Citations

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dimanche 30 décembre 2018

« Au cœur de la nuit. Leïla Slimani et Kamel Daoud », de Andreas Nickel et Matthias Schellenberg


Arte rediffusera le 31 décembre 2018, « Au cœur de la nuit. Leïla Slimani et Kamel Daoud » (Durch die Nacht mit... Leïla Slimani und Kamel Daoud), documentaire de Andreas Nickel et Matthias Schellenberg. « Lauréate du Goncourt 2016, Leïla Slimani vient de publier « Sexe et mensonges » ; Kamel Daoud revisite les « Mille et une nuits » dans « Zabor ou les Psaumes ». Leïla Slimani et Kamel Daoud, deux écrivains francophones aux racines maghrébines, dialoguent au gré d'une déambulation dans Paris ».


« L’auteure franco-marocaine Leïla Slimani et l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud comptent parmi les nombreux représentants de la littérature francophone invités » par la 69e Foire du livre de Francfort (11-15 octobre 2017) en Allemagne. L’invité d’honneur de cette Foire est la France.

Leïla Slimani a reçu en 2016 le prix Goncourt pour son roman « Chanson douce », un thriller psychologique, et a publié « Sexe et mensonges » – « La vie sexuelle au Maroc », un essai qui fait aussi l'objet d'une adaptation en BD. En juin 2017, Leïla Slimani est récipiendaire de l'Out d'or du « coup de gueule » de l'Association des journalistes LGBT, "pour avoir critiqué la pénalisation de l’homosexualité au Maroc et le contrôle du corps des femmes".

Au second tour de l'élection présidentielle française de 2017, Leïla Slimani soutient Emmanuel Macron pour lutter contre « le déclinisme et la haine » représentée selon elle par la candidate du Front National, Marine Le Pen, et « par adhésion », car « la jeunesse, la modernité d’Emmanuel Macron – également fervent défenseur de l’égalité des hommes et des femmes – donneront un nouvel élan à la France, qui est actuellement enlisée dans une forme de grand pessimisme ». Le 6 novembre 2017, elle est nommée Représentante personnelle du Président Emmanuel Macron pour la francophonie. Ce qui lui permet de siéger au Conseil permanent de la francophonie dans l'Organisation internationale de la francophonie.

En 2018, elle a présidé le Prix du Livre Inter 2018 et a été membre du jury du Festival du cinéma américain de Deauville.

Kamel Daoud, « accusé d’islamophobie par divers intellectuels, fait aussi l'objet d'une fatwa salafiste. Son ouvrage « Meursault, contre-enquête », dont le narrateur est le frère de « l’Arabe » dans « L’étranger » d’Albert Camus, a été récompensé en 2015 par le prix Goncourt du premier roman ».

Le 29 janvier 2016, Le Monde a publié la tribune "Cologne, lieu de fantasmes" de Kamel Daoud dans laquelle il évoque les agressions sexuelles du Nouvel An 2016 par des "migrants", notamment en Allemagne, et perçoit dans l'islamisme la cause principale d'un « rapport malade à la femme, au corps et au désir » dans le monde arabe. Les critiques fusent contre lui, accusé de recycler « les clichés orientalistes les plus éculés » et d'« alimenter les fantasmes islamophobes d’une partie croissante du public européen, sous le prétexte de refuser tout angélisme » car considérer que « des valeurs doivent être “imposées” à cette masse malade, à commencer par le respect des femmes [est un] projet scandaleux, non pas seulement du fait de l'insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu'il évoque. » Choqué, Kamel Daoud a déclaré : « Je pense que cela reste immoral de m'offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d'islamophobie qui sert aujourd'hui aussi d'inquisition. » Il a alors décidé d’arrêter le journalisme, mais a poursuive l'écriture d'articles pour Le Point, le New York Times et Le Quotidien d'Oran.

En 2016, il a reçu le Prix Jean-Luc Lagardère du journaliste de l'année.

Le 16 décembre 2018, Le Quotidien d'Oran a publié "Lettre ouverte à l'exilé inapte au bonheur" de Kamel Daoud :
"Je te rencontre souvent en Occident. Lors d'une séance de signature dans une librairie, lors d'une conférence dans une université ou lors d'une rencontre publique. Tu n'es jamais assis aux premiers rangs, mais souvent au milieu, ou à la dernière rangée : expression de ce corps que tu veux suspendre entre deux mondes, vivre en occident, et revivre ton pays d'origine. Confession de ce choix qui n'a jamais été fait par toi : vivre pleinement, entièrement dans le pays de l'Arrivée. Alors tu te veux vigilant et invisible, méfiant et inquiet, choisissant la marge mais souffrant de vivre en marge, insatisfait comme si s'intégrer était trahir. Tu te veux en Algérie, en Tunisie, au Maroc, mais aussi à la fois en France en Allemagne, en Italie.
veux à la fois profiter de la liberté dans le pays de ton arrivée et m'interdire à moi de parler de ma réalité dans mon pays ? Toute la démocratie de l'Occident qui t'a accueilli ne te sert qu'à plaider pour la censure en Algérie ? Je dois me taire sur les drames, les échecs de mon pays, juste pour ne pas égratigner ton image narcissique en Occident ? Je ne dois pas dénoncer une femme qui passe ses examens de médecine en burqa en Algérie et qui peut tricher, pendant que toi tu profites des meilleurs médecins et des meilleurs hôpitaux en Europe ? C'est injuste. Tu me reproches de te rappeler les luttes que tu as désertées et tu m'accuses alors d'inventer ces luttes et ces causes. Cela te repose.
En vérité, par ton exil, tu n'as rien tranché. Tu veux vivre des libertés mais les interdire aux autres. Vivre en France ou au Danemark, mais les détester. Manger les récoltes et insulter les racines. Je te rencontre souvent maintenant : aigri, malheureux, agressif, hésitant jusqu'au jugement dernier, inapte au bonheur, paranoïaque presque. C'est cela qui m'a le plus frappé : on vient dans un pays, on veut que sa terre accueille, et on refuse de l'accueillir en soi. Pire encore : tu te plains mais, de retour au pays, c'est à l'aéroport que commence ta grimace moqueuse sur l'état de notre pays. Incapables de faire quelque chose « là-bas » pour rejoindre le monde et incapables de faire quelque chose chez nous pour nous aider. Tu es parti parce que tu n'y crois plus à un salut chez nous et tu restes là-bas en répétant que tu ne crois pas en l'occident. Que veux-tu ?...
Ce que je te demande ? Il ne faut pas confondre la bataille pour égorger un mouton dans une baignoire à Paris et notre combat pour ne pas nous faire égorger dans notre pays.
Voilà, je voulais te le dire. Par amitié. Aimes tes racines et profites des récoltes mais ne viens pas nous faire la leçon sur l'islam, la burqa, la liberté, l'identité et l'histoire. Et quand tu reviens chez nous, racontes-nous tes histoires de réussite, pas tes histoires d'échecs. Nous avons suffisamment de champs amers chez nous.
Coupe avec ton inaptitude au bonheur. Dépasse ton exil et arrête de promener tes déceptions pour obtenir des excuses".
En 2017, « pendant cette balade qui les entraîne du jardin du Luxembourg à Pigalle, et les mène à la rencontre du réalisateur Lyes Salem et de la chanteuse Hindi Zahra, les deux écrivains évoquent les motifs qui leur ont donné envie de prendre la plume – la violence au Maghreb, l’hypocrisie, la progression des islamistes –, et réfléchissent également à leur rôle dans la littérature occidentale ».


« Au cœur de la nuit. Leïla Slimani et Kamel Daoud », de Andreas Nickel et Matthias Schellenberg
2017, 53 min
Sur Arte les 16 octobre à 0 h 20 et 5 novembre 2017 à 5 h 15, 31 décembre 2018 à 3 h 10

Visuels
Leïla Slimani et Kamel Daoudsur le Pont Neuf à Paris.
Kamel Daoud et Leïla Slimani à l'Institut du monde arabe à Paris.
Leïla Slimani et Kamel Daoudau Jardin de Luxembourg à Paris
© Avanti Media Fiction

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 15 octobre 2017.

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