Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 12 mai 2019

Sciences Po et l'antisémitisme


Fin 2003, des inscriptions antisémites sont apparues dans les locaux de Sciences Po, le prestigieux Institut d'Etudes Politiques de Paris (IEP). Richard Descoings, alors son directeur, avait réagi d'abord par une « réflexion sur la laïcité » (sic). Une réaction inadéquate. Puis, à l'initiative de l'UEJF (Union des étudiants Juifs de France), il avait condamné publiquement ces graffitis antijuifs. En avril 2019, des gauchistes ont voulu interdire la conférence de l'académicien et essayiste Alain Finkielkraut à Sciences Po.



Sciences Po est un établissement privé prestigieux, recevant des subventions de l'Etat. Il forme une grande partie de l'élite politique, économique et médiatique française et étrangère.

Inscriptions antisémites
Vers le 24 novembre 2003, des membres de l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF) remarquaient, sur les murs des WC et des couloirs de Sciences Po, le réputé Institut d’Etudes Politiques de Paris, ces inscriptions - « Halte au racisme juif. Halte à la maffia juive [sic] » - renvoyant à des sites antisémites, révisionniste ou islamiste. Ces expressions se renouvellent. Le mot "Sharon" - Ariel Sharon était alors Premier ministre en Israël - était écrit dans les WC.

« Sciences Po efface les messages antisémites dès qu’ils lui sont signalés. Il ne peut pas mettre des caméras partout. Ce qui est nouveau, c’est le caractère industriel de ces inscriptions apposées au tampon encreur », explique le directeur de la communication de Sciences Po, Xavier Brunschvicg.

L’UEJF-Sciences Po dénonce ces inscriptions dans un tract, dans sa newsletter et dans une lettre au directeur de Sciences Po, Richard Descoings. Le 27 novembre, elle rencontre M. Descoings, qui propose d’inscrire la réaction de la direction « dans une réflexion sur la laïcité » (sic). 

Incompréhension de l'antisémitisme ? Refus de lancer des actions ciblées contre la haine des Juifs ? Crainte de s'aliéner des mouvements estudiantins ou syndicalistes d'extrême-gauche ? Cette réaction de la direction de Sciences Po s'aligne sur celle des autorités politiques nationales françaises qui, depuis tant d'années, feignent de croire que la laïcité pourrait dissoudre l'antisémitisme. Curieux pour un établissement d'enseignement supérieur si renommé.

Mais il est vrai que Sciences Po a profondément changé sous la direction, autoritaire, favorisant la courtisanerie, opaque et dispendieuse de Richard Descoings. En témoignent les panneaux d'affichage des syndicats étudiants majoritairement occupés par des groupes gauchistes. Auteur de la biographie de Richard Descoings Richie, Raphaëlle Bacqué a qualifié de "révolutionnaire" Richard Descoings. Or, celui-ci a préféré imposer dès 2010 l'enseignement des "études de genre", plutôt qu'un cours analysant cette vague d'antisémitisme depuis l'Intifada II. Pourquoi ? Parce cet antisémitisme est particulièrement virulent parmi des élèves de ZEP (zones d'éducation prioritaire) auxquels Richard Descoings avait destiné une procédure spécifique pour intégrer Sciences Po au nom de la démocratisation de l'IEP de Paris, ou ses étudiants venant de pays étrangers ?

Mais l’UEJF-Sciences Po a voulu distinguer la lutte contre l’antisémitisme du débat sur la laïcité », indique son président, Stéphane de Miroschedji.

Le 28 novembre, la newsletter de Sciences Po, vecteur de la communication de la direction vers les étudiants et son personnel éducatif et administratif, a présenté dans sa rubrique « A la une » un communiqué où la direction, « préoccupée par la multiplication d'inscriptions antisémites dans son établissement, condamne ces dérives avec fermeté. Leurs auteurs feront l’objet des sanctions les plus lourdes. Insulter étudiants et professeurs juifs de Sciences Po, c'est porter un affront intolérable à toute l'Ecole et aux valeurs d'échange et de tolérance qu'elle promeut. Notre projet éducatif met en avant le courage intellectuel, la capacité à assumer la complexité, le respect des autres. Aucune discrimination n'y trouve sa place. Nous appelons en conséquence étudiants, professeurs et personnel à la plus grande vigilance ».

Ce communiqué répondait aux attentes de l’UEJF-Sciences Po qui reçoit le soutien d’étudiants et d’un professeur, Olivier Duhamel. Il montrait qu’une réaction officielle et ferme est non seulement possible, mais aussi indispensable.

Quelle est l’origine de ces tampons, externe ou interne ? L’extrême-droite ou les islamistes ? Les interrogations demeurent.

Amira Jumaa
En octobre 2015, le site TheInglouriousBasterds a révélé les posts antisémites d'Amira Jumaa, jeune Koweitienne. Lors d'un échange sur les réseaux sociaux, elle pestait contre les Juifs qu'elle assimilait aux "rats" : "Oui, vous les Juifs méritez d'apprendre ces leçons. Vous vous attendez à quoi, s'emparer de la terre d'un peuple et le tuer ? Un câlin ?... Vous n'appartenez à aucun lieu dans ce monde - c'est pourquoi vous, mecs, êtes des racailles et des rats, et êtes discriminés où que vous soyez. N'en blâmez pas les pauvres Palestiniens... D'abord, rat dispersé, je ne suis pas une immigrante de France. Je suis du Koweït, aussi mon pays peut acheter vos parents et vous, et vous mettre dans des fours".

Née d'un père koweïtien et d'une mère jordanienne d'origine palestinienne, cette étudiante à Sciences Po effectuait un stage au service Culturel à l'ambassade de France aux Etats-Unis. Elle avait auparavant été stagiaire à l'ambassade du Koweït à Athènes (Grèce).

L'Etat Israël ? "Not even a country" ("Pas même un pays"), écrivait dédaigneusement Amira Jumaa sur Facebook, le 22 juillet 2014.

Donc en pleine opération Bordure protectrice menée par l'armée israélienne contre le Hamas, mouvement islamiste visant la destruction d'Israël, dans la bande de Gaza. Quand la "rue islamique" défilait massivement, fomentait des pogroms, hurlait "Mort aux Juifs"...

En août 2014, Amira Jumaa avait liké un message sur Facebook d'I Hate Israel : au premier plan d'un défilé, une banderole large prônait le boycott de l'Etat Juif.

Après ces révélations, l'ambassade de France a mis un terme au stage d'Amira Jumaa. Ce qu'a annoncé Gérard Araud, ambassadeur de France aux Etats-Unis qui soutenait le PDG d'Orange souhaitant désengager sa firme d'Israël, sur son compte Twitter, le 27 octobre 2015.
Curieusement, le message du service Culture de cette ambassade, publié initialement sur sa page Facebook le 23 octobre 2015, en a disparu. Ce service y exprimait la "consternation" du ministère des Affaires étrangères en apprenant "les propos antisémites" tenus "sur sa page personnelle" par son ancienne stagiaire.


Le 25 octobre 2015, sur Facebook, All With Us-Tous Avec Nous a publié une réponse, en anglais et en français, d'Amira Jumaa : "Je voulais présenter mes excuses pour cet incident. J'ai réagi à une attaque personnelle d'une manière erronée. Comme étudiante, je prends conscience que l'ignorance et le racisme n'est pas la bonne manière de résoudre un problème. J'aimerais m'excuser auprès de toute personne que j'ai blessée et retirer ce que j'ai dit. J'espère que vous pourrez trouver en vous pour me pardonner et me permettre de réparer cette erreur. Je suis désolée - c'était une réaction irrationnelle.... Le conflit en Palestine peut créer des sentiments contre lesquels il est parfois difficile de luter. Et donc j'ai fait une grosse erreur. J'espère que vous allez pouvoir me pardonner pour cette bête erreur. I am sorry for the reactions I have put into you and the anger I have caused. I am apologizing because I realize my mistake and for nothing else. A lot may not accept my apology but I will do it anyways to prove as an example and hopefully, others can learn a lesson from my mistake. I am sincerely sorry once again for the insults. I do indeed retract what was written".

"Erreur", "incident", "conflit en Palestine".. Les mots sont inadéquats. Aucune mention des termes "antisémitisme", "Juifs". Aucune excuse, aucun regret pour sa haine d'Israël. Aucune condamnation du terrorisme islamiste assassinant des Israéliens en plein jihad ou "Intifada des couteaux et voitures béliers". Une "réaction irrationnelle" qui exprime sa haine viscérale des Juifs.

C'est l'héritage du grand mufti de Jérusalem, al-Husseini.


Le 27 octobre 2015, Meyer Habib, député des Français de l'étranger dans une circonscription incluant l'Etat d'Israël, a écrit au directeur de l'IEP de Paris, Frédéric Mion, pour lui demander s'il comptait prendre des mesures à l'égard de cette étudiante.

Le 29 octobre 2015, Frédéric Mion lui a répondu avoir, "au vu de la gravité" des faits reprochés, suspendu la scolarité de Amira Jumaa "à titre conservatoire" dans l'attente de la décision de la section disciplinaire. Il a exprimé la "ferme volonté" de la communauté de l'IEP de "lutter contre toute forme de pratiques et expressions discriminatoires, racistes, xénophobes, antisémites, sexistes ou homophobes".

« Compte tenu de la gravité des accusations portées contre (la femme), le directeur de Sciences Po a décidé de suspendre ses études par mesure de précaution, en attendant une décision disciplinaire » a déclaré à l’AFP un porte-parole de Sciences Po. Après la suspension, quelle sanction ?

Le 16 décembre 2015, Sciences Po a définitivement exclu Amira Jumaa. Résultant d'une audition de l'étudiante et d'une enquête, affichée sur les murs de l'IEP, cette décision de la section disciplinaire, composée de manière paritaire - cinq professeurs, cinq étudiants - est ainsi motivée :
« Considérant que XXX explique ses propos par une réaction non maîtrisée, due en particulier à son histoire familiale, en réponse à d’autres propos injurieux proférés sur le réseau social en cause par des tiers, à l’encontre des populations arabes ; qu’elle indique, sans pouvoir le prouver, avoir immédiatement présenté des excuses pour ses propos auprès des internautes concernés ; que les propos cités plus haut ont, ainsi qu’il a été dit, été tenus dans trois messages successifs, sur une durée non contestée d’environ une heure ; qu’ils réitèrent, par écrit, des insultes relevant d’un registre particulièrement caractérisé, alors que l’intéressée admet avoir continué, durant cette période, à vaquer à ses occupations avec un groupe d’amis ; qu’ils doivent, dans ces conditions, être regardés comme présentant un caractère délibéré ;
Considérant que de tels propos, à caractère antisémite, faisant l’apologie du crime de génocide et évoquant la traite de l’être humain, sont en France sévèrement puis par la loi pénale et font l’objet, à ce titre, de peines très lourdes prononcées par les juridictions répressives ; qu’ils sont au demeurant directement contraires aux valeurs et aux missions de l’Institut d’études politiques de Paris [...] ;
Considérant que ces propos, que l’intéressée a choisi de rendre publics en les mentionnant sur un réseau social sont, par leur caractère exceptionnel et leur gravité, définitivement inacceptables de la part d’une jeune adulte responsable, membre d’une communauté éducative ; qu’en dépit des regrets exprimés par XXX, ils compromettent de façon évidente le fonctionnement normal de l’établissement, duquel XXX s’est elle-même désolidarisée de ce fait ; que l’intéressée ne justifie en outre, par les éléments de preuve qu’elle apporte, d’aucune circonstance atténuante ;
Considérant qu’il résulte de ce qui précède que la gravité de la faute disciplinaire commise par XXX appelle une sanction d’une particulière sévérité ».
Cette sanction d'exclusion est la première prise par cet établissement. Selon Rue89, Amira Jumaa occuperait un poste dans une banque soudanaise.


La scolarité à Sciences Po d'Amira Jumaa n'a en rien entamé sa haine antisémite. Pourquoi ? A quand un cours ou un séminaire sur les antisémitismes islamique et arabe, l'alliance de dirigeants musulmans avec leurs homologues nazis, et une Shoah qui ne soit pas "islamiquement correcte" ?

Sans ces réponses, Sciences Po n'aura rien compris à ces faits, et manquera à sa mission de faire comprendre le monde à ses étudiants.

Rappelons que Richard Descoings avait fermé en décembre 2010 la chaire Moyen-Orient Méditerranée, cofinancée par la firme pétrolière Total et dirigée par Gilles Kepel, expert renommé. Une décision qui a contribué à réduire fortement la connaissance de l'islam et du monde Arabe en France.

En janvier 2016, JSSNews a décerné le prix « personnalité sioniste francophone de l’année » aux blogueurs du site internet The Inglourious Basterds "pour le travail exceptionnel qu’ils ont fait au cours des mois écoulés" pour avoir révélé les propos antisémites d'Amira Jumaa.

La "Commission disciplinaire a décidé de réintégrer Amira Jumaa jusqu'à ce que la décision statuant sur l’appel qu’elle a formé soit rendue". 


Le 9 juin 2016, l'UEJF Sciences Po s'est indignée par un post sur son compte Facebook :
"Non à la réintégration d’une étudiante antisémite sur les bancs de Sciences Po !
L’UEJF Sciences Po s’inquiète de la réintégration de l'étudiante Amira Jumaa qui avait été exclue en décembre dernier par la Commission disciplinaire de Sciences Po, à la suite des propos antisémites et d’apologie de la Shoah qu’elle avait proférés sur les réseaux sociaux, tels que : « Vous n’êtes de nulle part dans ce monde. C’est la raison pour laquelle vous êtes des déchets et des rats et mal traités partout dans le monde. Ne remettez pas ça sur le dos des pauvres Palestiniens [...]. D’abord, vous, les rats dispersés, je ne suis pas une immigrée de France. Je viens du Koweït et mon pays peut vous acheter, vous et vos parents, et vous mettre dans des fours. »
La Commission disciplinaire a en effet décidé de réintégrer Amira Jumaa jusqu'à ce que la décision statuant sur l’appel qu’elle a formé soit rendue.
Sciences Po est une école qui se donne pour mission de former les cadres politiques de demain. Au vu du contexte politique actuel, il est fondamental que la parole de haine raciste et antisémite y soit résolument bannie. Réintégrer Amira Jumaa serait une injure à tous ceux qui ont pu être la cible de ses propos et constituerait un précédent dangereux.
Il est indigne que les origines palestiniennes de cette étudiante aient été mises en avant lors du Conseil de discipline comme circonstances atténuantes à l’antisémitisme qu’elle a véhiculé. Rien ne peut excuser le racisme et l’antisémitisme.
L’UEJF Sciences Po demande à la direction de Sciences Po de ne pas tolérer la réintégration, ne serait-ce que provisoire, de cette étudiante, et invite tous les étudiants à se mobiliser en relayant cet appel au sein de la communauté étudiante, auprès de leurs professeurs et directeurs d’étude, et auprès de l’administration, afin que leur indignation soit entendue".
Cette décision de l'IEP de Paris marque la victoire du narratif palestinien dans l'une des institutions formant l'élite française. Une victoire d'autant plus aisée que la diplomatie israélienne s'avère inexistante pour le contrer et rappeler la légitimité de l'Etat d'Israël.

Le Grand Rabbin de France, partisan du programme Emouna de l'IEP de Paris qui formera les ministres des cultes, n'a pas réagi publiquement à cette décision de Sciences Po.

Gatekeepers

Le 17 mars 2016, “The Gatekeepers”, documentaire controversé et primé de Dror Moreh, a été diffusé à l'Arlequin (Paris) lors des Journées du cinéma politique (16-18 mars 2016), dans la thématique Côté coulisses : le pouvoir et ses secrets.


Constituées de projections de films et de débats, ces Journées sont organisées par Sciences Po Alumni, la fondation Jean Jaurès, Albingia, l'Assemblée nationale, le Sénat, le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée), les Ecrans de Paris, l'Arlequin, BdA Sciences Po, La Mairie de Paris, LCP, France Info et L'Express. Le "thème du pouvoir politique, de son mystère et de ses arcanes est au cœur de la première édition des Journées du Cinéma Politique de Sciences Po. Les questions inhérentes à cette thématique font partie des fondements du projet intellectuel de l’établissement, « comprendre le monde pour le transformer ». Elles sont aussi au centre de la pratique cinématographique, qui a l’immense avantage de donner à voir le corps politique, de le projeter dans l’imaginaire et de l’interroger dans ses mystères et sa part non visible. Au travers de la crise traversée par nos sociétés de l’information et de l’image, nous n’avons jamais autant regardé le pouvoir politique ; mais que voyons-nous vraiment ? Les 17 et 18 mars 2016, les Journées du Cinéma Politique montreront la politique dans tous ses états".

Pourquoi n'avoir pas programmé un des documentaires de Pierre Rehov sur le Moyen Orient : The Trojan Horse or Arafat's strategy to destroy Israel (Le cheval de Troie ou la stratégie d'Arafat pour détruire Israël), Holy Land: Christians in Peril (Terre Sainte : chrétiens en péril), Silent Exodus (Exode silencieux), etc. ? Pourquoi n'avoir pas organisé un débat sur l'affaire al-Dura ?

J'ai interrogé les responsables de ces Journées sur la raison de leur choix de ce film. Le 16 mars 2016,  Madani Cheurfa, secrétaire général de Sciences Po Cevipof, m'a répondu : "Je lirai attentivement votre blog et me permettrai de vous répondre si j’estime ma réponse suffisamment pertinente face à vos interrogations".

Emouna
Le 13 janvier 2015, interrogé par RCF sur l'agression à la machette d'un professeur français juif à Marseille, Moché Lewin, rabbin du Raincy, ancien porte-parole du grand rabbin de France Gilles Bernheim devenu directeur exécutif de la Conférence des rabbins européens (CER) et conseiller spécial du grand rabbin de France Haïm Korsia, a prôné le dialogue inter-religieux pour lutter contre les préjugés et endiguer la violence.

Qui mène et depuis quand ce dialogue ? Avec quelles compétences ? Dans quels buts et selon quelles modalités ? Avec quels résultats ? Mystères.

Dans ce cadre, le rabbin Moché Lewin a annoncé la prochaine formation assurée à Sciences Po auprès des "élèves des différentes religions" : rabbins, prêtres et imams se connaîtront avant leur entrée en fonction. Ce qui sera "porteur d'amitié, de connaissance et de relations". Ou vecteur de la communication pour Sciences Po et pour le Grand rabbinat de France ?

En effet, le grand rabbin de France Haïm Korsia et son conseiller Moché Lewin refusent d'évoquer « l’antijudaïsme théologique et l’antisémitisme politique » islamiques (Shmuel Trigano).

Un choix aux conséquences tragiques pour leurs coreligionnaires.

Le 4 mai 2016, a été annoncé à Sciences Po le programme Emouna.

"Prêtres, pasteurs, rabbins, imams et moines bouddhistes : à partir de septembre 2016, des étudiants un peu particuliers vont faire leur rentrée à Sciences Po pour une formation unique en son genre. Baptisé "Emouna, l'amphi des religions", ce programme va former des "ministres du culte de différentes communautés religieuses". L'objectif : renforcer les liens et la connaissance mutuelle, et assumer une juste place dans la laïcité et la culture françaises".

Le "contenu du programme sera dispensé à la fois par des universitaires, des responsables religieux et des professionnels issus des secteurs public et privé. Il sera axé sur la connaissance des liens entre les religions et institutions françaises, la culture française et les enjeux du leadership : apprentissage de l’environnement politique et institutionnel entourant les pratiques religieuses, connaissance des différentes religions et de leurs traditions intellectuelles et rituelles, travail sur l’exercice de responsabilités dans le cadre d’une communauté religieuse".

Alain Finkielkraut
L’association étudiante Critique de la Raison Européenne (CRE) à Sciences Po avait organisé la conférence d'Alain Finkielkraut le mardi 23 avril 2019. Un groupuscule d’étudiants gauchistes dénommé « Sciences Po en Lutte - Institut Clément Méric » s'y est opposé.

« On a appris lundi soir, la veille de l’événement, que des militants d’extrême gauche voulaient empêcher la venue d’Alain Finkielkraut. Après une discussion interne nous avons finalement décidé de renoncer aux locaux de l’école, à contre-cœur, pour donner la conférence à quelques mètres dans les locaux de l’école de commerce l’Ipag » raconte à Valeurs actuelles Etienne Campion, vice-président de l’association CRE, pour la première fois confrontée à un blocage, après avoir reçu des personnalités comme Georges Malbrunot, Natacha Polony, Hélène Carrère d’Encausse, Hubert Védrine ou Jean-Pierre Chevènement, avec une ligne directrice antilibérale et souverainiste. "
"Quelques heures plus tard, le groupuscule d’extrême gauche appelait au blocage de l’Ipag, signifiant sa volonté d’interdire toute expression de l’intellectuel, « parce que nous refusons la parole de l’extrême-droite où qu’elle est » pouvait-on lire dans un communiqué. Un jeu du chat et de la souris, qui a contraint l’association à ne divulguer le lieu de la conférence qu’à l’arrivée d’Alain Finkielkraut, semant la confusion parmi les participants informés via les réseaux sociaux, ainsi que par courriels".

"C’est finalement dans les locaux de Sciences Po, rue de l’Université, sous haute protection policière, qu’Alain Finkielkraut a pu s’exprimer. Non sans avoir au préalable échangé quelques propos musclés avec la vingtaine de bloqueurs qui, se sachant filmés, se sont contentés de traiter l’académicien de fasciste. « Bande de voyous », « pauvres merdes », leur a-t-il répondu, avant de s’engouffrer dans l’école où attendait une petite centaine de participants selon les organisateurs. « Un des militants est parvenu à s’infiltrer, grâce à sa carte d’élève, avec des paquets de farine et du lait dans son sac, probablement pour enfariner l’intervenant. Mais il s’est vu contraint de cacher son sac dans les toilettes à cause du dispositif de sécurité ». 

"La conférence, d’une heure trente, était l’occasion pour Alain Finkielkraut de partager sa vision de l’Europe à quelques semaines des élections européennes. L’intellectuel, heurté par les blocages et agressions de rue dont il est victime depuis le mouvement Nuit Debout, s’est dit découragé. « Il a cité Milan Kundera pour évoquer les antiracistes » relate Aziliz Le Corre, journaliste au Figaro venue assister à la conférence. « La lutte « pour » est indissociable de la lutte « contre » et, pendant la lutte, les lutteurs oublient toujours la préposition pour, au profit de la préposition contre ». Et l’intellectuel d’ajouter, avant d’évoquer Notre-Dame, les catholiques, la démocratie, l’école et l’Europe : « l’antiracisme s’est complètement dévoyé en violence sectaire et sans limite ». 

"A l’issue de la conférence, l’académicien a fait savoir face aux quelques caméras postées devant Science Po, qu’il n’y avait « pas eu d’incident, les méchants étaient à l’extérieur ». Quant aux invectives échangées avec les bloqueurs, il relate : « je leur ai répondu les fascistes c’est vous, les années 30 c’est vous, l’autodafé c’est vous (…). Moi je défends la liberté d’esprit (…). Je suis fatigué, même bouleversé, de ne pouvoir mettre le nez dehors dans que des gens aient envie de me faire la peau ». Blessé donc, mais aussi pessimiste quant à l’évolution du paysage intellectuel français, il estime que « ça va continuer (…) On est au début de quelque chose. J’en suis la cible ».

"En 2016,  le philosophe fut dans l'impossibilité de débattre avec les militants de Nuit Debout, place de la République. En janvier 2019, l'intellectuel a été invectivé par les participants à une manifestation parisienne des Gilets Jaunes"

"De son côté l’association CRE, consciente de la bataille idéologique qui se joue, se dit « d’autant plus déterminée » à vouloir poursuivre les débats avec diverses personnalités. « Ces gens [les bloqueurs] nuisent à leurs idées, même auprès de la gauche. Ce sont des adolescents attardés qui doivent s’interroger sur leur rapport au monde adulte » conclut Etienne Campion."

Dans son article "Etrange silence de la communauté académique suite aux attaques contre Alain Finkielkraut à Sciences Po : la nouvelle trahison des clercs" (Atlantico, 29 avril 2019),  Edouard Husson a écrit :
"Ce qui s'est passé à Sciences Po devrait produire une prise de conscience, tardive mais réelle. Certes, les censeurs n'ont pas réussi à empêcher la tenue de la réunion. La direction de Sciences Po a fini par faire garantir la tenue de la conférence avec l'aide des forces de l'ordre. On ne peut s'empêcher, pour autant, d'éprouver un profond malaise face à la manière dont les choses ont tourné. Coupable silenceDepuis la soirée du 23 avril, on a attendu en vain une parole publique de la direction de Sciences Po. Alain Finkielkraut est un de nos grands intellectuels, un homme libre, courageux, qui n'a pas peur de parler contre les modes - la marque du vrai penseur. Le traitement qui lui a été réservé ce soir-là est indigne d'une des plus prestigieuses institutions académiques de notre pays. Les étudiants qui ont voulu l'empêcher de parler sont, pour autant que l'on puisse savoir, des étudiants de Sciences Po. On se serait attendu à ce que la direction de l'établissement non seulement condamne fortement ce qui s'était passé mais que des mesures disciplinaires soient annoncées contre les fauteurs de trouble. En restant silencieuse et inactive, l'école ne garantit en rien que de tels comportements ne se reproduiront pas. Au contraire, la mentalité de l'appeasement est toujours prise par les agresseurs comme un encouragement à récidiver. Un mal qui atteint les élites autant que le reste de la société  L'épisode du 23 avril est d'autant plus grave qu'il confirme que tous ceux qui voudraient lire ce qui se passe dans notre pays selon un clivage populisme/élitisme est erroné. Depuis des semaines, on veut faire porter le chapeau de l'intolérance et de la violence à des populistes de toute sorte. Mais l'autre soir à Sciences Po, rue de l'Université, aucun populiste n'était en vue. Il ne s'est pas agi, mardi 23 avril, d'une manifestation contre la Loi Travail ou d'un rassemblement des Gilets Jaunes. Nous parlons de l'une des écoles où se forment les futurs responsables de l'Etat et de la vie économique française. Sciences Po est un espace académique, au sein duquel la liberté de débat, la tolérance vis-à-vis des opinions divergentes doivent être préservées à tout prix. Sommes-nous en train de laisser former de futurs cadres dirigeants qui n'ont plus que mépris pour la liberté de penser, la différence d'opinion et le droit de désaccord? Pouvons-nous prendre la responsabilité de laisser avancer vers la diplomation, comme si de rien n'était, des individus qui se comportent comme des militants staliniens ou fascistes de la pire espèce? Quel avenir préparons-nous à notre pays, ce faisant?  Nous fêterons, à l'automne prochain, le trentième anniversaire de la Chute du Mur de Berlin. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'une génération plus tard, l'esprit de liberté qui s'était emparé de l'Europe et des Etats-Unis dans les années 1980, a pratiquement disparu. Nous nous étions réjouis de la chute du communisme; sans doute avions nous cru trop vite qu'avec l'effondrement de l'URSS et la libération de son empire, le totalitarisme de gauche était mort. Il est revenu sous de nouvelles formes. Rien ne le dit mieux que l'intolérance qui règne sur bien des campus universitaires américains où depuis quelques années, on essaie de faire taire les conservateurs comme Alain Finkielkraut.Parti de banlieue, le nouvel antisémitisme est maintenant au coeur de Paris.En 1989, nous avions cru que le terrible 20è siècle était complètement terminé, le retour du fascisme étant encore plus impensable que celui du communisme. Or il faudrait être aveugle, pour ne pas voir que les attaques proférées contre Alain Finkielkraut, depuis des années, sont l'expression d'un antisémitisme contemporain, avec, selon les agresseurs, une proportion variable d'antisionisme, d'islamisme et de haine des fondements de la civilisation occidentale. Lorsqu'Alain Finkielkraut avait été pris à partie en janvier dernier, le retour de la haine des Juifs était si évident que la classe politique s'était mobilisée. En revanche, depuis mardi dernier, rien ne s'est produit de tel. Sommes-nous entrés dans une forme de banalisation et d'accoutumance, très loin des promesses (grandiloquentes) d'il y a quelques semaines - le président de la République avait annoncé vouloir forger les moyens législatifs d'une condamnation de l'antisionisme ? Ceux qui aiment bien se référer, par principe, aux années 1930, se rappellent-ils qu'après les premières émotions de la communauté internationale au printemps 1933 face aux violences commises par les nazis contre les Juifs, le silence s'était progressivement installé? Toutes choses égales par ailleurs, l'événement de Sciences Po est très grave dans la mesure où, là encore, il prouve que c'est de haut en bas que notre société est progressivement gangrenée par le retour de l'antisémitisme: des "territoires perdus de la République" à la rue Saint Guillaume. Et le mal a gagné bien d'autres établissements universitaires que Sciences Po, malheureusement. La Ministre de l'Enseignement Supérieur avait, à ma connaissance, oublié de tweeter en soutien à Alain Finkielkraut; en revanche elle a mis un message, vendredi dernier, pour condamner des propos ignobles tenus vis-à-vis de Sacha Gozlan, président de l'UEJF. Mieux vaut tard que jamais. Il existe un lien organique entre la liberté académique et la démocratie. Aucune des deux ne peut être menacée sans que l'autre ne souffre aussi. Or, la liberté académique est aujourd'hui menacée. On n'en finit pas d'énumérer les symptômes d'une intolérance croissante et d'une tendance d'individus peu nombreux à pratiquer l'intimidation: venues des campus des universités nord-américaines, les gender studies ou les études décoloniales, par exemple, deviennent entre les mains d'universitaires trahissant leur vocation et la liberté de penser, des instruments d'intimidation intellectuelle. Un mois avant l'épisode de Sciences Po, c'est à la Sorbonne que le nouveau totalitarisme avait frappé en faisant annuler une représentation des Suppliantes d'Eschyle, dont le metteur en scène était accusé de racisme. On avait déjà pu observer la mollesse, à cette occasion, de l'autorité universitaire, prête à tous ces apaisements qui préparent des lendemains terribles. Il y a quelques mois, c'est un sociologue de l'Université de Limoges qui avait été exclu de son laboratoire "pour non-compatibilité scientifique" par des chercheurs devenus adeptes des études décoloniales. Cela fait un moment que l'on a repéré d'inquiétantes dérives communautaristes au sein de l'UNEF. Les circonstances de la conférence d'Alain Finkielkraut à Sciences Po permettront-elles d'accélérer une prise de conscience? On sent bien qu'un certain nombre d'universitaires sont gênés: ils trouvent le philosophe trop "à droite", trop conservateur. Ils aimeraient mieux avoir quelque'un d'autre à défendre. C'est le moment de leur rappeler la belle citation de Martin Niemöller, pasteur et opposant conservateur à Hitler:"Ils sont d'abord venus chercher les communistes, et je n'ai rien dit - parce que je n'étais pas communiste. Puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n'ai rien dit - parce que je n'étais pas syndicaliste.Puis ils sont venus chercher les Juifs, et je n'ai rien dit - parce que je n'étais pas Juif. Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour me défendre".     
Aux Etats-Unis, des personnalités politiques ou intellectuelles sont parfois huées et leurs conférences perturbées par des militants, voire annulées.

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié par Guysen. Cet article a été publié sur ce blog le 3 mai 2015, puis les 13 novembre 2015, 3 février et 23 juin 2016.

3 commentaires:

  1. Sciences Po n'est plus l'école prestigieuse qu'elle était depuis qu'il a été décidé de permettre aux racailles en tous genres d'y étudier. En faits ces nouveaux inscrits contribuent, par leur niveau d'études et d'intelligence très inférieur à celui des étudiants "normaux" à faire descendre de manière drastique le haut niveau observé jusqu'à l'arrivée de ces nouveaux venus.

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  2. Bonjour. Je pense que Sciences Po a beaucoup changé à partir des années 1990, surtout sous la direction de Richard Descoings qui a favorisé le népotisme, l'opacité de gestion, des séminaires et cours bizarres telle la théorie du genre, etc. La dégradation de l'enseignement depuis les années 1980 a influé sur le niveau de tous les étudiants à Sciences Po qui, comme d'autres grandes écoles, a du trouver le moyen de pallier leurs carences.

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  3. L INSTITUT DE GEOPOLITIQUE DE PARIS.... PERSONNALITES ISSUES
    DE LA SORBONNE ET D AUTRES UNIVERSITES PARISIENNES
    QUI N AIMENT PAS MAIS PAS DU TOUT ISRAEL ; QUI FORMENT POUR UN DIPLOME DE GEOPOLITIQUE APRES SCIENCES PO ? FUTURS AMBASSADEURS DANS LES PAYS ARABES ?

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