 2016, puis le 18 avril 2016.

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