mardi 27 décembre 2016

« Sous le chapiteau des Pauwels » d’Agnès Bensimon


Arte a diffusé le documentaire Sous le chapiteau des Pauwels, documentaire passionnant et émouvant  d’Agnès Bensimon (2008). L’histoire et la vie d’une « famille Juive où depuis six générations l’on est clown, musicien ou jongleur ». Article republié en cette période de fête. Arte consacrera la soirée du 27 décembre 2016 au cirque.

« Sous le chapiteau des Pauwels » d’Agnès Bensimon
Regards de photographes sur le cirque (1880-1960) : En piste !

C’est une histoire méconnue qu’évoque Agnès Bensimon dans ce film très intéressant : celle des familles Juives dans le monde du cirque européen, et de leur vie dans un milieu caractérisé par les tournées.

La réalisatrice a croisé « les fils d’une double transmission : celle des arts du cirque et celle du judaïsme. Au cours des deux siècles passés, des centaines de familles Juives ont appartenu au monde du cirque. La Shoah en a détruit la plupart. Peu de témoignages ont été recueillis sur cet « art mineur », pourtant relié à la tradition Juive. Les Pauwels sont parmi les rares survivants de ce monde, attachés à la foi de leurs ancêtres comme à l’univers circassien ».

Une part importante du monde du cirque
Ancienne journaliste et critique cinématographique, auteur de Hassan II et les Juifs, histoire d’une émigration secrète (Seuil, 1991), Agnès Bensimon a dirigé l’Institut de la mémoire audiovisuelle juive (IMAJ).
Pourquoi cet intérêt pour le cirque ? « Je me suis intéressée à l'histoire des familles Juives du cirque en rencontrant Elisheva Yortner, fondatrice de l'école de cirque de Jérusalem Kirkas Yerushalaïm, une femme pratiquante et dédiée à développer cet art en Israël. Pour elle, il ne faisait pas de doute que la transmission du judaïsme comme celle du cirque allaient de pair. La preuve : ces centaines de familles juives qui représentèrent aux XIXe et XXe siècles une part très importante du monde du cirque ».

Parmi les plus célèbres dynasties Juives du cirque : « les Blumenfeld en Allemagne, les Strassburger en Hollande, les Goldkett en Suède, les Bronett au Danemark, les Konyot en Hongrie, à l'origine du Cirque national hongrois, ou les Solomonsky en Russie, dont l'un des membres devint le premier directeur du fameux Cirque de Moscou en 1883. Les historiens du cirque leur ont consacré quelques pages passionnantes, mais lacunaires et une recension exhaustive reste à faire ». Ajoutons la famille Edelstein du cirque Pinder-Jean Richard et  le Circus Klezmer, spectacle de circus mis en scène et joué notamment par Adrián Schvarzstein, artiste né en Argentine, formé en Israël, en France et en Italie.

Agnès Bensimon poursuit ses recherches « sur ce milieu très prenant, en particulier sur la dynastie emblématique des Blumenfeld ».

La dynastie Pauwels, des êtres attachants
C’est en entrant sous le chapiteau du cirque Marquis Pauwels qu’Agnès Bensimon rencontre ce « personnage haut en couleur » et qui descend « d'une très ancienne famille juive du cirque d'origine hollandaise ». « Le cirque, c’est une école de la vie », résume Marquis Pauwels. Un monde où, pour survivre, il faut allier la maîtrise d’un art et celle de la gestion d’une entreprise.

Sur cette dynastie Pauwels, Agnès Bensimon écrit d’abord un article publié dans les Cahiers de la Fondation de la Mémoire contemporaine.

Puis, elle convainc Luc et Jean-Pierre Dardenne de produire un film sur les Pauwels. Coproduit avec la RTBF et ARTE, son documentaire a été diffusé sur Arte et sur d’autres chaines de télévision depuis 2008. Il a aussi été montré lors de nombreux festivals à l’étranger, notamment à Berlin, Vienne, Varsovie, dans les principales villes des Etats-Unis et à Toronto.

Pour Agnès Bensimon, la programmation de Sous le chapiteau des Pauwels dans le cycle Mémoire familiale « revêt la plus grande importance. Chez les Pauwels, en effet, la transmission est un maître-mot. De père en fils, depuis plus d’un siècle, tradition juive et tradition du cirque rythment le quotidien des clowns ».

Fils de « Pépète » le grand Auguste, Marc dit Marquis - surnom du frère de sa grand-mère Jeannette Cohen (1886-1971) - Pauwels a grandi en Afrique du Nord, au gré des tournées du cirque Amar. Il raconte l’histoire de sa famille, la difficulté des métiers du cirque dans un contexte économique de crise, les répétitions nombreuses, un « savoir qui se transmet de générations en générations », et, toujours vivace, « l’espoir d’y arriver ».

Son frère Charles, « son aîné de 13 ans, tourne en Flandres avec un plus petit chapiteau (Circus Barones) ». Le clown blanc, « c’est le faire-valoir. L’Auguste se fout de la figure du Blanc. Moi, je fais l’intelligent, mais je finis idiot. Cela fait partie du jeu », confie humblement Charles Pauwels. Et de louer le talent de metteur en scène de son père qui, en indiquant à ses fils leur place exacte sur la piste, les mettait en situation pour jouer leur rôle de clown.

Quant à Alfred Pauwels (1916-1989), il avait été surnommé Pépète car « il bégayait quand il s’énervait ». Avec ses deux fils, il a formé un trio de clowns.  « Mais on ne faisait qu’un. On a travaillé dans le monde entier avec le trio Pauwels. On a été à l’affiche des grands cirques hollandais, en Allemagne, au Cirque d’hiver à Paris… On entrait en piste avec mon père et mon frère, et on s’amusait. Et les gens s’amusaient avec nous », se souvient Marquis Pauwels.

Celui-ci a caressé le rêve, comme Juif que son cirque devienne « le cirque national d’Israël, de créer une école et un musée du cirque en Israël, d’effectuer une tournée de trois mois en Israël, de représenter le cirque israélien ».

Nelly, l’épouse de Marquis Pauwels, s’est convertie au judaïsme quand leur fils Samuel approchait de l’âge de la bar-mitsva (Nda : cérémonie religieuse qui marque l'entrée du garçon comme membre majeur, âgé de 13 ans, dans la communauté juive). « C’est aussi en guise d’hommage aux membres de sa famille décimée par la Shoah que Marquis Pauwels a tenu à ce que Samuel fasse sa bar-mitsva. Il est le premier du nom à l’avoir faite et à porter la promesse de perpétuer cet acte », observe Agnès Bensimon.

Et d’ajouter : « Pour le 16e anniversaire de Samuel, Marquis a transmis le nom du cirque à son fils, marquant ainsi son désir de continuité comme sa volonté de transmettre un héritage. L’héritage culturel et religieux tient une place d’autant plus importante que Samuel est un garçon dans cet univers où les filles son destinées à quitter le chapiteau paternel pour celui de leur futur mari. Les garçons, eux, restent pour la vie aux côtés de leurs parents ».

Pour scolariser Samuel dans une école juive belge, les Pauwels se sont sédentarisés près de cet établissement scolaire bruxellois. Et Samuel paie ses costumes à la couturière Madame Jenny, s’entraîne sous la vigilance de sa sœur aînée, poursuit sa scolarité, mûrit, respectueux de son père…

Quant à la fille de Marquis et Nelly Pauwels, Alexandra, elle vit à Paris avec son mari dompteur, Eric Moreno-Bormann, et leurs enfants. Elle est jongleuse au cirque Moreno-Bormann. Comme son père, elle collectionne les bronzes sur le cirque.

Des moments émouvants : les regrets d’Alexandra Pauwels quant à son manque d’éducation juive, sa fierté que ses enfants aient leur numéro de cirque ou les prières prononcées avant le repas des Pauwels pris en plein air, près de leurs roulottes. La vidéo des parents septuagénaires de Marquis Pauwels assurant leur numéro d’acrobates. Et la famille Pauwels se recueillant sur les tombes de parents au cimetière de Thiais ainsi que la rencontre à Paris, de Marquis, Charles et Samuel Pauwels avec Léa Cohen, une cousine de Marquis et Charles Pauwels, ancienne artiste de cirque dont les parents, qui s’étaient séparés, se sont retrouvés dans le camp de Drancy et ont été emmenés dans le même convoi pour Auschwitz où ils ont été assassinés. Les parents de Marquis Pauwels, se produisaient alors au cirque d’Hiver à Paris. Le patron du Clown Bar, situé à la rue Amelot (75011) à proximité du cirque d'Hiver, les a cachés dans la cave de café pour leur éviter d’être raflés. Puis, les Pauwels se sont réfugiés dans une ferme en Corrèze sur les conseils d’une cafetière parisienne...

Le 6 février 2011, à 14 h, le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) a diffusé, en présence de la réalisatrice et dans le cadre de la 4e édition de son cycle Mémoire familiale, le documentaire Sous le chapiteau des Pauwels d’Agnès Bensimon (2008).

 Zeev Gourarier a prononcé une conférence sur les arts forains et la culture juive, le 26 juin 2012, à 16 h à la mairie du IVe arrondissement de Paris.

Le 6 décembre 2015, Zone interdite sur M6 a été consacrée à l'incroyable vie des gens du cirque. Bouglione, Gruss, Falck...

Réalisation : Agnès Bensimon
Belgique, documentaire, 2008, 51 minutes
Coproduction Dérives, RTBF, ARTE G.E.I.E, WIP
Diffusions sur Arte les :
- 1er septembre 2011 à 1 h et 5 septembre 2011 à 5 h.

Le dimanche 6 février 2011 à 14 h
Au MAHJ (projection suivie du documentaire « La force de la musique, la famille Wallfisch » de Mark Kidel)
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple, 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 48

Visuels : © Sous le chapiteau des Pauwels
Cet article a été publié pour la première fois le 5 février 2011, puis le 25 juin 2012,
- le 26 décembre 2013. Arte a consacré cette journée au cirque, mais en oubliant ce documentaire sur le cirque des Pauwels ;
- 1er janvier et 5 décembre 2015.

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