mercredi 25 janvier 2017

Un sondage français biaisé sur l’évolution de la relation à l’autre


Le 17 janvier 2017, l’Observatoire de la Fondation du judaïsme français (FJF) et IPSOS ont rendu publique « la vague 2 » de leur « baromètre » sur « l’évolution de la relation à l’autre au sein de la société française ». Une image tronquée d’une réalité sombre. Des personnalités juives françaises indifférentes au sort des Français juifs spoliés.


Souvent, la question d’un journaliste ou d’un sondeur détermine la réponse de la personne interrogée.

La « vague 2 » du « baromètre » de la FJF et d'IPSOS, « troisième Groupe mondial des études », a vérifié cette assertion en offrant une perception partielle et partiale de la réalité dramatique en France.

Ce qui amène à s’interroger sur la pertinence de réaliser ce genre de sondages, de l’absence de contrôle du commanditaire sur les questions posées, de l’alimentation par la FJF d’idées fausses, voire antisémites, et les occultations, voire la négation par la FJF et IPSOS, de faits avérés.

Une réalité taboue
Le 17 janvier 2017, l’Observatoire de la Fondation du judaïsme français (FJF) et IPSOS ont présenté la « vague 2 » de leur « baromètre » sur « l’évolution de la relation à l’autre au sein de la société française ». Un sondage réalisé sur Internet du 4 au 14 novembre 2016 et présenté par Brice Teinturier et Etienne Mercier.

Comme pour la première vague (2016) sur "les perceptions et les attentes de la population juive : le rapport à l'autre et aux minorités" - enquête grand public réalisée du 15 au 24 juillet 2014, enquête auprès de 358 personnes qui se déclaraient Juives réalisée du 24 février au 8 juin 2015, et enquête auprès de 500 personnes qui se déclaraient musulmanes réalisée du 24 février au 9 mars 2015 -, IPSOS a interrogé un échantillon représentatif de 1005 personnes. Mais, en plus, l’institut de sondage a aussi posé des questions à un échantillon représentatif de 562 jeunes âgés de 18 à 30 ans. Ces deux groupes ont été interrogés par Internet.

Les cinq principales conclusions de la « 2e vague » ?

« Dans un contexte pourtant très anxiogène, le repli sur soi et la méfiance à l’égard des autres restent forts, mais ne progressent presque pas. On ne constate globalement pas de hausse des opinions racistes, de l’hostilité envers l’immigration ou des préjugés envers les différentes minorités ».

Les « relations de la population avec les musulmans restent apaisées au quotidien, et on ne relève pas de progression des jugements défavorables envers l’islam en tant que tel ou les musulmans de manière générale. En revanche, la visibilité de l’islam dans l’espace public (mosquées, tenues, etc.) est une source de tension » plus vives qu’il y a deux ans, et par ailleurs, on note une inquiétude diffuse vis-à-vis de la figure symbolique de l’homme musulman, comme s’il était porteur d’une menace potentielle plus palpable ».

« Si les préjugés envers les juifs restent très répandus, ils sont en recul sensible. Surtout, on constate une empathie accrue vis-à-vis des craintes ressenties par les juifs depuis les attentats de 2015, et une prise de conscience du phénomène de leur départ. Des départs qui, pourtant, laissent une grande partie des Français indifférents ».

Le « profil des individus porteurs de préjugés envers « l’autre » est le même, quel que soit le groupe concerné : l’intolérance et les préjugés augmentent chez ceux appartenant aux catégories populaires, disposant d’un faible niveau de diplôme ainsi que chez les sympathisants de droite, et tout particulièrement du FN ».

Les « jeunes se différencient assez peu du reste de la population, sauf sur trois aspects, très significatifs : ils se montrent significativement plus tolérants que la moyenne envers l’homosexualité, l’islam, et partagent moins les préjugés antisémites que l’ensemble des Français ».

Première de mes interrogations : pourquoi s’être enquis si les personnes interrogée sont favorables ou non « à la mise en place de menus spécifiques dans les cantines scolaires pour les élèves de confession juive et musulmane » ? En effet, seul un élève juif sur trois suit sa scolarité dans un établissement public scolaire, et aucune famille juive n’a réclamé de menus particuliers pour ses enfants élèves dans le secteur public. Réponse d’IPSOS : des politiciens ont évoqué une demande juive de repas spécifiques, donc cette thématique est entrée dans le débat public. Ainsi, cet institut de sondage a intégré les Juifs dans une demande leur étant étrangère, et induit en erreur les personnes interrogées !? Et 34% (-3 par rapport à 2014) - 38% parmi les jeunes - des personnes interrogées répondent favorablement à cette question.

Deuxième interrogation : pourquoi s’être limité aux relations à l’égard de minorités, et non des relations entre une minorité de musulmans à l’égard de la majorité, notamment chrétienne, ou/et à l’égard de la France ? Ce n’était pas l’objet de cette deuxième vague, a répondu Brice Teinturier.

Troisième interrogation : pourquoi n’avoir pas posé de questions liées à la perception de l’Etat d’Israël. En effet, tous les assassins de Français juifs depuis l’Intifada II ont invoqué le stéréotype du « soldat-israélien-tueur-d-enfant-palestinien ». Un cliché prégnant chez une partie des socialistes, et dans l’extrême-gauche. Brice Teinturier a éludé en indiquant que ce n’était pas le sujet de cette « vague 2 », et en renvoyant vers la « vague 1 ». On peine à y trouver la moindre question liée à la représentation de l’Etat juif.

Pourquoi n’avoir pas ajouté une question sur ce stéréotype ? Se fondant sur les réponses fournies lors de la « vague 1 » en 2014 et 2015, Brice Teinturier a estimé ce questionnement non opérant, non significatif, donc inintéressant à poursuivre. Aurait-il oublié que lors des opérations militaires israéliennes contre des mouvements islamistes - Hezbollah dans le sud Liban, Hamas dans la bande de Gaza (hiver 2008-2009, été 2014) -, des centaines de milliers de musulmans ont arpenté les rues, boulevards et avenues de dizaines de petites, moyennes et grandes villes françaises ? Entre leurs réponses et la réalité, l'IPSOS a choisi : il a écarté, nié la réalité.

Les personnes musulmanes interrogées auraient-elles pratiqué la taqiya ? Auraient-elles menti aux sondeurs car elles savaient ce qu'attend le "politiquement correct" ? Une hypothèse crédible au vu de la réponse à la question "Avez-vous une bonne ou une mauvaise image d'al Qaïda et de l'Etat islamique ? posée du 24 février au 9 mars 2015, donc après les attentats terroristes islamistes au siège de Charlie hebdo et à l'hypercacher. La réponse "Je ne le connais pas assez pour me prononcer" représentait 16% et 15%, respectivement pour l'Etat islamique (Daech, ISIS) et al Qaïda. Soit environ un individu sur six. Comment un Internaute musulman peut-il répondre ainsi alors que la doxa veut qu'Internet, notamment les réseaux sociaux, joue un rôle éminent dans la "radicalisation" de musulmans, dans leur évolution vers le djihad ? Si on ajoute à ces pourcentages, ceux liés à une "très bonne" et à une "assez bonne" image de ces deux mouvements islamistes terroristes, on obtient 31% pour ISIS et 33% pour al Qaïda !

En refusant d’ajouter certaines questions adaptées à une réalité nouvelle, par des formulations renvoyant à des stéréotypes archaïques de l’antisémitisme, IPSOS a conclu que « les catégories sociales les plus enclines à partager la plupart des affirmations antisémites (9 à 13 d’entre elles) sont, outre « les hommes (26%), les catégories populaires, les détenteurs d’un diplôme inférieur au BAC », les « sympathisants FN (39%) et UDI-LR (29%), les habitants de l’agglomération parisienne ». Le pourcentage culmine à 50% pour « les musulmans ». Ce sondage ne montre aucunement l’antisémitisme d’une partie de la gauche et de la quasi-totalité de l’extrême-gauche française, exsudant l’antisionisme, vecteur et forme d’antisémitisme.

J’ai interpellé Ariel Goldmann, président de la FJF et du FSJU (Fonds social juif unifié), membre du CRIF, et de la FJF sur la spoliation actuelle des Français juifs. Très gêné, Ariel Goldmann a éludé en invoquant le refus d’intervenir dans une procédure judiciaire !? Alors qu'il s'agit de mettre un terme au « gouvernement des juges ».

Nul au sein de l’Observatoire de la FJF n’a eu la curiosité, je n’ose écrire le devoir professionnel, de lire les questions posées ? Nul n’a « tiqué » devant la question relative aux « menus spécifiques » qui procède à un amalgame faux, source d'animosité, d'hostilité à l'égard des Français juifs ?

Alors que les instituts de sondage ont révélé n’être pas si fiables : erreurs sur l’issue du référendum sur le Brexit, sur l’élection de Donald Trump à la Présidence des Etats-Unis, etc. La FJF finance un sondage vite publié, vite oublié, et qui ne permet pas de cerner la réalité.

Combien a coûté cette « étude » ? Les dons ne seraient-ils pas mieux affectés dans des actions autrement plus utiles ?

Dominique Schnapper
Fille de Raymond Aron, ancienne membre du Conseil constitutionnel (2001-2010), Dominique Schnapper est une sociologue éminente auteur de nombreux livres sur les Français juifs. Avec Chantal Bordes-Benayoun et Freddy Raphaël, Dominique Schnapper est notamment l’auteur de « La condition juive en France. La tentation de l’entre soi  ».

Elle est l’une des personnalités que Roger Cukierman, alors président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), avait fait entrer en 2013 au sein d’instances du CRIF.

Les 10, 11 et 12 mars 2016, le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) et la BnF (Bibliothèque nationale de France) avaient accueilli le colloque L'Antisémitisme en France XIXe - XXIe siècle,  sous la direction de Dominique Schnapper, École des hautes études en sciences sociales, présidente du MAHJ ; Perrine Simon-Nahum, CNRS, Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron, Paul Salmona, directeur du mahJ et Thierry Grillet, directeur de la diffusion culturelle, BnF. Un programme éludant déjà des problèmes graves.

Dominique Schnapper, qui a supervisé les deux vagues de ce "Baromètre", est demeurée indifférente lorsque j’ai évoqué publiquement la spoliation actuelle des Français juifs, tels les Dr Lionel Krief, Eva Tanger. Pourtant la curiosité est une qualité requise par la sociologie. Ce thème si occulté aurait du logiquement susciter de l'intérêt de la part d'une spécialiste de la condition juive en France.

Quand je lui ai demandé, en aparté, de parler à Francis Kalifat, actuel président du CRIF, de cette question. Dominique Schnapper a, sur un ton doux, refusé. Comme si sa relation au CRIF était ténue. Pourtant, elle a été une oratrice de la 7e convention du CRIF du 4 décembre 2016 intitulée Si on parlait de la France ? Français, juifs et citoyens.

Réagissant à un de mes posts sur Facebook, Paula Lachaus a rappelé que Dominique Schnapper a signé l’appel JCall, injonction partiale à exercer des pressions sur les seuls Israéliens.

A l'évidence, pour Dominique Schnapper, l'intérêt pour les Palestiniens prévaut sur celle sur ses coreligionnaires français.

Le 1er mars 2017, après avoir été interrogée sur les tweets antisémites du chroniqueur Medhi Meklat et du comédien Olivier Sauton, Dominique Schnapper a déclaré à La Croix : "Ce conflit [israélo-palestinien] est un prétexte à l’antisémitisme, mais même sans cela on vivrait la même chose. Le problème de l’antisémitisme est inscrit dans les structures de l’Europe depuis des siècles. C’est un problème politique et moral, héritage de l’Europe chrétienne". Quid de l'antisémitisme islamique ? Quid de l'antisémitisme importé du monde arabe ?

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