samedi 7 octobre 2017

« Ushpizin » de Gidi Dar


« Ushpizin » (« Invités » en araméen) est un film israélien réalisé par Gidi Dar. Pendant la fête de Souccot ("fête des Cabanes", "fête des Tentes"), Moshe et Malli Bellanga, des Juifs orthodoxes pauvres et sans enfant, accueillent dans leur soucca deux amis anciens et bien étranges de Moshe. Cette rencontre met à l’épreuve leur foi et leur couple. « Ushpizin » est une comédie aux allures de fable résolument optimiste qui nous fait mieux connaître les Juifs ultra orthodoxes. Cet article est republié à l'approche de la fête juive de Souccot 5778 (du 4 octobre le soir au 12 octobre 2016). Souccot débute le 15 du mois de tishrei et dure sept jours.


La fête de Souccot ("fête des Cabanes", "fête des Tentes", "fête des Tabernacles"), "rappelle :
- La protection particulière que l’Éternel accorda pendant quarante ans aux enfants d'Israël, depuis leur sortie d'Egypte jusqu'à l'arrivée en terre promise.
- Les cabanes que construisirent les Hébreux dans le désert".

« Et l'Eternel parla à Moché en ces termes : Parle aux enfants d'Israël en ces termes : le quinzième jour de ce septième mois sera la fête des Cabanes durant sept jours au nom de l'Eternel. Le premier jour sera un appel de sainteté, vous ne ferez aucun travail… »
(Lévitique vayikra XXIII, 33 à 35)

« Vous demeurerez dans les soukot (cabanes) sept jours, tout habitant d'Israël s'installera dans les cabanes, afin que vos générations sachent que J'ai installé les enfants d'Israël dans des soukot lorsque Je les fais sortir du pays d'Egypte, Je suis l'Eternel votre Dieu »
(Lévitique vayikra XXIII)

Pour Moshe et Malli Bellanga, la fête de Souccot, fête joyeuse, s’annonce tristement : le couple manque d’argent. A cette difficulté financière semble-t-il récurrente, s’ajoute l’absence d’enfant. Cette situation douloureuse ébranle la solidité du couple.

Premier miracle : une enveloppe contenant mille dollars en billets est déposée à la porte du domicile par l’envoyé d’une association caritative.

A ce don inattendu qui permet d’acheter un magnifique étrog (ou cédrat, un fruit qui ressemble à un gros citron), vient s’ajouter une soucca (Nda : une construction provisoire au toit en branchages coupés) magnifique que le couple décore joliment. 

« Des messagers cachés de D. »
« Ouchpizin, une coutume du XVIe siècle aux origines kabbalistiques, fait toujours partie de la célébration religieuse dans la soukkah. Le mot ouchpizin signifie « invités » et renvoie aux sept héros de l’histoire juive (Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, Joseph et David) que l’on accueille l’un après l’autre symboliquement dans la soukkah, chaque jour » 1.

Les invités des Bellanga ? Eliyahu Scorpio (Shaul Mizrahi) et Yossef (Ilan Ganani), d’anciens amis de Moshe, rencontrés inopinément.

En fait, ce sont des prisonniers en permission, des pique-assiettes qui s’incrustent dans ce refuge bienvenu, des êtres sans le minimum de culture juive leur permettant de respecter leurs hôtes. Et confie Gidi Dar à Guysen, « des messagers cachés envoyés par D. pour rendre fous Moshe et Malli. Mais ils l’ignorent ».

Le réalisateur et son scénariste et acteur principal Shuli Rand rendent le spectateur complice des aléas drolatiques de la coexistence de personnes issues de mondes différents. Les Bellanga évoluent en harmonie dans un espace circonscrit, mettant en pratique leurs convictions religieuses, enracinés au sein d’une communauté de Juifs ultra orthodoxes, à la tenue vestimentaire d’une autre époque. Quant aux deux prisonniers, ce sont des laïcs sans-gêne qui profitent du moment présent, sans réflexion métaphysique, au risque de semer la discorde dans ce couple uni.

Deuxième long métrage de Gidi Dar, « Ushpizin » accumule les malentendus, les quiproquos pour en tirer des situations cocasses lors de cette fête de joie et de gratitude envers la nature pour les récoltes de l’année passée.

Ce film réussit une gageure : montrer l’amour entre Moshe et Malli, en suggérer la profondeur, la générosité et le caractère protecteur, sans prononcer de mots ou sans esquisser le moindre geste d’amour. « La passion, quand il y a des interdits, c’est plus fort que quand tout est possible. J’ai senti beaucoup de passion dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem. L’amour entre Moshe et Malli est un élément de leur foi », précise Gidi Dar.

A la pudeur et à la retenue de ce couple, s’oppose le caractère extraverti et sans scrupule de leurs invités.

« La tension entre la réalité et l’imaginaire »
Gidi Dar porte un regard attentif dénué de toute volonté de juger. Il veut montrer, pénétrer et comprendre cette communauté : « D’ordinaire, on critique les Juifs orthodoxes. Je ne les condamne pas. Dans ce film, je propose au public de les accepter pendant une heure trente ».

Le point commun entre ses œuvres, le long métrage « Eddie King » (1992), la série télévisée « The Two Kids from the Napoleon Hills », le documentaire « Shine » (1999) et « Ushpizin » (2004) ? « La tension entre la réalité et l’imaginaire. Je suis intéressé par la fiction, au cinéma et dans la vie. La foi est entre la réalité et l’imaginaire », déclare Gidi Dar à GIN.

Le chef opérateur Amit Yasur éclaire le film en privilégiant les couleurs chaudes qui soulignent l’intimité et la convivialité dans la soucca.

Comme Moshe, l’acteur Shuli Rand a fait téchouva, c’est-à-dire qu’il a parcouru un cheminement spirituel vers la foi, l’étude et la pratique. Il prête à Moshe sa force douce et patiente. Il lui insuffle une foi inébranlable : à la différence de Malli, tiraillée par le doute, Moshe demeure convaincu que D. leur donnera cet enfant si ardemment désiré. Une interprétation qui a valu à Shuli Rand le Prix du meilleur acteur décerné l’Académie israélienne du cinéma.

Shuli Bat Rand, actrice non professionnelle et épouse de Shuli Rand, incarne une Malli pleine de bon sens et d’ironie, cordon bleu et fine psychologue.

Ce film simple, véhiculant des valeurs essentielles, a eu un succès inattendu en Israël et aux Etats-Unis. Il a été projeté lors du 6e Festival du film israélien (25-31 janvier 2006) au Cinéma des cinéastes, à Paris. Il était présenté par Charles Zrihen en présence d'invités : Shuli Rand, son épouse et d autres membres de la production.

« Le monde des Juifs orthodoxes existe depuis plus de cent ans, sans changement. Pour le bien ou pour le mal. Réalisé par un laïc, « Ushpizin » dit beaucoup sur Israël aujourd’hui. Cela signifie que la structure de la société israélienne craque. Avant, tout était homogène, uni, clair, avec au centre : la sécurité, l’Armée. Ceci s’est effondré. Maintenant la société israélienne est divisée. Qu’est-ce que l’identité israélienne ? Est-ce la même pour tous ? Il y a une certitude : l’origine du pays est juive. Qu’est-ce qu’être juif ? Que signifie être juif et n’être pas religieux ? Israël doit créer un dialogue avec son passé, un dialogue entre religieux, les seuls à être liés au passé, et laïcs. On ne peut pas se déconnecter de son histoire. Sinon, on périt », conclut Gidi Dar.

: Dictionnaire encyclopédie du judaïsme. Cerf/Robert Laffont. Coll. Bouquins. Paris, 1996. 1635 pages. ISBN : 2 221 08099 8
Ushpizin, de Gidi Dar
Israël, 2006, 1 h 30

Articles sur ce blog concernant :
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Cet article a été publié par Guysen en 2006, et sur ce blog les 30 septembre 2012, 16 septembre 2013,
- 8 octobre 2014 à l'approche de la fête juive de Souccot 5775 ;
- 25 septembre 2015 à l'approche de la fête juive de Souccot 5776 (27 septembre au soir-6 octobre 2015) ;
- 16 octobre 2016 à l'approche de la fête juive de Souccot 5777 (du 16 octobre le soir au 25 octobre 2016).

1 commentaire:

  1. Gidi Dar nous a fait un petit chef-d'euvre en explorant la vie sociale du couple Haredi a Jesusalem. Le film reste fidele aux contraintes imposees aux couples quant a l'expression d'intimite et d'amour entre mari et epouse. Je pense que Gidi a pu nous montrer les subtils moyens dont les couples demontrent leur devotion a l'autre. Je trouve ca sublime. Le film "Kadosh" d'Amos Gitai (1999) etait dur a contempler,vu de son theme sur la sexualite et le bonheur du couple ultra-orthodoxe.
    Ce que j'ai apprecie enormement comme film qui a aborde le sujet du conflit entre laicite et devoument spirituel dont les jeunes Juifs Francais d'origine maghrebine ressentent, est le long metrage de Karin Albou "La petite Jerusalem". Ca, pour moi reste le meilleur.
    [mes excuses sur le manque d'accent aigues et graves - Sorry, clavier American]

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