lundi 11 janvier 2016

Il était une fois l'Orient-Express


L’Institut du monde arabe (IMA) a présenté cette « exposition événement » au carrefour de l’histoire ferroviaire, touristique, artistique et diplomatique Une locomotive, trois voitures ainsi qu’un wagon-restaurant installés sur une partie du parvis de l’IMA transformé en quai de gare, affiches, maquettes, plans, cartes, menus, vaisselle, couverts, valises, vitraux, meubles, films documentaires ou de fiction (Alfred Hitchcock, Herbert Ross, Georges Cukor) et bandes d’actualités, livres (Agatha Christie, Ian Flemming)… évoquent l’épopée de l’Orient-Express, « palace roulant » quasi-mythique créé par la Compagnie Internationale des Wagons-Lits (CIWL) en 1883, qui a inspiré des artistes et nourri l’imaginaire et les fantasmes des Occidentaux en « rêves d’Orient ». Seul hic, un diaporama animé sur le contexte historique évoque une « Palestine » en 1952. Les 11 janvier à 20 h 55 et 13 janvier 2016 à 13 h 35, Arte diffusera Le crime de l'Orient-Express, Sidney Lumet (123 min), avec Albert Finney, Lauren Bacall, Martin Balsam, Ingrid Bergman, Jacqueline Bisset, Jean-Pierre Cassel, Sean Connery, Anthony Perkins, Vanessa Redgrave, Richard Widmark et Wendy Hiller.

Décors théâtraux conçus par les « plus grands maîtres des Années Folles parmi lesquels René Prou », « plafonds en cuir repoussé de Cordoue, bas-reliefs en cristal Lalique, tapisseries des Gobelins, rideaux en velours de Gênes, argenterie, nappes précieuses et verres fins en cristal », quatre malles de Moyant – la malletière « Pauline Moynat fut la première à introduire des innovations destinées aux femmes qui voyageaient en train, comme une malle coffre-fort pour transporter les bijoux et la malle camphrier pour transporter les fourrures » -, gastronomie raffinée offrant les spécialités culinaires des pays traversés, draps des lits ans des compartiments spacieux et confortables changés tous les jours… Ce « train de luxe est un chef d’œuvre » exprimant l’Art Déco.

Signe de l’intérêt perdurant pour l’Orient-Express, cette exposition de l’IMA et de la SNCF a attiré plus de 200 000 visiteurs qui débutent la visite par une promenade dans des voitures de ce train mythique et la poursuivent sur deux niveaux de l’IMA où, « allégories du voyage, les grandes malles-vitrines abordent également les thématiques sociales, culturelles ou techniques liées à l’aventure de l’Orient Express. Elles permettent d’évoquer les escales placées sur son parcours, comme Londres, Paris, Venise, Istanbul, Alep, Damas, Beyrouth, Bagdad, Le Caire, Louxor et Assouan, ou encore l’évolution des relations géopolitiques de l’Europe et du Proche-Orient et le contexte de l’époque. »

Un train de légende
Souverains, Marlene Dietrich, Lawrence d’Arabie ou Mata Hari… Ils ont tous été séduits par ce train qui « incarne la magie de l’art du voyage à la française » permettant d’apprécier une variété de paysages « depuis leur fauteuil, comme au spectacle », et, de rester dans le même train en traversant plusieurs pays. « Seuls changent les locomotives, les mécaniciens et les chauffeurs. « Le Bosphore est devenu une banlieue de la Seine », écrit Edmond About dans Le Figaro, à son retour du voyage inaugural en 1883 ».

Le concepteur de « ce projet fou, né à la fin du XIXe siècle » ? L’homme d’affaires belge Georges Nagelmackers » (1845-1905), ingénieur belge des Mines né dans une famille de banquiers et d’industriels. Lors d’un séjour de dix mois aux Etats-Unis, il voyage en 1867 dans les wagons-lits Pullman qui le fascinent, l’inspirent et l’incitent à imaginer « un train de luxe, palace sur boggies, traversant les frontières et les continents avec ses sleeping cars et son wagon-restaurant ». Il fait aussi la rencontre de rencontre du canadien Samuel Cunard, fondateur de la compagnie maritime britannique Cunard Line célèbre pour ses paquebots transatlantiques.

De « retour en Europe, alors qu’il dirige les hauts fourneaux de sa famille », Georges Nagelmackers édite la brochure « L’installation de wagons-lits sur les chemins de fer du continent ».  Il obtient l’appui du Roi Léopold II, signe un contrat et en novembre 1872 une première voiture-lit circule sur les voies ferrées. Un succès. 

Nagelmackers fonde la « Compagnie internationale de wagons-lits » en 1872.

Le 5 juin 1883, à bord de l’Orient-Express, on servit le jour de son inauguration des rougets de roche, un tournedos béarnaise, une selle d’agneau à la Clamart, et une tisane au champagne ». 

Georges Nagelmackers « rêvait également de relier la métropole à l’Afrique du Nord par l’Espagne et l’Italie. Il avait imaginé un train circulaire qui faisait le tour de la Méditerranée occidentale en onze jours. Mais ses projets seront stoppés par les deux guerres mondiales et leurs conséquences ». 

Pour accueillir les voyageurs de l’Orient-Express dans les villes-étapes, il crée en 1894 la Compagnie internationale des Grands Hôtels à Bruxelles, filiale de la Compagnie des wagons-lits et chaîne d'hôtels de luxe.

Trait-d’union entre les continents
Après son lancement en 1883, l’Express d’Orient  « va vivre au rythme de la géographie et de la géopolitique européennes, du fracas des conflits et des empires qui s’effondrent, de l’évolution des frontières et des rapports entre les pays qu’il traverse ». A un rythme bihebdomadaire, il reliait Paris (gare de l’Est) et Constantinople (actuelle Istanbul) via Strasbourg, Munich, Vienne, Budapest et Bucarest. En 1885, il arrive chaque jour à Vienne. Dès 1889, le train arrive directement à Constantinople.

Rebaptisé en 1891 l’Orient-Express, ce train « a été à sa manière le révélateur des relations entre l’Orient et l’Occident. Témoin de la modernisation du Moyen-Orient et de l’avènement du chemin de fer face à la domination des liaisons maritimes, il est aussi le symbole d’une Europe qui s’est faite avant l’heure. Pendant trois quarts de siècle, entre 1883 et 1956, l’Orient Express enchante l’histoire et parfois la fait. Il fut en effet le théâtre d’évènements politiques majeurs : ses couloirs feutrés comme la salle du wagon restaurant ont été parmi les champs d’action de la diplomatie européenne ».

A Istanbul, qui n’était pas le terminus de l’Orient-Express, « de l’autre côté du Bosphore, la gare d’Haydarpasa sert de tête de ligne vers la Syrie, Bagdad ou Tripoli. L’Orient Express est bien plus qu’un train de luxe, un véritable trait d’union entre l’Europe et l’Afrique, entre l’Europe et l’Asie ».

Ce « train a permis à de nombreux voyageurs de se rendre dans des contrées où seuls quelques explorateurs et diplomates se rendaient jusqu’alors. Au fond, le rêve de Nagelmakers avec ce palace roulant, était de permettre à ses contemporains d’atteindre cet orientalisme diffus qu’ils ne connaissaient que par les illustrations, les peintures ou les témoignages indirects. L’Orient Express est alors synonyme de rêve qui devient possible, avec une certaine lenteur, dans l’esprit des croisières sur les transatlantiques ».

Vers un Orient en mutations
« Jusqu’en 1914, 57 nouveaux trains vont ainsi sillonner ces continents, diluant les frontières et repoussant sans cesse l’horizon, comme le Maroc-Express ou l’express Le Caire-Louxor. 

Car les wagons-lits seront opérés jusqu’en Egypte. Pour ce faire, les ateliers de Saint-Denis où les voitures sont construites, inventent une manière de climatisation. Le Tunis-Oran, aujourd’hui largement oublié, portait lui le nom de « Train Blanc ». Il n’exista que seize mois entre 1902 et 1903 ». 

En 1913, en raison des guerres balkaniques, le train qui se divisait en deux à Budapest a pour terminus Belgrade. 

La Première Guerre mondiale interrompt l’essor de l’Orient-Express dont les voitures sont réquisitionnées par l'Empire allemand.

L’Orient-Express cesse de fonctionner dès la déclaration de guerre.

En 1916, l'Allemagne prend possession de voitures de la CIWL sur son territoire et constitue la société Mitropa, qui lance sa propre de l'Orient-Express, le Balkanzug. La Mitropa symbolise la réalisation de la Mitteleuropa, ensemble géographique - pays d'Europe centrale alliés ou occupés par l'Allemagne -, économique et politique sous la férule du Reich.

C’est dans la voiture n° 2419 qu’en 1918 le maréchal Foch signe l'armistice sollicité par l'Empire allemand.

En 1919, le train de luxe militaire dessert les personnels des forces alliées Paris et Bucarest, via Prague.

"Le 11 avril 1919, un service supplémentaire est ouvert par l'Italie, après le percement en 1906 du tunnel du Simplon : le Simplon-Orient-Express. Cette ligne relie Calais-Maritime (avec une correspondance d'Angleterre) et Paris-gare du Nord, ainsi que Paris-Gare de Lyon par la ligne de Petite Ceinture, à Istanbul et Athènes via Lausanne, Milan, Vérone, Venise, Trieste, Zagreb, Belgrade, Sofia et Salonique. Cet itinéraire sud, qui évitait l'Allemagne, devint rapidement le plus important ». L’intrigue du roman d'Agatha Christie Le Crime de l'Orient-Express, brillamment adapté au cinéma par Sidney Lumet en 1974, se situe dans ce train, dans le sens Istanbul-Calais".

Fait omis par l'exposition : c'est dans un train composé notamment de wagons empruntés à l'Orient-Express que le suédois Raoul Wallenberg, alors diplomate, arrive le 9 juillet 1944 dans la gare de Pest. Il sauvera 20 000 Juifs hongrois. 
La Deuxième Guerre mondiale met un terme à l’âge d’or de l’Orient-Express, « train des rois et roi des trains » malgré l’apparition de concurrents, et la plupart des liaisons disparaissent en 1960.

Le Shah d’Iran Reza Pahlavi permet en 1971 « à l’Orient Express d’offrir une extension vers Téhéran via Istanbul par le Vangolü Express ». Et en 1972, le Taurus Express établit des correspondances pour Alep, Bagdad et Beyrouth. 

« Du temps de sa splendeur, l’Orient Express a ainsi permis de nombreux échanges entre le Moyen-Orient et l’Europe. Son trafic est divisé par deux après la Seconde Guerre mondiale. La plupart des dessertes sont progressivement arrêtées dans les années 1950, et parfois reprises en partie les années 1980.

En 1991, le groupe Accor rachète la Compagnie des wagons-lits.

Les dernières voitures de l’Orient-Express deviennent la propriété de SNCF.

La patrimoine de ce train est vendu, transformé, perdu. Mais le mythe perdure et la marque Orient Express demeure attractive, symbole de « l’art du voyage à la française. Avec le réveil de ce mythe, SNCF entend également retrouver ses racines, le sens du voyage comme l’excellence du service. Car faire renaître cette marque Orient Express est un acte fort pour SNCF, bien au-delà de sa légitimité historique ».

« Ce train, au sens strict, roule de Paris à Istanbul. La compagnie des Wagons-Lits, dans ses affiches publicitaires, offrait à ses hôtes sous le titre d’Orient-Express des voyages en quatre jours et demi vers Tripoli, en huit jours vers Bagdad et même, en sept jours vers Le Caire – trois continents dans un seul voyage. L’exposition avait donc tout son sens pour l’Institut du monde arabe si elle montrait les prolongements du voyage au-delà du Bosphore », déclare Gilles Gauthier, un des conseillers du président de l’Institut du monde arabe et conseiller scientifique de l’exposition « Il était une fois l’Orient-Express.

Et d’ajouter : « Nous avons pensé que l’histoire de l’Orient-Express et du Taurus-Express qui le prolongeait jusqu’à Alep et Bagdad était un merveilleux moyen d’évoquer un siècle d’histoire à la fois exaltante et tragique. Exaltante parce que c’est l’époque de l’apogée de la révolution industrielle dont les chemins de fer sont le symbole et le moteur ; tragique parce que l’Orient ottoman (turc et arabe), conscient de son retard, a été empêché de le rattraper peut-être par ses propres erreurs mais surtout par la volonté d’hégémonie qui découlait presque naturellement de la puissance économique nouvelle de quelques pays d’Europe. Pour cette région du monde, le train était considéré comme un moyen de se moderniser, mais dans la pratique, se révélait également un instrument de la pénétration et de la domination étrangère. Partout où nous sommes passés, notre projet suscitait l’enthousiasme. La Turquie modernise à toute allure son réseau qui n’est plus interrompu par le Bosphore depuis l’ouverture, la fin de l’année dernière, d’un tunnel ferroviaire. Quant au Liban où, depuis la guerre civile, les trains ne roulent plus, nous y avons rencontré des jeunes gens qui militent au sein d’associations actives pour en cultiver le souvenir et pour encourager leur retour. Là comme en Europe, l’Orient-Express ne laisse personne indifférent ».

« Ce train mythique a fêté récemment ses 130 ans. Nous avons trouvé qu’il s’agissait là d’une très belle occasion de lui rendre hommage et de parler des relations entre l’Orient et l’Occident, du XIXe siècle à nos jours. Nous sommes en effet passés grâce à l’Orient Express, des légendes entourant l’orientalisme à la réalité de l’Orient. Cette partie du monde a considérablement changé en plus d’un siècle, avec la disparition de l’empire ottoman, le craquèlement du monde arabe et de son unité politique. Evoquer les rapports entre l’Orient et l’Occident est une manière de raconter l’histoire du Moyen Orient. L’idée a tout de suite beaucoup plu aux équipes de l’IMA. En effet, peu de gens se souviennent qu’au-delà d’Istanbul, par le jeu des correspondances l’Orient Express a permis d’aller jusqu’à Bassorah en Irak, jusqu’à Assouan en Egypte », a expliqué Claude Mollard, commissaire de l’exposition.

Pour retracer ce siècle d’histoire qui « défile sous nos yeux, un siècle d’événements qui transforment la carte du monde, un siècle au cours duquel naît dans la douleur sur les ruines de l’empire ottoman, le monde arabe contemporain », l’IMA propose un « diaporama animé » assorti d’une chronologie de 1830 à 1952 qui évoque ainsi la conférence de San Remo (1920) : « le Moyen-Orient arabe est placé sous mandats britannique et français ». On peut regretter que cette chronologie évoque la « Palestine » au lieu de la « Palestine mandataire » : « 1947 : plan de partage de la Palestine ». Choquant : à base d’une carte du bassin méditerranéen, le diaporama se clôt en 1952 par une carte désignant au-dessous du Liban « Palestine », et au-dessous « Israël ». Aucun membre du comité de pilotage - Jalila Bouhalfaya-Guelmami, chef du département de la bibliothèque, Alexandra Bounajem, auteur du titre de l’exposition, Martine Chantereau, association du patrimoine des Wagons-Lits, Julien Chenivesse, conseiller diplomatique, Mario Choueiry, chargé de l’itinérance de l’exposition, Éric Darmon, producteur et réalisateur audiovisuel, Éric Delpont, chef du département du Musée, Radhia Dziri, chef du service des activités éducatives, Yannis Koïkas, chef du service de la médiation numérique, Renaud Guitteaud, chef du service bâtiment et sécurité, Béatrice Poindrelle, chef du service du développement des publics et de l’accueil, Joël Savary, conseiller Histoire de l’Orient Express et Henri Zuber, directeur des archives de SNCF - n’a relevé cette erreur historique ?

Un peu embêtant pour une exposition itinérante dont la scénographie, signée par l’agence Clémence Farrell, a été conçue pour s’adapter à des lieux aussi divers que Venise, Istanbul, Vienne, Liège, Berlin, Lyon ou Londres.

A ceux qui s’indignaient de l’absence d’Israël dans la carte du monde accueillant les visiteurs, l’IMA répondait que l’Iran n’y était pas non plus mentionnée. Et là ?

Jérusalem ? Une image du Dôme du Rocher montrent son environnement en piteux état au début du XXe siècle : des herbes poussent entre les pierres formant le sol environnant.

Pour la représenter dans le site d'accompagnement de l'exposition, le  Journal de bord d'un conducteur, devinez quel monument la représente ? Non, ce n'est ni le Kotel, ni aucun lieu saint chrétien. C'est la mosquée du mont du Temple. Idem dans le film sur ce site Internet qui évoque son "plus beau joyau : le Dôme du Rocher". Et le conteur y parle de conversion à l'islam pour pouvoir visiter ce lieu...

Et dire que des dirigeants communautaires, tels Eric de Rothschild ou Ilana Cicurel, encouragent les écoles Juives à se rendre à l’IMA, ou participent à des événements à l'IMA…

Quant aux médias communautaires, il serait temps qu’ils s’intéressent aux événements de l’IMA.

ADDENDUM 
Les 7 février 2015,  26 décembre 2015 et 14 janvier 2016, Arte diffusa, dans la série Escapade gourmande, le numéro intitulé L'Orient-Express de Catherine Haxhe et Guy Lemaire (2008, 27 minutes) : "Le Belge Guy Lemaire nous propose une série culinaire qui marie gastronomie et patrimoine. Aujourd'hui, voyage à bord du fabuleux train reliant Paris à Istanbul, avec l'équipe du chef Christian Bodigel".


Les 11 janvier à 20 h 55 et 13 janvier 2016 à 13 h 35, Arte diffusera Le crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient Express), excellent film réalisé par Sidney Lumet (1974, 123 min), avec Albert Finney, Lauren Bacall, Martin Balsam, Ingrid BergmanJacqueline Bisset, Jean-Pierre Cassel, Sean Connery, Anthony Perkins, Vanessa Redgrave, Richard Widmark et Wendy Hiller. "Dans le train express Istanbul-Calais, un drame vient troubler la quiétude des passagers. M. Ratchett, un homme d'affaires américain, est retrouvé poignardé dans sa couchette. Une douzaine de personnes sont suspectées. Toutes ont un alibi, mais restent étrangement liées au meurtre. Passager du train lui aussi, Hercule Poirot mène l'enquête et traque un meurtrier. Ses seuls indices : un mouchoir de femme marqué de l'initiale "H", un cure-pipe, un bouton d'uniforme, un peignoir de soie blanc et les cendres d'un message…"

"Portée par un casting de haut vol (Albert Finney, Lauren Bacall, Ingrid Bergman), une savoureuse adaptation hollywoodienne du best-seller d' Agatha Christie, reine incontestable du roman policier. Charme de l’exotisme à l'ancienne des rues d'Istanbul grouillant d'une foule bigarrée, train de légende aux couleurs cuivrées, délices des toilettes, des maquillages et des silhouettes… : avec Le crime de l'Orient-Express, Sidney Lumet rend hommage au raffinement du siècle passé, à travers le soin apporté aux décors et sa mise en scène délibérément classique. Si le dénouement du roman le plus populaire d'Agatha Christie ne fait plus mystère, l’on suit avec un délicieux plaisir – à l’instar du réalisateur, friand de comédiens mythiques – la galerie hétéroclite de stars qui se croisent dans les couloirs des voitures. De l’énigmatique Richard Widmark à Ingrid Bergman, irrésistible en bigote apeurée, oscarisée pour son interprétation, en passant par Sean Connery et Jacqueline Bisset, tous s’amusent de leurs personnages avec une évidente jubilation, pour des compositions hautes en couleur".



« 3 050 km - la distance ferroviaire entre Paris et Istanbul.
81 h 30 - la durée du trajet initial.
5 - le nombre de wagons du train inaugural.
2 fois par semaine - la fréquence de la liaison entre Paris et Constantinople en 1883.
100 km/h - la vitesse commerciale des débuts, la vitesse record de l’Orient Express.
120 000 livres sterling - dérobées à bord par des bandits en 1891.
5 jours de retard - en 1929 lorsque L’Orient Express fut bloqué par la neige ».
3180 km     la distance parcourue par l’Orient Express pour relier Paris à Constantinople.
76 h - la durée du trajet entre Constantinople et Paris en Orient Express.
18 - le nombre de voitures composant le convoi, dont 1 mise en réserve, 12 dédiées aux cabines des voyageurs, 3 pour le personnel du train, 3 dévolues aux restaurants gastronomiques, et 1 abritant le bar et son piano.
4 - le nombre de voitures de l’Orient Express classées aux Monuments Historiques (Flèche d’Or, Riviera, Train Bleu et Etoile du Nord).
130 ans - l’âge de L’Orient Express, parti de la gare de Strasbourg (gare de l’Est aujourdhui) un 4 octobre 1883.
125 ans - anniversaire du premier voyage en Orient Express de bout en bout, sans changement, entre Paris et Constantinople, en 1889.


L’Orient Express en dix dates

« 1883 - voyage inaugural du 1er train de luxe express entre Paris et Constantinople.
1889 – L’Orient-Express relie directement Paris à Constantinople.
1891 - Il est officiellement appelé « L’Orient Express ».
1919 - Création du Simplon-Orient-Express.
1934 - Publication de « Meurtre dans L’Orient Express » d’Agatha Christie.
1971 - le Direct-Orient-Express permet de rejoindre Téhéran grâce à une correspondance
à Instanbul av ec le Vangolü Express nouvellement créé.
1974 - Sortie du film « Le Crime de l’Orient Express » par Sydney Lumet.
1977 - Dernière desserte directe Paris-Istanbul.
1er juin 2014 - 125e anniversaire de la desserte directe Paris-Istanbul ».


L’Orient-Express et la littérature

 « Tout autour de nous se trouvent des gens de toutes classes, de toutes nationalités, de tous âges. Pendant trois jours, ces gens, ces étrangers les uns aux autres se retrouvent ensemble.
Ils dorment et prennent leurs repas sous le même toit, ils ne peuvent s’éviter les uns les autres.
A la fin de ces trois jours, ils se séparent, chacun suivant son chemin, et ne se reverront sans doute jamais ».
Le Crime de l’Orient Express, Agatha Christie, 1934.

« Affairés, empressés, les valets en livrée portent des bagages sous l’oeil du conducteur galonné d’or. […] Nous sommes le jeudi 4 octobre 1883. Le long d’un quai de la gare de Strasbourg – qui s’appellera plus tard la gare de l’Est - « il» est là. Derrière la machine et le tender, deux wagons-lits, un wagon-restaurant, et deux fourgons à bagages composent le premier Train Express d’Orient.
[…] Les portières sont refermées. Les voyageurs, des hommes uniquement, découvrent l’univers qu’ils vont partager pendant – en principe- quatre-vingts heures, le temps de rallier Paris à Constantinople…
Les longues voitures – elles mesurent dix-sept mètres et demi – sont en bois de teck, chauffées à la vapeur, brillamment éclairées au gaz, largement aérées et, note un témoin, « aussi confortables qu’un riche appartement de Paris ».
Dans des jets de vapeur, ce train historique part. Sur le quai, parmi ceux qui restent, on trouve quelques sceptiques. « C’est une folie ! Les Balkans ne sont pas sûrs… ».
Pour certains, aller de Paris à Constantinople est aussi insensé que de prétendre aller dans la Lune ».
« Il était une fois l’Orient Express », in Sleeping story, de Jean des Cars, 1976.

« Les femmes dans les couloirs, paraissaient plus belles, les hommes plus audacieux. J’en jouissais comme un enfant comblé pour la première fois dans ses désirs… Le miracle était à l’intérieur dans cette boîte close, vernie et capitonnée.» 
Joseph Kessel, Wagon-lit, 1932

Voitures Orient Express présentées lors de l’exposition

"Voiture Salon Pullman Flèche d’Or n° 4159
Cette voiture a été construite en 1929 par les Ateliers de l’Entreprise Industrielle Charentaise d’Aytré selon des plans réalisés par les bureaux d’étude de la Compagnie des Wagons-Lits.
Il s’agit d’une voiture salon-Pullman composée d’une salle centrale de 20 places avec 10 tables équipées de lampe en bronze poli. Elle est encadrée de deux compartiments-salons de 4 places.
Les 28 fauteuils sont de type Pullman Côte d’Azur. La livrée extérieure de la voiture est de couleur crème au niveau des fenêtres et bleu Wagons-Lits avec au centre le monogramme des Wagons-lits en bronze. 
La luxueuse décoration intérieure de la voiture « Flèche d’or » est réalisée par le grand maître-joailler et verrier, René Lalique.
Elle est composée de panneaux de pâte de verre aux motifs de naïades incrustés dans des parois lambrissées en acajou de Cuba.
La voiture salon Pullman « Flèche d’or » a circulé jusqu’en 1940 sur le train Côte d’Azur Pullman Express entre Paris et Menton, mais aussi sur l’Edelweiss, l’Etoile du Nord et l’Oiseau bleu, puis sur le Sud-Express entre Paris, Bordeaux,
Lisbonne et Madrid jusqu’à sa fin de carrière en 1971.
Sa sauvegarde lui a permis d’entrer dans la composition de trains croisières à travers l’Europe jusqu’en 1986, avant d’être restaurée par les ateliers de la Compagnie des Wagons-Lits à Ostende en 1987.

Voiture Restaurant Anatolie n° 2869
Cette voiture a été construite en 1925 par les Ateliers Smethwick de Birmingham en Grande Bretagne selon des plans réalisés par les bureaux d’étude de la Compagnie des Wagons-Lits.
Il s’agit d’une voiture restaurant composée d’une salle pouvant accueillir 42 personnes avec 14 tables, 38 fauteuils bridge et 4 places sur banquette.
À une extrémité de la voiture se trouvent l’office et la cuisine dont le « piano » fonctionnait au charbon de bois.
La livrée extérieure de la voiture est de couleur bleu Wagons-Lits et filets jaunes avec au centre le monogramme des Wagons-lits en bronze.
La luxueuse décoration intérieure de la voiture « Anatolie » est réalisée d’après les dessins du grand ébéniste britannique Albert Dunn. Elle est composée de parois lambrissées en marqueterie loupe et ronces d’acajou avec guirlandes de fleurs en bois de violette, de rose, de platane, de citronnier et d’ébène de Macassar.
La voiture restaurant « Anatolie » a circulé jusqu’en 1940 sur l’Orient Express, le Simplon Orient Express, l’Arlberg Express ou encore le Riviera Express, puis sur le Rome-Express entre Paris et Rome, puis sur le parcours italien du train de nuit Paris-Rome, le Palatino jusqu’à sa fin de carrière en 1985.
Sa sauvegarde lui a permis d’être restaurée par les ateliers de la Compagnie des Wagons-Lits à Ostende en 1987.

Voiture Bar Pullman Train Bleu n° 4160
Cette voiture a été construite en 1929 par les Ateliers de l’Entreprise Industrielle Charentaise d’Aytré selon des plans réalisés par les bureaux d’étude de la Compagnie des Wagons-Lits.
Il s’agit d’une voiture salon-Pullman qui a été transformée une première fois en voiture bar-restaurant puis est redevenue voiture salon avant une nouvelle transformation en salon-bar.
Elle est équipée d’une salle de restaurant de 8 tables, 22 fauteuils bridge et deux places sur banquette et d’un salon avec tables et petits fauteuils ainsi qu’un bar avec office.
La livrée extérieure de la voiture est de couleur crème au niveau des fenêtres et bleu Wagons-Lits avec au centre le monogramme des Wagons-lits en bronze.
La luxueuse décoration intérieure de la voiture « Train Bleu » est composée de parois lambrissées en platane avec incrustation de bouquets de fleurs en pâte de verre de René Lalique. Le bar est en acajou.
La voiture Bar Pullman « Train Bleu » a circulé sur le train Bleu et le Côte d’Azur Pullman Express entre Paris, Marseille, Nice et Menton.
Sa sauvegarde lui a permis d’être restaurée par les ateliers de la Compagnie des Wagons-Lits à Ostende en 2007. Elle a été présentée sur les ChampsElysées en 2003 à l’occasion de l’exposition « le Train Capitale ».

Voiture Lit - Type Ytb n° 3927
Cette voiture a été construite en 1949 par la S.A. Les Ateliers Métallurgiques de Nivelles en Belgique pour la Compagnie Internationale des Wagons-Lits et des Grands Express Européens (C.I.W.L.).
Il s’agit de l’une des 270 voitures-lits de type Y construite entre 1930 et 1950, issue d’une sous-série de 31 voitures (n° 3901 à 3931) livrées de 1948 à 1950.
Elle est équipée de 11 compartiments : 8 de deux-lits et 3 de trois-lits pouvant accueillir 25 voyageurs. La voiture comporte également un office à disposition du conducteur (boissons et petits déjeuners) et de deux toilettes aux extrémités.
La livrée extérieure de la voiture est de couleur bleu Wagons-Lits et filets jaunes.
La décoration intérieure de la voiture-lit Yt 3927, moins luxueuse que les voitures Pullman et restaurant, est composée de panneaux et de cloisons en boiserie placage d’acajou verni.
Les poignées et ferrures sont en laiton chromé et chaque compartiment possède son lavabo et son armoire de toilette intégrée dans la boiserie.
Les voitures-lits Yt ont circulé dans de nombreux trains comme l‘Orient-Express, le Train Bleu ou d‘autres trains de nuit qui sillonnaient l‘Europe.
Les 11 compartiments ne comportaient à l‘origine que 2 lits. Par la suite elle a été transformée avec la mise en place de 3 lits dans 3 compatiments pour disposer de compartiments « touriste » à 3 lits accessibles avec un billet de seconde classe.
Après avoir terminé sa carrière à la fin des années 1985 elle a été sauvegardée puis intégrée à la collection du Patrimoine-SNCF avant d‘être rénovée par les Ateliers de Construction du Centre à Clermont-Ferrand.

Locomotive à vapeur 230 G 353 Type Ten Wheel - 1922
Cette locomotive à vapeur est construite en 1922 par la Société de Construction des Batignolles pour la Compagnie du P-O, chemin de fer de Paris Orléans P.O. Tout au long de sa carrière, elle est affectée à plusieurs dépôts de cette région ferroviaire : Brive, Limoges, Sain-Sulpice Laurière, Montluçon, Saint-Pierre des Corps et Vierzon. 
Il s’agit de l’une des 170 locomotives 230 G du P-O pouvant assurer tous types de services, c’est-à-dire la traction de train express de voyageurs de 400 tonnes sur des lignes au profil parfois difficile, de trains omnibus de voyageurs avec arrêts fréquents ou encore de train marchandises relativement lourds.
En 1970, à la fin de son service commercial et alors que les autres locomotives sont livrées aux ferrailleurs en fin de leur carrière, SNCF décide de prolonger la sienne en lui confiant la mission d’être la représentante de la traction vapeur aujourd’hui disparue, pour les tournages de films, les trains spéciaux et divers événements.
Locomotive simple et robuste, la 230 G 353 entreprend une carrière de « vedette » de cinéma et de télévision en participant aux tournages de nombreux films et téléfilms. Parmi les plus célèbres, le film « Le Crime de l’Orient Express » sorti en 1974, film britannique réalisé par Sydney Lumet et directement inspiré du roman éponyme d’Agatha Christie avec le célèbre détective belge, Hercule Poirot. Les séquences du train bloqué dans la neige sont tournées sur l’ancienne ligne de Pontarlier à Gilley en Franche-Comté (ligne aujourd’hui disparue), près de la gare de Montbenoît en février 1974.
En 2004, la 230 G 353 intègre la collection des matériels et objets du patrimoine SNCF gérée par l’AMFCF (Association du Musée Français du Chemin de Fer de Mulhouse) qui confie à l’association APPMF, les travaux de remontage et de remise en peinture de cette locomotive de légende. 
Avec l’aide des collaborateurs du Technicentre SNCF d’Epernay et après 2500 heures de travail d’une équipe composée en moyenne de 6 bénévoles, la 230 G 353 est prête pour la poursuite de sa carrière, témoin d’un mode de traction ferroviaire qui a marqué 140 ans d’histoire des chemins de fer français".


Jusqu’au 31 août 2014
1, rue des Fossés Saint-Bernard. Place Mohammed V. 75 236 Paris Cédex 5
Niveaux -1, -2 et parvis
Tel. : + 33 (0)1 40 51 38 38
Du mardi au vendredi, de 10 h à 18 h 30. Nocturne le vendredi jusqu'à 21 h 30. Ouvert les samedis, dimanches et jours féries de 10 h à 19 h.

Visuels : Tous droits réservés
Voiture Restaurant Anatolie n° 2869

Voiture Salon Pullman Flèche d’Or n° 4159

Georges Nagelmackers

L'Orient-Express en gare

Carte du réseau Simplon-Orient-Express et Taurus Express, 1931
SNCF, Archives historiques © Sidoli/Rambaud – Archives de la CIWLT et du PLM : Wagons-Lits Diffusion, tous droits réservés

Jean-Auguste Dominique Ingres
La Baigneuse, dite de Valpinçon
Prêt du Musée du Louvre de Paris

Une du journal La Croix en février 1929 relatant le blocage de l’Orient Express dans la neige près d’Istanbul. L’épisode inspira Agatha Christie pour son roman Le Crime de l’Orient Express.
Paris, collection Pierre de Gigord ©Kallimages

« Vue de Constantinople » (1864), de Félix Ziem
MUSÉE DES BEAUX-ARTS/MUSÉES DE ROUEN

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/04/07/orient-express-un-billet-pour-le-reve_4395702_3246.html#IzC6mcjlQrrudH55.99

Voiture Bar Pullman

Train Bleu n° 4160

Groupe de touristes devant le Dôme du Rocher à Jérusalem.
Paris, collection Pierre de Gigord ©Kallimages

© NDR


A lire sur ce blog :

Les  citations sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié le 31 août 2014, puis les 6 février 2015, et 25 décembre 2015. 

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